Cystectomie totale avec remplacement vésical orthotopique : comparaison des résultats des patients opérés par voie ouverte et par voie cœlioscopique robot-assistée

25 juin 2016

Auteurs : R. Ginot, B. Rouget, H. Bensadoun, G. Pasticier, J.-C. Bernhard, G. Capon, J.-M. Ferrière, G. Robert
Référence : Prog Urol, 2016, 8, 26, 457-463
Introduction

Le développement de la chirurgie robotique mini-invasive a amené certaines équipes à proposer son utilisation pour le traitement chirurgical des tumeurs de vessie. Le remplacement vésical orthotopique est une des options de dérivation urinaire. Le but de notre étude était de comparer la cystectomie avec remplacement vésical orthotopique par voie robot-assistée et par voie incisionnelle.

Patients

Sur une période de deux ans, tous les patients opérés d’une vésiculo-prostato-cystectomie par voie laparoscopique robot-assistée et par voie incisionnelle avec remplacement vésical orthotopique ont été inclus de manière consécutive. Pour les patients opérés en chirurgie robotique, l’entérocystoplastie était confectionnée en extracorporel.

Résultats

Au total, 15 hommes opérés par voie robot-assistée et 11 par voie incisionnelle ont été inclus. Il n’y avait pas de différence significative sur les médianes des durées opératoires et des durées de séjour (300 vs 314min ; 14 vs 18j). En revanche, il y avait moins de pertes sanguines et plus de ganglions prélevés dans le groupe cystectomies par voie cœlioscopique robot-assistée (400 vs 800mL, p =0,016 ; 15 vs 10, p =0,01). Trois complications grade III ont été décrites dans le groupe chirurgie robot-assistée, aucune dans le groupe par voie incisionnelle. Aucune procédure robot-assistée n’a nécessité une conversion en laparotomie. Les taux de complications dans les 90j postopératoires étaient essentiellement des complications de faible grade et légèrement supérieurs aux données de la littérature.

Conclusion

La cystectomie par voie robot-assistée avec remplacement vésical orthotopique est techniquement faisable avec, dans cette série à faible effectif, des meilleurs résultats sur les pertes sanguines et le nombre de ganglions prélevés, sans que cela n’ait d’impact sur la durée d’hospitalisation.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Selon les recommandations nationales et internationales, la cystectomie totale, associée à un curage ganglionnaire iliaque étendu reste le traitement de référence des tumeurs de vessie infiltrant le muscle vésical (TVIM) non métastatiques. Elle peut également être proposée pour des tumeurs de vessie n'infiltrant pas le muscle vésical (TVNIM), en cas d'échec des traitements conservateurs ou pour des tumeurs à haut risque de progression. La place de l'assistance robotique reste débattue. La cystectomie réalisée par voie cÅ“lioscopique robot-assistée est une option pour des chirurgiens expérimentés [1, 2].


Le remplacement vésical orthotopique est l'une des options de dérivation urinaire possible après cystectomie [1]. Il s'agit du mode de dérivation le plus difficile techniquement et il est associé à un surcroît de morbidité périopératoire par rapport aux urétérostomies cutanées ou à la dérivation cutanée trans-iléale de type Bricker [3, 4]. En 2014, la durée moyenne de séjour en France était de 21,1j pour les remplacements vésicaux, contre 20,3j pour les dérivations cutanées type Bricker réalisées chez des patients, pourtant plus âgés, et ayant plus de comorbidités (données de l'Observatoire national de la démographie et des données en urologie).


Bien que les résultats carcinologiques de la voie d'abord robotique soient encore très débattus, plusieurs équipes ont proposé cette voie d'abord avec comme principal argument de permettre une diminution de la morbidité périopératoire [5, 6], qui reste élevée, quel que soit le mode de dérivation urinaire [7].


L'objectif de notre étude était de comparer les résultats périopératoires des cystectomies avec remplacement vésical orthotopique réalisées dans notre service pour le traitement d'un carcinome urothélial de vessie non métastatique par voie incisionnelle et par voie cÅ“lioscopique robot-assistée.


Patients et méthodes


Une étude rétrospective, monocentrique, comparative, a été conduite sur une période de 24 mois entre septembre 2013 et septembre 2015.


Tous les patients opérés d'une cystectomie avec remplacement vésical orthotopique pour carcinome urothélial de vessie non métastatique ont été inclus de manière consécutive. Les patients opérés par chirurgie incisionnelle et ceux opérés par voie cÅ“lioscopique robot-assistée ont été comparés pour leurs caractéristiques préopératoires (âge, sexe, BMI, score ASA, stade cT, chimiothérapie néo-adjuvante, traitement anticoagulant ou anti-grégant, tabagisme), ainsi que pour les données opératoires (durée d'intervention, durée d'hospitalisation, pertes sanguines, complications), les données anatomopathologiques (stade pT, stade pN, nombre de ganglions prélevés, marges chirurgicales) et les complications des 90 premiers jours postopératoires. Les complications ont été collectées de manière rétrospective sur la base des comptes-rendus d'hospitalisation, des courriers médicaux et des échanges avec les médecins traitants. La gravité des complications a été évaluée selon la classification de Clavien-Dindo.


Quelle que soit la voie d'abord, la chirurgie d'exérèse consistait en une vésiculo-prostato-cystectomie totale, associée à un curage bilatéral iliaque étendu selon les standards actuels [1, 2]. Le type de montage pour l'entérocystoplastie pouvait varier selon le chirurgien responsable du patient.


Pour la chirurgie robot-assistée, l'exérèse de la pièce était réalisée de manière standard. Pour le temps de la reconstruction, une mini-laparotomie de moins de huit centimètres était réalisée à cheval sur l'ombilic. Une longueur suffisante de grêle était prélevée pour réaliser une entérocystoplastie, puis une néovessie de type Hautmann était confectionnée en extracorporel, avec réimplantation séparée des deux uretères sous couvert de sondes double J.


Une fois les uretères anastomosés à la néo-vessie, elle était réintégrée dans l'abdomen. L'incision péri-ombilicale était refermée et l'anastomose entre la néo-vessie et l'urètre était réalisée sous assistance robotique par deux hémi-surjets.


Pour la voie incisionnelle, l'exérèse de la pièce était réalisée de manière standard.


Un greffon iléal était prélevé au niveau de l'avant dernière anse. La néovessie était confectionnée selon la technique retenue par l'opérateur (Hautmann, Studer, Padovani) et l'implantation des uretères était réalisée sous couvert d'une sonde urétérale passée en trans-vésico-pariétal. L'anastomose urétro-néovésicale était effectuée par des points séparés sous couvert d'une sonde vésicale.


En postopératoire, la prise en charge médicale était identique dans les deux groupes et conforme aux protocoles de réhabilitation mis en place dans le service : premier lever et retrait de la sonde nasogastrique au premier jour postopératoire, reprise de l'alimentation entre le deuxième et le troisième jour postopératoire.


Les comparaisons statistiques entre les deux groupes ont été réalisées à l'aide du logiciel SPSS. Le test de Khi2 a été utilisé pour comparer les variables qualitatives. Le test de Wilcoxon a été utilisé pour comparer les variables quantitatives. La différence était considérée comme significative si p < 0,05.


Résultats


Sur une période de 24 mois, un total de 26 patients correspondant aux critères d'inclusion ont été opérés d'une cystectomie avec remplacement vésical orthotopique dans notre service. Quinze (57,7 %) l'ont été par voie cÅ“lioscopique robot-assistée (groupe 1) et 11 (42,3 %) par voie incisionnelle (groupe 2). Tous les patients étaient des hommes.


Population de l'étude


Les caractéristiques préopératoires des patients ont été résumées dans le Tableau 1.


L'âge moyen, le BMI, le score ASA étaient comparables entre les deux groupes. Les durées moyennes d'hospitalisation étaient respectivement de 16,4 et 17,4j dans les groupes 1 et 2. Six patients prenaient des anticoagulants ou anti-agrégants plaquettaires dans le groupe 1, mais un seul dans le groupe 2. Enfin, 9 et 4 patients ont été traités par chimiothérapie néoadjuvante, respectivement dans les groupes 1 et 2 : quatre cures de M-VAC. Un patient du groupe 1 et un patient du groupe 2 n'ont pas pu recevoir les 4 cures initialement prévues en raison d'une mauvaise tolérance.


Dans le groupe 1, tous les patients (n =15) ont été opérés par le même opérateur, avec un remplacement vésical orthotopique extracorporel selon la technique de Hautmann. Cet opérateur avait une importante expérience préalable en chirurgie robotique mais n'avait jamais réalisé de cystectomie avec assistance robotique avant le début de cette étude. Une sélection des patients éligibles à la chirurgie robotique a été effectuée sur la base de critères d'imagerie préopératoire : tous ces patients présentaient une tumeur infiltrante mais sans envahissement local important sur l'imagerie (aucun cT4). Les patients présentant une tumeur localement avancée (cT3) ont été pris en charge par une chimiothérapie néoadjuvante pour diminution de la masse tumorale. Sur les huit patients classés cT3 de ce groupe, 6 patients ont été ainsi reclassés cT2 sur l'imagerie postchimiothérapie, 1 patient a refusé la chimiothérapie et 1 patient a eu un traitement incomplet (une cure) n'ayant pas permis la diminution du volume tumoral. Pour autant, ces deux patients présentaient une tumeur cT3 sur l'imagerie préopératoire mais dont l'extension extravésicale semblait limitée.


Dans le groupe 2, quatre opérateurs expérimentés ont réalisé des remplacements selon trois techniques : Studer (n =4), Padovani (n =4) et Hautmann (n =3). Trois patients ont reçu un traitement complet par chimiothérapie, un patient n'a reçu que trois cures en raison d'une mauvaise tolérance à l'issu de la troisième cure. Sur les cinq patients classés cT3, un patient a reçu trois cycles de chimiothérapie, trois patients avaient une contre-indication à la chimiothérapie, et un patient avait une tumeur pulmonaire synchrone.


Données opératoires


Les données opératoires ont été résumées dans le Tableau 2.


La médiane des pertes sanguines était significativement plus faible chez les patients opérés par voie cÅ“lioscopique robot-assistée que chez les patients opérés par voie incisionnelle (400mL vs 800mL, p =0,016) et le nombre de patients transfusés de culots globulaires en peropératoire était significativement plus important dans ce même groupe (4 vs 8, p =0,03). Aucune procédure robot-assistée n'a nécessité de conversion en laparotomie.


Résultats anatomopathologiques


Les résultats anatomopathologiques ont été résumés dans le Tableau 3.


Le nombre médian de ganglions examinés par l'anatomopathologiste était significativement supérieur chez les patients opérés par voie cÅ“lioscopique robot-assistée (15 vs 10, p =0,01).


Un patient présentait une marge chirurgicale positive. Ce patient avait été opéré par voie chirurgicale incisionnelle et la marge positive se situait au niveau de l'urètre prostatique, siège de lésions de carcinome in situ.


Complications


Les complications médicales et chirurgicales survenues au cours des 90 premiers jours postopératoires ont été rapportées dans le Tableau 4.


Cette étude étant rétrospective, il nous a été difficile d'être exhaustif sur les complications de grade I, celles-ci n'étant pas toujours signalées dans les comptes-rendus d'hospitalisation. L'essentiel des complications étaient des sepsis rapidement résolutifs sous antibiothérapie.


Une complication de grade IIIa a été retrouvée dans le groupe 1 : il s'agissait d'une lymphocèle surinfectée, drainée par voie percutanée sous anesthésie locale, et deux complications de grade IIIb : un repositionnement de la sonde vésicale le jour même de la cystectomie sous anesthésie générale, et une ischémie aiguë bilatérale des membres inférieurs traitée par thrombo-endartériectomie des carrefours fémoraux et angioplastie des artères iliaques.


Aucune complication de grade IV et V n'a été décrite dans notre étude.


Au total, 9 patients sur 15 (60 %) dans le groupe 1 et 7 patients sur 11 (63,6 %) du groupe 2 ont présenté au moins une complication.


Discussion


À notre connaissance, aucune étude n'a comparé de manière exclusive les cystectomies avec remplacement vésical orthotopique par voie robot-assistée à celles réalisées par voie incisionnelle classique. Toutes les séries actuellement publiées ont mélangé dans l'analyse des résultats les différents types de dérivations urinaires, ce qui rend impossible la comparaison pour les remplacements vésicaux orthotopiques [3, 4, 5]. D'une manière générale, peu de séries ont publié des résultats en chirurgie robotique pour la dérivation urinaire orthotopique [8, 9]. Nous avons donc souhaité évaluer, par cette étude, nos propres résultats et les comparer à ceux disponibles dans la littérature.


Les remplacements vésicaux orthotopiques dans la voie robot-assistée ont été réalisés par une mini-laparotomie, technique moins complexe que les techniques purement intracorporelles, mais dont les résultats et les complications semblent similaires selon les données actuellement disponibles dans la littérature [10].


La chirurgie robot-assistée est en plein développement. Initialement utilisée en urologie pour les prostatectomies radicales, puis pour les néphrectomies partielles, elle prend peu à peu sa place dans des chirurgies plus complexes et dans la cystectomie en particulier.


La faisabilité de cette intervention par voie cÅ“lioscopique robot-assistée n'est plus à démontrer, et se vérifie dans notre étude. En effet, malgré l'absence d'expérience de cystectomie avec remplacement vésical par voie robotique avant le début de cette étude, aucune conversion en laparotomie n'a été nécessaire et aucune complication peropératoire significative n'a été retrouvée. De plus, un seul patient a été transfusé de deux culots globulaires en peropératoire dans le groupe robotique alors que tous les patients du groupe chirurgie incisionnelle l'ont été. Par ailleurs, les durées médianes d'intervention étaient identiques dans les deux groupes.


Dans notre expérience, plusieurs résultats méritent d'être discutés.


Tout d'abord, et contrairement à ce que nous pensions, les durées de séjours n'étaient pas significativement plus courtes dans le groupe des patients opérés par chirurgie robot-assistée que dans celui des patients opérés en chirurgie ouverte (14 vs 18j, p =0,72). La durée de séjour moyenne dans le groupe robotique était très largement influencée par le fait que deux des patients de ce groupe ont été hospitalisés de manière prolongée (29 et 41j), en raison pour le premier patient d'une ischémie aiguë bilatérale ayant nécessité un geste de revascularisation et, pour le second patient, de plusieurs épisodes de sepsis ainsi qu'une insuffisance rénale aiguë spontanément résolutive. Malgré ces deux patients hospitalisés de manière prolongée, la durée de séjour moyenne dans notre série restait inférieure de un jour à celles des patients opérés en chirurgie ouverte et inférieure de quatre jours à la moyenne nationale des patients opérés en France selon les données de l'ATIH (21,1j).


La durée d'intervention en chirurgie robotique dans notre série était légèrement supérieure aux chiffres rapportés dans la littérature. Ainsi, dans la série de l'institut Montsouris décrivant les résultats de cystectomies robot-assistées avec remplacement vésical orthotopique chez 9 patients, la durée d'intervention médiane était de 270min, c'est-à-dire légèrement plus faible que dans notre série (300min) [8]. Bien qu'ayant une bonne expérience préalable en chirurgie robotique, l'opérateur impliqué dans notre étude était moins expérimenté que certains experts de ce centre. Selon Hayn et al., l'expérience préalable en chirurgie robotique exercerait une influence majeure susceptible d'expliquer cette légère différence de durée opératoire [11].


Par ailleurs, Bochner et al. ainsi que Kader et al. ont rapporté des durées d'intervention plus longues avec la chirurgie robotisée qu'avec la chirurgie ouverte [6, 12]. Ces séries incluaient tous types de dérivations urinaires. ans notre expérience, il n'a pas été retrouvé de différence significative de durée opératoire entre les deux groupes. Nous n'avons pas retrouvé d'explications à cette différence de résultats entre notre étude et l'analyse de la littérature.


En ce qui concerne les pertes sanguines, l'analyse de la littérature met en évidence pour la chirurgie robotisée des résultats similaires à ceux de notre série [9, 13]. Ainsi, dans l'étude de Montsouris sur 9 patients opérés, les pertes sanguines médianes étaient de 400mL [8] contre 455mL dans la série de Akbulut [9], et 400mL dans notre série. Dans notre série, les pertes sanguines étaient significativement plus importantes en chirurgie ouverte, entraînant un nombre de transfusions sanguines plus élevé (8 vs 4 ; p <0,03). Par ailleurs, un seul patient a nécessité une transfusion sanguine pendant la chirurgie robot-assistée contre 8 dans le groupe opéré par voie incisionnelle. Cette donnée est importante si l'on considère, comme Abel et al., que le taux de décès est directement corrélé au taux de transfusion peropératoire dans les cystectomies [14]. Les pertes sanguines constatées dans le groupe opéré par voie incisionnelle semblent élevées par rapport aux données disponibles dans la littérature. Plusieurs éléments sont susceptibles d'expliquer ces résultats. Premièrement, les pertes sanguines survenant au cours de la cystectomie sont essentiellement des pertes d'origine veineuse, qui sont moins importantes en chirurgie cÅ“lioscopique en raison de la pression qu'exerce le pneumopéritoine. Par ailleurs, il existe probablement un effet centre universitaire puisque, tout du moins pour le temps d'exérèse, il existe une délégation à des jeunes chirurgiens pour la voie ouverte. Pour la voie robot-assistée, certains temps opératoires pouvaient également être délégués, mais de manière moins fréquente compte-tenu du fait que cette technique était nouvellement mise en place dans le service.


Bien qu'il s'agissait essentiellement de complications de faible grade (majoritairement des infections urinaires), le taux de complications dans les 90j postopératoires restait assez important dans notre série comparativement aux chiffres publiés. En effet, dans la plus grande série prospective de cystectomies robot-assistées, tous types de dérivations confondues, le taux global de complications était de 48 % à 90j, pour 61,5 % dans notre série. Campos-Fernandes et al. décrivait quand à lui dans une série de 87 patients avec remplacement vésical orthotopique selon Hautmann des taux de complications de 30 % [15]. Nous n'avons pas retrouvé de différence significative entre les deux groupes pour les complications de grade I et II. Aucun patient n'était décédé au 90e jour postopératoire dans notre étude alors que le Consortium international de la cystectomie robotique décrit un taux de décès de 4,2 % sur une série de près de 1000 patients [11].


Le bien-fondé de l'utilisation de la cÅ“lioscopie dans la cystectomie pour le cancer reste encore très débattu. Elle pourrait entraîner, selon certains auteurs, un risque accru de carcinose péritonéale [16]. Notre série ne dispose pas d'un recul suffisant pour pouvoir comparer les résultats carcinologiques, en termes de survie globale et de survie sans récidive. Cependant, et en tenant compte du fait qu'aucunes différences significatives n'ont été retrouvées entre les deux groupes pour les stades cT et pT, l'analyse de nos résultats carcinologiques met en évidence trois points essentiels : aucun patient opéré par voie robot-assistée n'a présenté de carcinose péritonéale avec un suivi médian de 14 mois, aucune marge chirurgicale positive n'a été décrite et le nombre de ganglions prélevés était plus important par voie cÅ“lioscopique robot-assistée que par chirurgie incisionnelle. Cette donnée est importante quand on sait que Wright et al. ont décrit en 2008, à propos d'une série de 1260 patients, une corrélation entre le nombre de ganglions prélevés et la survie globale dans la cystectomie [17]. Dans les séries de Bochner et Kader, il n'existait pas de différence significative sur le taux de marges positives et le nombre de ganglions prélevés entre la voie incisionnelle et la voie robot-assistée [6, 12]. Le nombre de ganglions prélevés par voie robot-assistée dans les séries de Kasraeian et Akbulut étaient respectivement de 21 et 11 contre 15 dans notre étude [8, 9].


Conclusion


Malgré des effectifs relativement faibles, cette série de cystectomie robot-assistée avec remplacement vésical orthotopique confirme la faisabilité de cette intervention lorsqu'elle est réalisée par un chirurgien expérimenté en chirurgie robotique. Dès les premiers patients opérés, incluant la courbe d'apprentissage, il a été observé un bénéfice en termes de saignements et de transfusions sanguines sans allongement de la durée opératoire ni majoration du taux de complications par rapport à la chirurgicale incisionnelle classique.


À l'inverse, il n'a pas été mis en évidence de bénéfice en terme de durée de séjour pour ces 15 premiers patients.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques de la population de l'étude.
  Chirurgie robotisée (n =15)  Chirurgie incisionnelle (n =11)  p  
Âge médian ± écart-type (extrêmes)   62±10,4 (37-73)  62±9,1 (45-67)  0,9 
ASA , n (%)       0,09 
2 (13,3)  2 (18,2)   
8 (53,3)  9 (81,8)   
5 (33,3)  0 (0)   
BMI médian ± écart-type (extrêmes)   25,7±3,75 (20,2-32,2)  25,4±2,52 (21,9-29,6)  0,85 
Hémoglobine préopératoire en g/dL, médiane ± écart-type (extrêmes)   12,55±1,86 (9,4-15,3)  12,75±2,32 (9,2-15,4)  0,98 
Stade T préopératoire, n (%)       0,09 
3 (20)  0 (0)   
≥ 12 (80)  11 (100)   
BCG thérapie préalable  
Tabagisme , n (%)   10 (66,7)  8 (72,7)  0,54 
Actif  6 (40)  4 (36,4)   
Sevré  4 (26,7)  4 (36,4)   
Entérocystoplastie        
Hautmann  15   
Studer   
Padovani   





Tableau 2 - Données opératoires.
  Assistance robotique  Chirurgie incisionelle 
Durée d'intervention médiane, minutes (25 e percentile, 75 e percentile)   300 (271-365)  314 (234-380)  0,72 
Durée d'hospitalisation médiane, jours (25 e percentile, 75 e percentile)   14 (12-18)  18 (11-22)  0,72 
Pertes sanguines, mL, médiane (25 e percentile, 75 e percentile)   400 (300-600)  800 (500-1750)  0,016 
Patients transfusés , n (%)   4 (26,7)  8 (72,7)  <0,03 
CCG/patients  1,07   
Complications opératoires  
Conversion en laparotomie  





Tableau 3 - Résultats anatomopathologiques.
  Robot  Ouverte  p  
Stade pT , n (%)       0,35 
6 (40)  4 (36,4)   
CIS  3 (20)  0 (0)   
2 (13,3)  1 (9,1)   
2 (13,3)  3 (27,3)   
2 (13,3)  3 (27,3)   
Stade pN , n (%)       0,17 
15 (100)  9 (81,8)   
0 (0)  1 (9,1)   
0 (0)  1 (9,1)   
Rupture capsulaire  
Nombre de ganglions prélevés (médiane)   15  10  0,01 
Marges positives  





Tableau 4 - Complications au cours des 90 premiers jours.
  Voie robotique  Voie incisionnelle  p  
Grade       0,125 
3 (20)  4 (36,4)   
II  6 (40)  7 (63,6)   
III  3 (20)   
IV   
 




Références



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