Corrélation entre le score de l’ICIQ-UI-SF et les résultats d’un test psychométrique de personnalité d’une population ayant une incontinence urinaire

25 mars 2016

Auteurs : L. Timmermans, J. De Mol, C. Mélot, F. Falez
Référence : Prog Urol, 2016, 4, 26, 230-236
Objectif

Nous avons recherché les éléments de personnalité dans une population ayant une incontinence urinaire. Une corrélation entre les résultats du questionnaire de personnalité Minimult et les résultats de l’ICIQ-UI-SF (International Consultation Incontinence Questionnaire Urinary Incontinence Short Form) a été réalisée. Le but du travail est d’objectiver la fiabilité et la sincérité des réponses des patients et de rechercher les éléments permettant d’établir qu’un trouble de personnalité pourrait être impliqué dans la physiopathologie de l’incontinence urinaire.

Matériels et méthodes

Nous avons réalisé une étude prospective observationnelle. Un questionnaire informatisé comprenant une double présentation des trois questions scorées de l’ICIQ-UI-SF parmi les 71 questions du Minimult a été proposé à 47 patients.

Résultats

Sur 37 patients inclus, le test non paramétrique Wilcoxon-Mann-Whitney a conforté la concordance des deux questionnaires ICIQ-UI-SF avec p =0,1792. Parmi ceux-ci, l’inventaire Minimult a permis de sélectionner 23 patients dont le score de l’échelle de validité F (avec F<70) autorisait une analyse clinique fiable. Un score F>70 correspond à une personne « qui accentue ses symptômes » ou peut être significatif d’un trouble de l’attention ce qui justifie l’exclusion de ces patients. Nous avons comparé la différence des scores de l’ICIQ-UI-SF lors des test et re-test aux scores obtenus sur l’échelle de validité F, indicateur de surcharge, du questionnaire Minimult en utilisant l’analyse ROC. Les résultats ont démontré une AUC de 0,559 avec une sensibilité de 78,6 % et une spécificité de 43,5 %. Parmi cette population valide de 23 patients, aucun score L n’était supérieur à 70 ce qui indique l’absence de mensonge délibéré. L’analyse de personnalité de cette même population n’a détecté aucun trouble de personnalité dans 9 cas. Elle a démontré six cas présentant une valeur élevée sur l’échelle d’hypochondrie, cinq une valeur élevée dans l’échelle de dépression, quatre une valeur élevée dans l’échelle d’hystérie. Cette triade névrotique a été retrouvée dans deux cas. La déviation psychopathique (Pd) relative à un registre antisocial était retrouvée dans cinq cas tandis que l’échelle paranoïa ainsi que l’échelle d’hypomanie étaient élevées dans un cas mais aucune association entre ces traits de personnalité n’était observée ce qui permettait de conclure en l’absence de problèmes de comportement. Le profil psychotique associant schizophrénie, paranoïa, dépression et hypomanie n’a été retrouvé dans aucun cas. Le tableau psychasthénie qui correspond à des traits de personnalité phobo-obsessionnels était retrouvé dans près de la moitié des cas valides.

Conclusion

Nous concluons qu’une corrélation entre les résultats d’un questionnaire de personnalité et les résultats de l’ICIQ-UI-SF est réalisable. Cette étude comparative objective la fiabilité des réponses des patients tandis que la sincérité de celles-ci est déterminée par l’absence de mensonge délibéré recherché par le Minimult. Nous confirmons et précisons les données de la littérature sur les différents tableaux cliniques de la personnalité des patients incontinents en soulignant l’importance du tableau psychasthénie qui correspond à une personne anxieuse victime d’un important ressenti de son problème. Ces éléments permettent de suspecter qu’un trouble de personnalité pourrait être impliqué dans la physiopathologie de l’incontinence urinaire.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Le concept de miction cognitive intègre cinq cadres dans lesquels s'inscrit la miction à savoir le temps, le schéma cognitif, l'évitement du risque de fuite, l'habitude et l'appréciation du degré de remplissage vésical [1]. Cette notion est déterminée par le constat qu'il est difficile de définir une cause uniciste aux pathologies mictionnelles. Les facteurs psychologiques [2], les troubles de la personnalité [3] et les altérations cognitives [4] y ont un impact majeur.


Sachant que la démarche diagnostique intègre l'utilisation d'auto-questionnaires validés [5], nous nous sommes interrogés sur la validité reproductive de l'échelle ICIQ-UI-SF (International Consultation Incontinence Questionnaire Urinary Incontinence Short Form) et sur l'analyse interprétative de son score en fonction des principaux éléments de la personnalité retrouvés dans une population de patient(e)s consultant pour incontinence urinaire. L'analyse de la littérature ne rapporte pas d'autre étude combinant l'utilisation d'une échelle d'évaluation de l'incontinence et un test psychométrique de la personnalité.


Matériels et méthodes


Nous avons réalisé une étude prospective observationnelle évaluant les nouveaux patient(e)s consultant pour incontinence urinaire entre septembre 2014 et avril 2015. Les critères d'inclusion comportaient l'existence d'une incontinence urinaire, la connaissance suffisante de la langue française et l'accord écrit de participation à cette étude. Les données recueillies étaient systématiquement rendues anonymes.


Tous les patients inclus étaient soumis à un questionnaire informatisé dont le diaporama défilait à raison d'une image par 15 secondes sans possibilité de relecture. Les réponses étaient annotées sous la forme de réponse vraie ou fausse pour l'inventaire Minimult ou sous la forme de pointage de l'item adéquat ou l'indication du niveau approprié sur une échelle visuelle analogique (EVA) pour le questionnaire scoré relatif à l'ICIQ-UI-SF. Les deux questionnaires étaient conjoints avec une double présentation des trois questions scorées de l'ICIQ-UI-SF parmi les 71 questions du Minimult. Les participants devaient répondre à la totalité des 77 questions. Une dernière feuille anonyme concernait les informations démographiques relatives au sexe et l'âge. Une première diapositive présentée en début de test pour une durée de 20 secondes présentait les aspects techniques de l'étude. La durée totale du test était de 20 minutes.


ICIQ-UI-SF


Le questionnaire scoré et validé a été développé sous les auspices de l'International Consultation on Incontinence et comprend trois composantes intéressantes : la fréquence de l'incontinence urinaire, sa sévérité et son impact sur la qualité de vie [6]. La version française du questionnaire est validée tandis que sa forme numérique est en cours de validation. La forme numérique dont le contenu est inchangé par rapport à la forme papier est actuellement considérée comme équivalente par le comité de guidance de l'ICIQ. La première question était posée dans l'étude en position 6 bis et reposée en position 72, la seconde question était posée en position 32 bis et reposée en position 73 et l'impact sur la qualité de vie était évaluée sur une échelle analogique visuelle de 10cm proposée en position 59 bis puis en position 74. La dispersion des questions répétées dans l'étude permettait d'obtenir un contrôle des réponses sous forme d'une procédure test/re-test et une confrontation des différences obtenues entre la première vision et la seconde vision de la même question de l'ICIQ-UI-SF avec les données psychométriques fournies par le test Minimult.


Minimult


Les premiers tests de personnalité ont été élaborés dès 1892 avec la création dès 1943 de l'Inventaire Multiphasique de la Personnalité du Minnesota (MMPI) qui comportait 550 questions [7, 8, 9]. Dès 1955, des versions abrégées ont été élaborées dont la plus connue est le Minimult établi par Kincannon en 1968 [10, 11]. Cette dernière est utilisée dans l'évaluation des profils de personnalité en revalidation et en expertise médicale. L'inventaire comprend 3 échelles de validité et 8 échelles cliniques. La première échelle de validité L (Lie) permet de détecter les mensonges délibérés. Un résultat élevé (>70) correspond à une personne qui surestime sa propre valeur et se présente « sous son jour le meilleur ». L'échelle de validité F permet de déterminer la cohérence interne aux items. Elle contrôle la validité de l'ensemble du test et un résultat élevé (>70) indique une surcharge et correspond à une personne « qui accentue ses symptômes » ou peut être significatif d'un trouble de l'attention. L'échelle de validité K évalue la capacité d'autocritique. Une valeur élevée (>70) indique une attitude défensive qui peut aller jusqu'à une déformation dans le but de se présenter sous un aspect plus « normal » [4]. Les échelles cliniques sont les échelles hypochondrie (Hs), dépression (D), hystérie (Hy), déviations psychopathiques (Pd), paranoïa (Pa), psychasthénie (Pt), schizophrénie (Sc), et hypomanie (Ma). L'indice d'anxiété de Welsh complète l'analyse. Le seuil permettant de déterminer l'existence d'un trouble de personnalité est établi à 70 pour chaque item clinique. Les réponses obtenues sont introduites manuellement et analysées informatiquement.


Analyse statistique


Les données continues sont présentées sous forme de moyenne (m)±écart-type (ET) après vérification de la normalité (test de Wilk-Shapiro).


Les données obtenues lors de l'analyse des premières questions de l'ICIQ-UI-SF (questions 6 bis, 32 bis, et 59 bis) sont comparées aux réponses des mêmes questions reposées en position 72, 73, 74. Elles font l'objet d'une représentation box-and-whisker et d'une analyse de divergence selon les tests non paramétriques de Wilcoxon-Mann-Whitney.


Utilisant l'analyse ROC (receiver operating characteristic ), nous comparons les résultats des questions ICIQ-UI-SF en fonction des résultats de l'échelle de validité F avec valeur seuil de F>70. L'étude est poursuivie par une analyse ROC de la différence de score observée entre les résultats aux deux questionnaires ICIQ-UI-SF en fonction des résultats de l'échelle de validité F.


Les analyses ont été réalisées à l'aide du logiciel Medcalc version 11.1 (Mariakerke, Belgique).


L'étude clinique a été approuvée par le comité d'éthique universitaire en référence ULB Erasme P2014/173, avec avis favorable des comités d'éthique locaux centre hospitalier Jolimont le 20/06/2014 et CHU Charleroi le 10/09/2014.


Résultats


Sur une période de 8 mois, nous avons rencontré 47 patients présentant une incontinence urinaire. Deux patients ont été exclus pour connaissance insuffisante de la langue française et huit patients n'avaient pas rempli le consentement écrit. Trente-sept patients ont été inclus dans l'étude.


Les données démographiques relatives aux participants révèlent 7 hommes pour 30 femmes âgés en moyenne de 63 ans (ET=16,3), dont le plus jeune était âgé de 19 ans et 9 mois et le plus âgé de 92 ans et 3 mois.


La valeur moyenne obtenue lors du recueil des réponses au premier questionnaire ICIQ-UI-SF est de 13,22 (ET=4,02) et la valeur obtenue lors du recueil des réponses au second questionnaire est de 13,24 (ET=3,99). La différence moyenne entre les deux scores est de 1,16 (ET=1,7). Nous avons observé une différence minimum de 0 et maximum de 9,8 entre les deux recueils comme illustré dans la Figure 1. Nous avons noté une différence inférieure à 2 dans 29 cas, inférieure à 3 dans 5 cas, inférieure à 5 dans 2 cas. Chez une patiente âgée de 65 ans, nous avons obtenu une divergence de 9,8 avec une modification portant spécifiquement sur l'EVA de qualité de vie (différence de 8,8), ce qui évoque une fatigue en fin de questionnaire bien que les échelles de validité de l'inventaire Minimult soient dans la normalité.


Figure 1
Figure 1. 

Distribution des différences (ICIQ delta) entre les scores ICIQ-UI-SF.




L'analyse statistique illustrée en Figure 2 par une représentation box-whisker a conforté la concordance des deux questionnaires ICIQ-UI-SF déterminée avec un test de Wilcoxon (p =0,1792) et un test de Mann-Whitney (p =0,9569).


Figure 2
Figure 2. 

Comparaison des médianes (box-whisker plots) entre les deux questionnaires ICIQ-UI-SF.




Les valeurs moyennes obtenues lors du recueil des réponses à l'inventaire Minimult sont reprises dans le Tableau 1. Une seule patiente de 72 ans présentait une échelle L>70. Cette dernière présentait également des valeurs F et K supérieures à 70. Ce test n'était pas valide. Les autres patients présentaient un L<70 avec une échelle de validité F>70 dans 13 cas, ce qui démontrait chez chacun d'entre eux une attitude de surcharge. Seuls 23 patients sur les 37 inclus dans l'étude présentaient un F<70, validant les résultats obtenus à l'inventaire Minimult. Deux patients sur les 37 présentaient une échelle K>70 dont un présentait une échelle L et F>70 et l'autre une valeur F>70. L'échelle de validité K, qui correspond à une attitude défensive du sujet, ne modifiait en rien les conclusions obtenues par l'échelle F.


Nous avons comparé la différence des scores de l'ICIQ-UI-SF lors des test et re-test aux scores obtenus sur l'échelle de validité F, indicateur de surcharge qui correspond à une personne « qui accentue ses symptômes » ou peut être significatif d'un trouble de l'attention, du questionnaire Minimult en utilisant l'analyse ROC avec F>70 étant considéré comme non valide (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Courbe ROC de la variabilité de la différence des ICIQ-UI-SF en fonction de l'échelle de validité F déterminant la cohérence interne aux items.




Cette analyse a démontré une différence de 0,4 entre les deux questionnaires ICIQ-UI-SF significative avec un AUC=0,559 (sensibilité 78,6 %, spécificité 43,5 %).


Parmi cette population valide de 23 patients, aucun score L n'était supérieur à 70 ce qui indique l'absence de mensonge délibéré. L'analyse de personnalité de cette même population n'a détecté aucun trouble de personnalité dans 9 cas. Nous avons noté parmi ces 23 dossiers valides six cas présentant une valeur élevée à l'échelle d'hypochondrie, cinq avec une valeur élevée à l'échelle dépression et quatre avec une valeur élevée à l'échelle d'hystérie. Cette triade névrotique a été retrouvée dans deux cas. La déviation psychopathique (Pd) relative à un registre antisocial était retrouvée dans 5 cas tandis que l'échelle paranoïa ainsi que l'échelle d'hypomanie étaient élevées dans un cas. Aucune association entre ces traits de personnalité n'était observée permettant de conclure à l'absence de problèmes de comportement dans l'échantillon étudié. Le profil psychotique associant schizophrénie, paranoïa, dépression et hypomanie n'a été retrouvé dans aucun cas. Le résultat moyen des échelles cliniques était inférieur à 70 sauf en ce qui concerne le tableau psychasthénie qui correspond à des traits de personnalité phobo-obsessionnels que l'on peut retrouver chez une personne anxieuse victime d'un important ressenti de son problème. Ce tableau était retrouvé dans 10 cas parmi les 21 valides et dans 9 cas, l'indice d'anxiété de Welsh était supérieur à 70. Une régression linéaire et corrélation positive entre l'échelle Pt et l'indice de Welsh était observée avec r =0,55 (p =0,01, IC 0,15-0,79) (Figure 4).


Figure 4
Figure 4. 

Régression linéaire entre l'échelle de psychasthénie (Pt) et l'indice d'anxiété de Welsh.





Discussion


L'incontinence urinaire peut avoir un impact défavorable important dans de multiples aspects de la vie des individus [6]. Afin de permettre au clinicien d'utiliser un « langage commun », des questionnaires ont été élaborés [5, 6]. Élaboré par l'International Continence Society en 1998, le questionnaire ICIQ-UI-SF, d'usage aisé, présente une validité interne acceptable, une bonne fiabilité et un alpha de Cronbach de 0,95 pour la version anglaise [6]. Nous avons par ailleurs [12] objectivé que les meilleurs prédicteurs indépendants d'une incontinence urinaire démontrée sur base d'un examen urodynamique sont l'âge et le score obtenu sur la base du questionnaire ICIQ-UI-SF.


Le questionnaire ICIQ-UI-SF a été intégré dans le questionnaire d'évaluation de la personnalité à des niveaux différents afin de comparer les réponses obtenues lors du test puis du re-test. Nous avons statistiquement confirmé les observations publiées [13] confirmant la concordance des deux questionnaires signant la fiabilité du questionnaire. L'analyse de la personnalité des individus dont les réponses étaient discordantes n'a pas démontré d'anomalie clinique. Nous avons distribué les patients en deux groupes, ceux dont le score de l'échelle F était supérieur à 70 (n =14) et ceux dont le score de l'échelle F était inférieur à 70 (n =23) et avons analysé les différences de réponses aux deux questionnaires ICIQ-UI-SF en fonction de la validité attestée par le résultat observé sur l'échelle de validité F. Cette analyse a démontré une différence significative de 0,4 entre les deux questionnaires ICIQ-UI-SF avec une AUC de 0,559 lors de la réalisation de la courbe ROC distribuant la différence des scores de l'ICIQ-UI-SF selon la validité F (sensibilité 78,6 %, spécificité 43,5 %). Malgré le faible degré de signification, cette observation confirmait la concordance des résultats des deux questionnaires tout en évoquant qu'une différence de 0,4 ou plus entre deux questionnaires ICIQ-UI-SF indique une surcharge et correspond à une personne « qui accentue ses symptômes » ou peut être significatif d'un trouble de l'attention.


Afin d'exclure les réponses déviantes et atypiques invalidant le questionnaire Minimult (car les réponses pourraient signifier que la personne aurait répondu de manière aléatoire), nous avons exclu les patients dont le score de l'échelle F était supérieur à 70. Parmi cette population valide de 23 patients, aucun score L n'était supérieur à 70 ce qui indique l'absence de mensonge délibéré. L'analyse de personnalité de cette même population n'a détecté aucun trouble de personnalité dans 9 cas. L'étude de personnalité des patients incontinents s'est limitée aux 23 dossiers valides dont le score de l'échelle F était inférieur à 70, ce qui n'autorise pas de déduire des conclusions sur les 14 autres dossiers. Lors d'une précédente étude réalisée en hôpital psychiatrique, nous avions souligné la fréquence importante de l'incontinence urinaire rencontrée dans cette population spécifique [14]. L'impact des troubles psychologiques induit par les abus sexuels dans l'enfance sur les symptômes du bas appareil urinaire et en particulier sur l'incontinence urinaire a été largement évoqué lors d'une revue récente de la littérature [15]. L'impact sur la qualité de vie et en particulier sur l'anxiété et la dépression a été mis en évidence tant chez les hommes que chez les femmes dans une étude multicentrique réalisée aux États-Unis, en Angleterre et en Suède [16]. Une corrélation entre urgenturie, pollakiurie, nycturie, incontinence et anxiété a été mise en évidence par Macaulay et al. [2]. Ces auteurs ont observé dans leur population féminine un haut taux de dépression sans pour autant déterminer si ce trait de personnalité était antérieur au problème urologique ou la conséquence d'une moindre qualité de vie. Ils ont également observé des scores élevés à l'échelle « hystérie » qu'ils estiment être en rapport avec une perte d'estime de soi-même ou une perte de confiance. Une analyse d'une population masculine [3] présentant des troubles du bas appareil urinaire sur hypertrophie prostatique a mis en évidence un profil de personnalité en corrélation avec de l'anxiété, de la dépression, des attitudes pessimistes, l'absence d'espoir, de l'impulsivité et de l'hostilité, une mauvaise estime de soi, de la colère et une vulnérabilité exacerbée au stress et aux émotions négatives. Hubert et al. [1], lors d'une revue de littérature, revoient la physiopathologie des troubles de la miction et de la continence en intégrant les nouvelles notions intégrant les principes cognitifs avec les mécanismes mictionnels. Ils notent qu'une composante à la fois cognitive et psycho-émotionnelle peut être suspectée dans l'apparition d'une hyperactivité vésicale. Le système limbique, le système préfrontal et le centre pontique mictionnel interviennent dans le mécanisme physiopathologique de manière prépondérante. Les auteurs signalent l'apport thérapeutique des techniques cognitives sur la qualité de vie des patients. Un tel apport a également été observé sur la base de tests de personnalité dans d'autres pathologies chroniques tels que la lombalgie [17, 18], l'épilepsie [19], les dermatoses [20], les maladies chroniques de l'intestin [21] et les pathologies chroniques de l'enfant [22].


Dans notre étude, seulement une patiente de 72 ans présentait une échelle L>70 tout en présentant également des valeurs F et K supérieures à 70 ce qui rendait ce dossier non valide. Nous pouvons donc objectiver la fiabilité des réponses des 23 dossiers valides.


L'étude a été limitée à l'analyse de personnalité de patients incontinents sans tenir compte du type d'incontinence, de la durée des symptômes, ni d'une éventuelle perturbation psychologique indépendante du trouble urinaire. Une étude ultérieure devrait être réalisée en tenant compte de ces aspects afin d'en analyser l'impact psychosocial.


Nous avons confirmé les données observées dans la littérature en rapport avec la personnalité dépressive, anxieuse et hystérique puisque dans notre population, six cas présentaient une valeur élevée à l'échelle d'hypochondrie, cinq avec une valeur élevée à l'échelle de dépression et quatre avec une valeur élevée à l'échelle d'hystérie. Cette triade névrotique avait été retrouvée dans deux cas. Nous avions également remarqué que la déviation psychopathique (Pd) relative à un registre antisocial était retrouvé dans 5 cas. L'échelle paranoïa ainsi que l'échelle d'hypomanie étaient élevées dans un cas mais aucune association entre ces traits de personnalité n'était observée ce qui permettait de conclure en l'absence de problèmes de comportement. Le profil psychotique associant schizophrénie, paranoïa, dépression et hypomanie n'avait été retrouvé dans aucun cas. Nous avons surtout observé que le tableau psychasthénie qui correspond à des traits de personnalité phobo-obsessionnels que l'on peut décrire comme une personne anxieuse victime d'un important ressenti de son problème était retrouvé dans près de la moitié des cas valides avec une corrélation positive avec l'indice d'anxiété de Welsh. Cette notion précise les données de la littérature en rapport avec le tableau anxieux.


Conclusion


Nous concluons qu'une corrélation entre les résultats d'un questionnaire de personnalité et les résultats de l'ICIQ-UI-SF est réalisable. Cette étude comparative objective la fiabilité des réponses des patients tandis que la sincérité de celles-ci est déterminée par l'absence de mensonge délibéré recherché par le Minimult.


Nous confirmons et précisons les données de la littérature sur les différents tableaux cliniques de la personnalité des patients incontinents en soulignant l'importance du tableau psychasthénie qui correspond à une personne anxieuse victime d'un important ressenti de son problème. Ces éléments permettent de suspecter qu'un trouble de personnalité pourrait être impliqué dans la physiopathologie de l'incontinence urinaire.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Résultat moyen des échelles du Minimult comprenant les échelles de validité L (Lie), F, K et les échelles cliniques hypochondrie (Hs), dépression (D), hystérie (Hy), déviations psychopathiques (Pd), paranoïa (Pa), psychasthénie (Pt), schizophrénie (Sc), et hypomanie (Ma). L'indice de Welsh est un indice d'anxiété ; le seuil pathologique est 70 pour chaque item.
Minimult  Hs  Hy  Pd  Pa  Pt  Sc  Ma  Welsh 
m±ET  50±10  67±23  50±11  64±12  59±13  62±11  63±18  62±14  73±18  70±22  57±10  68±24 




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