Comparaison de la morbidité entre curage étendu et curage limité au cours de la prostatectomie radicale laparoscopique

25 février 2014

Auteurs : B. Rousseau, L. Doucet, M.-A. Perrouin Verbe, G. Papin, A. Erauso, V. Joulin, C. Deruelle, A. Valeri, G. Fournier
Référence : Prog Urol, 2014, 2, 24, 114-120
Objectifs

Comparer la morbidité du curage limité (CL) à celle du curage étendu (CE), chez les patients opérés par prostatectomie radicale laparoscopique (PRL) et curage pour un cancer de prostate cliniquement localisé.

Patients et méthodes

Nous avons réalisé une étude monocentrique prospective sur 303 patients consécutifs ayant un curage lors d’une PRL de juin 2000 à avril 2010. 176 patients ont eu un CL (juin 2000–juin 2006 groupe 1). Cent vingt-sept patients ont eu un CE (juin 2006–avril 2010 groupe 2) avec deux sous-groupes selon que le CE incluait le bord externe de l’artère iliaque externe (juin 2006–février 2008, groupe 2a, n =60) ou non (mars 2008–avril 2010, groupe 2b, n =67).

Résultats

Les données préopératoires (âge, IMC, cTNM, Gleason et PSA) étaient comparables entre les groupes. Le nombre de ganglions et l’incidence des ganglions métastatiques étaient moindre dans le groupe 1 (6,7 ganglions et 5,7 %) que dans le groupe 2 (a+b) (15,6 ganglions et 18,9 %) (p <0,001 et p =0,0004). Mais il n’y avait pas de différence entre les groupe 2a et 2b (15,4 et 16,7 % vs 15,8 et 20,8 % p =0,67 et p =0,65 respectivement). Il existait plus de complications totales dans le groupe CE (35,4 % vs 14,2 %, p =0,0001), notamment plus de complications lymphatiques (27,5 % vs 10,2 % p <0,0001) et de lymphœdèmes (LO) (15,7 % vs 0,6 % p <0,00001). Mais le taux de lymphorhée (LR) et lymphocèle (LC) n’était pas différent (p =0,11 et p =0,17). L’ensemble des complications étaient majoritairement de faible grade de Clavien (1+2) quel que soit le groupe de curage. La durée d’hospitalisation n’était pas augmentée dans les groupes 2a ou 2b par rapport au groupe 1. Le taux de LR et de LC était plus élevé dans le groupe 2a que dans le groupe 1 (p =0,02 et p =0,05) mais pas entre le groupe 2b et 1 (p =0,81 et p =0,47).

Conclusion

Notre étude mettait en évidence d’avantage de complications lymphatiques en cas de curage étendu, mais en majorité de faible grade. La non inclusion du tissu lymphatique du bord externe de l’artère iliaque externe réduisait le risque de complication lymphatique en cas de CE sans en altérer la qualité.




 




Introduction


Le curage ganglionnaire ilio-obturateur est le meilleur outil de stadification du cancer de la prostate cliniquement localisé. En effet les examens d'imagerie tels que le scanner, l'IRM ou plus récemment le PET scanner à la choline ont une sensibilité insuffisante pour détecter les métastases ganglionnaires [1]. L'intérêt de l'extension du curage au-delà de la région iliaque externe sous-veineuse a été souligné par les travaux de Bader et al. [2] et Heidenreich et al. [3], et confirmé depuis comme le standard de curage actuel [4]. La plupart des auteurs rapportent une augmentation des complications en cas de curage étendu (CE) [5, 6, 7, 8], ce qui n'est pas confirmé par d'autres [3, 9]. Nous rapportons les résultats comparatifs de la morbidité ainsi que la gravité des complications selon Clavien [10], entre CE et curage limité (CL).


Patients et méthodes


De juin 2000 à avril 2010, nous avons réalisé un curage au cours d'une prostatectomie radicale laparoscopique (PRL) chez 303 patients consécutifs atteint d'un cancer de prostate cliniquement localisé. L'indication du curage reposait sur l'appartenance au groupe pronostique à risque intermédiaire ou à haut risque de dissémination ganglionnaire métastatique (PSA≥10 et/ou un Gleason≥7). Trois types de curage ont été réalisés (Figure 1) :

groupe 1 (G1) : de juin 2000 à juin 2006, 176 patients consécutifs ont eu une PRL associée à un curage limité (CL). L'aire de dissection comprenait le triangle entre le bord interne de l'artère iliaque externe en dehors, le pédicule obturateur en dedans, la bifurcation de la veine iliaque externe en haut et le ligament de Cooper en distalité ;
groupe 2 (G2) : de juin 2006 à avril 2010, 127 patients consécutifs ont eu un CE selon deux méthodes :
∘
groupe 2a (G2a) : de juin 2006 à février 2008, 60 patients consécutifs ont eu un curage étendu en dehors au bord externe de l'artère iliaque externe, en proximal jusqu'au croisement de l'uretère et de l'artère iliaque commune, en distalité le ligament de Cooper, en dedans jusqu'à l'artère ombilicale (incluant l'artère iliaque interne et ses premières branches de bifurcation), en profondeur, le fascia endopelvien,
∘
groupe 2b : de mars 2008 à avril 2010 : 67 patients consécutifs ont eu un CE de limite identique au G2a mais sans dissection du bord externe de l'artère iliaque externe afin de respecter la chaîne lymphatique la plus externe de l'axe iliaque externe.



Figure 1
Figure 1. 

Représentation des limites anatomiques du curage étendu et du curage limité et des groupes 2a et 2b.




La modification de la technique entre le groupe 2a et le groupe 2b a été effectuée devant l'observation d'un taux élevé de complications lymphatiques dans le groupe 2a.


Tous les patients ont eu des injections d'héparine de bas poids moléculaire à visée préventive (Enoxaparine 4000 UI) débutant la veille de l'intervention, jusqu'au 15e jour postopératoire. Les ganglions ont été recueillis en monobloc dans deux sacs séparés (droit et gauche). La prostatectomie était effectuée par voie cÅ“lioscopique transpéritonéale avec une dissection antérograde, conservation ou non des pédicules neurovasculaires, ligature et section du plexus veineux Santorini, section urétrale et anastomose urétrovésicale, puis mise en place d'une sonde vésicale et pose d'un drain en préanastomotique en fin d'intervention. L'ablation du drain était effectuée dès que le débit était inférieur à 100cm3 par jour. En règle générale la sonde était laissée cinq à septjours selon la préférence de l'opérateur et l'hospitalisation était prolongée jusqu'à 24h après l'ablation de la sonde vésicale. À partir d'octobre 2007, il était proposé au patient l'ablation de la sonde vésicale à domicile et une sortie de l'hôpital au cinquième jour.


Technique anatomopathologique


Toutes les pièces opératoires du curage ont été incluses pendant 24h dans une solution de formaldéhyde 4 % puis examinées par la même équipe anatomopathologique. Les ganglions ont été comptés à la main par palpation. Ils ont été systématiquement recoupés. Aucun dissolvant des graisses n'a été utilisé. Les ganglions ont été disposés deux par deux dans les cassettes, ils ont ensuite été colorés par hématoxyline éosine (HE) puis coupés pour examen microscopique (coupe de 4μm).


Critères étudiés


Toutes les données ont été collectées de manière prospective.


Les complications ont été répertoriées selon la classification de Clavien [10]. Les complications peropératoires au cours du curage ont été recensées (plaie vasculaires, urétérales ou digestive et les atteintes nerveuses.). En postopératoire, ont été étudiées les complications de j0 à j30 comprenant les complications lymphatiques du curage, définies comme :

l'apparition de lymphorhée (LR) définie comme la persistance d'un écoulement lymphatique par l'orifice cutané du drain ou la cicatrice ombilicale, après l'ablation du drain ;
l'apparition d'une lymphocèle symptomatique (correspondant soit à une lymphocèle douloureuse, infectée ou entraînant une compression veineuse responsable d'une phlébite ou d'un Å“dème.) (LC), dont le diagnostic était confirmé par l'imagerie ;
l'apparition d'un lymphÅ“dème des organes génitaux externes, inguinal et/ou des membres inférieurs (LO) systématiquement recherché à l'interrogatoire en postopératoire, et/ou diagnostiqué cliniquement.


De plus les complications non lymphatiques ont été recensées comprenant le nombre d'évènements thromboemboliques, d'abcès sur orifice de trocart, d'atteinte du nerf génitofémoral, d'hématome pelvien ou de transfusion.


Enfin les durées de drainage et d'hospitalisation ont été également colligées.


Résultats


Caractéristiques de la population


Il n'existait pas de différence significative concernant l'âge, l'index de masse corporelle (IMC), le score American Society of Anesthesiologists (ASA), le taux Prostate Specific Antigen (PSA), le classification clinique TNM (cTNM) et le score de Gleason biopsique entre les groupes G1, G2a et G2b (Tableau 1).


Paramètres oncologiques


Le nombre de ganglions était significativement moindre dans le groupe 1 (6,7 ganglions) que dans le groupe 2 (a+b) (15,6 ganglions) (p <0,001). De même l'incidence des ganglions métastatiques était plus faible dans le groupe 1 (5,7 % vs 18,9 % p =0,0004).


En revanche, il n'y avait pas de différence significative sur le nombre de ganglions prélevés entre les groupe 2a et 2b (15,4 et 15,8 respectivement p =0,67) et sur l'incidence des ganglions métastatiques (16,7 % vs 20,8 % p =0,65).


Morbidité


Complications peropératoires


Trois patients ont eu une complication vasculaire ou nerveuse (1 %). Ces complications étaient respectivement une section de l'artère obturatrice à son origine sur l'artère iliaque interne (groupe 2a), une plaie de la veine iliaque externe suturée en cÅ“lioscopie, et un traumatisme électrique du nerf obturateur (groupe 2b). Il n'y avait pas de différence entre les trois groupes.


Complications postopératoires



Curage étendu (G2 a+b) versus limité (G1)


Il existait plus de complications de tous types confondus en cas de curage étendu (G2 a+b) (35,4 % vs 14,2 %, p =0,0001) (Tableau 2). La différence portait sur les complications lymphatiques (27,5 % vs 10,2 % p <0,0001) et en particulier la fréquence des lymphÅ“dèmes (15,7 % vs 0,6 % p <0,00001). En revanche, il n'y avait pas de différence significative concernant le taux de LR et de LC entre les deux groupes (15,7 % vs 9,6 % et 3,1 % vs 0,6 % p =0,11 et p =0,17 respectivement). Sur les cinq cas de LC observés sur l'ensemble des groupes, seul un patient du groupe 2a a nécessité un drainage percutané sous scanner.


Sur l'ensemble des complications observées dans notre étude la majorité étaient de faible grade de Clavien (1+2) quel que soit le groupe de curage, respectivement 88 %, 96,4 % et 94,1 % pour les groupes 1, 2a et 2b (Tableau 3). La durée d'hospitalisation n'était pas augmentée dans les groupes 2a et 2b par rapport au groupe 1 (Tableau 4).


Curage étendu incluant l'artère iliaque externe (G2a) versus curage étendu sans extension à l'artère (G2b)


Il existait d'avantage de lymphorhées, de lymphocèles et de lymphÅ“dème au sein du groupe 2a versus 2b, sans que cette différence soit significative pour les lymphorrées et les lymphocèles (Tableau 2). De plus, il n'existait pas de différence de durée de lymphorhée entre les groupes 2a et 2b, respectivement 1,8 et 2,1jours (p =0,46). De même il n'existait pas de différence sur la durée de lymphÅ“dème, avec respectivement 5,2 et 4,9 mois (p =0,91). Quatre patients ont eu un lymphÅ“dème de plus d'un an (trois dans le groupe 2a et un dans le groupe 2b). La localisation préférentielle du LO était les organes génitaux externes dans 68 % des cas, le membre inférieur dans 22 % des cas et l'aine dans 10 % des cas. Enfin, les patients du groupe 2b avaient une durée d'hospitalisation plus courte que les 2a (Tableau 4).


Comparaison entre curage étendu sans inclure l'artère iliaque externe (G2b) et curage limité (G1)


Il n'existait pas plus de lymphorhée ou de lymphocèle, mais on observait d'avantage de lymphÅ“dème (Tableau 2). Les patients du groupe 2b avaient une durée d'hospitalisation plus courte (Tableau 4).


Discussion


Dans notre étude, le passage du CL (groupe 1) au CE (groupe 2) permettait d'observer 2,3 fois plus de ganglions et 2,9 fois plus de ganglions métastatiques. Cela était conforme aux données de la littérature permettant d'identifier entre 1,3 et 2,6 fois plus de ganglions métastatiques en cas de curage étendu [6, 11], et une fréquence de métastases ganglionnaires de 2,9 à 3,7 fois plus élevée [6, 11]. Ces données confirment la supériorité du CE pour la stadification du cancer de la prostate [4].


Dans notre expérience, cette amélioration de la stadification était cependant accompagnée d'une morbidité 2,5 fois supérieure, ce qui est rapporté également dans les rares études comparatives publiées [5, 6, 7]. En effet, il existe le plus souvent d'avantage de complications en cas de curage étendu, qu'il s'agisse de curage effectué en chirurgie ouverte ou cÅ“lioscopique [5, 6, 7, 8], mais cela n'est pas retrouvé par d'autres auteurs [3, 9]. En revanche plus de 95 % des complications observées dans notre série étaient de faible grade de Clavien, ce qui est inférieur à la série laparoscopique robot assistée non comparative de Yuh et al., seule publiée avec cette classification, et qui rapporte 29,1 % de complications de grade 3 contre 4,4 % dans notre étude [12].


L'analyse spécifique du type de complications montre que l'essentiel des complications survient en postopératoire et est d'origine lymphatique. En effet, les complications peropératoires au cours du curage étendu sont rares, inférieures à 1 % et peuvent comporter des lésions du nerf obturateur ou vasculaires comme dans deux cas de notre série, ou bien des plaies de l'uretère [3, 5, 9]. Il ne s'agit pas de complications propres au curage étendu et étaient également décrites dans les séries de curage limité [13]. Dans notre expérience l'atteinte du nerf obturateur a récupéré sans séquelles à long terme.


Après curage ganglionnaire, qu'il soit limité ou étendu, les complications postopératoires sont majoritairement d'origine lymphatique [5, 6, 8] Cela a été observé également dans notre étude avec 77,8 % des complications d'origine lymphatique dans le groupe curage étendu et 72 % en cas de curage limité.


Les lymphorhée étaient observées respectivement, dans 9,9 % des cas pour le curage limité, 11,5 % en cas de curage étendu sans inclure l'artère iliaque externe, et 21,3 % en cas de curage étendu à la partie externe de l'artère iliaque externe. La littérature fait état de 0 à 10,3 % de lymphorhée, avec, pour Briganti et al., une plus grande fréquence en cas d'extension du curage (4,4 % à 10,3 %) et une durée d'hospitalisation plus longue [6]. Notre taux de lymphorhée était plus élevé que dans la littérature mais, outre des différences techniques (lymphostase, étendue du curage, date d'ablation du drain), il pourrait s'agir de définitions différentes d'un auteur à l'autre [6, 9]. Il est intéressant de noter que le taux de lymphorhée dans notre étude n'était pas significativement différent entre curage limité et étendu, dès lors que la zone externe de l'artère iliaque externe était préservée. Cela suggère un lien entre l'étendue du curage à ce niveau et la survenue de lymphorhée. Enfin la fréquence de cette complication peut être tempérée par la durée de lymphorhée qui était de 48h dans trois quarts des cas et sans incidence sur la durée d'hospitalisation.


Dans la littérature le taux de LC après curage étendu varie de 2 à 4,1 % en cÅ“lioscopie [7, 9, 12, 14, 15, 17] et de 3,3 % à 10,6 % [3, 5, 6, 8] en chirurgie ouverte. Cela correspond aux résultats de notre étude où il existait 3,1 % de LC pour les patients du groupe 2 (a+b). En revanche il existait huit fois plus de lymphocèle en cas de curage étendu à l'aire externe de l'artère (4,9 %) comparé au curage limité (0,6 %), (p =0,05). La littérature n'apporte pas d'arguments définitifs sur la fréquence plus élevée de lymphocèle en cas de curage étendu même si l'étude de Musch et al. a montré un risque multiplié par 2,7 [5].


Par ailleurs, un seul patient sur les cinq cas de LC de la série a nécessité un geste de drainage percutanée soulignant la rareté du recours à un traitement de cette complication. Orvieto et al. ont rapporté la nécessité d'un drainage dans 33 % des cas ce qui correspond à notre expérience [14]. Notre attitude conservatrice s'oppose à celle de Zorn et al. et Naselli et al. qui traitent toute lymphocèle symptomatique [15, 16].


En ce qui concerne les lymphÅ“dèmes notre étude se distinguait des séries publiées par leur survenue plus fréquente en cas de curage étendu (groupe 2a+b, 15,7 %). En effet Yuh et al., Feicke et al. et Clark et al. rapportaient un taux de LO de 2,8 % ; 2 % et 4 % respectivement [8, 12, 17]. Si des différences méthodologiques concernant le recueil prospectif (comme dans notre étude) ou rétrospectif [17] peuvent être impliquées, l'étendue de la dissection mais également le siège de l'extension nous paraissent avoir un rôle déterminant. En effet dans notre étude, plus la dissection était étendue plus le taux de LO était important (curage limité 0,6 % versus curage étendu 15,7 %). De plus la dissection de la chaîne externe de l'artère iliaque externe apparaît déterminante si l'on compare nos trois groupes d'aires de dissection croissantes avec respectivement 0,6 %, 7,6 % et 24,6 % en cas de curage limité, curage étendu sans l'aire externe de l'artère et curage étendu incluant la chaine externe (différences significatives entre les différents groupes). Cette zone à risque de complications lymphatiques que représente l'aire externe de l'artère iliaque externe est également suspectée par l'étude de Capitanio et al. dans laquelle le nombre de ganglions disséqués dans l'aire iliaque externe était un facteur de risque de survenue de LR et de LC symptomatique, contrairement au nombre de ganglions disséqués dans le reste du curage [18]. Pour autant le risque de lymphÅ“dème n'est pas écarté définitivement par la réalisation d'un curage épargnant l'aire externe de l'artère iliaque externe. En effet dans les publications où il est précisé par les auteurs qu'ils préservent cette zone, des lymphÅ“dème ont été rapportés [17]. Par ailleurs, dans le cadre du curage iliaque réalisé pour la stadification des cancers d'origine gynécologique, Abu-Rustum et al. ont avancé l'hypothèse que la dissection des ganglions iliaques circonflexes et des ganglions en avant du ganglion de Cloquet serait susceptible d'induire plus de LO [19].


Parmi les autres facteurs de risque de complications lymphatiques Capitanio et al. décrivaient également l'âge et le nombre total de ganglions prélevés [18]. Nous n'avons cependant pas confirmé ces facteurs de risque dans notre étude. En effet le nombre de ganglions disséqués était le même dans nos deux groupes de curage étendu (groupe 2a et 2b avec 15,4 et 15,8 ganglions respectivement p =0,67) sans qu'il n'y ait eu de différence significative sur le taux de ganglions métastatiques (16,7 % et 20,8 % respectivement). Ainsi notre étude apporte des éléments en faveur de la réalisation d'un curage étendu sans inclure la chaîne externe de l'artère iliaque externe pour réduire le risque de complications, mais elle montre également que cela n'était pas au détriment de la qualité de la stadification (nombre de ganglions prélevés). Par ailleurs la non inclusion de l'artère iliaque externe dans l'aire du curage étendu est également supportée par les études anatomiques de Bader et al. et Heidenreich et al. qui n'avaient pas observé de métastases dans cette aire [2, 3]. Quant aux études anatomiques, Delmas et al. décrivaient trois sous-groupes dans le groupe iliaque externe (courant artériel, arterioveineux et sous-veineux) mais ne précisaient pas si tous drainaient la prostate [20].


Conclusion


Notre étude mettait en évidence que le CE a une morbidité supérieure à celle du CL mais que celle-ci était majoritairement peu sévère et sans conséquence sur la durée d'hospitalisation. De plus la non inclusion du tissu lymphatique du bord externe de l'artère iliaque externe réduisait le risque de complication lymphatique en cas de CE sans altérer le nombre de ganglions prélevés et l'identification des ganglions métastatiques.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



☆  Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Caractéristiques anatomocliniques en fonction des groupes étudiées.

 
Groupe 1
n =176 
Groupe 2a
n =60 
Groupe 2b
n =67 
p G1/G2a  p G2a/G2b  p G1/G2b 
ASA (%)              
30,7  36,6  38,8  0,59  0,37  0,50 
61,4  60  50,7 
3,9  1,7 
NA  3,9  1,7  4,5 
Âge
Médiane/extrêmes  
65
(51-77) 
63
(51-74) 
63
(47-77) 
0,21  0,37  0,11 
IMC
Médiane/extrêmes  
25,9
(18,1-34,6) 
25,3
(18,6-34,3) 
25,6
(18,3-32,9) 
0.1  0,63  0,66 
cTNM (%)              
T1  60,9  55  65,7  0,57  0,23  0,57 
T2  38,6  43,5  29,8 
T3  0,5  1,7  4,5 
Gleason Biopsique (%)              
5-6  41,9  28,3  34,3  0,12  0,64  0,17 
53,6  63,3  55,2 
8-9  4,5  8,4  10,5 
PSA (ng/mL)
Médiane/extrêmes  
11,3
(2,01-47) 
9
(3-66,4) 
9
(1,45-41) 
0,76  0,20  0,16 



Légende :
NA : non analysable ; IMC : indice de masse corporelle.



Tableau 2 - Taux de complications postopératoires des groupes 1, 2a et 2b.
  Groupe 1
n =176 
Groupe 2a
n =60 
Groupe 2b
n =67 
p G1/G2a  p G2a/G2b  p G1/G2b 
Lymphorhée   9,6 % (17)  21,3 % (13)  11,5 % (7)  0,02  0,09  0,81 
Lymphocèle              
Total  0,6 % (1)  4,9 % (3)  1,5 % (1)  0,05  0,35  0,47 
Trait invasif  0 %  0,8 %  0 %  0,25     
LymphÅ“dème   0,6 % (1)  24,6 % (15)  7,6 % (5)  <0,000001  0,01  0,007 
Total complication lymphatique   10,2 (18)  40 % (24)  16,4 % (11)  <0,00001  0,01  0,19 
Atteinte nerf genitofemoral   1,7 % (1)       
Transfusion   1,7 % (3)  1,7 % (1)  1,5 % (1)       
Hématome pelvien   1,7 % (3)  1,7 % (1)  1,5 % (1)       
Évènement thrombo-embolique   0,6 % (1)  1,7 % (1)  4,5 % (3)       
Abcès de paroi   1,1 % (2)  3,3 % (2)       
RAU   1,7 % (3)  5 % (3)  3 % (2)       
Total   14,2 % (25)  46,7 % (28)  25,3 % (17)  <0,0001  0,009  0,28 



Légende :
RAU : rétention aigue d'urines.



Tableau 3 - Taux de complication selon la stadification de Clavien.
  Groupe 1
n =176 
Groupe 2a
n =60 
Groupe 2b
n =67 
p G1/G2a  p G2a/G2b  p G1/G2b 
10,8 % (19)  40 % (24)  16,4 % (11)  <0,00001  0,003  0,27 
1,7 % (3)  5 % (3)  7,4 % (5)  0,17  0,72  0,04 
3a  0,6 % (1)  1,7 % (1)  0,44  0,47   
3b  1,1 % (2)  1,5 % (1)       





Tableau 4 - Comparaison des durées de drainage et d'hospitalisation (médiane).
  Groupe 1
n =176 
Groupe 2a
n =60 
Groupe 2b
n =67 
p G1/G2a  p G2a/G2b  p G1/G2b 
Durée de drainge  2 jours
(0-8 jours) 
2 jours
(1-7) 
2 jours
(0-6) 
0,02  0,02  0,87 
Volume total drainé  NA  300 cm3
(15-2775) 
225 cm3
(0-3410) 
  0,76   
Durée d'hospitalisation  6 jours
(5-33) 
7 jours
(6-11) 
6 jours
(5-19) 
0,93  0,03  0,04 




Références



Joniau S., Van den Bergh L., Lerut E., Deroose C.M., Haustermans K., Oyen R., et al. Mapping of pelvic lymph node metastases in prostate cancer Eur Urol 2013 ;  63 : 450-458 [cross-ref]
Bader P., Burkhard F.C., Markwalder R., Studer U.E. Is a limited lymph node dissection an adequate staging procedure for prostate cancer? J Urol 2002 ;  168 : 514-518 [cross-ref]
Heidenreich A., Varga Z., Von Knobloch R. Extended pelvic lymphadenectomy in patients undergoing radical prostatectomy: high incidence of lymph node metastasis J Urol 2002 ;  167 : 1681-1686 [cross-ref]
Salomon L., Peyromaure M., Fromont G., Rozet F., Eiss D., Bastide C., et al. Le curage ganglionnaire dans le cancer de la prostate: une mise au point du comité de cancérologie de l'association française d'urologie Prog Urol 2012 ;  22 : 510-519 [inter-ref]
Musch M., Klevecka V., Roggenbuck U., Kroepfl D. Complications of pelvic lymphadenectomy in 1,380 patients undergoing radical retropubic prostatectomy between 1993 and 2006 J Urol 2008 ;  179 : 923-928 [cross-ref]
Briganti A., Chun F.K., Salonia A., Suardi N., Gallina A., Da Pozzo L.F., et al. Complications and other surgical outcomes associated with extended pelvic lymphadenectomy in men with localized prostate cancer Eur Urol 2006 ;  50 : 1006-1013 [cross-ref]
Stone N.N., Stock R.G., Unger P. Laparoscopic pelvic lymph node dissection for prostate cancer: comparison of the extended and modified techniques J Urol 1997 ;  158 : 1891-1894 [cross-ref]
Clark T., Parekh D.J., Cookson M.S., Chang S.S., Smith E.R., Wells N., et al. Randomized prospective evaluation of extended versus limited lymph node dissection in patients with clinically localized prostate cancer J Urol 2003 ;  169 : 145-147 [cross-ref]
Eden C.G., Arora A., Rouse P. Extended vs standard pelvic lymphadenectomy during laparoscopic radical prostatectomy for intermediate- and high-risk prostate cancer BJU Int 2010 ;  106 : 537-542 [cross-ref]
Dindo D., Demartines N., Clavien P.A. Classification of surgical complications: a new proposal with evaluation in a cohort of 6336 patients and results of a survey Ann Surg 2004 ;  240 : 205-213 [cross-ref]
Allaf M.E., Palapattu G.S., Trock B.J., Carter H.B., Walsh P.C. Anatomical extent of lymph node dissection: impact on men with clinically localized prostate cancer J Urol 2004 ;  172 : 1840-1844 [cross-ref]
Yuh B.E., Ruel N.H., Mejia R., Wilson C.M., Wilson T.G. Robotic extended pelvic lymphadenectomy for intermediate- and high-risk prostate cancer Eur Urol 2012 ;  61 : 1004-1010 [cross-ref]
Kavoussi L.R., Sosa E., Chandhoke P., Chodak G., Clayman R.V., Hadley H.R., et al. Complications of laparoscopic pelvic lymph node dissection J Urol 1993 ;  149 : 322-325
Orvieto M.A., Coelho R.F., Chauhan S., Palmer K.J., Rocco B., Patel V.R. Incidence of lymphoceles after robot-assisted pelvic lymph node dissection BJU Int 2011 ;  108 : 1185-1190
Zorn K.C., Katz M.H., Bernstein A., Shikanov S.A., Brendler C.B., Zagaja G.P., et al. Pelvic lymphadenectomy during robot-assisted radical prostatectomy: Assessing nodal yield, perioperative outcomes, and complications Urology 2009 ;  74 : 296-302 [inter-ref]
Naselli A., Andreatta R., Introini C., Fontana V., Puppo P. Predictors of symptomatic lymphocele after lymph node excision and radical prostatectomy Urology 2010 ;  75 : 630-635 [inter-ref]
Feicke A., Baumgartner M., Talimi S., Schmid D.M., Seifert H.H., Müntener M., et al. Robotic-assisted laparoscopic extended pelvic lymph node dissection for prostate cancer: surgical technique and experience with the first 99 cases Eur Urol 2009 ;  55 : 876-883
Capitanio U., Pellucchi F., Gallina A., Briganti A., Suardi N., Salonia A., et al. How can we predict lymphorrhoea and clinically significant lymphocoeles after radical prostatectomy and pelvic lymphadenectomy? Clinical implications BJU Int 2011 ;  107 : 1095-1101 [cross-ref]
Abu-Rustum N.R., Barakat R.R. Observations on the role of circumflex iliac node resection and the etiology of lower extremity lymphedema following pelvic lymphadenectomy for gynecologic malignancy Gynecol Oncol 2007 ;  106 : 4-5 [cross-ref]
Delmas V., Durand X., Boccon-Gibod L. Bases anatomiques de la dissection des noeuds lymphatiques dans le cancer de la prostate Prog Urol 2004 ;  14 : 252-254






© 2013 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.