Causes et facteurs prédictifs d’une hospitalisation postopératoire prolongée après urétéroscopie souple : expérience d’un centre hospitalo-universitaire

25 mars 2020

Auteurs : S. Hanau, O. Traxer, O. Cussenot, S. Doizi
Référence : Prog Urol, 2020, 3, 30, 137-146
But

Identifier les causes d’hospitalisation prolongée chez les patients traités par urétéroscopie souple (URS-S). L’objectif secondaire a été d’identifier des facteurs prédictifs de complication.

Matériel

Une étude de cohorte rétrospective monocentrique a été menée entre janvier 2011 et décembre 2015. Ont été inclus tous les patients consécutifs traités par URS-S dans le cadre d’une intervention programmée, quelle que soit l’indication, durant la période étudiée ET restés hospitalisés au moins une journée en plus de la durée d’hospitalisation postopératoire traditionnelle de notre centre (>j1). Une analyse multivariée a été réalisée pour rechercher les facteurs prédictifs d’hospitalisation prolongée.

Résultats

Au total, 272 patients ont été inclus dans notre analyse. La durée médiane d’hospitalisation postopératoire était de deux jours [2–18]. 47 % des patients sortis à plus de j1 n’avaient aucune complication. Parmi eux, 56 % étaient restés pour surveillance simple décidée par le chirurgien sans qu’aucun traitement spécifique n’ait été introduit et 52 % pour poursuite d’une antibiothérapie par voie intraveineuse initiée en préopératoire. Parmi les 144 patients restants et ayant eu une complication, 85,4 % (123/144) avaient une complication mineure (Clavien 1 ou 2). En analyse multivariée, les facteurs prédictifs d’avoir une hospitalisation prolongée (sortie>j1) étaient un antécédent neurologique (paraplégie, spina bifida, sclérose en plaque) avec un odds ratio de 4,39 [1,7 ; 11,4]

Conclusion

Les causes d’hospitalisation prolongée étaient principalement les comorbidités. Un nombre non négligeable de patients étaient restés hospitalisés sans complication. L’identification des facteurs prédictifs de complications et d’hospitalisation prolongée peut permettre une meilleure sélection des patients éligibles à la chirurgie ambulatoire et sélectionner ceux pour qui l’hospitalisation traditionnelle reste recommandée.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


L'urétéroscopie est actuellement la modalité de traitement des calculs urinaires la plus utilisée dans de nombreux pays [1, 2, 3, 4, 5, 6]. L'URS-S peut être pratiquée en chirurgie ambulatoire ou hospitalisation traditionnelle. Dans ce dernier cas, la durée d'hospitalisation rapportée dans la littérature est d'une à trois journées [7, 8, 9, 10]. Cependant, lorsque la durée d'hospitalisation postopératoire est prolongée, aucune étude ne s'est attachée à étudier si celle-ci était reliée à une complication ou non .


L'objectif principal de cette étude a été d'identifier les causes d'hospitalisation prolongée chez les patients traités par URS-S dans le cadre d'une intervention programmée (sortie>j1). L'objectif secondaire a été d'identifier les facteurs prédictifs d'hospitalisation prolongée.


Materiel et méthodes


Une étude de cohorte rétrospective monocentrique a été menée dans un service d'Urologie hospitalo-universitaire français sur une période allant du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2015.


Critères d'inclusion


Ont été inclus tous les patients consécutifs traités par URS-S dans le cadre d'une intervention programmée, quelle que soit l'indication, durant la période étudiée ET restés hospitalisés au moins une journée en plus de la durée d'hospitalisation postopératoire traditionnelle de notre centre qui est d'une journée. Tous les patients sortis après j1 postopératoire ont été inclus dans notre analyse.


Critères de non inclusion


N'ont pas été inclus les patients traités par URS-S en chirurgie ambulatoire ET sortis le jour même ainsi que les patients traités au cours d'une hospitalisation traditionnelle ET sortis à j1 postopératoire. Les patients ayant été opérés par chirurgie combinée pour calcul rénal (URS-S+néphrolithotomie percutanée), les patients ayant eu une URS-S non programmée et ceux pour qui une URS-S était réalisée dans le même temps qu'une autre intervention n'ont pas été inclus.


La constitution de la cohorte de patients a été réalisée à partir des données CCAM (Classification Commune des Actes Médicaux) et PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information) du service sur la période étudiée. Les codes CCAM utilisés afin d'identifier les patients étaient : JBQE001, JCQE003, JANE002, JANE005, JBNE004. Les données suivantes ont ensuite été recueillies : sexe, âge, indice de masse corporelle (IMC) en kg/m2, antécédents médicaux et chirurgicaux, indication de l'URS-S, taille du/des calcul(s) et localisation (si URS-S pour calculs urinaires), résultat de l'ECBU préopératoire ainsi que la prescription d'un traitement antibiotique en cas de colonisation bactérienne, résultat de la bandelette urinaire réalisée la veille ou le jour de l'intervention, créatininémie, présence d'un drainage préopératoire par sonde double J ou autre, temps opératoire, insertion d'une gaine d'accès urétérale, lésions urétérales liées à l'insertion de cette gaine, pose d'une endoprothèse urétérale en postopératoire (sonde urétérale ou sonde double j), présence d'une complication postopératoire classée selon la classification de Clavien Dindo et son traitement, la durée d'hospitalisation totale et postopératoire [11, 12].


Le critère de jugement principal était d'identifier les causes de durée d'hospitalisation prolongée (sortie>j1 postopératoire) après l'intervention. Les critères de jugement secondaires étaient d'identifier des facteurs prédictifs d'hospitalisation postopératoire prolongée en fonction des données pré- et peropératoires.


Analyse statistique


Les analyses statistiques ont été réalisées avec les logiciels XLSTAT.2016.03, BayesiaLab 6.02 et MedCalc Version 11.6. Une analyse descriptive des données avec report de la fréquence de survenue des évènements puis mesure dans certains cas du nombre médian et des moyennes a été réalisée. L'analyse prédictive de la durée d'hospitalisation postopératoire et des complications chirurgicales a été réalisée en utilisant une modélisation bayésienne. Ce type d'analyse prend en considération l'ensemble des paramètres affectant les résultats chirurgicaux. Chaque patient a été affecté à un groupe de résultats mutuellement exclusifs (hospitalisation postopératoire j2, j3 à j4, ≥j5 ; absence de complication/CLAVIEN=0 ou Complication/CLAVIEN>0). Une matrice de probabilité conditionnelle a ensuite été développée pour l'ensemble des paramètres du patient qui ont pu influer sur les résultats. L'analyse de Bayes a permis d'étudier l'effet d'un seul paramètre ou tout groupe de paramètres sur le résultat. La fin de l'analyse de causalité était faite par régression logistique multiple classique. Il existait une corrélation lorsque la valeur de p était<0,05.


Résultats


Description de la population


Sur un total de 2502 patients identifiés durant la période d'étude, 2451 ont eu une URS-S parmi lesquels 2179 (89 %) ont eu des suites simples et sont sortis à j1. 272 patients (11 %) ont rempli les critères d'inclusion et été inclus dans notre analyse. Parmi les 2179 patients, 22 remplissaient initialement les critères d'inclusion mais ont été exclus du fait d'une date opératoire erronée (sortis à j1). Ce groupe de 22 patients a été utilisé comme groupe contrôle dans l'analyse statistique. Ces données sont résumées dans la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Diagramme de flux : inclusion des patients.




Les indications pour URS-S étaient dans 76,5 % des cas (208/272) une prise en charge pour pathologie lithiasique et dans 19,1 % des cas (52/272) un traitement pour TVEUS ou URS-S diagnostique. Les autres indications d'URS-S étaient : désincrustation de sonde double J (6/272), endopyélotomie laser pour syndrome de la jonction pyélourétérale (5/272), ablation de corps étranger (1/272).


Quarante-trois pour cent des patients avaient déjà été traités par URS-S ou néphrolithotomie percutanée avant la période d'inclusion et 52,6 % avaient un drainage préopératoire. Les caractéristiques préopératoires de la population sont résumées dans le Tableau 1.


Résultats périopératoires


Concernant les données peropératoires, la durée opératoire médiane était de 85,6minutes [80 ; 190]. Un drainage postopératoire de la voie excrétrice a été effectué pour tous les patients. La prévalence des incidents et complications était de 6,6 % (18/272). L'ensemble des données est rapporté dans le Tableau 2.


Les durées d'hospitalisation postopératoire médiane et moyenne étaient respectivement de deux jours [2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18] et 3,3jours. 90 % des patients restaient hospitalisés moins de 5jours en postopératoire : 50 % sortaient à j2, 35 % entre j3 et j4 et 5 % à j5. 47 % des patients (128/272) sortis à plus de j1 n'avaient aucune complication (Clavien 0). Parmi eux, 56 % (72/128) étaient restés pour surveillance simple décidée par le chirurgien sans qu'aucun traitement spécifique n'ait été introduit et 52 % pour poursuite d'une antibiothérapie par voie intraveineuse initiée en préopératoire (pour des bactériuries asymptomatiques sur des ECBU préopératoires). L'hospitalisation prolongée était liée à une complication postopératoire dans 53 % des cas (144/272), ce qui représentait un taux de complication total de 5,9 % (144/2451). Parmi ces patients, 85,4 % (123/144) avaient une complication mineure (score de Clavien 1 ou 2) signifiant le recours à un traitement médicamenteux simplement, 4,8 % (13/144) une complication classée Clavien 3, 2,6 % (7/144) une complication classée Clavien 4, et un décès en rapport avec une pneumopathie d'inhalation (Clavien 5, 0,4 %). Les complications les plus fréquentes étaient la pyélonéphrite aiguë (33,3 %), la douleur (29,2 %), l'hématurie (19,4 %) et les complications classées comme « autres » (38,9 %) incluant les nausées, vomissements, angoisse et troubles ioniques isolés non compliqués. Les durées d'hospitalisation postopératoires moyennes en fonction du score Clavien étaient respectivement de 3,2jours en cas de Clavien 0, 3,6jours en cas de Clavien 1, 3,1jours en cas de Clavien 2, 5,8jours en cas de Clavien 3, et 3,8jours en cas de Clavien 4/5. L'ensemble des données sont résumées dans le Tableau 3.


La durée d'hospitalisation postopératoire moyenne était plus longue pour les patients pris en charge pour une TVEUS comparativement aux patients lithiasiques (3,6 versus 3,2jours) alors que le score de Clavien moyen pour ces deux groupes était respectivement de 0,98 et 0,95 et que la répartition des complications était similaire.


Facteurs influençant la durée d'hospitalisation postopératoire


Une analyse en régression logistique multiple des facteurs prédictifs du nombre de jours en variable continue a été réalisée. Les résultats sont présentés dans le Tableau 4. Parmi les facteurs pré- et peropératoires, le seul ayant une influence significative sur la durée d'hospitalisation postopératoire était un antécédent neurologique (spina bifida, sclérose en plaques, tétraplégie) avec un odds ratio de 4,39 [1,7 ; 11,4]. Nous avons pu aussi mettre en évidence une corrélation positive entre la durée d'hospitalisation postopératoire et la présence d'une complication postopératoire (corrélation de Pearson 0,415, p <0,0005).


Facteurs prédictifs pré- et peropératoires d'avoir des complications postopératoires (≥Clavien 1)


L'analyse a porté sur les 144 patients ayant eu une complication (score Clavien≥1) parmi les 272 inclus dans notre étude. Les facteurs prédisposant à une complication postopératoire sont résumés dans le Tableau 5. On retrouve parmi eux les traitements anticoagulants et antiagrégants plaquettaires, les antécédents de maladie cardiovasculaire, les antécédents neurologiques (spina bifida, sclérose en plaque et tétraplégie), l'hypertension artérielle, les patients ayant un rein unique, les patients insuffisants rénaux et les patients immunodéprimés. On retrouve également comme facteurs prédictifs préopératoires l'âge élevé, la présence d'un drainage préopératoire (sonde double J, mono J, ou urétérostomie), la présence d'une dérivation urinaire (Bricker, Mitrofanoff ou entérocystoplastie). Les évènements peropératoires qui étaient prédictifs de complications étaient l'échec de montée de gaine d'accès urétérale, une lésion urétérale liée à l'insertion de cette gaine, les calculs coralliformes et les calculs pyéliques, p <0,05. Au niveau infectieux, avoir un ECBU préopératoire positif ou un antécédent de sepsis urinaire n'était pas prédictif d'une complication postopératoire.


Discussion


Nous avons mis en évidence que dans le cadre d'une URS-S réalisée en hospitalisation traditionnelle, 11 % (272/2451) des patients sont restés hospitalisés plus d'une journée après URS-S. Les durées d'hospitalisation postopératoire médiane et moyenne constatées étaient respectivement de deux jours [2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18] et 3,3jours. Cette durée est similaire à celle rapportée dans la littérature. Ainsi Geraghty et al. ont retrouvé dans leur méta-analyse une durée d'hospitalisation postopératoire moyenne de 3,1jours [0-47] avec un taux de complications postopératoires de 30 %. Cette étude ne précisait pas la répartition des URS-S entre chirurgie en ambulatoire et dans le cadre d'une hospitalisation traditionnelle, ni l'influence des complications postopératoires sur la durée d'hospitalisation [10]. La seule étude rapportant une influence potentielle des complications per- et postopératoires sur la durée d'hospitalisation est celle du CROES publiée en 2017 [8]. Dans cette étude, la durée d'hospitalisation moyenne était de 1 jour [1, 2] en l'absence de complication et de 2jours [1, 2, 3, 4] en cas de complication. Le taux de complication total était de 7,4 % dont la répartition était similaire à celle de notre cohorte. À noter un taux de mortalité observé de 0,04 %, identique à celui rapporté dans notre étude. Cette étude ne précisait pas non plus s'il y avait un lien entre la durée d'hospitalisation en cas de complication et leur sévérité selon la classification de Clavien Dindo. Bien que notre taux de complications postopératoires de 5,9 % soit inférieur à ceux rapportés par le CROES (7,4 %) et les recommandations de l'EAU (9 à 25 %), nous avons pu mettre en évidence une corrélation positive entre la durée d'hospitalisation postopératoire et la présence d'une complication postopératoire (corrélation de Pearson 0,415, p <0,0005) [4, 16]. Les durées d'hospitalisation postopératoires moyennes en fonction du score Clavien étaient respectivement de 3,6jours en cas de Clavien 1, 3,1jours en cas de Clavien 2, 5,8jours en cas de Clavien 3, et 3,8jours en cas de Clavien 4/5. À noter que les patients n'ayant pas de complication (Clavien 0) restaient en moyenne 3,1jours en postopératoire, soit une durée semblable aux patients classés Clavien 2 mais inférieure aux autres catégories de complications (Clavien 1, 3, 4 et 5). Puisque notre étude retrouvait un lien entre complication postopératoire et durée d'hospitalisation, nous avons déterminé des facteurs prédictifs pré- et peropératoires d'avoir des complications postopératoires (≥Clavien 1), ces derniers étant les traitements anticoagulants et antiagrégants plaquettaires, les antécédents de maladie cardiovasculaire, les antécédents neurologiques (spina bifida, sclérose en plaque et tétraplégie), l'hypertension artérielle, les patients ayant un rein unique, les patients insuffisants rénaux et les patients immunodéprimés. On retrouve également comme facteurs prédictifs préopératoires l'âge élevé, la présence d'un drainage préopératoire (sonde double J, mono J, ou urétérostomie), la présence d'une dérivation urinaire (Bricker, Mitrofanoff ou entérocystoplastie). Les évènements peropératoires qui étaient prédictifs de complications étaient l'échec de montée de gaine d'accès urétérale, une lésion urétérale liée à l'insertion de cette gaine, les calculs pyéliques et coralliformes, p <0,05.


De manière similaire, Dael et al. retrouvait que le taux de complications augmentait dans la population âgée au sein de laquelle les comorbidités précédemment retrouvées telles que l'hypertension artérielle, le diabète et les traitements antiagrégants plaquettaires et anticoagulants étaient plus fréquentes [14]. Plus l'âge augmentait, plus le risque de trouver ces comorbidités augmentait. Une corrélation positive entre autre entre l'âge et la prise d'anticoagulant/antiagrégant plaquettaire, et l'hypertension artérielle a aussi été retrouvée dans notre cohorte. Autre donnée intéressante relative à notre cohorte est la diminution du taux d'infections urinaires fébriles postopératoires en cas d'utilisation d'une gaine d'accès urétérale. En effet, la population qui avait le plus de pyélonéphrites postopératoires (Clavien 2 : 65 % de pyélonéphrites postopératoires) avait en proportion eu moins d'utilisation de gaines (68 %) que pour les autres catégories de Clavien. Cette donnée est aussi retrouvée dans une publication du CROES en 2015 [15]. Enfin, comme rapporté par Nevo et al., la présence d'un drainage préopératoire était associé à un risque de complication postopératoire [16]. Les études s'intéressant aux facteurs prédictifs de réadmission et donc de complications dans le cadre de la chirurgie ambulatoire retrouvaient comme facteurs l'hypertension artérielle, le diabète, les patients avec pathologie cancéreuse, les troubles de la coagulation, le score ASA élevé et les complications peropératoires [17, 18]. Ces patients avec comorbidités sont donc à la fois ceux qui sont à risque de développer une complication et de rester hospitalisés de manière prolongée en postopératoire lors des hospitalisations traditionnelles et ceux qui reviennent aux urgences après chirurgie ambulatoire. Il est donc nécessaire pour cette population de faire une bonne analyse préopératoire de leur dossier médical et d'évaluer le coût d'une hospitalisation traditionnelle standard versus ambulatoire avec consultation inopinée aux urgences. En identifiant les facteurs de risque de réadmission aux urgences des patients opérés en ambulatoire, il serait alors possible de mieux les sélectionner et donc diminuer les coûts liés aux consultations aux urgences. La chirurgie ambulatoire pourrait donc être optimisée.


Enfin, 47 % des patients de notre cohorte (128/272) sortis à plus de j1 n'avaient aucune complication (Clavien 0). Parmi eux, 56 % (72/128) étaient restés pour surveillance simple décidée par le chirurgien sans qu'aucun traitement spécifique n'ait été introduit et 52 % pour poursuite d'une antibiothérapie par voie intraveineuse initiée en préopératoire (pour une bactériurie asymptomatique sur l'ECBU préopératoire). Cette durée d'hospitalisation prolongée aurait donc pu potentiellement être évitée pour ce groupe de patients et plus particulièrement pour les patients restés pour poursuite d'une antibiothérapie intraveineuse préopératoire. Actuellement, cette pratique n'a plus que rarement cours dans notre centre du fait de la réalisation de l'antibiothérapie intraveineuse périopératoire (pré- et postopératoire) à domicile en l'absence de complication. Ces recommandations n'existaient pas à l'époque de la rédaction de l'article. Enfin, le nombre de patients ayant eu une complication peropératoire (13/272) et justifiant probablement d'une hospitalisation prolongée pour surveillance est nettement inférieur au nombre total de patients restés pour ce motif dans notre cohorte (72). Ainsi, un nombre important de patients restés hospitalisés pour surveillance aurait pu être évité.


Notre étude présente cependant des limites dont la première est un biais d'inclusion par la limite des actes CCAM. Par ailleurs, il s'agit d'une étude rétrospective, ce qui en limite l'impact. Le recueil rétrospectif de données peut lui aussi être soumis à des biais, limitant la portée des résultats. Enfin, l'absence de groupe contrôle à partir des 2179 patients consécutifs sortis à j1 limite aussi la portée de nos résultats puisque notre série comparative se limite à 22 patients contrôles contre 272.


Conclusion


Cette étude a montré tout d'abord que les causes d'hospitalisation prolongée en postopératoire d'une URS-S dans le cadre d'une hospitalisation traditionnelle sont dans la majorité des cas liées à une complication postopératoire. L'identification des facteurs prédictifs de complications doit permettre une meilleure sélection des patients éligibles à la chirurgie ambulatoire et sélectionner ceux pour qui l'hospitalisation traditionnelle reste recommandée.


Déclaration de liens d'intérêts


O.T. : consultant pour Coloplast, Rocamed, Olympus, EMS, Boston Scientific, IPG Medical.


S.D. : consultant pour Boston Scientific et Coloplast.


O.C. et S.H. déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques préopératoires de la cohorte et du groupe contrôle.
  Cohorte
n (%) 
Groupe contrôle
n (%) 
Nombre de patients  272  22 
Âge, années         
Moyen  60  56,8 
Médian [min ; max]  60 [10 ; 94]  57 [22 ; 84] 
Sexe         
Hommes  131  (48,2)  (40,9) 
Femmes  141  (51,8)  13  (59,1) 
IMC (kg/m2        
Moyen  26,3  23,7 
Médian [min ; max]  25,4 [17 ; 56]  26,1 [17 ; 48] 
Créatininémie, μmol/L         
Moyenne  95,5    79   
Médiane [min ; max]  80 [19 ; 600]    74   
Comorbidités         
Anticoagulation/antiagrégation plaquettaire  49  (18,0)  (4,5) 
HTA  59  (21,7)  (18,2) 
Diabète  32  (11,8)  (13,6) 
Dysthyroïdie  21  (7,7)  (9,1) 
Maladie cardiovasculaire  56  (20,6)  (4,5) 
Maladie respiratoire  12  (4,4) 
Insuffisance rénale  13  (4,8) 
Insuffisance hépatocellulaire  (0,7) 
Chirurgie urétérale/sténose urétérale  20  (7,3)  (13,6) 
Maladie neurologique (paraplégie/spina bifida/SEP)  30  (11,0)  (9,1) 
Dérivation urinairea  20  (7,3)  (4,5) 
Syndrome de la jonction pyélo-urétérale  (2,9)  (4,5) 
Perte d'autonomie  (1,8) 
Antécédent d'infection urinaire fébrile  48  (17,6)  (40,9) 
Antécédent d'URS-S et/ou NLPC  117  (43)  11  (50) 
Rein unique  26  (9,6)  (4,5) 
Indication de l'URS-S         
Lithiase urinaire  208  (76,5)  17  (77,3) 
TVEUS/diagnostique  52  (19,1)  (18,2) 
Autres         
Sonde double J incrustée  (2,2)  (4,5) 
Endopyélotomie  (1,8) 
Ablation de corps étranger  (0,4) 
Latéralité         
Unilatéral  247  (90,8)  22  (100) 
Bilatéral  25  (9,2) 
URS-S pour lithiase urinaire  208  (76,5)  17  (77,3) 
Calculs uniques  123  (59,1)  11  (64,7) 
Calculs multiples  85  (40,9)  (35,3) 
Taille         
<10mm  39  (18,7)  (11,8) 
10-20mm  88  (42,3)  11  (64,7) 
>20mm  81  (38,9)  (23,5) 
Dont calculs coralliformes  24  (11,5)  (5,9) 
Localisation         
Pyélique  92  (44,2)  (47,1) 
Calice inférieur  72  (34,6)  (17,6) 
Autre calice  59  (28,4)  (29,4) 
Urétéral  19  (9,1)  (11,8) 
ECBU préopératoire         
Positif  114  (41,9)  (36,4) 
Contaminé  (2,9) 
Stérile  150  (55,2)  14  (63,6) 
Traitement antibiotique préopératoire  124  (45,6)  (40,9) 
Présence d'un drainage préopératoire  143  (52,6)  14  (63,6) 
Sonde double J/mono J/urétérostomie  139  (51,1)  14  (63,6) 
Néphrostomie percutanée  (1,5) 



[a] 
Bricker/urétérostomie/entérocystoplastie/Mitrofanoff.


Tableau 2 - Caractéristiques peropératoires de la cohorte et du groupe contrôle.
  Cohorte
n =272 
Groupe contrôle
n =22 
Durée opératoire, minutes         
Moyenne  85,6  77 
Médiane [min ; max]  80 [20 ; 190]  60 [30 ; 150] 
Geste associéa  55  (20,2)  (18,2) 
Lithotritie endovésicale  (2,6) 
Urétrotomie interne  (1,5) 
Biopsies vésicales  11  (4) 
RTUV  11  (4)  (4,5) 
Dilatation sténose urétérale  (2,2)  (9,1) 
Endopyélotomie laser  (1,5) 
Incision de diverticule caliciel  (1,5)  (4,5) 
Changement de sonde double J  (0,7) 
Posthectomie  (0,7) 
RTUP  (0,7) 
URS-S antégrade  (0,4) 
Biopsies prostatiques  (0,4) 
Botox intravésical  (0,4) 
Mastectomie  (0,4) 
Gaine d'accès urétérale         
Utilisation  193  (71)  16  (72,7) 
Échec de mise en place  10  (3,7)  (4,5) 
Lésion urétérale  (1,1) 
Drainage de la voie excrétrice en fin d'intervention  272  (100)  22  (100) 
Sonde double J  239  (87,9)  18  (81,8) 
Sonde urétérale  38  (13,9)  (18,2) 
Néphrostomie percutanée (présente en préopératoire)  (0,4) 
Complications/incidents peropératoires  18  (6,6)  (4,5) 
Rupture de fornix  (3,3) 
Perforation canal opérateur de l'URS-S  (0,4) 
Fausse route urétérale  (0,7) 
Arrêt précoce de l'intervention  (1,1)  (100) 
Échec d'URS-S  (1,1) 



[a] 
Un même patient a pu avoir un ou plusieurs gestes associés.


Tableau 3 - Durée d'hospitalisation et complications postopératoires de la cohorte et du groupe contrôle.
  Cohorte
n =272 
Groupe contrôle
n =22 
Durée d'hospitalisation postopératoire, jours         
Moyenne  3,3 
Médiane [min ; max]  2 [2 ; 18]  1 [1 ; 1] 
Complications postopératoires selon Clavien Dindo         
128  (47)  19  (86,4) 
60  (22)  (13,6) 
II  63  (23,2) 
III  13  (4,8) 
IV  (2,6) 
(0,4) 
Causes d'hospitalisation prolongée postopératoire         
Antibiothérapie périopératoire  125  (46,0) 
Simple surveillance  72  (26,5) 
Pyélonéphrite aiguë  48  (17,6) 
Douleurs  42  (15,4) 
Hématurie  28  (10,3) 
Pic fébrile isolé (sortie sans antibiothérapie)  12  (4,4) 
Pneumopathie  (1,8) 
Rétention aiguë d'urine  (2,2) 
Empierrement du bas uretère  (1,8) 
Hématome sous capsulaire du rein  (1,8) 
Syndrome coronarien  (0,7) 
Choc anaphylactique  (0,4) 
Autres  20  (7,3) 





Tableau 4 - Facteurs influençant la durée d'hospitalisation postopératoire.
Variable - jours postopératoires  Odds ratio   IC 95 % 
Antécédent cardiovasculaire  1,3  0,46 à 3,64 
Antécédent de traitement anticoagulant et/ou antiagrégant  2,16  0,75 à 6,25 
Antécédent neurologique  4,39  1,69 à 11,41 
IMC≥26  0,83  0,46 à 1,48 
Calcul caliciel inférieur  1,68  0,93 à 3,02 
Calcul≥20mm  1,04  0,58 à 1,86 
Geste associé  0,79  0,38 à 1,64 





Tableau 5 - Facteurs pré- et peropératoires prédictifs d'une complication postopératoire.
NÅ“ud  Khi 2  p  
Antécédent cardiovasculaire  82,96  0,000 
Traitement anticoagulant et/ou antiagrégant plaquettaire  68,86  0,000 
Antécédent neurologique  38,79  0,000 
Âge  24,03  0,000 
Sonde JJ/monoJ/urétérostomie préopératoire  10,74  0,001 
Bricker/entérocystoplastie/Mitrofanoff  9,25  0,002 
Echec de gaine d'accès urétérale  7,53  0,006 
Insuffisance rénale  7,11  0,008 
Calcul pyélique  6,78  0,009 
Calcul coralliforme  6,22  0,013 
Immunodépression (traitement immunosuppresseur, VIH)  5,36  0,021 
Rein unique  5,06  0,025 
HTA  4,58  0,032 
Lésion de gaine d'accès urétérale  3,97  0,046 
Calculs multiples  3,64  0,057 
Geste associé  2,58  0,108 
Durée opératoire  2,48  0,289 
ECBU préopératoire positif  2,38  0,123 
Calcul urétéral  1,91  0,385 
IMC  1,83  0,401 
Antécédent de sepsis urinaire  1,77  0,183 
Calcul caliciel inférieur  1,65  0,198 
Urétéroscopie pour TVES/diagnostique  1,41  0,234 
Antécédent de chirurgie urétérale  1,41  0,235 
Insuffisance respiratoire  1,41  0,235 
Néphrostomie percutanée postopératoire  1,22  0,268 
Urétéroscopie pour corps étranger  1,22  0,268 
Néphrostomie percutanée préopératoire  1,05  0,306 
Sténose urétérale  0,86  0,354 
Autre localisation de calcul  0,70  0,402 
Antécédent de chirurgie pelvienne/radiothérapie pelvienne  0,52  0,472 
Sonde JJ/monoJ/urétérostomie postopératoire  0,51  0,476 
Urétéroscopie pour lithiase  0,45  0,503 
Diabète  0,29  0,589 
Sonde urétérale postopératoire  0,25  0,613 
Urétéroscopie souple+rigide  0,20  0,652 
Utilisation d'une gaine d'accès urétérale  0,15  0,069 
Syndrome de la jonction pyélourétérale  0,11  0,735 
Urétéroscopie souple unilatérale  0,10  0,752 
Urétéroscopie pour sonde JJ incrustée  0,08  0,777 
Dysthyroïdie  0,05  0,828 
Urétéroscopie bilatérale  0,04  0,834 
Insuffisance hépatocellulaire  0,00  1,000 
Urétéroscopie rigide unilatérale  0,00  1,000 
Antécédent de NLPC et/ou d'urétéroscopie  0,00  1,000 




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