Carcinome à cellules en bague à chaton primitif de la prostate : une entité rare

25 mars 2014

Auteurs : H. Haddad, N. Sellal, Z. Bourhaleb
Référence : Prog Urol, 2014, 3, 24, 161-163

La prostate est une localisation très rare du carcinome à cellules en bague à chaton, avec peu de cas publiés dans la littérature. Ce type histologique survient plutôt dans les cancers du tube digestif (estomac, côlon). Les auteurs en rapportent un cas chez un patient de 63ans. Les particularités diagnostiques et thérapeutiques seront discutées.




 




Introduction


Le carcinome à cellules en bague à chaton survient habituellement au niveau du tube digestif (estomac, côlon) [1], il peut concerner aussi le pancréas, sein, thyroïde et la vessie [1, 2]. Il est caractérisé par un noyau en forme de croissant déplacé par une vacuole intracytoplasmique [3]. La prostate en est une localisation exceptionnelle [4] qui représente moins de 1 % des cancers prostatiques [5], très peu de cas ont été rapportés dans la littérature. Les auteurs en rapportent un cas à travers lequel ils discutent les aspects anatomopathologiques et l'approche thérapeutique.


Cas clinique


Monsieur E.A., âgé de 63ans, a consulté pour des mictions impérieuses évoluant depuis quatre mois sans dysurie ni hématurie. Ce patient célibataire, tabagique chronique à 15paquets-année non sevré, a été traité il y a cinq ans pour un infarctus du myocarde. Un premier dosage sanguin de l'antigène spécifique de la prostate (PSA) a été d'un taux de 8ng/mL, une surveillance du PSA a été préconisée, le dosage a été refait à deux reprises à un mois d'intervalle et a mis en évidence une élévation à 9ng/mL puis à 10ng/mL. Le toucher rectal a été normal. Une biopsie prostatique a mis en évidence l'existence dans quatre carottes sur les six prélevées à gauche d'une prolifération carcinomateuse faite de cellules cubiques basophiles aux noyaux rarement nucléolés, les cellules contenaient un cytoplasme vacuolaire prenant l'aspect en bague à chaton, le diagnostic de carcinome à cellules en bague à chaton Gleason 7 (3+4) a été retenu (Figure 1, Figure 2). L'étude immunohistochimique a mis en évidence la positivité de marquage au PSA, confirmant ainsi l'origine prostatique du carcinome à cellules en bague à chaton. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) pelvienne a objectivé une petite tumeur intraprostatique confinée au lobe gauche sans effraction capsulaire ni extension aux vésicules séminales. La scintigraphie osseuse n'a pas mis en évidence de localisations secondaires osseuses. Afin d'éliminer une origine secondaire prostatique du carcinome à cellules en bague à chaton, un bilan digestif notamment une fibroscopie digestive haute et une rectocolonoscopie n'ont pas décelé de lésion tumorale gastrique ni colorectale. Le diagnostic de carcinome primitif à cellules en bague à chaton de la prostate a été retenu. La tumeur a été classée T2bN0M0. Le protocole thérapeutique retenu a été fait d'une hormonothérapie à base d'analogues de la LHRH néoadjuvante et concomitante à une radiothérapie externe à la dose de 74Gy.


Figure 1
Figure 1. 

Carcinome à cellules en bague à chaton de la prostate (hematoxylin éosine - grossissement×100).




Figure 2
Figure 2. 

Carcinome à cellules en bague à chaton de la prostate (hematoxylin éosine - grossissement×400).





Discussion


Le carcinome à cellules en bague à chaton primitif de la prostate est une entité histologique très rare, qui représente mois de 1 % des carcinomes prostatiques [6].


Le diagnostic positif, avant d'être retenu, doit exclure l'éventualité d'un carcinome à cellules en bague à chaton métastatique au niveau de la prostate à partir d'une origine primitive en particulier digestive par l'absence de cancer digestif sur les examens radiologiques et endoscopiques [1]. La fibroscopie digestive haute ainsi que la rectocolonoscopie n'ont pas mis en évidence de lésion tumorale dans notre cas, ce qui a confirmé l'origine prostatique primitive. L'immunohistochimie apporte des éléments capitaux au diagnostic, en effet, le carcinome à cellules en bague à chaton de la prostate est caractérisé par une positivité de marquage au PSA et à la phosphatase acide prostatique [3] et une négativité de marquage à l'antigène carcino-embryonnaire (ACE), à l'antigène pan-leucocytaire commun et à l'actine du muscle lisse α [1].


La moyenne d'âge au moment du diagnostic est de 68ans (extrêmes 50-85ans) [1] ce qui n'est pas loin de l'âge de notre patient (63ans).


La stratégie thérapeutique optimale du carcinome à cellules en bague à chaton de la prostate n'est pas établie. L'approche thérapeutique rapportée dans la littérature est souvent multimodale. En effet, la réponse thérapeutique à l'hormonothérapie est imprévisible [7]. Il semblerait qu'une approche thérapeutique agressive multimodale faite d'une hormonothérapie démarrée précocement, suivie d'une résection chirurgicale (comprenant un curage ganglionnaire de stadification), et éventuellement suivie d'une radiothérapie adjuvante donnerait de meilleurs résultats thérapeutiques [7].


Le pronostic des carcinomes à cellules en bague à chaton de la prostate est très péjoratif. Wang et al. ont rapport une survie à trois ans de 89,6 % et à cinq ans de 83,8 %, ce qui est significativement inférieur à la survie rapportée des cancers de la prostate tous types histologiques confondus à cinq ans et à dix ans de 99,9 % et 92 % respectivement [8]. Le pronostic peut être amélioré par l'exploration de nouvelles cibles thérapeutiques par analogie aux carcinomes à cellules en bague à chaton du tube digestif. Roldan et al. ont rapporté le cas d'une réponse spectaculaire chez un patient traité par FOLFOX/CETUXIMAB pour un carcinome à cellules en bague à chaton de la prostate métastatique sans mutation du gène KRAS (phénotype wild type ) [9].


Conclusion


Le carcinome à cellules en bague à chaton est une variante rare et agressive de l'adénocarcinome prostatique. Son diagnostic nécessite une étude histologique, morphologique et immunohistochimique minutieuse et un bilan digestif complet afin d'éliminer les autres diagnostics différentiels. Vu sa rareté, aucun consensus thérapeutique n'a encore été établi. La réalisation d'essais cliniques à la découverte de cibles thérapeutiques nécessite une collaboration multicentrique.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



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Roldan A.M., Nunez N.F., Grande E., Garcia A.A., Anton-Aparicio L.M. A primary signet ring cell carcinoma of the prostate with bone metastasis with impressive response to FOLFOX and CETUXIMAB Clin Genitourin Cancer 2012 ;  10 (3) : 199-201 [cross-ref]






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