Caractéristiques des incrustations des endoprothèses urétérales chez les patients lithiasiques

25 avril 2008

Auteurs : H. Bouzidi, O. Traxer, B. Doré, J. Amiel, H. Hadjadj, P. Conort, M. Daudon
Référence : Prog Urol, 2008, 4, 18, 230-237




 




Introduction


Au cours des vingt dernières années, l’utilisation des endoprothèses urétérales a connu un essor considérable en urologie. Ces sondes sont utilisées pour maintenir ou rétablir la perméabilité des voies urinaires, éviter l’obstruction rénale dans l’attente d’un traitement du calcul ou pour assurer le drainage postopératoire. Malgré les innovations récentes et l’amélioration des matériaux, des complications sérieuses sont régulièrement rencontrées [1]. Dans l’attente d’une sonde idéale, les problèmes liés à la migration de la sonde, à son obstruction ou à la formation de calculs sont responsables d’une morbidité qui s’ajoute aux phénomènes d’intolérance [2, 3]. Ils compliquent aussi la tâche de l’urologue pour retirer la sonde et, chez certains patients, imposent un changement périodique des sondes. Nous présentons une étude prospective portant sur la nature et les caractéristiques des incrustations des endoprothèses urétérales chez les lithiasiques en fonction du sexe et de l’âge des patients et de la durée d’implantation.


Matériel et méthode


Le matériel de l’étude est constitué de 658 endoprothèses urétérales provenant de 412 hommes et 246 femmes âgés de 17 à 92 ans. L’âge moyen des patients était de 48,1±14,6 ans pour l’homme et 48,3±18,2 ans pour la femme. Les incrustations ont été examinées à différents niveaux de chaque sonde : les extrémités rénale et vésicale, les crosses rénale et vésicale et la partie moyenne du corps de la sonde. L’identification des constituants a été réalisée par spectrophotométrie infrarouge (Vector 22, Bruker Spectrospin, France) en utilisant les techniques de pastillage et de micropastillage en bromure de potassium [4]. Les résultats sont exprimés en fonction du composant principal identifié sur chaque sonde. Le degré d’incrustation a été évalué selon le matériau, polyuréthane ou silicone, de la sonde utilisée. Les comparaisons statistiques sont réalisées par Anova ou le test de khi-deux.


Résultats


La durée d’implantation des sondes était de 73,5±73,2 jours (69,8±70,2 jours chez l’homme et 79,9±77,9 jours chez la femme) avec des extrêmes de deux et 808 jours. Comme le montre la Figure 1, l’histogramme de distribution des durées d’implantation (connues avec précision pour 626 sondes) présente un pic entre 16 et 30 jours, le nombre de sondes diminuant ensuite progressivement au fur et à mesure de l’allongement de la durée d’implantation. La médiane se situait à 52 jours pour les hommes et 60 jours pour les femmes. La nature des constituants déposés sur les sondes et leur fréquence sont indiquées dans le Tableau 1.


Figure 1
Figure 1. 

Histogramme des durées d’implantation des sondes selon le sexe des patients.




L’oxalate de calcium, composant le plus fréquemment observé (43,8 %), était présent essentiellement sous sa forme monohydratée (27,1 %) suivi par les protéines (27,4 %), les phosphates calciques (16,3 %, dont 6,8 % pour la carbapatite et 8,1 % pour la brushite) et l’acide urique (5,2 %). La struvite, détectée sur 7,5 % des sondes analysées, représentait le constituant majoritaire dans 2,9 % des cas.


Influence du sexe et de l’âge


La whewellite était plus fréquente chez l’homme (P =0,05) alors qu’il n’existait pas de différences entre les sexes pour la weddellite. Les phosphates calciques étaient plus fréquents chez la femme que chez l’homme (21,9 % versus 13 %, P =0,01). Aucune autre différence n’a été constatée en dehors de la présence de struvite, plus fréquente chez la femme (12,2 % versus 4,8 %, P =0,001).

Des différences très significatives ont été observées selon l’âge des patients. Chez la femme, comme le montre la Figure 2, le biofilm protéique était plus fréquent que les espèces cristallines à tous les âges, suggérant que le niveau d’incrustation était en moyenne plus faible que chez l’homme. Chez les femmes de moins de 30 ans, l’espèce cristalline la plus fréquente était représentée par les phosphates calciques qui cédaient la place aux oxalates de calcium après 30 ans. Parmi les phosphates, la carbapatite tendait à diminuer fortement avec l’âge, passant de 18,2 % avant 30 ans à 2,7% après 70 ans, avec seulement un rebond à 13 % dans la tranche d’âge 60–69 ans. Parallèlement, la brushite restait stable autour de 10 %. Il existait une progression de la weddellite avec l’âge jusqu’à 70 ans, puis une diminution brutale après cet âge alors que la fréquence de la whewellite restait stable, autour de 23 %. L’acide urique, qui représentait moins de 5 % des incrustations avant 70 ans, augmentait à 13,5 % après cet âge. Quant à la struvite, elle était plus fréquente dans les classes d’âge extrêmes avec 9,1 % des incrustations avant 30 ans et 10,8 % après 70 ans.


Figure 2
Figure 2. 

Fréquence des constituants majoritaires des incrustations chez la femme en fonction de l’âge. Wh : whewellite ; Wd : weddellite ; CA : carbapatite ; Br : Brushite ; PAM : struvite ; AU : acides uriques ; PROT : biofilm protéique ; Div : autres composés dont cystine, urate d’ammonium, médicaments (indinavir, antibiotiques, etc.).




Chez l’homme, les évolutions avec l’âge ont été assez différentes (Figure 3). En premier lieu, la whewellite était l’espèce cristalline la plus fréquente dans presque toutes les classes d’âge avec une progression marquée entre 30 et 60 ans, puis une décroissance au-delà de cet âge. La weddellite, plus fréquente que chez la femme, augmentait régulièrement jusqu’à atteindre 27,3 % dans la classe d’âge 40–49 ans, puis diminuait très rapidement après 50 ans avec une minimum de 1,7 % entre 60 et 70 ans. Les protéines n’étaient majoritaires que dans les classes d’âge 30–39 ans et au-delà de 70 ans et leur proportion tendait globalement à augmenter avec l’âge des patients. Parmi les phosphates calciques, la carbapatite présentait une évolution inverse de celle observée chez la femme puisqu’elle augmentait régulièrement avec l’âge, passant de 2 % avant 30 ans à 10 % après 70 ans. La brushite, initialement abondante (20 % des incrustations avant 30 ans) diminuait au-dessous de 5 % après 40 ans. L’acide urique était globalement plus fréquent que chez la femme. Sa proportion augmentait significativement après 60 ans pour atteindre 20 % après 70 ans. Enfin, la struvite évoluait comme chez la femme, présentant des proportions plus élevées dans les tranches d’âge extrêmes : 10 % avant 30 ans et 6,7 % après 70 ans.


Figure 3
Figure 3. 

Fréquence des constituants majoritaires des incrustations chez l’homme en fonction de l’âge. Wh : whewellite ; Wd : weddellite ; CA : carbapatite ; Br : Brushite ; PAM : struvite ; AU : acides uriques ; PROT : biofilm protéique ; Div : autres composés dont cystine, urate d’ammonium, médicaments (indinavir, antibiotiques, etc.).




Influence de la durée d’implantation


Comme l’illustre la Figure 4, la proportion des incrustations minérales a augmenté avec la durée d’implantation et inversement pour les composés organiques. Deux types d’évolution ont été observés. D’une part, les incrustations d’oxalate de calcium qui, minoritaires lorsque les sondes étaient laissées en place moins de 15 jours, doublaient de fréquence dès la seconde quinzaine de séjour de la sonde dans l’arbre urinaire. Au-delà de ce délai, la proportion des sondes majoritairement incrustées par l’oxalate de calcium n’évoluait plus sensiblement, restant voisine de 50 %. D’autre part, on notait une augmentation très progressive, avec le temps, de la proportion des incrustations. Une telle évolution s’observait pour les phosphates de calcium et l’acide urique, mais ni pour la struvite ni pour la cystine. Comme le montre le Tableau 2, la durée d’implantation des sondes incrustées de struvite était significativement plus longue que pour les autres espèces cristallines.


Figure 4
Figure 4. 

Fréquence des constituants majoritaires des incrustations en fonction de la durée d’implantation (hommes+femmes). OxCa : oxalates de calcium. PhCa : phosphates calciques (y compris brushite) ; PAM : struvite ; AU : acides uriques ; PROT : biofilm protéique ; CYS : cystine.




Les sondes majoritairement couvertes d’un biofilm protéique peu minéralisé étaient celles dont la durée de séjour dans l’arbre urinaire avait été la plus courte (50,3±48,1 jours). La différence était très significative par rapport à la durée de séjour des sondes qui comportaient une espèce minérale majoritaire, indépendamment de la nature de celle-ci (P <0,0001 versus toutes les espèces minérales à l’exception de la cystine).


Influence de l’infection urinaire


Soixante-six patients (10 %) présentaient une infection symptomatique ou dépistée à la bandelette ou par un ECBU. Des incrustations contenant de la struvite étaient présentes dans 59 cas (89 %). Parmi celles-ci, 24 étaient majoritaires en struvite, 33 étaient principalement composées de phosphates calciques (carbapatite, brushite, phosphate amorphe de calcium carbonaté) et une d’urate d’ammonium. Dans un cas, le film protéique était encore prépondérant, même si la struvite avait commencé à recouvrir la sonde. Dans sept cas, la phase minérale était la whewellite (n =4) ou l’acide urique (n =3).


Influence de la nature de la sonde


Parmi les 658 sondes analysées, 229 étaient en silicone (34,8 %). Il n’y avait aucune différence concernant le sexe et l’âge des patients, la durée d’implantation ou la nature des incrustations (à l’exception de la cystine) selon que la sonde était faite de polyuréthane ou de silicone. Concernant les patients cystinuriques, la proportion de sondes en silicone était près de quatre fois plus élevée. En utilisant l’échelle d’évaluation de la quantité de biofilm ou d’incrustation minérale décrite antérieurement [5], nous avons évalué le degré d’incrustation selon que la sonde utilisée était en polyuréthane ou en silicone. Les résultats montrent que le niveau d’incrustation organique (biofilm) était en moyenne de 0,93±0,76 pour les sondes en polyuréthane et de 0,75±0,62 pour les sondes en silicone (P <0,01), soit un niveau d’incrustation organique diminué d’environ 20 % pour ces dernières. De même, le degré d’incrustations minérales était de 1,58±1,19 pour le polyuréthane et de 1,03±0,97 pour le silicone (P =0,00001), soit un niveau d’incrustation réduit d’environ un tiers pour les sondes en silicone. Comme le montre le Tableau 3, des différences sont observées concernant le degré d’incrustation selon la portion rénale, urétérale ou vésicale de la sonde, cette dernière étant toujours plus incrustée que les autres, quel que soit le matériau utilisé. Toutefois, en raison de la grande variabilité du degré d’incrustation, la différence entre vessie et rein pour un matériau donné n’était pas significative.


Discussion


L’infection, l’incrustation et l’obstruction sont les principales complications liées à l’implantation des endoprothèses urétérales. Les facteurs de risque connus des incrustations sont le sepsis urinaire, la pathologie lithiasique, les anomalies métaboliques congénitales ou acquises, la grossesse, la chimiothérapie. Dans notre série, les sondes étaient implantées uniquement chez des patients ayant une histoire lithiasique. Bultitude et al. [2] ont montré, dans une série de sondes dont l’indication majoritaire était la lithiase, que 14,3 % des sondes étaient incrustées au bout de deux mois, 42,8 % après quatre mois et 75,5 % au bout de six mois. En fait, la notion d’incrustation est une donnée souvent subjective fondée sur l’observation macroscopique de dépôts à la surface de la sonde. Ces dépôts peuvent être très faibles, localisés à quelques perforations de l’endoprothèse ou à de petites zones de sa paroi interne. Sur les 658 sondes de notre série, trois seulement ne présentaient aucun signe d’incrustation ou de biofilm décelable. En d’autres termes, 99,5 % des sondes examinées comportaient des dépôts minéraux ou organiques, parfois très faibles et très localisés pour une durée d’implantation moyenne de 73,5±73,2 jours. Par ailleurs, les sondes dont le composant majoritaire était représenté par le biofilm pouvaient contenir, en proportions mineures, une ou plusieurs espèces cristallines traduisant un processus d’incrustation minérale plus ou moins avancé. C’était le cas pour 151 des 179 sondes où le biofilm était prédominant, soit 84,4 %.

Dans leur étude portant sur 40 patients, Robert et al. [6] ont observé que les endoprothèses urétérales mises en place chez des sujets lithiasiques s’incrustaient d’avantage et plus rapidement que celles implantées chez les patients non lithiasiques. Bithelis et al. [7] qui ont analysé par spectrophotométrie infrarouge les incrustations de 40 sondes, ont rapporté que la whewellite était le composant le plus courant des incrustations chez les patients lithiasiques (n =30). Nos résultats confirment ces données sur 658 patients : en effet, l’oxalate de calcium, notamment sous sa forme monohydratée (whewellite) était le constituant le plus fréquent. Dans un travail récent, Rouprêt et al. ont comparé la nature des calculs et celle des incrustations déposées sur des sondes JJ implantées chez les patients. Ils ont observé que l’oxalate de calcium était le composant minéral le plus fréquent et le plus abondant aussi bien dans les incrustations que dans les calculs [8]. Les auteurs ont montré qu’il existait une bonne concordance entre incrustations et calcul chez un patient donné et ont proposé d’analyser la sonde mise en place pour avoir une idée de la nature du calcul lorsque celui-ci n’est pas disponible [8].

Notre étude révèle des différences entre hommes et femmes concernant la distribution des formes cristallines de l’oxalate de calcium déposées sur les sondes en fonction de l’âge des patients. En effet, la whewellite est la forme prépondérante dans les deux sexes, avec une évolution comparable en fonction de l’âge. En revanche, la weddellite est plus fréquente chez l’homme jeune et augmente jusqu’aux environs de 50 ans pour chuter ensuite au-dessous de 3 %. Au contraire, chez la femme, elle est moins fréquente que chez l’homme avant 30 ans et augmente jusqu’aux environs de 70 ans avant de diminuer au-delà de cet âge. Or la weddellite est l’un des principaux marqueurs cristallogènes de l’hypercalciurie et l’on sait, pour des raisons à la fois physiologiques et nutritionnelles, que la calciurie diminue avec l’âge. L’augmentation de fréquence de la weddellite chez la femme jusqu’à la classe d’âge 60–69 ans, comparable à ce que l’on observe depuis plusieurs années au niveau des calculs [9], semble traduire une augmentation de fréquence de l’hypercalciurie. Celle-ci pourrait être en rapport avec des apports calciques et vitaminiques D accrus pour la prévention ou le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique, mais cette hypothèse reste à vérifier.

En dehors de l’oxalate de calcium, nos données montrent une augmentation de la fréquence des incrustations d’acide urique après 60 ans. Cela est aussi observé dans la répartition de la composition des calculs en fonction de l’âge [10]. Cette progression de l’acide urique peut être expliquée dans de nombreux cas par un déficit d’ammoniogenèse rénale lié à un syndrome de résistance à l’insuline [11], en relation soit avec le vieillissement cellulaire [12], soit avec un syndrome métabolique [13], soit avec un diabète [14, 15, 16].

Concernant les phosphates calciques, on note deux différences selon le sexe des patients. La première est la fréquence élevée de la carbapatite chez la femme jeune avec une diminution après 40 ans, alors que chez l’homme, la fréquence de la carbapatite est minimale avant 30 ans et augmente régulièrement ensuite. Cette évolution est assez comparable à ce qui est observé dans les calculs [10]. La seconde différence concerne la brushite, qui décroît lorsque l’âge augmente chez l’homme, mais pas chez la femme. Or la brushite est, comme la weddellite, une espèce calcium-dépendante [4]. Sa persistance chez les femmes âgées pourrait avoir la même origine que celle évoquée pour la weddellite.

En ce qui concerne la cystine, les incrustations ne semblaient pas dépendantes de la durée d’implantation des sondes. Cela s’explique vraisemblablement par le fait que son fort potentiel cristallogène amène à retirer les sondes précocement dans la majorité des cas. De fait, la durée moyenne de séjour des sondes était plus courte chez les patients cystiniques, bien que la différence ne soit pas significative en raison du petit nombre de patients concernés (Tableau 2).

La présence de la struvite était liée au développement d’un germe uréasique dans l’appareil urinaire, qui a pu survenir précocement ou tardivement par rapport à l’implantation de la sonde. De plus, pour que la struvite puisse se former, il faut que l’environnement urinaire soit propice à sa cristallisation. Ces conditions peuvent expliquer que la distribution de la struvite sur les sondes en fonction du temps apparaisse beaucoup plus aléatoire que celle des autres espèces cristallines, essentiellement dépendantes de la sursaturation des urines en composés métaboliques endogènes.

Il y a encore une quinzaine d’années, les infections par des germes lithogènes étaient une cause majeure d’incrustations des endoprothèses [17]. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. En revanche, les bactéries sont toujours considérées comme responsables du biofilm, qui est une étape intermédiaire importante dans les processus d’incrustation. Cependant, la première étape de la formation du biofilm n’implique pas obligatoirement les bactéries. En effet, les protéines présentes dans l’urine peuvent, si les propriétés de surface de la sonde le permettent, se déposer les premières et servir de point de départ à la formation du biofilm favorisé secondairement par le développement de bactéries [18]. Parmi les protéines urinaires, l’albumine apparaît clairement la plus abondante, mais d’autres protéines sont également présentes [19]. Le biofilm protège les bactéries à la fois contre les défenses immunitaires de l’hôte et les antibiotiques [20, 21]. Il peut secondairement se recouvrir de cristaux métaboliques comme l’oxalate de calcium lorsque la sursaturation des urines le permet, ou de cristaux de struvite et de phosphates calciques si le germe modifie, par son matériel enzymatique et notamment la présence d’une uréase, la composition du milieu urinaire environnant [20, 22]. En fait, comme le montrent les résultats de notre étude, les incrustations par des composants caractéristiques de l’infection comme la struvite sont devenus peu fréquents. Une modification des matériaux des sondes ainsi qu’une antibioprophylaxie adéquate expliquent en partie cette réduction des complications cristallines d’origine infectieuse [23, 24].

L’ensemble des évolutions observées dans la répartition des espèces cristallines selon le sexe et l’âge des patients est comparable à ce qui est constaté pour les calculs, ce qui signifie que les facteurs de risque lithogène responsables du développement des calculs chez les patients lithiasique s’expriment très précocement sous la forme d’incrustations sur les sondes. Une prévention efficace des incrustations pourrait donc être obtenue dans de nombreux cas par une maîtrise des anomalies métaboliques responsables de la cristallisation [8].

Par ailleurs, le matériel de la sonde joue un rôle important dans le risque d’incrustation. Le polyéthylène n’est plus utilisé puisqu’il est friable et présente un risque de fragmentation. Le silicone est inerte et relativement résistant à l’incrustation ; cependant sa flexibilité le rend parfois moins aisé à utiliser dans certaines circonstances que d’autres matériaux comme le polyuréthane. Ce dernier est de plus en plus employé et regroupe les caractéristiques du polyéthylène et du silicone. Cependant, comme le montre notre étude, les incrustations sont légèrement moins abondantes avec les sondes en silicone.

Beaucoup de sondes modernes utilisent un revêtement hydrophile (hydrogel). Ce revêtement retient l’eau dans sa structure et rend la sonde plus facile à utiliser parce que ses parois sont plus lisses et génèrent moins de frictions avec le tissu environnant. Le téflon est aussi employé pour avoir les mêmes propriétés que l’hydrogel. L’efficacité de l’hydrogel ainsi que celle du téflon est controversée. Récemment, Choong et al. [25] ont montré in vitro que l’hydrogel augmentait significativement le risque d’incrustation comparé à des sondes similaires, mais sans hydrogel. Des résultats analogues avaient déjà été rapportés par Desgrandchamps et al. [22]. Shaw et al. ont suggéré que le biofilm ainsi que le téflon facilitaient le développement du Proteus au niveau de la surface [24]. D’autres substances telles que l’héparine sont utilisées comme revêtement. Riedl et al. ont rapporté les résultats d’une étude in vivo suggérant que l’incrustation de sondes de polyuréthane recouvertes d’héparine était moindre et plus lente que celle des mêmes sondes non héparinées [26].

Le processus cristallogène actif, objectivé par l’incrustation des sondes, souligne la nécessité d’une prévention des récidives, tout particulièrement lorsque le drainage doit être poursuivi par implantation de nouvelles sondes, d’autant que la nature des incrustations reflète les facteurs lithogènes responsables des calculs [8]. Bultitude et al. ont recommandé de changer les sondes toutes les six semaines pour les patients ayant des antécédents d’incrustations [2]. Comme le montre notre étude, la proportion de sondes incrustées par de l’oxalate de calcium augmente considérablement après la deuxième semaine d’implantation (Tableau 3). On peut donc s’interroger sur la pertinence de maintenir des sondes en place au-delà de deux semaines s’il n’y a pas de justification clinique ou si l’on ne prend pas de précautions pour réduire le risque d’incrustation comme, par exemple, une augmentation des apports hydriques pour majorer la diurèse. En effet, même s’il n’a pas encore été démontré que l’accroissement de la diurèse ralentissait la vitesse de formation du biofilm, il semble vraisemblable qu’une réduction des facteurs de risque lithogène par dilution des urines contribue à réduire efficacement les incrustations. Dans certains cas, identifiés grâce à une exploration métabolique chez les patients concernés, la cure de diurèse pourrait être complétée, si nécessaire, par des mesures diététiques ou un traitement médical adaptés.


Conclusion


Les incrustations des endoprothèses urétérales de type JJ constituent une complication fréquente de l’utilisation de ces dispositifs médicaux qui peuvent entraîner des difficultés pour leur ablation et sont la cause d’une morbidité importante. Chez les sujets lithiasiques, il ne paraît pas souhaitable de maintenir les sondes en place pendant plusieurs mois. Nos résultats suggèrent même que le risque d’incrustation augmentant significativement au bout de deux semaines, la durée d’implantation devrait être limitée à 15 jours chaque fois que cela est possible. Quand les sondes sont placées pour une longue durée, il est nécessaire d’utiliser des biomatériaux adaptés (silicone ou matériau longue durée) et de réaliser une surveillance régulière, voire d’envisager leur changement périodique. Cependant, les similitudes constatées entre incrustations et calculs quant à leur distribution selon le sexe et l’âge des patients suggèrent qu’une prévention ou une réduction de la quantité des incrustations pourraient être obtenues en recommandant une augmentation de la diurèse après la mise en place de la sonde et en considérant les facteurs de risque lithogène identifiés par une évaluation métabolique minimale.



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Fréquence des constituants en fonction du sexe des patients.
  Hommes (n =412) 
Femmes (n =246) 
Total (n =658) 
  Nombre  Fréquence (%)  Nombre  Fréquence (%)  Nombre  Fréquence (%) 
Oxalate de Ca  198  48,1  89  36,0b  287  43,3 
Whewellite  123  29,8  55  22,3a  178  27,0 
Weddellite  75  18,2  34  13,7  109  16,4 
Phosphate de Ca  54  13,1  54  21,9b  108  16,4 
Carbapatite  21  5,1  24  9,8a  45  6,8 
Brushite  28  6,8  26  10,5  54  8,1 
Autres PhCa  1,2  1,6  1,4 
PAM  1,9  11  4,5  19  2,9 
Présence PAM  20  4,8  30  12,2c  50  7,5 
Acide urique  22  5,3  13  5,3  35  5,3 
Cystine  15  3,6  1,2  18  2,7 
Protéines  93  22,4  66  26,8  159  24,2 
MPS  14  3,4  2,4  20  3,0 
Divers  1,9  1,6  11  1,7 



Légende :
Ca : calcium ; PhCa : phosphate de calcium ; PAM : struvite ; MPS : mucopolysaccharides.

[a] 
P <0,05 versus hommes.
[b] 
P <0,01 versus hommes.
[c] 
P <0,001 versus hommes.


Tableau 2 - Durée moyenne d’implantation des sondes en fonction de la nature des incrustations.
Constituant majoritaire  Nombre de sondes  Durée d’implantation (jours)  P (versus oxalate de calcium) 
Biofilm protéique  160  50,3±48,1  <0,0001 
Cystine  12  51,7±31,5  NS 
Oxalates de calcium  243  79,5±74,5  – 
Whewellite  147  76,1±57,7  – 
Weddellite  96  84,6±94,7  – 
Phosphates de calcium  74  92,4±90,2  NS 
Carbapatite  39  99,8±100,2  0,05 
Brushite  35  85,1±77,0  NS 
Acides uriques  28  92,6±80,2  NS 
Struvite  12  134,2±132,4  <0,02 





Tableau 3 - Comparaison du niveau de biofilm et d’incrustation minérale selon le matériau de la sonde.
  Polyuréthane  Silicone  Différence d’incrustation entre silicone et polyurethane (%)  P (silicone versus polyuréthane) 
Biofilm protéique  0,93±0,76  0,75±0,62  −20  0,0091 
Rein  1,02±0,89  0,77±0,76  −25  0,004 
Uretère  0,82±0,84  0,70±0,75  −15  NS 
Vessie  0,88±0,82  0,75±0,73  −15  NS 
Incrustation minérale  1,58±1,19  1,03±0,97  −34  0,00001 
Rein  1,68±1,41  1,19±1,37  −29  0,0004 
Uretère  1,16±1,24  0,75±0,91  −35  0,001 
Vessie  1,79±1,63  1,24±1,29  −31  0,0001 



Légende :
NS : non significatif.


Références



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