Cancer prostatique de l'adulte jeune

26 juin 2003

Mots clés : prostate, Carcinome, adulte jeune.
Auteurs : SFAXI M., MILADI M., BACHA K., ZERMANI R., CHEBIL M., AYED M.
Référence : Prog Urol, 2002, 13, 313-315
L'adénocarcinome de la prostate est une tumeur exceptionnelle chez l'adulte jeune avant l'âge de 30 ans.
Le diagnostic est souvent tardif à un stade cliniquement avancé avec un type histologique peu différencié. Le traitement est le plus souvent palliatif et le pronostic reste sombre avec une survie moyenne de 6 mois.
Nous rapportons une nouvelle observation chez un malade de 25 ans, chez qui on a découvert un carcinome prostatique évolué localement peu différencié avec un score de Gleason à 10 traité par hormono, radio et chimiothérapie avec une bonne évolution clinique et radiologique avec un recul de deux ans.

Tumeur de l'homme âgé de plus de 70 ans, l'adénocarcinome de la prostate est exceptionnel avant l'âge de 30 ans.

Nous rapportons l'observation chez un malade de 25 ans, d'un carcinome prostatique qui s'est manifesté par un syndrome obstructif avec un stade très évolué localement.

Cette tumeur survenant chez le sujet jeune a des caractéristiques cliniques, biologiques, histologiques, thérapeutiques et évolutifs très particulières.

Observation

M. B, âgé de 25 ans, sans antécédent pathologique, et n'ayant pas d'antécédent de cancer de la prostate dans la famille, a été hospitalisé pour une dysurie et une pollakiurie très gênantes d'apparition récente, associées à une hématurie initiale et des lombalgies bilatérales.

L'examen physique était normal en dehors du toucher rectal qui avait permis de palper une masse dure faisant 80 à 100 g, régulière et indolore au niveau de la face antérieur du rectum.

L'échographie et la tomodensitométrie rattachent cette masse à la prostate avec un envahissement des vésicules séminales et de la paroi rectale (Figures 1 et 2).

Figure 1 : Echographie prostatique par voie endorectale. Hypertrophie de la prostate centrale hétérogène avec lobe médian saillant.
Figure 2 : Scanner pelvien. Masse tumorale prostatique envahissant le bas fond et la paroi postérieure de la vessie avec extension vers les vésicules séminales et la graisse pré rectale

Le dosage de l'antigène prostatique spécifique (PSA) par la méthode immunométrique avait trouvé un taux à 0,94 ng/ml (normale < 2 ng/ml).

Etant donné l'état local avancé et l'absence de bénéfice d'un geste curatif une résection endoscopique de la prostate a été pratiquée à visée mictionnelle et diagnostique.

L'étude anatomopathologique avec étude immuno-histochimique avait montré qu'il s'agit d'un adénocarcinome prostatique peu différencié score de Gleason à 10 (5+5) (Figure 3).

Figure 3 : Prolifération épithéliale infiltrante constituée d'amas de nappes et de cordons évoluant dans un stroma fibroblastique. Carcinome indifférencié de la prostate grade 10 de gleason (HES x 400).

Le bilan d'extension comportant une scintigraphie osseuse et un scanner thoraco abdominal n'a pas montré de localisation secondaire.

La tumeur prostatique a été classée T4 N0 M0 selon la classification TNM 1997.

Vu le jeune âge du malade et le stade de la tumeur, nous avons opté pour un traitement associant une hormonothérapie à base d'estramustine à la dose de 840 mg/j soit 6 gélules en 3 prises, pendant 6 semaines qui a été bien tolérée et pour une radiothérapie externe. La dose délivrée a été de 65 Grays à raison de 2 Grays par séance, étalée sur 6 semaines. Par la suite, le patient a eu une chimiothérapie associant Holoxan (2 g), Adriamycine (25 mg) et Platin (45 mg), pendant trois cycles mensuels de trois jours chacun.

L'évolution clinique et radiologique a été satisfaisante avec une prise de poids chiffrée à huit Kg et une amélioration nette de l'état général. Au scanner de contrôle et avec un recul de 2 ans il y a une diminution importante de la masse tumorale et l'absence de localisations secondaires.

COMMENTAIRES

L'âge moyen de survenue du cancer de la prostate est de 71-72 ans [1, 3]. Ce cancer est rare avant l'âge de 50 ans, avec une fréquence qui ne dépasse pas 1% pour Tjaden [5]. Avant l'âge de 30 ans, l'adénocarcinome de la prostate reste exceptionnel. Sakr [4] rapporte une fréquence de lésions néoplasiques intra-épithéliales chez 9% des hommes à la troisième décade, cette fréquence s'élève à 20% après 40 ans.

C'est une entité peu symptomatique, qui se manifeste souvent à un stade tardif [1]. La symptomatologie clinique peut orienter vers la sphère urologique comme c'est le cas pour notre patient. Ailleurs, le diagnostic peut être fait devant des signes de métastases osseuses ou d'envahissement ganglionnaire.

L'imagerie médicale (échographie, tomodensitométrie, UIV) n'offre aucune particularité par rapport aux autres tumeurs prostatiques.

Le dosage des marqueurs tumoraux, en particulier les antigènes prostatiques sériques, trouve souvent des taux normaux même en présence de métastases [1, 3] en raison du caractère peu différencié de la tumeur.

Pour les rares cas rapportés dans la littérature, le traitement est le plus souvent palliatif vu le stade avancé du cancer au moment du diagnostique et agressif vu le jeune âge des patients. Il consiste en une hormonothérapie, une radiothérapie et une chimiothérapie permettant un meilleur confort et dans de rares cas une prolongation de la survie [1]. Les modalités de ces traitements ne sont pas encore bien codifiées à ce jour vu la rareté des cas.

Le traitement radical à visée curative peut être proposé lorsqu'il est indiqué, c'est ainsi qu'une prostatectomie radicale a été rapportée par Heidenberg [2] pour un adénocarcinome de la prostate localisé chez un jeune patient de 29 ans.

Les éléments de bon pronostic rapportés dans la littérature [1, 3, 6] et pouvant influencer la survie sont surtout le caractère asymptomatique de la maladie au moment du diagnostic, la bonne différenciation tumorale à l'anapath et la réponse au traitement hormonal.

Notre observation présente la particularité de la survenue d'un carcinome prostatique chez un sujet jeune et qui a surtout bien évolué sous traitement malgré le caractère symptomatique de la maladie au moment du diagnostic et le caractère peu différencié de la tumeur à l'examen anatomopathologique.

Cependant la bonne réponse au traitement hormonal et l'absence de localisations secondaires initialement sont des facteurs de bon pronostic pour notre malade.

Nous avons actuellement un recul de 2 ans sans localisation secondaire, sans signe clinique alors que la survie moyenne dans la littérature varie de 6 mois [1, 2] à 12 mois [3, 5].

Nous pensons que ce résultat nous encourage à être agressif dans le traitement associant résection endoscopique, hormonothérapie, radiothérapie et chimiothérapie aux doses sus citées et en respectant la même chronologie.

Nos résultats demandent a être confirmés par un recul plus important.

Conclusion

L'adénocarcinome prostatique du sujet jeune est de mauvais pronostic du fait que le diagnostic est souvent porté à un stade tardif, avec un type histologique peu différencié et agressif. Le traitement est le plus souvent palliatif avec une moyenne de survie qui dépasse rarement les 6 mois. Cependant l'espoir de survie plus prolongée est permis, chez les patients qui n'ont pas de métastases au moment du diagnostic et chez qui on entame un traitement agressif associant hormono, radio et chimiothérapie.

Références

1. Briet S., Tremeaux J.C., Piard F., Striffling V. : L'adénocarcinome de la prostate de l'adolescent et l'adulte jeune. A propos d'une observation chez un homme de 20 ans. J. Urol. (Paris) 1986 ; 92 : 565-568.

2. Heidenberg H.B., Moul J.W., Mostofi F.K., McLeod D.G. : Clinically detected carcinoma of the prostate treated by radical prostatectomy in 29-year-old man. J. Urol., 1994 ; 152 : 966-967.

3. Petit J., Kuss R., Abourachid H. : Le carcinome prostatique avant trente ans. A propos de deux observations. Ann. Urol., 1981 ; 15 : 412-415.

4. Sakr W.A., Haas G.P., Cassin B.F., Pontes J.E., Crissman J.D. : The frequency of carcinoma and intraepithelial neoplasia of the prostate in young male patients. J. Urol. 1993 ; 150 : 379-385.

5. Tjaden H.B., Culp D.A., Flocks R.H. : Clinical adenocarcinoma of the prostate in patients under 50 years of age. J. Urol., 1965 ; 93 : 618-621.

6. Weitzner S., Sarikaya H., Furness T.D. : Adenocarcinoma of prostate in a twenty-seven-year-old man. Urology, 1980 ; 16 : 286-288.