Cancer de prostate : étude comparative stade T1a et stade T1b

11 janvier 2008

Mots clés : prostate, Cancer, stade T1a-T1b, Anatomopathologie, Pronostic, HBP
Auteurs : LEFI M., HELLARA W., TOUFFAHI M., FREDJ N., ADNENE M., SAIDI R., SAAD H.
Référence : Prog Urol, 2007, 17, 7, 1343-1346
But : Comparer les profils épidémiologiques et les facteurs histopronostiques des deux groupes de cancer de prostate : T1a et T1b.
Matériels et méthodes : Entre janvier 1996 et décembre 2005, 1359 patients ont été opérés pour hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) dans notre service d'urologie. Tous les patients avaient un taux de PSA inférieur à 4 ng/ml, une HBP au toucher rectal et homogène à l'échographie prostatique. Notre population de cancer a étérépartie en groupe 1 (cancer de stade T1a) et groupe 2 (cancer de stade T1b). Les paramètres étudiés ont été l'âge au diagnostic, la valeur de PSA, le volume du tissu prostatique prélevé (par résection ou énucléation), les données anatomopathologiques.
Résultats : Parmi les 1359 patients opérés (762 résection endoscopique et 597 adénomectomie transvésicale), 44 (3,23%) avaient un cancer de prostate. Le groupe 1 comportait 18 patients (40,9%) et le groupe 2, 26 patients (59,1%). Dans le groupe 1, l'âge moyen était de 74,7 ans, le taux moyen de PSA de 2,36 ng/ml et le volume prostatique de 37,16 ml. Les valeurs correspondantes pour le groupe 2, étaient respectivement 74,4 ans, 3,11ng/ml et 26,3ml. Le score de Gleason était faible (2-4 et 5-6) et aucun grade 4 n'a été observé pour tous les patients du groupe 1, alors que 50% des patients du groupe 2 avaient un score élevé (7-10).
Conclusion : L'incidence du cancer de prostate de stade T1a et T1b est faible. Celle-ci est expliquée par l'usage de plus en plus systématique du PSA. Les volumes de la prostate et de la zone de transition n'influencent pas le taux détection du cancer de stade T1a et T1b. Le cancer T1b est de plus mauvais pronostic que le cancer de stade T1a.

Le cancer de prostate est une cause importante de morbidité et de mortalité chez le sujet âgé. Il constitue un problème de santé publique dont incidence ne cesse pas d'augmenter [1-3].

Le cancer de prostate de stade T1 est un cancer asymptomatique de découverte fortuite selon la classification TNM 1997. Il est diagnostiqué sur des copeaux de résection endoscopique ou sur pièce d'adénomectomie pour traiter une hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) [4].

Nous rapportons une étude rétrospective comparative des stades T1a et T1b du cancer de la prostate.

Notre but est de comparer les profils épidémiologiques et les facteurs pronostiques anatomopathologiques entre les deux stades de cancer et de confronter nos résultats aux données de la littérature.

Patients et méthodes

Entre janvier 1996 et décembre 2005, 1359 patients ont été opérés pour HBP symptomatique.

Le diagnostic de l'HBP a été retenu sur les données du toucher rectal, le taux de PSA < 4 ng/ml et l'absence d'anomalie à l'échographie prostatique. L'indication de la chirurgie était basée sur la présence de symptômes obstructifs sévères, l'échec d'un traitement médical ou la survenue d'une complication (lithiase vésicale, deuxième épisode de rétention urinaire, ...).

Le cancer de prostate de stade T1 a été diagnostiqué sur l'examen anatomopathologique du tissu prostatique (762 résection endoscopique et 597 adénomectomie transvésicale)

Nous avons utilisé la classification TNM (1997 UICC) pour la stadification.

Le cancer de stade T1 est défini par la présence de lésions qui intéressent moins de 5% (T1a) et plus de 5% (T1b) du tissu réséqué.

Le grade de différentiation tumorale utilisé est celui de Gleason avec le classique score coté de 2 à 10, ainsi trois groupes ont été définis : adénocarcinome bien différencié (2-4), modérément différencié (5-6) et mal différencié (7-10) [5, 6].

Résultats

Le taux de détection du cancer de prostate de stade T1, T1a et T1b, sur l'examen anatomopathologique des copeaux de résection ou d'adénomectomie pour HBP, sont respectivement de 3,23%, 1,32% et 1,91%.

Caractéristiques des patients (Tableau I)

Nous avons colligé 18 cas de cancer stade T1a (groupe 1) et 26 cas de stade T1b (groupe 2).

L'âge moyen était de 74.7 ans (57-86) pour les patients du groupe 1 (cancer stade T1) et de 74.4 ans (56-87) pour les patients du groupe 2 (cancer stade T1b).

Le taux moyen de PSA était de 2.36 ng/ml pour le groupe 1 et de 3.11 ng/ml pour le groupe 2.

La différence de PSA entre les deux groupes était non significative (P=0.476).

Le volume du spécimen prostatique prélevé était de 37.16 g dans le premier groupe et de 26.04 g dans le deuxième groupe, avec une différence statistiquement non significative (p=0.071).

Circonstances du diagnostic (Tableau II)

Le cancer de prostate de découverte fortuite histologique a été retrouvé chez 44 patients (3,23%) répartis en 25 (3,28%) sur 762 cas de résection endoscopique de la prostate et 19 (3,18%) sur 597 cas d'adénomectomie transvésicale.

Vingt cancers du groupe 2 (76,92%) et 5 cancers (27,78%) du groupe 1 étaient diagnostiqués sur des copeaux de résection de la prostate. Six cancers du groupe 2 (23,08%) et 13 cancers du groupe 1 (72,22%) étaient diagnostiqués sur pièce d'énucléation.

Caractéristiques des patients par cancer

Dans le groupe 1, tous les patients ont un score de Gleason de 2 à 6 alors que uniquement 50% des patients du groupe 2 ont ce faible score. Les 50% restants du groupe 2 ont un score élevé (7-10).

Aucun cas de grade 4 n'a été noté dans le groupe 1, alors qu'il était dans 38,46% des cas du groupe 2.

Le Tableau III montre la distribution des patients selon le grade et le score de Gleason.

Discussion

Le cancer de la prostate de stade T1 (CPT1) est défini comme un cancer de découverte fortuite sur l'examen histologique des copeaux de résection endoscopique de la prostate ou sur pièce d'adénomectomie.

Les premières études [7, 8] ont rapportées une incidence du CPT1 retrouvée dans des séries autopsiques, variable de 14% à 31%. La fréquence du CPT1 retrouvée au Japon varie de 1,7% à 21,9% [9]. Ce pourcentage est semblable dans d'autres pays [10-12]. En Grèce [13], la fréquence du CPT1 (T1a-b) est de 4,3% et elle n'est que de 3,23% dans notre étude.

La diminution du taux de détection du CPT1 chez les hommes opérés pour HBP a été démontrée dans plusieurs études [10, 14]. Elle est expliquée par le dosage de plus en plus systématique du PSA, l'utilisation fréquente de l'échographie transrectale et la pratique des biopsies prostatiques à la moindre suspicion diagnostique [14-16].

Dans notre série la découverte d'un cancer de prostate stade T1a et stade T1b étaient respectivement 1,32% et 1,91% mais la différence n'était pas significative.

Nous n'avons pas noté de différence significative pour l'âge moyen de diagnostic entre les deux groupes de cancer. Le même résultat a été retrouvé par d'autres auteurs [13, 17].

La valeur de PSA seuil était inférieure à 4 ng/ml pour tous les malades de notre série et la différence entre les valeurs moyennes n'était pas considérable statistiquement [13, 17].

L'usage du PSA rapporté à l'âge peut représenter une meilleure méthode pour la découverte de cancer de la prostate infraclinique. Les autres mesures utilisant le PSA ; la densité PSA, la vélocité PSA et surtout le ratio PSA libre/PSA total, ont montré des résultats prometteurs [18].

Actuellement, il a été démontré que le risque de cancer de prostate chez les hommes ayant un taux de PSA inférieur ou égale à 4 ng/ml, atteint 26,9% [20].

A fin de réduire la fréquence du CPT1 et de détecter le cancer de la prostate précocement, Nadhler [20] a recommandé une valeur seuil de PSA de 2,6 ng/ml au delà de laquelle il a indiqué les biopsies prostatiques chez les hommes de moins de 60 ans.

Le volume prostatique moyen sur lequel a été fait le diagnostic de cancer T1a (37,6 ml), relativement supérieur à celui sur lequel a été détecté le cancer T1b (26,3 ml), signifie que le volume de la prostate et de la zone de transition n'influence pas le taux de détection du cancer.

L'étude anatomopathologique a montré que le cancer T1b est plus agressif que le cancer T1a. Pour certains auteurs, le cancer T1b est de pronostic identique ou même plus péjoratif que le cancer de stade T2 [13, 17]. Le cancer T1a est souvent bien différencié avec un bas grade de Gleason, donc de pronostic favorable [6, 14, 21, 22].

Descazeaud [22], à travers une étude de 144 cas de cancer de prostate de stade T1a, a permis d'identifier un groupe de faible risque de progression, candidate à une surveillance et un groupe de haut risque nécessitant un traitement agressif. Les critères prédictifs de progression retrouvés sont la valeur de PSA pré et postopératoire, les volumes de la prostate et du tissu réséqué, et le score de Gleason inférieur ou supérieur à 6 [22].

Tableau I : Caractéristiques des patients par cancer.
Tableau II : Circonstances du diagnostic.
Tableau III : Grade/score de Gleason par stade de cancer.

Conclusion

Le taux de détection du cancer de la prostate est comparable pour les deux stades T1a et T1b, avec une fréquence faible. La réduction de l'incidence anatomopathologique du cancer de la prostate est expliquée par l'usage systématique du PSA et la pratique des biopsies de prostate pour des taux de PSA inférieurs à 4 ng/ml. La découverte du cancer de prostate T1a et T1b est indépendante des volumes de la glande et de sa zone de transition. Le cancer T1b est de plus mauvais histopronostic que le cancer T1a. D'autres études d'avenir peuvent identifier de nouveaux paramètres permettant de détecter le carcinome prostatique à un stade très précoce chez des malades pouvant bénéficier d'un traitement curatif.

Références

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