Cancer de la prostate : corrélation des scores de Gleason entre les biopsies et les pièces opératoires

25 octobre 2011

Auteurs : J.-F. Peko, A.W.S. Odzebe, J. Nsonde-Malanda, A.T. Bambara, A. Ngolet
Référence : Prog Urol, 2011, 9, 21, 615-618

Le score de Gleason est le critère histopronostique le plus utilisé dans le cancer de la prostate car il évalue l’agressivité et l’évolutivité de ce cancer.

But

Le but de ce travail rétrospectif était d’évaluer la corrélation entre les scores de Gleason des biopsies et des pièces opératoires.

Patients et méthodes

Du 1er janvier 2007 au 30 avril 2010, le diagnostic de cancer de la prostate avec score de Gleason avait été posé à la fois sur les biopsies et la pièce opératoire chez 123 patients.

Résultats

Pour les biopsies ainsi que les pièces opératoires, le score de Gleason variait de 3 à 9 pour une moyenne respective égale à 5,9 et 6,1. La corrélation entre le score de Gleason de la biopsie et celui de la pièce était parfaite dans 32,5 % des cas. Il existait une différence de score de un point dans 37,3 % et une différence d’au moins deux points dans 30 % des cas. Au total 28,4 % des scores de Gleason étaient surévalués tandis que 39 % étaient sous-évalués. Plus de la moitié des patients étaient classées en cancer moyennement différencié aussi bien sur les biopsies que sur les pièces opératoires. La corrélation pouvait être considérée comme bonne pour les cancers peu différenciés. Elle paraissait en revanche moins bonne pour les cancers bien et moyennement différenciés. En regroupant les patients selon les groupes bien, moyennement ou peu différencié, la corrélation entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire passait de 32,5 % à 74,8 %.

Conclusion

Le score de Gleason sur les biopsies montrait quelques limites dans l’appréciation de la prédiction, surtout que le cancer de la prostate est un cancer hétérogène. Le classement des patients selon les trois groupes distincts du degré de différenciation augmenterait la corrélation entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire.




 




Introduction


L'incidence du cancer de la prostate est en augmentation tous stades confondus [1]. En France, comme en Amérique du Nord, la prostate est la localisation la plus fréquente du cancer chez l'homme [2, 3]. Au Congo, le cancer de la prostate est le premier pour les localisations urogénitales chez l'homme avec un taux d'incidence estimé à 4,06 cas pour 100 000 habitants, un âge moyen de 69ans et un maximum de fréquence entre 65 et 75ans [4]. Pour l'appréciation du pronostic histologique, de nombreux systèmes de classification ont été proposés mais de l'avis de plusieurs auteurs, le score de Gleason est le plus important parmi les facteurs prédictifs de survie [3, 5, 6]. Il est obtenu en additionnant les valeurs des deux contingents les plus représentés au sein de l'échantillon [7]. Malheureusement ce score de Gleason sur biopsie est parfois différent de celui sur pièce opératoire, rendant ainsi difficile l'appréciation du degré d'agressivité. Le but de notre étude était d'évaluer la corrélation entre le score de Gleason des biopsies et celui des pièces opératoires.


Patients et méthodes


Il s'est agi d'une étude rétrospective transversale menée à partir des informations disponibles dans les archives du laboratoire d'anatomie et de cytologie pathologiques du centre hospitalier et universitaire de Brazzaville du 1er janvier 2007 au 30 avril 2010 soit une période de 39 mois. Étaient inclus dans cette étude, tous les cas de biopsies et pièces opératoires de prostate dont le compte rendu anatomopathologique comportait un diagnostic de cancer avec un score de Gleason. Les cas qui n'avaient que le résultat de biopsies ou de pièces opératoires, ainsi que les résultats de cancer faits sur moins de six fragments biopsiques avaient été exclus de l'étude. Nous avons ensuite analysé la corrélation entre le score de Gleason des biopsies et celui de la pièce opératoire pour chaque malade, puis entre les trois groupes histologiques de différenciation tumorale : cancer bien différencié (score 2–4), cancer moyennement différencié (score 5–7), cancer peu différencié (score 8–10).


Résultats


Pendant la période d'étude, ont été colligé 123 cas qui comportaient à la fois un diagnostic histologique sur biopsie et sur pièce opératoire sur un total de 175 cancers de la prostate. Pour ces 123 cas le compte rendu histologique comportait une appréciation du score de Gleason. Autant sur les biopsies que sur les pièces opératoires, le score de Gleason variait de 3 à 9 pour une moyenne de 5,9 et 6,1 respectivement. Le Tableau 1 présente la distribution des scores de Gleason obtenus en fonction du type d'échantillon examiné pour chaque cas. La corrélation entre le score de Gleason des biopsies et celui de la pièce opératoire était parfaite dans 32,5 % des cas. Il existait une différence de score de un point dans 37,3 % des cas et une différence d'au moins deux points dans 30 % des cas. Nous avons noté que 28,4 % des scores de Gleason étaient surévalués et 39 % sous-évalués. Le regroupement des scores de Gleason en trois catégories de différenciation histologique a été repris dans le Tableau 2. Plus de la moitié des patients était classé dans la catégorie des cancers moyennement différenciés aussi bien sur les biopsies que sur les pièces opératoires. Pour les cancers peu différenciés, la corrélation était considérée comme bonne. Elle paraissait en revanche moins bonne pour les cancers bien et moyennement différenciés. Dans le Tableau 3, nous avons repris les résultats des patients classés par groupe de différenciation du cancer, mais en nous intéressant à ceux qui changent de groupe lors du passage de la biopsie à la pièce opératoire. Dans ce cas, la corrélation entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire passait de 32,5 % à 74,8 %.


Discussion


La conduite à tenir devant un cancer de la prostate est basée sur l'hypothétique corrélation entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire. Malheureusement la reproductibilité du score de Gleason est mauvaise lors d'analyses itératives par le même ou par d'autres pathologistes [8, 9]. À cela s'ajoute les limites dans toutes études rétrospectives liées notamment à la mauvaise tenu des dossiers. En effet, 52 cas avaient été exclus, soit à cause de l'insuffisance numérique des prélèvements biopsiques, soit par manque du résultat histologique des biopsies ou de la pièce opératoire. Les différentes moyennes de score biopsique et pièces opératoire de notre série étaient identiques à celles de Prost qui avait trouvé respectivement 5,6 % et 6,1 % [10]. La corrélation parfaite entre le score de Gleason biopsique et opératoire dans notre travail était identique à celle de Cookson et inférieure à celle de Prost [10, 11]. Dans notre série comme dans celle de Prost, la différence de score de un point était supérieure à celle d'au moins deux points [10]. Nous avions trouvé 39 % de biopsies dont le score était sous-évalué versus 47,6 % pour Prost [10] et 33 % pour Catalona [12]. La variabilité des résultats entre les différents auteurs peut s'expliquer par le fait que les cancers de la prostate sont hétérogènes et les biopsies ne reflètent qu'imparfaitement l'architecture tumorale réelle. L'absence de concordance entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire peut être la conséquence d'un changement de groupe de score. En effet, le changement du score de Gleason entre les biopsies et la pièce opératoire peut faire passer le même patient dans un groupe de score supérieur ou inférieur. Malgré tout, une sous-évaluation par les biopsies du score de deux points et plus ne devrait pas avoir de répercussion sur le protocole thérapeutique, pourvu que le patient ne change pas de groupe de score. En revanche, dans certains cas, le changement de seulement un point du score de Gleason peut faire changer le groupe de score et par conséquent modifier le protocole thérapeutique. Analysant les résultats selon le degré de différenciation tumoral, nous avions trouvé une assez bonne corrélation quel que soit le degré de différenciation du cancer. Prost trouve une mauvaise corrélation pour les cancers bien et moyennement différenciés [10]. D'autres auteurs avaient trouvé les plus grandes discordances de score de Gleason pour les cancers bien différenciés [9, 12, 13, 14]. Dans la série de Garnett la prédiction du score de Gleason était d'autant plus précise que les scores étaient élevés [15]. En effet, dans le dit travail, la concordance était de 54 %, 73 % et 100 %, respectivement pour les cancers bien, moyennement et peu différenciés. Pour diminuer la différence entre les scores, Garnett proposait d'augmenter le nombre de carottes biopsiques [15]. Thickman constatait que la concordance maximale était atteinte entre quatre et six biopsies prostatiques [16]. Cookson retrouve une bonne corrélation dans 80 % des cas, en utilisant le classement des patients selon les groupes de différenciation [11]. Avec ce critère de différenciation, la corrélation était passée de 32,5 % à 74,8 % dans notre série, versus 37 % à 72 % dans le travail de Prost [10].


Conclusion


Le score de Gleason est le meilleur critère histopronostique dans le cancer de la prostate. Malheureusement, la reproductibilité du score de Gleason était mauvaise lors d'analyses itératives par le même ou par d'autres pathologistes. Par ailleurs, le cancer de la prostate est hétérogène et les biopsies ne reflètent qu'imparfaitement l'architecture tumorale réelle. En pratique, le classement des patients selon les trois groupes distincts de différenciation tumorale pourrait augmenter la corrélation entre le score de Gleason biopsique et celui de la pièce opératoire.


Déclaration d'intérêt


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêt en relation avec cet article.



Remerciements


Au professeur Charles Gombé Mbalawa.


Au Professeur Jean Marie Dangou.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Corrélation entre les scores de Gleason des biopsies et des pièces opératoires pour chaque malade.
Score de Gleason sur biopsies  Score de Gleason sur pièces opératoires 
 
  Total 
10 
14 
22 
10  25 
14  35 
Total  21  28  39  14  123 





Tableau 2 - Distribution des scores de Gleason sur les biopsies et les pièces opératoires.
  Biopsies  Pièces opératoires 
Score 2 à 4  24 (19,5 %)  16 (13 %) 
Score 5 à 7  82 (66,6 %)  88 (71,5 %) 
Score 8 à 10  17 (13,8 %)  19 (15,4 %) 





Tableau 3 - Corrélation entre les scores de Gleason des biopsies et ceux des pièces opératoires.
Score de Gleason sur biopsies  Score de Gleason sur pièces opératoires 
 
  Effectifs de malade ne changeant pas de groupe (%)  Effectifs de malade qui changent de groupe (%)  Total 
Score 2 à 4  15  24 
Score 5 à 7  63  19  82 
Score 8 à 10  14  17 
Total  92 (74,8 %)  31 (25,2 %)  123 




Références



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