Calcinose scrotale

26 juin 2003

Mots clés : Calcinose, scrotal, épidermoide, kyste.
Auteurs : EL FASSI M.J., EL AMMARI J.E., KHALLOUK A., ACHOUR Y., TAZI M.F., FARIH M.H.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 332-333
Les auteurs rapportent le cas d'un patient âgé de 56 ans qui présente une calcinose scrotale. Ils discutent après une revue de la littérature les aspects éthiopathogéniques, cliniques et anatomopathologiques de cette pathologie rare.

Initialement décrite en 1883 par Lewinski [5], la calcinose scrotale est une pathologie rare caractérisée par l'existence de multiples nodules calcifiés de la paroi scrotale. Son éthiopathogénie demeure encore incertaine. Sur la base de cette observation et d'une revue de la littérature nous essaierons de faire le point sur les caractères éthiopathogéniques, anatomopathologiques et cliniques de cette pathologie.

Observation

Il s'agissait de Monsieur B. I., 56 ans, sans aucun antécédent pathologique qui présentait depuis l'âge de 35 ans une tuméfaction scrotale, prurigineuse, indolore et augmentant progressivement de volume. A l'examen les lésions étaient multiples, nodulaires, mobiles par rapport au plan profond, confluentes, non inflammatoires et mesurant dans l'ensemble 4cm/3cm (Figure 1).

Figures 1 et 3. Aspect du scrotum.

Les nodules contenaient un liquide blanchâtre épais. Les testicules et épididymes étaient cliniquement normaux. Une exérèse chirurgicale était réalisée sous anesthésie locale. A l'examen anatomopathologique de la pièce opératoire, il s'agissait de formations nodulaires exophytiques bordées par une épaisse capsule fibreuse sans revêtement épithélial et occupées par de multiples foyers de calcifications dystrophiques évoquant une calcinose scrotale (Figure 2).

Figure 2 : Calcinose scrotale. Coupe histologique : G x 40.

Sur le plan biologique le bilan phosphocalcique était normal. Revu un mois après l'exérèse, le scrotum était complètement cicatrisé et il n'y avait pas de récidive (Figure 3).

Discussion

La calcinose scrotale est une pathologie qui survient souvent chez des patients jeunes. En effet la plupart des patients rapportés avaient des âges variant de 20 à 50 ans [3, 7, 8].

Etant donné la bénignité de la symptomatologie et la lenteur de l'évolution, le délai entre les premiers symptômes et le traitement est souvent très long comme c'est le cas dans cette observation [6, 8].

L'éthiopathogénie a été discutée dans plusieurs publications et de multiples théories ont été proposées [1, 2 ,4]. Depuis le travail de Swineheart [9] qui a mis en évidence un revêtement épithélial entourant les calcifications, la théorie selon laquelle la calcinose scrotale seraient due à la calcification de kystes épidermoides est de plus en plus admise. Cette théorie a été confirmée par Saad [8] qui a publié 3 cas dont l'un avait concomitamment plusieurs kystes épidermoides dont certains évoluaient vers la calcinose. Selon cet auteur la rupture du revêtement épithélial entourant initialement le kyste épidermoide produit une inflammation de type corps étranger suivie d'une dystrophie calcique constituant ainsi la calcinose scrotale. Cette théorie a été aussi confirmée par plusieurs études [3, 7, 9]. Notre patient présentait une calcinose scrotale dont les caractéristiques histologiques sont très typiques mais il n'y avait pas de revêtement épithélial entourant les calcifications ou de kyste épidermoide concomitant pour qu'on puisse confirmer la filiation kyste épidermoide-calcinose scrotale. Mais l'hypothèse de la dystrophie calcique des kystes épidermoides ne peut être éliminée car les lésions évoluaient depuis 21 ans et ont eu le temps de subir une dystrophie calcique.

Le traitement consiste à réaliser une exérèse chirurgicale de la tumeur. Il a un but diagnostique et thérapeutique car cette tumeur peut par son volume devenir très inesthétique comme c'était le cas de notre patient.

Conclusion

La calcinose scrotale est une pathologie bénigne et rare. Son exérèse chirurgicale souvent faite sous anesthésie locale a essentiellement un but esthétique et permet de confirmer le diagnostic.

L'éthiopathogénie la plus admise actuellement est la dystrophie calcique des kystes épidermoides.

Références

1. FEINSTEIN A., KAHANA M., LEVY A. : Idiopathic scrotal calcinosis and vitiligo of the scrotum. J. Am. Acad. Dermatol., 1984 ; 11: 519-520.

2. FISHER B.K., DVORETZKY I. : Idiopathic calcinosis of the scrotum. Arch. Dermatol., 1978 ; 114 : 957.

3. ITO A., SAKAMOTO F., ITO M. : Dystrophic scrotal calcinosis originating frome benign eccrine epithelial cysts. Br. J. Dermatol, 2001 ; 144 : 146-150.

4. KING D.T., BROSMAN S., HIROSE F.M. : Idiopathic calcinosis of the scrotum. Urology, 1979 ; 14 : 92-94.

5. LEWINSKI H.M. : Lymphangiome der haut mit verkalkleminhalt. Arch. Pathol. Anat., 1883 ; 91 : 371-374.

6. POLK P., McCUTCHEN W.T., PHILLIPS J.G., BIGGS P.J. : Polypoid scrotal calcinosis : an uncommon variant of scrotal calcinosis. South Med. J., 1996 ; 89 : 896-897.

7. RUIZ GENAO D.P., RIOS BUCETA L., HERRERO L., FRAGA J., ARAGUES M., GARCIA DIEZ A. : Massive scrotal calcinosis. Dermato. Surg., 2002 ; 28 : 745-747.

8. SAAD A.G., ZAATARI G.S. : Scrotal calcinosis is it idiopathic. Urology, 2001, 57 : 365-367.

9. SWINEHART J., GOLITZ L. : Scrotal calcinosis, dystrophic calcification of epidermoid cysts. Arch. Dermatol., 1982 ; 118 : 985-988.

10. TSAI Y.S., TZAI T.S., LIN J.S., TONG Y.C. : Scrotal calcinosis presenting with prostatitis-like symptoms. Urology, 2002 ; 59 : 138-140.