Bandelette sous-urétrale Advance ®  : résultats à moyen terme : sélection des patients et facteurs prédictifs

25 octobre 2013

Auteurs : N. Siegler, S. Droupy, P. Costa
Référence : Prog Urol, 2013, 12, 23, 986-993
Introduction

La bandelette sous-urétrale Advance® est une technique mini-invasive de traitement de l’incontinence urinaire de l’homme. Peu de données d’efficacité à moyen terme sont disponibles ; seule une étude a été publiée.

Objectifs

Évaluer à moyen terme l’efficacité de la bandelette Advance® (American Medical System, Minnetonka, MN, États-Unis) et déterminer des critères de succès du traitement d’une incontinence à l’effort post-prostatectomie.

Patients et méthodes

Étude rétrospective, d’une série consécutive monocentrique d’hommes traités pour incontinence post-prostatectomie. La sévérité de l’incontinence était classée selon le nombre de protections par jour : légère (1 à 2), modérée (3 à 4) et sévère (≥5). La guérison était définie par l’absence de protection systématique, l’amélioration par une réduction de plus de 50 % du nombre de protection.

Résultats

D’octobre 2007 à novembre 2009, 69 bandelettes ont été implantées. Le suivi moyen était de 32,4mois (±8,4mois). La population comportait : 37,68 % d’incontinence urinaire légère, 42,03 % modérée et 20,29 % sévère. À terme, 21,8 % des patients étaient guéris et 50,7 % guéris ou améliorés. Pour les patients avec une incontinence légère ou modérée, ces taux étaient respectivement de 23,6 % et 58,2 %. Le taux de guérison diminuait avec la sévérité de l’incontinence : respectivement 30,8 %, 17,2 % et 14,3 % pour l’incontinence légère, modérée et sévère. Le taux d’échec était le plus élevé pour l’incontinence sévère : 78 %. Pour les patients qui avaient une pression de clôture inférieure à 57cmH2 O, le risque d’échec était multiplié par 6,6. Les complications étaient rares et peu graves. Seul un cas d’explantation a été décrit.

Conclusion

À moyen terme, un patient sur cinq était guéris et un sur deux amélioré ou guéris. La technique a eu une morbidité acceptable et une bonne tolérance. Deux facteurs prédictifs ont été mis en évidence : la sévérité de l’incontinence et la fonction résiduelle sphinctérienne. L’incontinence urinaire légère était l’indication de choix.




 




Introduction


L'incontinence urinaire à l'effort chez l'homme est le plus souvent une conséquence de la chirurgie pour cancer localisé de la prostate. Le mécanisme en est un déficit sphinctérien et un défaut de soutien [1]. Le taux d'incontinence urinaire d'effort après prostatectomie varie de 5 à 48 % selon les séries et les définitions [2].


Le sphincter urinaire artificiel AMS 800 est le traitement de référence de l'incontinence urinaire d'effort modérée et sévère après prostatectomie [3]. Son taux de succès à long terme a été évalué à plus de 90 %. Le sphincter artificiel n'est pas sans complication. Certaines séries ont rapporté un taux de complication pouvant atteindre 37 % à dix ans avec principalement : défaillances mécaniques (23 %), érosions (8 %), infections (6 %) [4]. Des révisions sont parfois nécessaires. Par ailleurs, ce dispositif nécessite une coopération du patient et un certain degré de dextérité pour les manipulations [3].


Parallèlement au développement du sphincter urinaire artificiel, des techniques alternatives moins invasives et sans manipulation ont été développées.


Le traitement de l'incontinence urinaire masculine, par compression de l'urètre bulbo-périnéal, a été décrit depuis plus de 50ans (Berry en 1961, Kaufman en 1973 [1]). Le taux élevé de complications a fait abandonner ces techniques dont le principe a été repris dans les années 2000. En 2002, la société AMS a commercialisé la bandelette sous-urétrale à ancrage osseux Invance® [1]. Mais le taux de complications de cette technique était élevée (jusqu'à 37 %) et l'efficacité diminuait avec le temps [3].


En 2006, Redher et Gozzi ont mis au point la bandelette sous-urétrale trans-obturatrice Advance® (American Medical System, Minnetonka, MN, États-Unis) en situation bulbo-membraneuse. Elle assure une compression passive, statique, ventrale et permanente de l'urètre et probablement aussi une action dynamique à type de soutien [1]. Advance® repositionne le complexe sphinctérien dans le pelvis et augmente la longueur fonctionnelle de l'urètre membraneux [5].


Il n'existe qu'une seule étude sur les résultats à moyen terme [6]. Le premier objectif de notre étude était d'évaluer l'efficacité de la bandelette à moyen terme. Nous avons également étudié la sécurité, la tolérance de la technique et déterminé des facteurs prédictifs de succès.


Patients et méthodes


Il s'agissait d'une étude monocentrique, rétrospective évaluant les résultats sur la continence dans une série consécutive d'hommes opérés d'une incontinence urinaire après prostatectomie de la bandelette sous-urétrale Advance® dans un centre de recours. Tous les patients ont eu, avant la pose, une rééducation périnéale. Huit patients (11,6 %) avaient été pris en charge chirurgicalement avant la mise en place de la bandelette Advance®. Parmi ces patients, un (12 %) avait eu la mise en place d'un sphincter urinaire artificiel, quatre (50 %) la mise en place de ballonnets sous-cervicaux ajustables de type proACT® et trois (38 %) un autre type de bandelette sous-urétrale. La période d'inclusion allait d'octobre 2007 à novembre 2009 ; l'évaluation a été réalisée en juin 2011.


L'incontinence urinaire était gradée en trois catégories, selon le nombre de protections quotidiennes (question 3 du questionnaire UCLA/RAND) : légère (entre une à deux protections par jour), modérée (trois à quatre par jour) et sévère (≥5 par jour) [7, 8].


La technique de mise en place était conforme à la description princeps de Rhedher et Gozzi. Le matériel utilisé était le kit Advance®, développé par AMS, comprenant une bandelette de polypropylène et deux alènes à usage unique [9].


Une mesure du résidu post-mictionnel et une débitmétrie étaient réalisées à un mois. Pour les patients qui avaient réalisé un bilan urodynamique au préalable, la mesure de la pression de clôture urétrale était retenue.


Les patients étaient classés en trois catégories correspondant à la guérison, l'amélioration ou l'échec. La guérison signifiait que les patients avaient une continence sans port de protection dans la vie quotidienne. On tolérait le port d'une protection pour les efforts qui n'étaient pas réalisés quotidiennement (e.g., jardinage...). L'amélioration était définie par une baisse de plus de 50 % du nombre de protection. L'évaluation de la satisfaction a été réalisée grâce à une échelle visuelle analogique allant de 0 (pas du tout satisfait) à 10 (entièrement satisfait). Il était aussi posé la question « Seriez-vous prêt à refaire cette intervention ? » avec une réponse binaire.


L'objectif principal de l'étude était d'évaluer à moyen terme l'efficacité de la bandelette sous-urétrale Advance®.


Les objectifs secondaires étaient d'évaluer la tolérance et sécurité de la technique, de déterminer des facteurs prédictifs de l'efficacité.


Pour les comparaisons des groupes succès versus échec, les variables qualitatives ont été analysées par un test de Chi2 ou de Fisher pour les effectifs inférieurs à 5 ; les variables quantitatives avec un test de Student. Le seuil de significativité choisi était de 0,05. Pour les variables du bilan urodynamique (pression de clôture urétrale [Pc] et résidu post-mictionnel [RPM]), une estimation de seuil a été effectuée par la méthode du maximum de vraisemblance. L'analyse statistique a été réalisée avec le Logiciel SAS (Statistical Analysis System, version 9.2).


Résultats


D'octobre 2007 à novembre 2009, 69 bandelettes Advance® ont été implantées. L'âge moyen des patients était de 68,3±6ans. Le délai de recul entre la prostatectomie et l'implantation était de 38,4mois (±26mois). Le suivi moyen des patients était de 32,4mois (±8,4mois).


Avant la mise en place de la bandelette, la population se répartissait en : 37,68 % d'incontinence urinaire légère, 42,03 % modérée et 20,29 % sévère. Le nombre moyen de protections avant la mise en place de la bandelette était de 3,2±1,7 protections par jour (Tableau 1).


Le nombre de protection moyenne au terme de l'évaluation était de 1,2±1,4 protections par jour, soit une réduction globale d'environ 63 %. Au terme du suivi, 21,8 % des patients étaient guéris et 50,7 % des patients étaient guéris ou améliorés. Pour les patients avec une incontinence initiale légère ou modérée, ces taux étaient respectivement de 23,6 % et de 58,2 %. Un taux d'échec de 78 % était noté pour les patients avec une incontinence urinaire sévère (Tableau 2). Le taux de guérison était respectivement de 30,8 %, 17,2 % et 14,3 % pour les patients avec une incontinence urinaire légère, modérée et sévère.


Le risque d'échec était multiplié par 3,66 entre l'incontinence urinaire sévère par rapport à l'incontinence urinaire légère (OR=3,66 IC [1-3,3-16] et p =0,02). Ce risque était de 5,1 entre le groupe de patients ayant une incontinence urinaire sévère et le groupe des patients ayant une incontinence urinaire légère ou modérée (OR 5,1 IC [1,3-20,4] et p =0,02).


Soixante-huit pour cent des patients avaient une EVA de satisfaction strictement supérieure à 5. Quel que soit le résultat, 71,15 % des patients se disaient prêts à « renouveler l'intervention ».


Il n'y avait pas différence significative entre les groupes prétraité et non prétraité en termes de guérison ou d'amélioration (OR 1,03 IC 95 [0,17,6,08] [p =1]).


À un mois postopératoire, le débit maximum (Qmax) moyen était de 20,7±11,8mL/s. Le RPM moyen était de 24,4±75mL. Chez les 14 patients qui avaient réalisé un bilan urodynamique, la Pc moyenne, préopératoire, était de 54,1±22,8cm H2 O. Les patients améliorés ou guéris avaient, en préopératoire une Pc moyenne de 61,0±23,7cmH2 O. Pour les patients en échec, elle était de 41,6±16,1cmH2 O. La méthode du maximum de vraisemblance a déterminé un seuil de 57cmH2 O entre les deux groupes amélioré ou guéris et échec, avec une tendance à la significativité (p <0,10) pour une Pc préopératoire inférieure à 57cmH2 O et un risque d'échec de la bandelette multiplié par 6,6.


Avec cette même significativité, le risque d'échec était multiplié par 5 si le RPM était inférieur à 40mL (Tableau 3).


La durée moyenne d'intervention de pose de la bandelette était de 57,1±12minutes. La durée de séjour (veille de l'intervention incluse) était en moyenne 3,2±1,1jours. Il n'existait pas de différence statistiquement significative entre les deux groupes guéri ou amélioré versus échec concernant la durée d'hospitalisation (p =0,3) ou la durée d'intervention (p =0,3).


Il n'y a pas eu de complication peropératoire grave, ni de décès. Aucune transfusion n'a été nécessaire. Un patient a présenté lors de la mise en place de la bandelette un saignement modéré d'environ 250cm3. Les suites ont été simples sans hématome ni nécessité de reprise chirurgicale.


Parmi les 69 procédures, une s'est compliquée d'une plaie urétrale. Une cicatrisation dirigée sur sonde urétro-vésicale pendant un mois a été mis en place. À terme, il n'y a pas eu de complication.


Deux patients ont présenté une rétention aiguë d'urine en postopératoire immédiat. Après une phase d'hétéro-sondages intermittents, ils ont repris des mictions spontanées et sont sortis sans drainage vésical.


Les douleurs étaient toutes légères ou modérées, sensibles aux antalgiques simples. Seul un patient a présenté une douleur pelvienne d'allure neurogène non calmée par les antalgiques simples ou morphinique. Il a été réalisé sur le trajet une infiltration d'anesthésique local de type naropeïne qui a permis une sédation des douleurs.


Un patient a présenté un hématome périnéal de faible abondance n'ayant pas nécessité de drainage. L'événement a été spontanément résolutif en trois semaines par des soins locaux.


Il n'y a pas eu d'infection précoce ou tardive du site opératoire.


Aucun patient n'a présenté d'accident cardiovasculaire ou d'accident thromboembolique.


Les complications postopératoires à court et moyen terme (sortie d'hospitalisation jusqu'à six mois) ont été les suivantes. Deux patients ont présentés des douleurs périnéales ou scrotales persistantes nécessitant la prise d'antalgiques non morphiniques pendant trois mois. Les douleurs ont été spontanément résolutives au-delà de quatre mois.


Un patient a présenté une désunion cutanée de cicatrice dans la semaine suivant la pose de bandelette. Il n'y avait pas de mise à nu de la bandelette. La complication a été prise en charge par 15jours de soins locaux avec évolution favorable de la cicatrisation.


Une explantation de bandelette, parmi les 69 procédures, a été réalisée, à cause d'une érosion urétrale.


Un patient s'est plaint d'une augmentation de sa symptomatologie urinaire après la pose. Il a rapporté avoir doublé sa consommation de protections par jours. Cette complication n'a jamais été objectivée par des mesures standardisées en milieu hospitalier.


Les complications sont regroupées dans le Tableau 4 et hiérarchisées selon la classification de Clavien.


Parmi les patients classés en échec, 88,57 % ont choisi un traitement complémentaire dont 42,86 % un sphincter artificiel et 20 % des ballonnets ajustables.


Discussion


Au terme du suivi, 21,8 % des patients étaient guéris et 50,7 % des patients étaient guéris ou améliorés ; ces taux étaient de respectivement 23,6 % et 58,2 % pour les patients avec une incontinence initiale légère ou modérée. Sept patients ont eu des complications ; elles étaient non graves. Les facteurs prédictifs de succès étaient la sévérité de l'incontinence et la fonction résiduelle sphinctérienne mesurée par la pression de clôture.


Variabilité des résultats


Plusieurs études ont évalué le taux de guérison et d'amélioration (regroupés) : variant de 54,6 % à 90,6 % à un an [10, 11, 12, 13] et de 67,7 % à 77,0 % à deux ans [6, 14, 15]. Notre taux pour l'incontinence légère à modérée de 58,2 % était en accord avec ces données publiées. Il en était de même pour les taux de guérison.


On peut expliquer ces résultats de différentes façons. Selon les différentes études, les moyens d'évaluation de l'incontinence urinaire post-prostatectomie et le délai de prise en charge étaient différents. Les définitions de l'amélioration et de l'échec n'étaient pas strictement identiques et pouvaient varier dans certaines études.


Cependant, la plupart des études autorisaient le port de protections dites de sécurité. Notre définition de la continence s'intégrait dans ce cadre par l'absence de protection systématique dans les actes de la vie quotidienne. De plus, ces différentes études ont inclus des incontinences urinaires qui sont post-chirurgicales mais qui ne sont pas toutes post-prostatectomie (post-résection transurétrale de prostate, adénomectomie) [6, 10, 11, 12, 13, 14, 15].


Ces variations de résultats, qui peuvent s'expliquer par des méthodes d'évaluations différentes, avaient déjà été mises en évidence lors d'évaluation d'autres bandelettes. En raison de ce biais, le taux d'efficacité de la bandelette sous-urétrale à ancrage osseux Invance® pouvait aller de 37,5 à 79 % selon les études [16].


Dégradation dans le temps


Une des hypothèses de notre taux de succès plus faible que certaines séries serait la dégradation des résultats dans le temps. Le principe de soutènement sous-urétral masculin semble se dégrader avec le temps comme l'ont confirmés les résultats avec la bandelette Invance®. Mouracade et al. ont rapporté une dégradation de la continence la première année avec la bandelette Invance®. Le taux de continence était de 62,5 % à trois mois et diminuait à 37,5 % à 11,5mois [17]. Nos résultats, qui étaient, par comparaison avec les données de la littérature parmi les plus faibles, étaient peut-être liés à une dégradation au cours du temps. D'autant plus que notre série était l'une des deux seules à avoir un aussi long recul.


Une seule autre étude à moyen terme à été publiée. Cette dernière a rapporté des taux stables à moyen terme. Respectivement 76,9 % et 76,8 % des patients étaient guéris ou améliorés à 12 et 36mois [18]. Notre taux de prétraitement (11,6 %) était inférieur à cette série de Rehder et al. à moyen terme (26,3 %) expliquant peut être nos résultats plus faibles [18]. Le taux de prétraitement dépendait plus des habitudes de chaque centre. Il aurait aussi fallu nos données intermédiaires à 1,2 et trois ans pour véritablement conclure sur la dégradation des résultats dans le temps.


Il faut attendre d'autres résultats avec un suivi plus long et des données intermédiaires pour pouvoir conclure sur la dégradation de l'efficacité dans le temps. Si elle se confirmait, une des hypothèses permettant de l'expliquer serait l'atrophie progressive des tissus graisseux ou musculaires sur lesquels s'appuie la bandelette. Un autre facteur explicatif pourrait être la poursuite de la dégradation des performances du sphincter urétral natif [16].


Les bandelettes ajustables (Remeex®, Argus®) pourraient éventuellement palier cette évolution grâce aux remises en tension de la bandelette [3].


Complications


La pose de la bandelette est une intervention courte, sans difficulté technique de pose, même en présence d'antécédents d'abord du site opératoire. Nos données ont confirmé celles de la littérature sur les complications. Plusieurs études ont évalué le taux de rétention entre 3 et 15,1 % [10, 11, 15]. Toutes ces rétentions étaient transitoires. Le taux de douleur périnéale et/ou scrotale a été calculé a moins de 19,5 % dans la littérature [6, 11, 18]. Dans la littérature, une dysurie était retrouvée chez 4,5 % à 14 % des patients [6]. Les hématomes étaient présents dans 0,7 à 3,2 % des cas [18].


Facteurs prédictifs de succès


Malgré notre échantillon plus faible que dans certaines séries, il semble que la pression de clôture préopératoire serait impliquée dans l'évolution sur la continence après la mise en place des bandelettes. Selon notre étude, une pression de clôture préopératoire inférieure à 57cmH2 O augmentait le risque d'échec par 6,6. Certaines données de la littérature ont rapporté que la sévérité de l'incontinence et le déficit sphinctérien sont les deux principaux facteurs prédictifs du succès de la bandelette Advance®. La fonction sphinctérienne après prostatectomie a été isolée comme un des facteurs de choix pour la mise en place de la bandelette [19]. Une étude prospective, a mis en évidence, à un an de meilleurs résultats chez les patients avec une fonction sphinctérienne résiduelle [11]. Le patient idéal pour l'implantation de la bandelette est un patient qui a conservé une fonction sphinctérienne suffisante. Certaines recommandations ont préconisé une évaluation de la fonction sphinctérienne avant la mise en place d'une bandelette sous-urétrale [2]. Mais il n'existe pas actuellement de seuil défini et la mesure du tonus urétral est rarement réalisée en pratique courante. La mesure de la fonction sphinctérienne n'est pas standardisée. Les principales études anglo-saxonnes ont utilisée la mesure VLPP (Valsalva Leak Point Pressure) pour évaluer cette fonction sphinctérienne et pas la pression de clôture [2, 19].


Concernant les résultats sur le degré de l'incontinence, nos données ont confirmé les différentes études publiées. Les meilleurs candidats à l'implantation d'une bandelette sous-urétrale étaient les patients ayant une incontinence légère voire modérée. La sévérité de l'incontinence était un des principaux critères retenu dans le choix des patients [11, 12, 19].


L'incontinence urinaire légère serait, pour nous, l'indication de choix. Le sphincter urinaire artificiel a été évalué comme le traitement de référence de l'incontinence urinaire d'effort sévère post-prostatectomie [2]. Le taux de guérison est dans notre étude pour les incontinences légères de 30,8 % contre 14,3 % pour les incontinences sévères. Cependant, entre les incontinences modérées et sévères (17,2 % contre 14,3 %), les résultats sont peu différents. Une des hypothèses serait le sous classement des incontinences. Certaines incontinences sévères ont pu être classées comme modérées. Une des causes à envisager serait l'évaluation de l'incontinence par le nombre de protection par jour. Le nombre de protection a été utilisé dans plusieurs études pour évaluer l'efficacité de la bandelette [11, 12, 19]. Mais le classement de l'incontinence par le nombre de protection par jour était peu fiable.


Pour l'EAU, l'utilisation de pad test en gramme a été recommandée [2].


Mécanisme d'action non obstructif


Notre analyse débit-métrique postopératoire était en accord avec le mécanisme d'action non obstructif de la bandelette [15]. Le débit maximum postopératoire était, en effet supérieur, en moyenne à 20mL/s. Son analyse n'a pas permis de prédire en postopératoire l'efficacité de la bandelette. Il en était de même pour le RPM.


Limites de l'étude


Notre étude comportait un certain nombre de biais et de limites : caractère rétrospectif, biais de confusion lié à la subjectivité du recueil, monocentrique. Concernant l'évaluation de l'incontinence, nous avons utilisé un moyen d'évaluation simple, facile et utilisé en pratique courante utilisé dans les autres études mais non validé à savoir : le nombre de protections par jour. Nous n'avons pas utilisé le pad test des 24heures. En revanche, tous les sujets inclus ont été analysés. Il n'y a eu aucun perdu de vu. Comme nous l'avons déjà rapporté, une seule autre étude à moyen terme a été publiée. Cette dernière a rapporté des taux stables à moyen terme. Respectivement 76,9 % et 76,8 % des patients étaient guéris ou améliorés à 12 et 36mois [18].


Conclusion


L'incontinence urinaire post-prostatectomie est une des complications liée à la prostatectomie que le patient redoute. Le sphincter urinaire artificiel est le traitement de référence. La bandelette sous-urétrale masculine Advance® est une des alternatives sans manipulation développée pour le traitement des incontinences urinaires post-prostatectomie. Concernant l'efficacité de la bandelette, dans notre série, au terme du suivi 21,8 % des patients étaient guéris et 50,7 % des patients étaient guéris ou améliorés. Pour les patients avec une incontinence initiale légère ou modérées, ces taux étaient respectivement de 23,6 % et 58,2 %. Notre étude a confirmé les données de la littérature concernant la sécurité et la bonne tolérance de la procédure. Deux facteurs prédictifs ont été mis en évidence : la sévérité de l'incontinence et la fonction résiduelle sphinctérienne. Les patients qui ont tirés le plus de bénéfices de la bandelette étaient ceux qui utilisaient moins de trois protections par jours. Cependant, l'évaluation de la sévérité de l'incontinence par le nombre de protection n'est pas optimale. De plus, la mesure de la fonction sphinctérienne n'est pas standardisée. Une dégradation de l'efficacité de la bandelette semblerait se produire au cours du temps mais est à mettre en évidence.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs n'ont pas transmis de déclaration de conflits d'intérêts.



☆  Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques de la population.
Variable  Total 
  n   Ans 
Âge   69  68,3±6,6 
 
Durée d'évaluation   69  2,7±0,7 
 
Délai par rapport prostatectomie   69  3,2±2,2 
 
Sévérité incontinence urinaire    
Légère  26  37,68 
Modérée  29  42,03 
Sévère  14  20,29 
Légère et modérée  55  79,71 
 
Prise en charge chirurgicale antérieure    
Non  61  88,41 
Oui  11,59 
 
Complications  
Absente  56  81,16 
Présente  13  18,84 
 
Nombre de protections initial   69  3,2±1,7 
 
Nombre de protections à terme   50  1,2±1,4 
 
Satisfaction   47  EVA satisfaction (0-10)
7,3±11,4 





Tableau 2 - Efficacité selon la sévérité de l'incontinence.
Type d'incontinence urinaire  Amélioration 
Guérison 
Guérison ou amélioration 
Échec 
Total 
  n   n   n   n   n  
Légère  19,2  30,8  13  50  13  50  26  100 
Modérée  14  48,3  17,2  19  65,5  10  34,5  29  100 
Légère et modérée  19  34,6  13  23,6  32  58,2  23  41,8  55  100 
Sévère  7,1  14,3  21,4  11  78,57  14  100 
 
Tous stades  20  28,9  15  21,8  35  50,7  34  49,3  69  100 





Tableau 3 - Résultats urodynamiques.
Variables urodynamiques  n   Total  n   Échec  n   Succès  OR [IC95 %]  Valeur de p  
Pc préopératoire (cmH2 O)  14  54,1±22,8  41,6±16,1  61,0±23,7  0,45 
Pc préopératoire (cmH2 O) seuil<57H2 50 %  57,1 %  42,9 %  6,8 [0,8-60,1]  0,08 
Qmax (débit maximum en mL/s) postopératoire  46  20,7±11,8  23  21,7±9,9  23  19,8±13,3   
RPM (mL) postopératoire  53  24,4±75  28  9,2±17,9  25  41,4±107,5   
RPM (mL) postopératoire seuil<40  44  83 %  26  59,1 %  18  40,9 %  5 [0,9-27,2]  0,06 



Légende :
Pc : pression de clôture urétrale ; RPM : résidu post-mictionnel.



Tableau 4 - Complications selon la classification de Clavien.
Grade de Clavien  Type de complication  Traitement  Évolution  Fréquence (%)  n  
Douleurs pelvi-perinéo scrotale chronique  Antalgiques simples  Résolution spontanée à 3 mois  15,38 
Petit hématome périnéal  Soins locaux et antalgiques simples  Résolution spontanée en 3 semaines  7,69 
Désunion superficielle de cicatrice périnéale  Soins locaux  Évolution favorable en 3 semaines  7,69 
II  Rétention aiguë d'urine (550cm3) en postopératoire immédiat  Hétérosondage intermittent  Sortie d'hospitalisations sans drainage reprise miction spontanée sans résidu post-mictionnel  15,38 
III a 
III b  Érosion urétrale  Explantation  Évolution favorable  7,69 
IV a 
IV b 




Références



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