Ballons ACT chez la femme : évolution de l’efficacité au cours des 24 mois suivant l’implantation

25 décembre 2018

Auteurs : P. Guiffart, B. Reix, A. Martin-Malburet, F. Marcelli, X. Biardeau
Référence : Prog Urol, 2018, 16, 28, 927-934
Objectif

Évaluer les résultats en termes d’efficacité au cours du temps des ballons latéro-urétraux ACT® chez la femme dans le traitement de l’incontinence urinaire d’effort (IUE) par insuffisance sphinctérienne (IS).

Méthode

Toutes les patientes ayant une IUE par IS traitées par l’implantation de ballons latéro-urétraux ACT bilatéraux entre septembre 2008 et novembre 2015 et suivies régulièrement pendant une durée d’au-moins 24 mois étaient éligibles. Les résultats étaient évalués à 6, 12 et 24 mois. Les critères d’efficacité étaient définis ainsi : Le succès – port au maximum d’une protection par jour et une évaluation par échelle verbale simple (EVS)à 9/10. L’amélioration – diminution du nombre de protections par jour et EVS5/10. L’échec–augmentation ou stabilité du nombre de protections par jour et/ou EVS<5/10. L’échec était considéré comme primaire lorsqu’il survenait sans aucune amélioration ressentie en postopératoire. Il était considéré comme secondaire lorsqu’il survenait après une période de succès ou d’amélioration.

Résultats

18 patientes ont été suivies pendant 24 mois. Le taux de succès était respectivement de 17 %, 33 % et 33 %, à 6, 12 et 24 mois de suivi. Le taux d’amélioration était respectivement de 61 %, 39 % et 17 % à 6,12 et 24 mois de suivi. Le taux d’échec primaire était de 22 %. Le taux d’échec secondaire était de 6 % à 12 mois et de 33 % à 24 mois de suivi.

Conclusion

Les résultats en termes d’efficacité des ballons ACT s’altèrent avec le temps nécessitant un suivi prolongé des patientes implantées.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Avec une prévalence variant dans la littérature de 4 à 57 %, l'incontinence urinaire d'effort (IUE) féminine est une pathologie fréquente, dont l'incidence augmente avec l'âge, à l'origine d'une altération majeure de la qualité de vie [1, 2]. La prise en charge de l'IUE est conditionnée par la physiopathologie sous-jacente. Ainsi, le traitement conservateur comprenant notamment la prescription de séances de rééducation périnéale, constitue la prise en charge initiale de référence [3]. En cas d'échec, différents traitements chirurgicaux peuvent être proposés. La recherche d'une hypermobilité urétrale au cours de l'examen clinique constitue un élément fondamental dans le choix de la technique proposée. En cas d'hypermobilité urétrale et en présence d'un test de soutènement sous-urétral positif, il convient de proposer dans un premier temps la mise en place d'une bandelette sous-urétrale [3]. Au contraire, en l'absence d'hypermobilité urétrale et lorsque l'insuffisance sphinctérienne (IS) semble être la cause principale de I'IUE, la mise en place d'un sphincter urinaire artificiel (SUA) constitue le traitement de référence [4]. Ce dispositif impose cependant de réaliser chez la femme une chirurgie invasive afin de venir positionner la manchette autour du col vésical. En outre, il requiert la présence d'une bonne dextérité et l'absence de trouble cognitif, indispensables à sa bonne utilisation.


Depuis une dizaine d'année, les ballons latéro-urétraux ACT (Adjustable Continence Therapy ) (Uromedica®, Irvine, CA, États-Unis) sont venus compléter l'arsenal thérapeutique dans le cadre de la prise en charge de l'IUE par IS. Ce dispositif, constitué de deux ballons distincts, est implanté par voie périnéale et positionné au niveau du col vésical. Chaque ballon est muni d'une chambre de remplissage en titane placée au niveau des grandes lèvres permettant un remplissage progressif et un ajustement régulier de leur volume. Une revue systématique de la littérature [5] trouvait chez la femme un taux de succès/amélioration de 66 à 78 % au cours d'un suivi médian de 1 à 6 ans. Une étude réalisée ultérieurement [6] trouvait, quant à elle, un taux de succès strict de 58 % après un suivi moyen de 67 semaines.


Plus récemment, Freton et al. [7] ont rapporté à partir de deux cohortes rétrospectives les résultats comparés des SUA et des ballons ACT dans la prise en charge de l'IUE par IS. Le taux de succès du SUA était évalué à 71 % contre de 22 % pour les ballons ACT. Néanmoins la composition des deux groupes étaient significativement différentes. Les ballons ACT étant proposés chez des patientes plus âgées et ayant un plus grand nombre de comorbidités. En outre, le taux de complications peropératoires était plus élevé lors de l'implantation d'un SUA.


Les ballons ACT semblent donc trouver leur place en tant qu'alternative au SUA chez les patientes pour lesquelles une chirurgie abdominale est difficilement envisageable ou chez lesquelles l'altération de la dextérité et/ou des capacités cognitives viendraient limiter la manipulation d'un potentiel SUA.


Cependant, les données actuellement disponibles sur les ballons ACT chez la femme sont toutes issues d'études transversales, évaluant l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT au sein de populations dont la durée de suivi est hétérogène, sans tenir compte de l'évolution de leur efficacité dans le temps.


L'objectif principal de cette étude était donc d'évaluer l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT au cours du temps, dans le traitement de l'IUE par IS chez la femme.


Méthode


Schéma et population de l'étude


Il s'agit d'une étude rétrospective et monocentrique menée au sein d'un service d'urologie hospitalo-universitaire français. Toutes les patientes ayant une IUE par IS traitées par l'implantation de ballons latéro-urétraux ACT bilatéraux entre septembre 2008 et novembre 2015 et suivies régulièrement pendant une durée d'au moins 24 mois étaient éligibles.


Bilan préopératoire


L'évaluation préopératoire était standardisée et comprenait un examen clinique complet associé à la réalisation d'un bilan urodynamique. L'interrogatoire et l'examen physique permettaient de préciser le type d'incontinence urinaire. Une évaluation du score de Stamey [8] et un examen vessie pleine, avec test à la toux et manÅ“uvre de soutènement urétral, étaient également réalisés. L'insuffisance sphinctérienne était définie cliniquement par l'absence d'hypermobilité urétrale ou la présence d'une hypermobilité urétrale mais associée à une manÅ“uvre de soutènement négative. Le bilan urodynamique comprenait une mesure du débit maximum initial et final, une mesure du résidu post-mictionnel (RPM) par cathétérisme intermittent, une profilométrie urétrale, ainsi qu'une cystomanométrie.


Technique chirurgicale


Les patientes étaient opérées en ambulatoire ou dans le cadre d'une courte hospitalisation en cas de non-éligibilité à l'ambulatoire. La stérilité des urines était contrôlée en préopératoire par un examen cytobactériologique des urines (ECBU) réalisé 10jours avant l'intervention. En cas d'ECBU préopératoire positif, une antibiothérapie adaptée à l'antibiogramme était initiée 48h avant l'intervention et poursuivi jusqu'à 48h après.


Les patientes étaient opérées sous anesthésie générale. Une antibioprophylaxie était systématiquement administrée lors de l'induction anesthésique conformément aux recommandations [9]. La technique opératoire était similaire à celle décrite par Chartier-Kastler et al. [10]. Les patientes étaient installées en position gynécologique et une courte incision était réalisée au niveau de la grande lèvre gauche, en regard du clitoris. Le mandrin était introduit sous le contrôle d'un doigt placé en intra-vaginal et inséré jusqu'au col vésical. Son bon positionnement était vérifié par fluoroscopie et fibroscopie vésicale en rétro-vision. Le ballon était ensuite glissé dans le mandrin et rempli avec 0,5mL d'un mélange isotonique de soluté radio-opaque (omnipaque 300 : 13mL/eau stérile pour solution injectable : 12mL). L'absence de plaie du col vésical et urétrale était vérifiée à l'aide du cystoscope souple. De même, la position finale du ballon était contrôlée en fin de geste à l'aide de la fluoroscopie. La chambre de remplissage était enfouie dans l'espace sous-cutané en regard de la grande lèvre gauche. La fermeture était réalisée en deux plans distincts par des points séparés de fil résorbable. La même procédure était réalisée du côté droit.


Suivi postopératoire


Les patientes étaient revues en consultation 6 semaines après la chirurgie, puis toutes les deux semaines pour procéder à l'ajustement de la thérapie. Au cours de chacune de ces consultations, l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT était réévaluée en prenant en compte le nombre de protections quotidiennes et l'évaluation subjective de l'efficacité rapportée par la patiente. L'évaluation subjective était évaluée selon une échelle verbale simple (EVS) quotée de 0 à 10 (0 : Pas d'amélioration, 10 : amélioration maximale). En cas d'efficacité insuffisante, un nouveau remplissage des ballons était proposé. Chaque remplissage était réalisé en consultation, après application d'un anesthésiant topique, par l'injection de 0,5mL de sérum physiologique dans chacun des ballons. L'arrêt du remplissage était convenu entre la patiente et le praticien en fonction de l'efficacité obtenue et du souhait de la patiente. Des consultations de suivi étaient par la suite programmée à 6 mois, à 12 mois, puis tous les ans.


Recueil de données


Les données cliniques et urodynamiques étaient recueillies à partir du dossier médical informatisé. Les informations suivantes étaient prises en compte : l'âge, les antécédents médicaux, les antécédents de chirurgie de l'incontinence et de chirurgie de la statique pelvienne, la parité ainsi que l'indice de masse corporelle (IMC) au moment de l'implantation. Les données de l'examen clinique et du bilan urodynamique préopératoires étaient aussi systématiquement recueillies et comprenaient : le type d'incontinence (incontinence urinaire mixte ou IUE pure), la présence ou non d'une hypermobilité urétrale, la présence ou non d'un test de soutènement sous-urétral positif, le nombre de protections quotidiennes, le débit urinaire maximal et le résidu post-mictionnel, ainsi que la pression de clôture urétrale maximale (PCUM). Les données peropératoires comprenant la durée opératoire et les complications peropératoires étaient aussi recueillies. Les données du suivi postopératoire étaient finalement collectées et comprenaient : le nombre de protections quotidiennes et l'évaluation subjective de l'amélioration rapportés par les patientes au cours de chacune de leurs consultations, ainsi que les complications postopératoires.


Critère de jugement principal


Le critère de jugement principal était l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT. L'efficacité était évaluée à l'aide d'un critère composite prenant en compte le nombre de protections quotidiennes et l'évaluation subjective de l'efficacité. L'évaluation subjective était évaluée selon une échelle verbale simple (EVS) quotée de 0 à 10 (0 : Inefficace, 10 : Très efficace). On définissait ainsi les résultats suivants : le succès, l'amélioration, ainsi que l'échec (primaire ou secondaire). Le succès était défini par le port de 0 à 1 protection quotidienne et une évaluation subjective de l'efficacité ≥ 9/10. L'amélioration était définie par une diminution du nombre de protections quotidiennes utilisées par rapport à l'évaluation préopératoire et/ou une évaluation subjective de l'efficacité≥5/10. L'échec était défini par l'augmentation ou la stabilité du nombre de protections quotidiennes utilisées par rapport à l'évaluation préopératoire et/ou une évaluation subjective de l'efficacité<5/10. L'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT était ainsi évaluée à 6 mois, 12 mois et 24 mois. L'échec était considéré comme primaire lorsqu'il survenait sans aucune amélioration ressentie en postopératoire. Il était considéré comme secondaire lorsqu'il survenait après une phase initiale de succès ou d'amélioration.


Critères de jugements secondaires


Les critères de jugements secondaires étaient les complications peropératoires, postopératoires précoces (<90jours) et postopératoires tardives (≥=90jours). Les complications postopératoires précoces étaient classées selon la classification de Dindo-Clavien [11].


Analyse statistique


Les variables qualitatives étaient décrites par les effectifs et pourcentages. Les variables quantitatives étaient exprimées en termes de médiane et écart inter-quartile (EIQ). Les analyses statistiques ont été effectuées à l'aide du logiciel Excel.


Résultats


Caractéristiques de la population


Entre septembre 2008 et novembre 2015, 29 patientes ayant une IUE par IS ont été traitées par l'implantation de ballons latéro-urétraux ACT bilatéraux au sein de notre centre. Parmi elles, 18 répondaient aux critères d'éligibilité et ont finalement été incluses dans l'étude. Toutes ces patientes avaient un antécédent de chirurgie d'IUE, et 7 (39 %) d'entre-elles un antécédent de chirurgie pour trouble de la statique pelvienne. 8 (44 %) patientes avaient une IUE pure au moment de l'implantation des ballons ACT. La majorité de patientes (88 %) avait une manÅ“uvre de soutènement sous-urétral négative. Les deux patientes ayant une manÅ“uvre positive et ayant eu une pose de ballons ACT, avaient pour l'une d'entre-elle une dysurie associée à un résidu post-mictionnel non-significatif, et l'autre un antécédent de fistule urétro-vaginale lors de la pose d'une précédente bandelette.


Parmi les 10 patientes ayant une incontinence urinaire mixte, un traitement de l'incontinence urinaire par urgenturie était en cours pour 5 (28 %) d'entre-elles. La valeur médiane (EIQ) de la PCUM préopératoire était de 27 cmH2 O (23-37). Une seule patiente (6 %) était à l'auto-sondage propre intermittent avant implantation des ballons ACT. L'ensemble des données préopératoires est présenté dans le Tableau 1.


Critère de jugement principal


À 6 mois, le taux de succès, d'amélioration et d'échec primaire était respectivement de 17 %, 61 %, et 22 %. À 12 mois, le taux de succès, d'amélioration, d'échec primaire et d'échec secondaire était respectivement de 33 %, 39 %, 22 % et 6 %. À 24 mois, ces taux étaient respectivement de 33 %, 17 %, 17 % et 33 %. Parmi les 6 patientes en échec secondaire à 24 mois, 3 ont préféré s'orienter vers un sphincter urinaire artificiel, deux patientes ont eu de nouveaux remplissages et une patiente a été perdue de vue. Les résultats sont représentés dans la Figure 1. Le Tableau 2 précise le nombre et le volume médian de remplissage des ballons latéro-urétraux ACT en fonction de l'efficacité et au cours du temps.


Figure 1
Figure 1. 

Efficacité des ballons latéro-urétraux ACT au cours du temps.




Critères de jugement secondaires


Une complication peropératoire était rapportée pour 2 (11 %) patientes. 2 (11 %) patientes ont eu par ailleurs une complication postopératoire précoce dont 1 (6 %) a nécessité un retrait sous AL au bloc opératoire pour érosion cutanée (Dindo-Clavien IIIa). Aucune patiente n'a eu de complication postopératoire tardive. Hormis la patiente ayant déjà recours aux auto-sondages intermittents avant implantation, aucune patiente n'a rapporté de trouble de la vidange vésicale au cours du suivi. Le détail des complications per- et postopératoires précoces est présenté dans le Tableau 3.


Discussion


Au sein de notre étude, l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT variait au cours du suivi avec un taux élevé de succès ou d'amélioration de 78 % à 6 mois qui régressait ensuite à 72 % à 12 mois, puis à 50 % à 24 mois.


Les résultats rapportés jusqu'à maintenant dans la littérature, concernant l'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT chez la femme, sont supérieurs aux nôtres, avec un taux de succès variant entre 15 % et 44 % et un taux d'amélioration évalué entre 66 % et 78,4 % [19, 5, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18]. Kocjancic et al., évaluant l'efficacité sur le long terme des ballons latéro-urétraux ACT, rapportaient même récemment un taux de succès de 62 % et un taux d'amélioration de 30 % à 72 mois [16].


Ces différences peuvent être, en partie du moins, expliquées par la population incluse dans notre étude, dont la PCUM médiane (27 cmH2 O-EIQ=16-32 cmH2 O) était faible en comparaison aux études publiées précédemment, parmi lesquelles nous comptons celle de Kocjancic et al. dont la PCUM médiane était de 47,39 cmH2 O (±24,35 cmH2 O) [16]. En outre, les critères utilisés pour définir l'efficacité sont rarement consensuels et diffèrent d'une étude à l'autre [5]. Le critère composite introduit dans la présente étude permet de rendre compte de manière concomitante de l'efficacité objective et subjective de la thérapie. Cependant, en rendant théoriquement l'accès au statut de succès et d'amélioration plus stricte, il a pu augmenter significativement le taux d'échec, et limite donc la comparaison de nos résultats à ceux des études antérieures. Le point qui nous semble cependant le plus important réside dans la durée de suivi. Les études publiées jusqu'à présent ont, pour la plupart, rapportées des résultats au sein de populations dont la durée de suivi était hétérogène. En effet, la revue de la littérature récente publiée par Phé et al., mettait en évidence outre, une hétérogénéité de suivi inter-études-variant de 12 à 72 mois - une hétérogénéité intra-étude importante [5]. Ainsi, au sein de la cohorte rapportée par Kocjancic et al., la durée de suivi médiane était de 72 mois, avec une durée de suivi minimal de 12 mois et une durée de suivi maximal de 84 mois [16]. Au sein de notre étude, toutes les patientes ont été suivies pendant une durée de 24 mois, et ce, à intervalle régulier, permettant d'évaluer au mieux l'efficacité au cours du temps. Cette différence notable dans la manière d'appréhender la durée de suivi a pu influencer les résultats des diverses études publiées.


L'introduction des notions d'échec primaire et d'échec secondaire nous a paru intéressante pour différencier les échecs rencontrés d'emblée de ceux survenant après une période de succès ou d'amélioration initiale. Dans notre étude, après 24 mois de suivi, les échecs secondaires étaient les plus fréquents, concernant 33 % des patientes, alors que les échecs primaires ne concernaient que 17 % d'entre-elles. Bien qu'aucune donnée de la littérature ne nous permette de l'étayer, il nous semble pertinent d'avancer que les mécanismes en cause dans ces deux types d‘échecs pourraient être différents. Les échecs primaires pouvant être expliqués par un échec propre de la technique, et les échecs secondaires par la survenue d'évènements intercurrents, la migration voire la perforation d'un ou des deux ballons, l'apparition d'une hyperactivité détrusorienne de novo ou la rétention vésicale chronique. Cette problématique étant peu documentée, il serait intéressant d'explorer à l'avenir les causes sous-tendant ces échecs par la réalisation notamment d'examens d'imagerie de suivi et un bilan urodynamique de contrôle. Mieux comprendre ces échecs secondaires nous permettrait d'apporter ponctuellement des mesures correctrices adaptées (augmentation du volume de remplissage des ballons, changement d'un ou des deux ballons, introduction d'auto-sondage propre intermittent ou traitement d'une hyperactivité vésicale et/ou détrusorienne), et ainsi diminuer le taux d'échec associé à cette thérapie.


En outre, le nombre de remplissage et le volume total de remplissage des ballons au sein de notre étude est en-deçà des valeurs moyennes rapportées dans la littérature. Cette différence tient probablement à la zone géographique étendue dont sont issues nos patientes, les rendant moins observantes aux consultations itératives prévues dans le cadre du remplissage de leurs ballons. Néanmoins, la majorité de patientes (14/18) était arrivée au terme des remplissages à 6 mois, garantissant la pertinence des résultats précoces présentés ici. En outre, il nous a semblé clair, au cours de notre recueil de données rétrospectif, que certaines patientes avaient eu une récidive de leur IUE entre deux consultations de suivi, sans pour autant nous avoir contactés pour procéder à une réévaluation, voire à un nouveau remplissage. Cette observation nous pousse à rappeler le caractère ajustable de la thérapie, à propos duquel les patientes doivent avoir reçu une information claire. Ainsi, dans le cadre de cette étude rétrospective, une patiente considérée en échec secondaire a pu être en amélioration suite à un nouveau remplissage.


La présente étude est la première à s'intéresser à l'évolution de l'efficacité au cours du temps des ballons latéro-urétraux ACT chez la femme, au sein d'une population de durée de suivi homogène, et permet ainsi de mieux appréhender le devenir de cette thérapie dans le temps.


Certaines limites doivent cependant être soulignées. L'absence de questionnaire de symptômes ou de qualité de vie validée manque à l'évaluation. En outre, le nombre de patientes incluses reste relativement faible au vu du nombre de patientes implantées sur la période d'éligibilité courant de 2008 à 2015 (18/32-56,3 %). Cet écueil constitue une limite importante pour la majorité des publications sur le sujet, et notre travail rétrospectif ne déroge pas à la règle [5].


Conclusion


L'efficacité des ballons latéro-urétraux ACT dans le cadre du traitement de l'IU par IS chez la femme s'estompe avec le temps. Les échecs secondaires sont la cause principale d'échec après 24 mois de suivi et devrait probablement faire l'objet de protocoles de recherche futures.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Données préopératoires.
Données épidemiologiques    
Âge (années) m (EIQ)  70 (63-75) 
IMC (kg/m2) m (EIQ)  29 (24-31) 
Antécédents   
Antécédent de chirurgie pelvienne n (%)   7 (39 %) 
Hystérectomie n (%)  7 (39 %) 
Antécédent de chirurgie de l'IU d'effort n (%)   18 (100 %) 
Bandelette sous-urétrale n (%)  18 (100 %) 
Colposuspension n (%)  4 (22 %) 
Sphincter urinaire artificiel n (%)  1 (6 %) 
Antécédent de chirurgie de la statique pelvienne n (%)   7 (39 %) 
Promontofixation n (%)  3 (17 %) 
Voie vaginale n (%)  4 (22 %) 
Antécédent de traitement de l'IU par urgenturie n (%)   4 (22 %) 
Traitement anticholinergique  4 (22 %) 
Neuromodulation sacrée n (%)  3 (17 %) 
Toxine botulinique n (%)  2 (11 %) 
Autres antécédents    
Paritém (EIQ)  3 (2-4) 
Diabète n (%)  4 (22 %) 
Pathologie neurologique sous-jacente n (%)  5 (28 %) 
Caractéristiques de l'incontinence urinaire   
Type d'IU    
IU d'effort pure n (%)  8 (44 %) 
IU mixte n (%)  10 (56 %) 
Score de Stamey    
1 n (%) 
2 n (%)  10 (56 %) 
3 n (%)  8 (44 %) 
Données urodynamiques   
PCUM (cmH 2 O) m (EIQ)   27 (23-37) 
Qmax (mL/s) m (EIQ)   27 (16-32) 





Tableau 2 - Nombre et volume médian de remplissage des ballons latéro-urétraux ACT en fonction de l'efficacité et au cours du temps.
  6 mois  12 mois  24 mois 
Total (n)   18  18  18 
Nombre de remplissages m(EIQ)  4 (3-4)  4 (3-5)  4 (4-6) 
Volume de remplissage total (mL) m(EIQ)  3(2,3-3,2)  3,2(2,8-3,8)  3,8 (2,9-4,4) 
Succès n(%)   3 (17 %)  6(33 %)  6 (33 %) 
Nombre de remplissages m(EIQ)  3 (2-3)  4 (3-4)  4 (3-6) 
Volume de remplissage total (mL) m(EIQ)  2,8 (1,5-3,8)  2,8 (2,8-3,5)  3,6(2,9-4,1) 
Amélioration n(%)   11 (61 %)  7 (39 %)  3 (17 %) 
Nombre de remplissages m(EIQ)  4 (3-4)  4 (4-6)  4 (4-6) 
Volume de remplissage total (mL) m(EIQ)  3,1 (2,6-3,2)  3,3 (3-3,9)  3,1 (2,8-4) 
Échec primaire n(%)   4 (22 %)  4 (22 %)  3 (17 %) 
Nombre de remplissages m(EIQ)  4 (3-4)  4 (4-5)  4 (3-6) 
Volume de remplissage total (mL) m(EIQ)  2,8 (2,3-3,4)  3,1 (2,9-3,7)  3 (2,4-5,6) 
Échec secondaire n(%)   1 (6 %)  6 (33 %) 
Nombre de remplissages m(EIQ)  6(5-6) 
Volume de remplissage total (mL) m(EIQ)  3,5  4,2 (3,7-4,9) 





Tableau 3 - Complications peropératoires et complications postopératoires précoces (<30jours).
Complications peropératoires   
≥=1 complication peropératoire n (%)  2 (11 %) 
Plaie du col vésical n (%)  1 (6 %) 
Plaie de l'urètre n (%) 
Plaie vaginale n (%) 
Saignement peropératoire important n (%)  1 (6 %) 
Complications postopératoires précoces   
≥ = 1 complication postopératoire précoce n (%)   2 (11 %) 
Stadification de Dindo-Clavien    
Complications mineures (Stade I-II) n (%)  1 (6 %) 
Complications majeures (Stade>II) n (%)  1 (6 %) 
Type de complication    
Hématome de la grande lèvre n (%)  1 (6 %) 
Erosion urétrale n (%) 
Erosion vaginale n (%) 
Erosion cutanée n (%)  1 (6 %) 
Explantationan (%)  1 (6 %) 



[a] 
Erosion cutanée ayant donné lieu à une explantation.


Références



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