Azoospermie : prise en charge et résultats. À propos de 90 cas

25 décembre 2011

Auteurs : C. Coat, A. Perrin, M. Talagas, R. Tetefort, J. Amice, A. Valéri, M. De Braekeleer, V. Amice
Référence : Prog Urol, 2011, 13, 21, 946-954




 




Introduction


En France, la proportion de couples infertiles est estimée à 17 %. L’origine de l’infertilité est variable, pouvant être masculine (20 %), féminine (34 %), mixte (38 %), voire idiopathique (8 %) [1]. Il est donc très important de rechercher les causes de l’infertilité chez l’homme comme chez la femme pour proposer au couple une prise en charge adaptée [2, 3].


L’azoospermie touche moins de 1 % des hommes dans la population générale, soit 5 à 15 % des hommes infertiles [4, 5]. Les azoospermies sont de deux types : sécrétoires (NOA, non-obstructive azoospermia ) avec une spermatogenèse altérée ou nulle, excrétoires (OA, obstructive azoospermia ) avec une spermatogenèse normale mais des voies séminales obstruées ou altérées dès l’embryogenèse. L’association de ces deux types d’azoospermie est possible (azoospermie mixte). Une tentative de recueil chirurgical de spermatozoïdes est alors proposée aux couples qui acceptent le recours à l’injection intracytoplasmique d’un spermatozoïde (intracytoplasmic sperm injection – ICSI) [6].


Nous rapportons ici notre expérience de 15ans de prise en charge de 90 patients azoospermiques au CHRU de Brest.


Patients et méthodes


De 1996 à mars 2010, 90 patients avaient été pris en charge au CHRU de Brest dans le cadre d’une azoospermie : 41 patients pour NOA et 49 pour OA. Initialement 42 patients avaient subi des biopsies de pulpe testiculaire. Cependant, l’un d’eux ayant eu un prélèvement testiculaire percutané dans un autre centre pour azoospermie excrétoire (OA) par ABCD a été écarté des résultats. Tous avaient une infertilité primaire et aucun n’avait de mutation AZFc (recherche effectuée à partir de 2003).


Certains patients azoospermes ont été écartés de cette étude puisque nous n’avons relevé que les dossiers des patients azoospermes ayant accepté l’intervention chirurgicale, sachant que le chirurgien ne propose une intervention que lorsque les testicules ont un grand axe supérieur à 2,5 à 3cm, la FSH pouvant être très variable dans les NOA et n’étant pas un facteur pronostique de biopsie positive.


Un taux de 85,1 % des patients pris en charge dans notre centre avaient 35ans ou moins. Les hommes avaient une moyenne d’âge de 33,2 et 33,8ans pour les prélèvements épididymaires et testiculaires respectivement (31,0 et 31,1ans pour leurs conjointes).


Bilan masculin


L’absence de spermatozoïdes découverte lors d’un premier bilan était confirmée par un deuxième prélèvement, voire un troisième, sur une période équivalente à un cycle de spermatogenèse (74jours), avant de conclure à une azoospermie (Tableau 1).


La technique employée pour réaliser le bilan de sperme était modifiée lorsqu’une azoospermie était suspectée. L’examen direct du sperme se faisait en déposant une goutte de sperme non dilué en cellule de Malassez. L’ensemble de la cellule était parcouru afin de rechercher des spermatozoïdes, ce qui nous aurait orientés vers une cryptozoospermie (<100 000/éjaculat) [7]. Des lames de cytocentrifugation étaient également colorées pour confirmer l’absence de spermatozoïdes.


En seconde intention, des examens biologiques et échographiques étaient demandés pour affiner le diagnostic étiologique (Tableau 1). Pour les hommes ayant un bilan faisant suspecter une anomalie de la spermatogenèse, l’exploration était complétée par un caryotype et une recherche de microdélétion du chromosome Y [8, 9].


En cas de varicocèle clinique, une cure radiologique par embolisation ou chirurgicale était proposée. Après au moins six mois d’exposition à la grossesse spontanée (sauf facteur féminin surajouté), en cas d’échec, une prise en charge chirurgicale de l’azoospermie était envisagée.


Prise en charge chirurgicale et biologique


Dans notre centre, les techniques chirurgicales à ciel ouvert étaient réalisées au bloc opératoire sous anesthésie générale.


Azoospermies excrétoires (OA)


Dans les OA, la possibilité d’une reperméabilisation des voies séminales était évaluée en pré-et peropératoire pour chaque patient [10]. Lorsqu’il n’y avait pas d’argument pour un obstacle de la voie séminale profonde, une déférentographie peropératoire était réalisée pour vérifier la perméabilité d’aval et envisager une anastomose épididymo-différentielle (AED) latéro-terminale, sous microscope opératoire. Un prélèvement des spermatozoïdes épididymaires (microsurgical epididymal sperm aspiration – MESA) était systématiquement réalisé avant l’anastomose [11, 12].


En cas d’impossibilité d’AED, le chirurgien procédait au seul recueil de spermatozoïdes pour réaliser des cryoconservations [10, 13, 14]. Il était systématiquement tenté une aspiration du liquide épididymaire contenant potentiellement les spermatozoïdes sous microscope opératoire (MESA) [11, 12]. Ces prélèvements étaient transmis au biologiste présent en salle d’opération.


Si le recueil était positif, le biologiste comptait les spermatozoïdes et évaluait la mobilité. Le chirurgien continuait les prélèvements jusqu’à obtenir au moins dix millions de spermatozoïdes au total. Les prélèvements étaient rapidement acheminés au laboratoire de biologie de la reproduction pour y être cryoconservés.


En cas de recueil négatif au niveau de l’épididyme après plusieurs tentatives, incluant sur les voies séminales controlatérales, le chirurgien pouvait être amené à réaliser des biopsies testiculaires par mTESE dans le même temps opératoire [15].


Azoospermies sécrétoires (NOA)


Si la taille des testicules le permettait (au minimum 2,5 à 3cm de grand axe), la solution proposée était un prélèvement testiculaire à ciel ouvert par microdissection testicular sperm extraction (mTESE) après ouverture de l’albuginée [6]. La mTESE étant une technique difficile, un seul chirurgien a effectué tous les prélèvements. Sous microscope, le chirurgien réalisait une biopsie de pulpe testiculaire réalisée (3mm de diamètre) et, en cas de positivité, prélevait une nouvelle biopsie de taille plus importante (environ 40mm3) [6, 16]. En cas d’absence de spermatozoïdes à ce niveau, d’autres prélèvements étaient effectués.


Les mTESE étaient réalisées au bloc opératoire en présence du biologiste. Une première estimation effectuée par le biologiste à partir du surnageant entourant la biopsie après écrasement de celle-ci permettait de guider le chirurgien pour ses prélèvements. L’ensemble des biopsies était rapidement amené au laboratoire de biologie de la reproduction.


Au laboratoire, les biopsies étaient déposées dans une boîte de Pétri pour y être dilacérées par écrasement et découpage. La pulpe testiculaire fortement écrasée était découpée en fins lambeaux avec une paire de ciseaux courbés. La totalité des morceaux était déposée sur un filtre millipore (70μm) posé sur un pot stérile de 40mL, puis les morceaux de pulpe étaient pressés contre le filtre. Pour laver le filtre, du milieu de culture était déposé sur ce dernier pour recueillir le maximum de spermatozoïdes dans le pot. Le reste de la pulpe était récupéré et découpé avant d’être aspiré dans une seringue de 21G pour ensuite être calibré. L’ensemble des filtrats était récupéré et analysé (numération, mobilité, vitalité et morphologie des spermatozoïdes recueillis) puis autoconservé dans des paillettes haute-sécurité. Si la quantité de spermatozoïdes récupérés était très faible (<1000 spermatozoïdes), les prélèvements pouvaient être cryopréservés en aliquots de 60μL en milieu de congélation, entre deux bulles d’air et du milieu de congélation de part et d’autre. La pulpe restée dans le filtre après la deuxième étape était montée en paillettes pour être conservée.


ICSI avec spermatozoïdes épididymaires ou testiculaires


Lorsque les couples acceptaient l’intervention chirurgicale chez le conjoint, ils étaient informés de la nécessité de passer par des techniques d’ICSI pour obtenir une grossesse [9].


Les ICSI étaient réalisées le plus fréquemment de manière asynchrone avec des spermatozoïdes décongelés [17] pour éviter des inductions de l’ovulation inutiles chez des femmes dont le conjoint avait une ponction testiculaire négative [18]. Comme plusieurs études avaient montré que les résultats d’ICSI avec spermatozoïdes frais ou congelés montraient des résultats identiques même si la congélation altérait la mobilité des spermatozoïdes [19, 20, 21], nous estimions que la balance bénéfices/risques était défavorable pour la femme en cas d’ICSI synchrone.


Au moment de l’ICSI, si les spermatozoïdes étaient immobiles ou très rares et mobiles, nous utilisions de la pentoxifylline (SIGMA) pour sélectionner les spermatozoïdes vivants, en particulier dans les NOA. La pentoxifylline stimule les spermatozoïdes vivants immobiles par une augmentation de l’AMPc intracellulaire afin qu’ils acquièrent une certaine mobilité [22]. Cette méthode permettait de réduire le temps de recherche des spermatozoïdes mobiles, donc la durée de l’ICSI afin de protéger les ovocytes [23].


Tests statistiques


Le test du Chi2 et le test t de Student ont été utilisés pour comparer les données en fonction des groupes. Le seuil de significativité a été fixé à 0,05.


Résultats


Azoospermies excrétoires


Nous avons réalisé des prélèvements de fluide épididymaire par MESA chez 49 patients (Tableau 2). Une obstruction malformative des voies séminales épididymaires ou différentielles (ABCD) était présente dans 63,3 % des OA. Le recueil chirurgical de spermatozoïdes pour ces 49 patients s’était avéré positif dans 100 % des cas.


Azoospermies sécrétoires


Pour les 41 patients pris en charge par mTESE, les étiologies s’étaient avérées relativement variées (Tableau 3). Douze patients avaient subi une MESA négative qui avait été suivie d’une mTESE dans le même temps opératoire. Pour six d’entre eux, des spermatozoïdes avaient pu être récupérés. Les étiologies identifiées pour dix de ces patients étaient de type sécrétoire (ectopie, post-infectieux, paraplégie, post chimio ou radiothérapie, idiopathique) et deux patients avaient une ABCD (mutation hétérozygote F508del [alias DeltaF508]) pour lesquels la biopsie testiculaire s’était avérées positive pour le premier et négative pour le second (azoospermies mixtes).


Sur 41 biopsies testiculaires, 23 avaient permis d’obtenir des spermatozoïdes, soit 56,1 %. Parmi les 18 prélèvements testiculaires restés négatifs, aucune des multiples biopsies effectuées n’a permis d’obtenir des spermatozoïdes. On obtenait 14 Sertoli Cells Only Syndrome (SCOS), trois arrêts de maturation des cellules de la lignée germinale et une azoospermie post-radiothérapie.


Résultats des ICSI


Les résultats des ICSI obtenus en fonction de l’origine des spermatozoïdes sont résumés dans le Tableau 4. Le taux de transfert par cycle des ICSI avec spermatozoïdes épididymaires pour les OA était supérieur à celui des ICSI avec spermatozoïdes éjaculés (93,2 % vs 86,6 %, p <0,05). Ce taux était plus faible pour les NOA (prélèvement testiculaire) (70,2 % vs 86,6 %, p <0,01).


Les résultats obtenus au décours de la prise en charge par ICSI étaient supérieurs avec des spermatozoïdes épididymaires qu’avec des spermatozoïdes d’éjaculat de conjoint, en ce qui concernait les taux de grossesse par cycle (29,2 % vs 19,9 %, p <0,05), les taux de grossesse par transfert (31,4 % vs 23,1 %, p <0,05) ainsi que les taux d’accouchement par cycle (26,9 % vs 17,6 %, p <0,05). Les résultats obtenus en termes notamment de grossesse par transfert avec les spermatozoïdes testiculaires étaient comparables à ceux des ICSI avec spermatozoïdes éjaculés (24,2 % vs 23,1 %, p >0,05).


Ainsi, pour les couples ayant été pris en charge pour azoospermie avec recueil chirurgical positif, plus d’un couple sur deux pour les OA et un couple sur trois pour les NOA avaient obtenu au moins un enfant (Tableau 5).


Concernant les enfants issus de ces techniques, nous n’avons pas observé de différence significative entre les poids de naissance des enfants uniques issus ni d’ICSI avec spermatozoïdes épididymaires, ni d’ICSI avec spermatozoïdes testiculaires, par rapport aux enfants uniques issus de spermatozoïdes éjaculés (p >0,05). Il est à noter une épilepsie sévère chez un enfant parmi les 37 issus de ponctions épididymaires tandis qu’un autre a un syndrome complexe non-étiqueté avec enroulements des bras. Aucune anomalie particulière n’a été détectée parmi les huit enfants issus de biopsies testiculaires.


Résultats obtenus avec la pentoxifylline


Une augmentation significative du taux de grossesse avait été mise en évidence lors de l’utilisation de la pentoxifylline pour les spermatozoïdes testiculaires (p <0,05), mais pas pour les spermatozoïdes épididymaires (p >0,05) (Tableau 6).


Discussion


Azoospermies excrétoires


Deux écoles existent pour la prise en charge chirurgicale des OA : certaines équipes préfèrent les prélèvements testiculaires ou épididymaires percutanés sous anesthésie locale aux techniques chirurgicales à ciel ouvert. Ces techniques rapides ont l’avantage de suites opératoires simples. Cependant, la numération des spermatozoïdes retrouvés est faible, le risque d’hématome important et il faut souvent refaire des biopsies pour les ICSI ultérieures. Pour les prélèvements testiculaires percutanés, le risque de lésions du parenchyme avec fibrose est non négligeable et les spermatozoïdes sont immobiles et immatures [5].


Les urologues et les biologistes du CHRU de Brest ont fait le choix de réaliser les prélèvements épididymaires, sous anesthésie générale, au bloc opératoire par MESA [11, 12]. Cette technique donne de bons résultats. Nous n’avons pas eu besoin en seconde demande de refaire de MESA, ni de réintervention en mTESE. Les prélèvements effectués à ciel ouvert étaient plus souvent positifs que les prélèvements percutanés [24] et les résultats supérieurs en termes de grossesse [5]. Le désavantage était d’être coûteux et de nécessiter un opérateur spécialisé et expérimenté ainsi qu’un microscope opératoire [17].


Concernant les ABCD, 80 % des patients auraient au moins une mutation du gène CFTR  : hétérozygote, homozygote ou hétérozygote composite [25]. En cas d’obstruction des canaux éjaculateurs, ce pourcentage serait ramené à 25 % [26]. Dans notre cohorte, seulement 64,2 % des patients avec une OA avaient une anomalie du gène CFTR bien que les techniques utilisées écartent 98 % des mutations connues. Ce chiffre comprenait également les polymorphismes isolés de l’intron 8 qui ont été mis en cause dans les cas d’agénésie congénitale des canaux déférents essentiellement sous la forme 5T [27].


La proportion de grossesses par ponction obtenue après utilisation de spermatozoïdes épididymaires était meilleure qu’avec des spermatozoïdes éjaculés de conjoint, les femmes prises en charge étant souvent jeunes et l’infertilité du couple d’origine masculine. Dans d’autres études, les résultats des ICSI en termes de grossesse étaient similaires avec des spermatozoïdes épididymaires ou éjaculés [28] et les taux de fécondation plus faibles (56 % vs 70 %) [29].


Azoospermies sécrétoires


Pour les NOA, il existe également plusieurs techniques. Certains centres choisissent l’abord chirurgical percutané pour sa simplicité d’exécution et le confort du patient. Ces techniques ont cependant pu être à l’origine d’hématomes postopératoires et de fibrose importante du parenchyme testiculaire. Le recueil de spermatozoïdes est souvent pauvre ou nul.


Pour le recueil chirurgical des spermatozoïdes testiculaires, il existe également des techniques à ciel ouvert sous anesthésie générale au bloc opératoire. La testicular sperm extraction (TESE), procédure à l’aveugle, ne permet pas de repérer les zones de spermatogenèse active. Dans les biopsies testiculaires de NOA, la recherche de spermatozoïdes n’est pas toujours positive. Mais cette absence de spermatozoïdes n’est pas synonyme d’« absence de spermatogenèse », celle-ci peut être différente selon les tubes séminifères [30].


La seconde technique chirurgicale à ciel ouvert, la mTESE se base sur le principe suivant : les tubes séminifères contenant des cellules germinales actives sont plus opaques, plus larges, plus distendus que les autres n’ayant que des cellules de Sertoli [6]. Dans notre expérience, il semblait difficile de noter des différences si prononcées entre ces zones d’activité variable à l’aide du microscope opératoire. Les taux de biopsies positives en spermatozoïdes étaient entre 47 et 63 % par mTESE contre 30 à 45 % par TESE classique [6, 30]. Lorsqu’il y avait reprise par mTESE d’un échec en TESE, on retrouvait des spermatozoïdes dans 35 % des cas [6]. Le volume des prélèvements par biopsie était plus petit en mTESE. Cette technique était relativement moins destructrice et plus sensible que la TESE [30]. Il était recommandé de multiplier les biopsies afin d’augmenter les chances de retrouver des spermatozoïdes [16]. Mais c’est une technique de chirurgie fine et coûteuse et dépendante de la patience de l’opérateur [5, 30]. En revanche, par cette méthode, 56,1 % des biopsies testiculaires nous avaient permis d’obtenir des spermatozoïdes, ce qui était encourageant.


La littérature rapporte des taux de fécondation plus faibles pour les NOA que pour les OA [29, 31] sans que l’étiologie ou le nombre de spermatozoïdes n’interviennent [32]. Nous retrouvons ces données en extrapolant le taux de transfert par ponction qui n’était que de 70,2 % pour les ICSI avec spermatozoïdes testiculaires, alors qu’il était de 93,2 % pour les ICSI avec spermatozoïdes épididymaires (p <0,001), différences également obtenues avec des spermatozoïdes éjaculés ou des spermatozoïdes de donneur (Tableau 4). L’une des explications proposée pour expliquer ces différences de résultats serait que les spermatozoïdes testiculaires n’auraient pas achevé leur processus de maturation [29, 33]. Néanmoins, il ne faut pas négliger le fait que dans certains cas, tous les ovocytes recueillis n’étaient pas injectés par manque de spermatozoïdes vivants.


L’absence de transfert se répercutait aussi sur le taux de grossesse par ponction de follicules ovariens qui n’est que de 17,0 % en testiculaire. Quand on prenait en compte le taux de grossesses par transfert, les résultats avec spermatozoïdes testiculaires (24,2 %) n’étaient pas différents des résultats obtenus avec des spermatozoïdes éjaculés (23,1 %), mais plus faibles que ceux obtenus par ICSI avec des spermatozoïdes épididymaires (31,4 %).


Les huit enfants issus de NOA dans notre centre n’avaient pas d’anomalies à la naissance contrairement à ce qui avait pu être rapporté [34]. De même, nous n’avions pas observé plus de fausses couches avec des spermatozoïdes testiculaires qu’avec des spermatozoïdes épididymaires comme cela avait pu être décrit [35].


Pentoxifylline et ICSI asynchrones


Les ICSI avaient été réalisées en différé [17, 36]. L’utilisation de la pentoxifylline avait permis de réaliser des ICSI avec un très faible nombre de spermatozoïdes mobiles. Cette méthode avait réduit la durée de l’ICSI et protégé ainsi les ovocytes [23]. Nos résultats en termes de grossesse avec spermatozoïdes testiculaires ont montré l’efficacité de l’utilisation de pentoxifylline.


La comparaison de nos résultats avec ceux de la littérature était cependant difficile parce qu’il n’était pas toujours possible de savoir si les patients inclus dans les différentes études avaient une NOA ou OA. Certains auteurs ont essayé de réaliser des méta-analyses sur ce sujet avec de nombreuses difficultés (variations importantes entre les centres pour les diagnostics NOA/OA, étiologies, prise en compte des facteurs féminins, etc.) [17].


Conclusion


Les ICSI étaient souvent difficiles surtout pour les NOA car elles étaient réalisées avec très peu de spermatozoïdes. Le taux de transfert par ponction folliculaire pour les NOA était plus faible que pour les OA, ce qui pouvait faire évoquer des troubles de la fécondation et/ou des anomalies au cours des premières étapes de l’évolution embryonnaire, mais cette hypothèse est à tempérer puisque moins d’ovocytes étaient injectés par manque de spermatozoïdes.


Pour les couples pris en charge pour azoospermie avec recueil chirurgical positif (mais sans tenir compte du terrain féminin), il peut être intéressant de leur donner ces quelques chiffres : plus d’un couple sur deux pour les OA et un couple sur trois pour les NOA avaient obtenu au moins un enfant.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Paramètres d’aide au diagnostic étiologique de l’azoospermie.
  NOAa  OAa 
  Spermatogenèse altérée  Spermatogenèse normale 
    Acquise 
Congénitale 
    Proximale  Distale   
Anamnèse / Étiologie   Cryptorchidie bilatérale
Torsion aiguë du testicule
Traumatisme testiculaire
Orchite
Chimioradiothérapie
Expositions toxiques
Maladies de système, Insuffisance rénale
Retard pubertaire, hypogonadisme 
Épididymite bilatérale  Prostato-vésiculite
Utricule prostatique 
ABCD 
 
Examen clinique          
Volume testiculaire  <16mL (hypotrophie voire atrophie)  >16mL (normal)     
  Varicocèle (±Valsalva)  Anomalie épididyme (absence, dilatation)     
  Anomalies morphotype (Klinefelter), pilosité, OGE, gynécomastie  Canaux déférents non perçus    Absence des canaux déférents 
 
Échographie          
Scrotale  Systématique  Systématique : recherche d’un obstacle, étiologie     
Endorectale  Pas systématique  Recherche d’un signe indirect d’obstruction ou de l’étiologie (kyste, utricule, sténose, etc.)     
 
Biologie          
Volume  Normal    Hypospermie  Hypospermie si obstruction distale 
pH  Normal    Diminué  Variable 
Marqueurs plasma séminal  Marqueurs épididymaires normaux  Alpha-glucosidase
L-carnitine effondrés 
Alpha-glucosidase et L-carnitine effondrés   
Marqueurs vésicules séminales normaux  Fructose normal  Fructose diminué  Fructose variable 
Marqueurs prostatiques normaux  Acide citrique et phosphatase acide normaux  Acide citrique et phosphatase acide normaux   
Bilan hormonal  Systématique : testostérone, FSH (n <15IU/mL), Inhibine B       
 
Génétique          
Caryotype  Systématique pour anomalies des gonosomes       
Microdélétion de l’Y  Systématique       
Autre        CFTR  



Légende :
NOA : azoospermie sécrétoire ; OA : azoospermie excrétoire ; ABCD : agénésie bilatérale des canaux déférents ; OGE : organes génitaux externes ; CFTR  : recherche de mutations du gène cystic fibrosis transmembrane conductance regulator.

[a] 
Les azoospermies mixtes associent les caractères sécrétoire et excrétoire.


Tableau 2 - Étiologies des 49 prélèvements épididymaires.
Étiologies  Nombre 
Obstructions  31  63,3 
ABCD – CFTR+ a  17  54,8 
ABCD – Polymorphismes b  9,4 
Obstruction CFTR−c  11  35,8 
Post-infection  16,3 
Post-chirurgie  8,1 
Autres  12,3 



Légende :
ABCD : agénésie bilatérale des canaux déférents.

[a] 
Mutation du gène CFTR (homozygote ou hétérozygote).
[b] 
Polymorphisme de l’intron 8 5T/7T/9T sans mutation du gène CFTR .
[c] 
Pas d’anomalie du gène CFTR .


Tableau 3 - Étiologie des 41 biopsies testiculaires.
Étiologie  Nombre de biopsies testiculaires positives  Nombre de biopsies testiculaires négatives  Grossesses 
Absence de cellules germinales  12 
Arrêt de maturation 
Trouble de la migration testiculaire (ectopie ou cryptorchidie)  11 
Post-radiothérapie 
Post-chimiothérapie 
Paraplégie et/ou infection 
Autres, idiopathique 
Azoospermie mixtea 
 
Total  23  18 



[a] 
Étiologie sécrétoire associée à une mutation du gène CFTR .


Tableau 4 - Résultats des ICSI en fonction de l’origine des spermatozoïdes.
Prélèvements  Cycles ICSI asynchrone  Cycles ICSI spz frais  FCS GEU  T/C (%)  G/C (%)  G/T (%)  A/C  A/T (%)  FCS/C (%)  PDN 
Épididymaires  121  121  38  34  93,2  29,2  31,4  26,9  27,3  2,3  3475,2±501,8 
Testiculaires  43  33  70,2  17,0  24,2  17,0  24,2  3207,5±498,7 
Donneura  104  85  23  19  81,7  22,1  27,1  18,3  22,3  3,8  3110,8±430,5 
Éjaculatb  28  3056  2671  617  81  536  86,6  19,9  23,1  17,6  20,1  2,6  3219,9±642,8 



Légende :
C : cycle de traitement ; G : grossesses ; P : ponction folliculaire ; T : transfert d’embryons frais ; FCS : fausse-couche ; GEU : grossesse extra-utérine ; A : accouchement ; PDN : poids de naissance.

[a] 
Cycle d’induction avec sperme de donneur cryoconservé entre 01/01/1996 et 31/12/08.
[b] 
Sperme du conjoint éjaculé, données recueillies entre 01/01/1996 et 31/12/08.


Tableau 5 - Résultats par couple ayant un prélèvement chirurgical positif (deuxièmes demandes exclues).
Azoospermie/Technique  Nombre de couples (%) avec recueil chirurgical de spermatozoïdes positif  Nombre d’accouchements (%) avec un bébé à la maison 
OA / MESA  49 (100)  27 (55,1) 
NOA / mTESE  23 (56,1)  7 (30,4) 



Légende :
La différence du nombre d’accouchements correspond aux accouchements de deuxième demande. OA : azoospermie excrétoire ; NOA : azoospermie sécrétoire ; MESA : microsurgical epididymal sperm aspiration  ; mTESE : microdissection testicular sperm extraction .



Tableau 6 - Grossesses en fonction de l’utilisation ou non de la pentoxifylline (PTX).
Prélèvement  ICSI  Avec PTX  Sans PTX 
Épididymaire  Grossesse  15  23 
Pas grossesse  22  70 
Testiculaire  Grossesse  8* 
Pas grossesse  25*  14 



Légende :
* p <0,05.


Références



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