Auto-rééducation de l'incontinence urinaire d'effort de la femme

04 août 2002

Mots clés : incontinence urinaire d'effort, rééducation uro-gynécologique, dysfonctions sexuelles de la femme, trouble de la statique pelvienne.
Auteurs : MAUROY B., DEVILLERS P., BONNAL J-L., HABERG. , BISERTE J.
Référence : Prog Urol, 2002, 12, 274-282
Objectif: Etude d'une sonde originale d'auto-rééducation dans l'incontinence urinaire d'effort de la femme. Matériel et méthodes: La sonde que nous avons élaborée est le fruit d'une étude anatomique, fonctionnelle et rééducative qui regroupe tous les éléments du plancher pelvien. Sa technologie en fait une solution accessible, adaptée au mode de vie actuel, qui lui permet d'auto-éduquer son périnée en complément des possibilités thérapeutiques. Elle n'a rien de comparable avec un 'cône vaginal' et représente une méthode de prise de conscience et d'amélioration de la qualité musculaire périnéale. Elle repose sur le rétrocontrôle, permet d'améliorer non seulement la prise de conscience mais également la force musculaire.
30 femmes porteuses d'une incontinence urinaire d'effort ont été soumises au protocole d'auto-rééducation. Elles avaient en commun l'existence de fuites d'urine, d'une incontinence urinaire urétrale par hypermobilité urétrale ou insuffisance sphinctérienne, d'un testing musculaire périnéal inférieur à 4.
Résultats : A l'issue de la rééducation, nous obtenons 17 guérisons (57%), 9 améliorations (30%) sans disparition complète de l'incontinence et 4 échecs (13%). Le recul moyen après rééducation est de 10 mois (2-22).
Conclusion : Les résultats objectifs de cette technique sont encourageants. Ces résultats méritent d'être confirmés, sur une série plus importante et un recul supérieur.



La rééducation s'adresse aujourd'hui à différentes causes d'incontinence urinaire, à titre préventif dans le post-partum ou en curatif, seule ou en complément d'un traitement médical ou chirurgical.

Parmi les différentes techniques utilisées, la rééducation manuelle concerne, outre les muscles élévateurs de l'anus, les muscles bulbo-spongieux. Son principe émane des exercices préconisés par KEGEL en 1948 [11]. Elle s'adapte aux résultats du testing musculaire de départ. Elle comporte les phases classiques et successives :

- de prise de conscience,

- d'apprentissage de la qualité de la contraction musculaire,

- de musculation,

- de réentrainement à l'effort.

Différentes études ont montré l'efficacité de la rééducation manuelle en tant que technique rééducative proprement dite. Cette technique peut être efficacement relayée par des exercices d'auto-entretien, à condition de disposer d'un matériel adéquat.

Jusqu'ici, seuls les cônes étaient disponibles ; Ils agissent en reproduisant une pesanteur endo-cavitaire obligeant théoriquement la patiente à verrouiller son système musculaire périnéal. En fait, si leur utilisation permet d'améliorer la force du plancher musculaire pelvien, elle ne permet pas une mesure objective de la force de celui-ci. L'analyse de la littérature permet d'émettre des réserves quant à l'efficacité de ce matériel [1-4].

Par contre, ils présentent l'avantage d'être utilisés en auto-rééducation, donc en auto-entretien, avant ou après la rééducation traditionnelle et chez les femmes refusant ou indisponibles pour pratiquer cette dernière.

C'est dans ce contexte que nous avons mis au point une sonde intra-vaginale d'auto-rééducation, qui allie l'efficacité de la rééducation intra-vaginale à la souplesse d'utilisation de l'auto-rééducation.

Matériel et méthodes

Description de la sonde

Forme et constituants

La sonde est fabriquée en acier inoxydable, ce qui garantit un environnement stérile et une facilité de nettoyage. Sa surface ne porte aucune arête et est parfaitement lisse, ce qui favorise son introduction sans apport de lubrifiants, et explique son confort de maintien.

Les dimensions de sa partie endo-cavitaire correspondent aux relevés anatomiques moyens, ce qui lui permet d'être utilisée par toutes les femmes. Ses bords vont vers l'extérieur en s'évasant afin d'obtenir le contrôle de la résistance au poids. Enfin, sa partie externe correspond à un petit anneau plat qui évite le risque de migration de la sonde mais surtout sa butée sur le promontoire osseux, qui nuirait à son efficacité (Figures 1 et 2).

Figure 1 : Sonde d'auto-rééducation (Pelvia). Epure industrielle.
Figure 2 : Sonde d'auto-rééducation (Pelvia). Modèle réalisé en acier inoxydable.

Cet anneau facilite également son introduction et son extraction; sa faible épaisseur autorise son utilisatrice à travailler avec ses sous-vêtements. Il possède également un système de fixation magnétique à une tirette de contrepoids qui permet d'augmenter encore le travail lorsqu'il est effectué avec le thérapeute lors de séances de rééducation.

Principes d'utilisation

Le poids de la sonde (en acier inoxydable) peut surprendre lorsqu'on la soupèse dans la main, et est de 360 grammes. Les muscles périnéaux forment un hamac musculaire extrêmement solide, si bien que le poids de la sonde est parfaitement adapté à la résistance musculaire. Par ailleurs, ce poids varie en fonction de la position et est donc parfaitement adapté au réentraïnement à l'effort. En effet:

- en position couchée, le poids de la sonde est nul ;

- en position assise (à 90°), le poids de la sonde est divisé par deux ;

- en position debout, et uniquement dans cette position, la sonde exerce son poids vers le bas, et il faut verrouiller le périnée pour qu'elle reste en place.

Cette réduction ou augmentation instantanée du poids de la sonde en fonction de la position permet une rééducation musculaire rapide. Les exercices décrits suivent cette progression.

Protocole d'utilisation

Il est décrit dans le Tableau I.

Le principe, en position allongée et/ou debout, est de travailler jambes allongées, bien détendue. La sonde est introduite dans le vagin. Les exercices sont réalisés en plaçant une main sur les abdominaux et l'autre sur la face latérale des fessiers pour contrôler leur non-participation. Le maintien de la contraction périnéale s'effectue en comptant à voix haute afin d'éviter le blocage en apnée.

Les exercices sont effectués matin et/ou soir pendant cinq à dix minutes.

Le but de la rééducation est atteint à l'issue de la rééducation, qui vise à obtenir un blocage périnéal en position debout sans effort. Un périnée rééduqué et efficace se contracte en effet de façon automatique en position debout lors de l'effort, ce qui permet la disparition des fuites urinaires.

Population étudiée

30 femmes présentant une incontinence urinaire d'effort ont été soumises au protocole d'auto-rééducation.

Les antécédents médicaux et chirurgicaux sont précisés. Les femmes éligibles avaient en commun l'existence de fuites d'urine, d'une incontinence urinaire urétrale par hypermobilité urétrale ou insuffisance sphinctérienne, d'un testing musculaire périnéal inférieur à 4.

Ont été exclues de l'étude toutes femmes porteuses d'un antécédent de chirurgie d'incontinence urinaire d'effort, d'une instabilité vésicale clinique et diagnostiquée lors du bilan urodynamique, d'une vessie neurologique, d'une fistule vésicale ou vésico-vaginale. Ont été également exclues les patientes porteuses d'une affection psychiatrique empêchant le bon déroulement des séances de rééducation ou porteuses enfin d'une infection urinaire chronique.

L'interrogatoire a permis de caractériser l'incontinence: son type, son caractère, les protections utilisées, le type de protection, la fréquence de changement des protections, la durée écoulée depuis l'apparition des fuites.

Les signes d'accompagnement étaient également recherchés : pollakiurie nocturne et/ou diurne. La durée intermictionnelle est précisée de même que l'existence éventuelle d'une dysurie.

Une échelle analogique visuelle de 0 à 10 a permis de caractériser le retentissement fonctionnel de l'incontinence.

L'examen clinique a permis de préciser :

- l'existence d'une cystocèle de stade 1, 2 ou 3 ou l'absence de cystocèle

- l'existence ou l'absence d'une hystéroptose, d'une élytrocèle, d'une rectocèle

- l'existence de fuites à la toux sur table et dans ce cas l'éventuelle positivité d'une manoeuvre de Bonney

Le testing musculaire périnéal a été réalisé en cotant le muscle élévateur de l'anus à droite et à gauche et le muscle bulbo-spongieux à droite et à gauche. Ce testing a été réalisé en tenant compte de la classification du GRUUG et modifiée par COTTELLE (Tableau II) qui est la référence communément utilisée [8].

L'existence d'une inversion de commande et de syncinésies a été précisée.

Le bilan urodynamique a comporté la débitmétrie, la cystomanométrie, la profilométrie, évaluée sur au moins 2 courbes et la sphinctérométrie.

Les résultats de la rééducation ont été évalués lors de consultation successives 15 jours, 1 mois, 3 mois et 6 mois après le début de la rééducation. Ces résultats ont permis de préciser : la durée de la rééducation, sa fréquence (2 séances par jour ou 1 séance par jour matin ou soir ou autre), la durée de chaque séance

Le testing périnéal a été évalué à chaque consultation.

L'utilisation et la tolérance de la sonde furent évaluées en fonction des items suivants :

- introduction et mise en place (très facile, facile, difficile, nécessite un lubrifiant, impossible). Pour les 3 dernières réponses, des précisions devaient fournies par la patiente.

- en ce qui concerne l'entretien, il est facile, simple ou difficile. S'il est difficile la patiente explique pourquoi. Une échelle de satisfaction portant uniquement la technique et l'utilisation de la sonde est remplie par la patiente.

L'évaluation clinique après rééducation renseignait sur l'existence de fuites d'urine, le caractère de l'incontinence, son type et l'utilisation de protection, leur type et leur fréquence, l'existence d'une dysurie, d'une rétention, d'une infection urinaire.

La faisabilité de la rééducation par la patiente a été évaluée à toutes les étapes de celle-ci (3 phases successives sur 3 semaines)



RESULTATS

Population étudiée

Les 30 femmes étudiées présentaient une incontinence urinaire clinique confirmée par un examen clinique et un bilan urodynamique comme étant une incontinence urinaire d'effort par hypermobilité urétrale ou insuffisance sphinctérienne. *Les femmes avaient un âge moyen de 43 ans (extrêmes : 29-75). Elles mesuraient en moyenne 166 cm (extrêmes: 156-175). Elles pèsaient en moyenne 64 kilos(extrêmes : 53-85). Leur parité s'échelonnait de 1 à 10 accoouchements (moyenne : 3). *En ce qui concerne l'incontinence, il s'agissait 28 fois d'une incontinence survenant uniquement à l'effort non précédée par une envie, non permanente, sans incontinence nocturne, sans impériosité et survenant en jet.. Deux fois l'incontinence était associée à une impériosité.

Cette incontinence nécessitait dans 23 cas une protection, permanente (17 fois) ou occasionnelle (6 fois ) par serviette périodique (8 fois), protège-slip (13 fois) ou couche (2 fois). Les protections, lorsqu'elles étaient utilisées, étaient changées 1 fois par jour dans 6 cas, 1 à 3 fois par jour dans 11 cas et plus de trois fois par jour dans 6 cas. Il existait une incontinence nocturne associée dans 1 cas.

La durée écoulée depuis l'apparition des fuites exprimée en mois était en moyenne au moment du début de la rééducation de 46 mois (extrêmes : 6-144).

On notait une pollakiurie nocturne dans 12 cas, une pollakiurie diurne dans 20 cas, une dysurie accompagnant l'incontinence n'était jamais retrouvée, l'impériosité était donc notée dans 2 cas. L'écart inter-mictionnel était en moyenne de 1 heure 30 (extrêmes: 1/2 h-4h). *La gêne fonctionnelle occasionnée par l'incontinence a été évaluée en moyenne à 6.56 sur l'échelle visuelle de 0 à 10 (dans 2 cas à 4 sur 10, dans 7 cas à 5 sur 10, dans 6 cas à 6 sur 10, dans 3 cas à 7 sur 10, dans 6 cas à 8 sur 10 et dans 6 cas à 9/10). *L'examen clinique n'a pas retrouvé de cystocèle dans 11 cas, une cystocèle de stade 1 dans 18 cas, de stade 2 dans 1 cas.

Il existait une hystéroptose de stade 1 dans 1 cas. L'examen n'a jamais retrouvé d'élytrocèle ni de rectocèle.

L'examen clinique retrouvait des fuites sur table dans 6 cas. La manoeuvre de Bonney était alors positive.

- Les données du bilan urodynamique chez ces 30 femmes sont précisées par la Tableau III.

On relevait :

- l'absence d'anomalie en débitmétrie,

- un résidu post-mictionnel nul chez les 30 femmes.

- en cystomanométrie l'absence d'instabilité vésicale

- en profilométrie, la pression de clôture moyenne était à 79 cm H2O (extrêmes : 50-145). Le coefficient de transmission était en moyenne à 70% (extrêmes :20-100). *Le testing musculaire périnéal était inférieur à 4 en début de rééducation. Ce testing, évalué sur les muscles élévateur de l'anus et bulbo-spongieux à droite et à gauche, est retrouvé en moyenne à 1,83 pour le muscle élévateur de l'anus, et à 1,86 pour le muscle bulbo-spongieux (Tableau IV)

Une inversion de commande a été trouvée dans 2 cas, et des syncinésies négatives dans 22 cas.

Conduite de l'auto-rééducation et utilisation de la sonde

La durée de la rééducation a été en moyenne de 1,5 mois (extrêmes : 1-2). Les patientes ont réalisé 1 séance de rééducation par jour dans 16 cas et deux séances, matin et soir, dans 14 cas. La durée de chaque séance a été de 10 minutes pour 23 femmes, 5 minutes pour 7 femmes.

En ce qui concerne l'introduction de la sonde, 9 patientes l'ont estimée très facile (9/10) et 21 patientes, facile (8/10). L'utilisation d'un lubrifiant n'a jamais été nécessaire.

L'entretien de la sonde a été estimé simple et facile pour toutes les femmes.

Sur l'échelle de satisfaction (de 0 à 10) quant à l'utilisation de la sonde, la réponse moyenne a été de 8,5/10, et jamais inférieure à 6/10.

Résultats sur l'incontinence et la gêne fonctionnelle

Résultats sur l'incontinence : Sur notre série de 30 patientes, nous avons relevé :

Dans 17 cas, une 'guérison' (57.67%), c'est-à-dire une disparition complète des fuites (et donc naturellement des protections) pour tous les efforts réalisés.

Dans 9 cas, une amélioration (30%). Dans ces cas, les fuites, sans disparaitre complètement, ont diminué de façon significative : description par la patiente, réduction du nombre de protection et de l'évaluation de la gêne sur l'échelle de 0 à 10. Quatre patientes, qui utilisaient au départ une protection permanente ne se protégeait plus en fin de rééducation, sauf lors d'activités sportives, car elles se disaient alors insuffisamment confiantes dans leur périnée. Les cinq autres sont passées d'une protection permanente à une protection occasionnelle utilisée lorsqu'elles savaient devoir fournir un effort important et/ou prolongé.

4 échecs (13,33%) : une patiente, après quelques jours d'utilisation a déclaré ne plus vouloir se soumettre à ce type de rééducation. Trois autres ont préféré se soumettre à une rééducation 'classique' chez le kinésithérapeute.

Le recul moyen après arrêt de la rééducation est de 10 mois (extrêmes : 2-22 ).

Fait significatif : 24 patientes ont demandé si elles pouvaient garder la sonde, qui leur avait été prêtée, pour continuer de temps à autre leur auto-rééducation.

La gêne occasionnée par l'incontinence après rééducation a été évaluée, sur une échelle de 0 à 10, à 1 en moyenne. A l'exception des 4 échecs, elle est, à l'issue de l'auto-rééducation, toujours inférieure à 3.

Résultats sur le testing périnéal, Il est évalué en moyenne à 3,41 pur les muscles élévateurs et 3.37 pour les muscles bulbo-spongieux (Tableau IV)

L'analyse du Tableau IV permet de confirmer que les meilleurs résultats sur le testing donnent les meilleurs résultats sur l'incontinence urinaire, ce qui correspond à ce que nous savons de l'efficacité d'un plancher périnéal solide sur la continence.

Complications et incidents

Aucune complication n'a été constatée.

Un incident en cours de rééducation est survenu chez une patiente, qui a volontairement , par incompréhension, introduit la totalité de la sonde dans le vagin. Des métrorragies, très peu abondantes, sont survenues pendant une journée. Un contrôle au spéculum a montré une érosion minime du col. Une reprise correcte du protocole deux jours plus tard a permis la guérison de l'incontinence.

Une autre femme, porteuse d'une béance vulvaire, nous a conseillé d'élargir un peu la collerette externe de la sonde, mais n'a néanmoins jamais décrit de migration endo-cavitaire de la totalité de la sonde

Discussion

Principes de la rééducation

La rééducation s'adresse aujourd'hui à différentes causes d'incontinence urinaire, à titre préventif dans le post-partum ou en curatif, seule ou en complément d'un traitement médical ou chirurgical.

Parmi les différentes techniques utilisées, la rééducation manuelle concerne, outre les muscles élévateurs de l'anus, les muscles bulbo-spongieux. Son principe émane des exercices préconisés par KEGEL en 1948 [11]. Elle s'adapte aux résultats du testing musculaire de départ. Elle comporte les phases classiques et successives :

- de prise de conscience,

- d'apprentissage de la qualité de la contraction musculaire,

- de musculation,

- de réentrainement à l'effort [8].

Différentes études ont montré l'efficacité de la rééducation manuelle en tant que technique rééducative proprement dite [3, 7, 10]. Elle semble adaptée à la prise en charge de l'incontinence urinaire d'effort car elle agit sur le renforcement musculaire du plancher pelvien. Le travail intra-vaginal donne de bons résultats au niveau de tous les critères de jugement [9]. Le taux de guérison/amélioration par cette technique est de 56% et 70% [5, 6].

Cette technique peut être efficacement relayée par des exercices d'auto-entretien, à condition de disposer d'un matériel adéquat.

Jusqu'ici, seuls les cônes étaient disponibles; ils agissent en reproduisant une pesanteur endo-cavitaire obligeant théoriquement la patiente à verrouiller son système musculaire périnéal. En fait, si leur utilisation permet d'améliorer la force du plancher musculaire pelvien, elle ne permet pas une mesure objective de la force de celui-ci. L'analyse de la littérature permet d'émettre des réserves quant à l'efficacité de ce matériel [1]. Notamment, BO, dans une méta-analyse réalisée entre 1985 et 1993 signalait l'absence d'efficacité démontrée de leur utilisation [4]. Cette inefficacité est liée en partie à leur forme : une fois introduits dans le vagin, ils sont maintenus par le pubis et leur maintien en situation intra-vaginale sollicite peu le périnée.

Par contre, ils présentent l'avantage d'être utilisés en auto-rééducation, donc en auto-entretien, avant ou après la rééducation traditionnelle et chez les femmes refusant ou indisponibles pour pratiquer cette dernière.

C'est dans ce contexte que nous avons mis au point la sonde intra-vaginale d'auto-rééducation, qui allie l'efficacité de la rééducation intra-vaginale à la souplesse d'utilisation de l'auto-rééducation [12].

Les résultats objectifs sur 30 femmes nous paraissent encourageants. Il s'agit bien sûr d'une petite série et les résultats méritent d'être confirmés, sur une série plus importante et un recul supérieur.

Les patientes ont apprécié ce type de rééducation pour son caractère peu astreignant, sa simplicité d'emploi et ses bons résultats. La sonde avait été prêtée à chacune d'entre elles pour les besoins de l'étude. Fait significatif : 24 femmes sur 30 ont demandé comme un service de pouvoir la garder pour pouvoir l'utiliser en entretien ultérieurement.

Les indications de ce type de traitement sont curatives et préventives. Elles nous paraissent être les suivantes:

- Rééducation post-natale :

Cela concerne 721 055 grossesses par an en France (en 1997), soit un nombre total de 599.612 accouchements par voie basse. L'auto-rééducation peut être débutée 6 semaines après l'accouchement. Il faut en effet attendre une involution utérine complète avant d'autoriser l'utilisation d'un dispositif intra-vaginal. La rééducation de l'incontinence pure et isolée du post-partum est préconisée par l'ANDEM [2] et une étude récente a montré l'intérêt de ce traitement dans la prévention d'une incontinence ultérieure [13].

- L'incontinence urinaire d'effort : elle peut être légère à modérée. Elle peut être également sévère et on range dans cette catégorie les patients que des fuites urinaires importantes contraignent à limiter leurs activités. L'ANDEM [2] préconise la rééducation comme 'traitement initial de la majorité de l'incontinence urinaire d'effort en dehors du post-partum'.

L'auto-rééducation peut ainsi être proposée aux femmes dont le testing musculaire est inférieur à 4, isolément ou en complément de la rééducation classique.

La sonde peut être utilisée dans toute rééducation du plancher pelvien à titre préventif ou curatif :

- à titre préventif, elle constitue une excellente préparation à la chirurgie pelvienne et périnéale. Elle permet une préparation périnéale à l'intervention et une diminution significative de la convalescence après celle-ci.

- à titre curatif, il est possible que les résultats obtenus par l'auto-rééducation soient insuffisants si l'incontinence est très sévère ou si la force musculaire du périnée est très faible au départ. Dans ce cas, l'auto-rééducation doit être le complément des séances de rééducation avec le kinésithérapeute. Ultérieurement les exercices d'auto-entretien pourront être réalisés à domicile en utilisant la sonde.

Cette rééducation s'adresse à des patientes de plus en plus occupées sur le plan professionnel et personnel. Pour cette raison, le rythme rapproché des séances est difficile à appliquer et certains kinésithérapeutes proposent une à deux séances par semaine avec des exercices complémentaires à effectuer à la maison.

Malgré leur bonne volonté, les patientes oublient progressivement d'effectuer leurs exercices et expliquent souvent leur démotivation par une impossibilité de contrôle.

Cette sonde permet de palier à cette lacune, d'une part par l'aspect proprioceptif lié à la présence de la sonde et d'autre part grâce à son poids qui permet d'obtenir une progression dans la difficulté de la position allongée à la position debout.

Ce type de rééducation peut également être proposé à des femmes qui se refusent à se soumettre à une rééducation par électro-stimulation, par crainte du courant électrique utilisé...et elles sont nombreuses. Les effets secondaires de l'électro-stimulation ne sont d'ailleurs pas négligeables. Pour cette raison, le travail musculaire est préconisé en première intention plutôt que l'électrostimulation [5].

- Utilisation complémentaire de la rééducation :

L'autorééducation, utilisée en complément de la rééducation 'classique' peut permettre d'obtenir plus rapidement la disparition de l'incontinence, grâce à la réalisation d'exercices à domicile.

Les kinésithérapeutes et les prescripteurs [6] sont maintenant convaincus que les résultats de la rééducation s'estompent au bout d'un an, ce qui semble logique puisque la force musculaire nécessite un entretien. C'est la raison pour laquelle la poursuite des exercices après la rééducation est préconisée, ainsi que quelques séances d'entretien annuelles.

Certaines indications potentielles peuvent être proposées:

- Incontinence fécale: Les muscles formant le sphincter (volontaire) strié de l'anus sont les mêmes que ceux qui contribuent à la formation du sphincter strié de l'urètre. La rééducation du plancher musculaire permet d'obtenir une tonification du muscle élévateur de l'anus et donc d'obtenir un accroissement d'activité du sphincter anal et du sphincter urétral. A ce jour, ce champ d'indication n'a pas été exploré, mais il existe probablement une place pour l'autorééducation dans l'incontinence fécale - Rééducation sexologique: 43% des femmes connaissent régulièrement des troubles sexuels parmi lesquels un problème d'orgasme, rapport sexuel douloureux, ...

Cette indication est fondée sur le fait que chez la femme la tonicité du plancher pelvien joue un rôle important dans la stimulation sexuelle. La rééducation du plancher pelvien permet une meilleure contraction du vagin. La tonicité du plancher pelvien est un élément clef dans la réponse sexuelle chez la femme. - Rééducation dans les proplapsus : Une gymnastique appropriée peut influencer l'évolution des prolapsus au minimum en les stabilisant, voire en les faisant régresser. Néanmoins, cette rééducation ne peut valablement être proposée dans les prolapsus extériorisés, qui méritent une correction chirurgicale.

Aucune indication à l'auto-rééducation n'existe dans les cas suivants:

- Atrophie vaginale sévère : chez les trente femmes , l'introduction de la sonde n'a posé aucun problème. Sa forme et une surface parfaitement lisse favorise sa mise en place. Compte-tenu de ses dimensions (diamètre : 30 mm; longueur intra-vaginale : 68 mm), elle ne peut cependant être utilisée en cas d'atrophie vaginale importante. La généralisation du traitement hormonal substitutif diminue cependant notablement la fréquence des atrophies post-ménopausiques sévères.

- Prolapsus extériorisé : ils méritent une correction chirurgicale. La distension musculaire périnéale provoquée par le prolapsus rend illusoire la rééducation avant correction chirurgicale. Mais la rééducation peut être proposée après chirurgie.

Conclusion

La rééducation de l'incontinence urinaire d'effort pure nécessite un auto-entretien qui peut être réalisé à l'aide de cette nouvelle sonde qui donne des résultats cliniques intéressants avec une excellente tolérance. La plupart des femmes sont capables de contracter volontairement leur plancher pelvien quand on le leur enseigne. L'auto-rééducation pourrait être proposée en première intention, avant l'électro-stimulation, en raison des effets indésirables de celle-ci. Les résultats obtenus sont encourageants (57,67% de guérison, 30% d'amélioration) avec un recul de 10 mois. La tenue des résultats dans le temps s'explique par le fait que la sonde permet un auto-entretien de quelques jours quand les femmes sentent leur périnée faiblir.

La sonde est actuellement commercialisée sous le nom de Pelvia (HMS- 59710-Pont-à-Marcq). Un dossier TIPS à été déposé le 15 janvier 2002.

Références

1. ANAES (Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation Médicale). Bilans et techniques de rééducation périnéo-sphinctérienne pour le traitement de l'incontinence urinaire chez la femme à l'exclusion des affections neurologiques. Recommandations pour la pratique clinique. ANAES (Paris), 2000 : 30-45.

2. ANDEM (Agence Nationale pour le Développement de l'Evaluation Médicale). Prise en charge de l'incontinence urinaire de l'adulte en médecine générale. ANDEM (Paris), 1995 : 15-16.

3. BO K., HAGEN R.H., KVARSTEIN B. Pelvic floor muscle exercise for the treatment of female stress urinary incontinence. Neurourol. Urodyn., 1990, 9, 489-502.

4. BO K. Vaginal weight cones. Theoretical framework, effect on pelvic floor muscle strenght and female stress urinary incontinence. Acta Obstet. Gynecol. Scand., 1995, 74, 87-92.

5. BO K., TALSETH T, HOLME I. Single blind, randomised controlled trial pelvic floor exercises, electrical stimulation, vaginal cones and no treatment in management of genuine stress incontinence. B.M.J., 1999, 318, 487-493.

6. CAMMU H., VAN NYLEM M., AMY J.J. A10-year follow-up after Kegel pelvic floor exercises for genuine stress incontinence. B.J.U. Int., 2000, 85, 655-658

7. DE GREGORIO G. Effectivitat der pelvic floor reeducation. Eine randomisierte studie. Arch. Gynecol. Obstet., 1993, 254, 504-506.

8. DEVILLERS P., MAUROY B., Rééducation urologique féminine. Techniques et indications. Prog. Urol., 1997, 7, 683-693.

9. HAHN I., SOMMAR S., FALL M. A comparative study of pelvic floor training and electrical stimulation for treatment of genuine female stress urinary incontinence. Neurourol. Urodyn., 1991, 10, 545-554.

10. HAHN I., MILSOM I., FALL M., EKELUND P. Long term results of pelvic floor training in female stress urinary incontinence. Br. J. Urol., 1993, 72, 421-427.

11. KEGEL A.H. Progressive resistance exercise in the functional restoration of the perineal muscle. Am. J. Obstet. Gynecol., 1948, 56, 238-248.

12. MAUROY B., DEVILLERS P., BONNAL J.L., HABER G., BISERTE J. Autorééducation de l'incontinence urinaire de la femme. Prog. Urol., 2001, 11, suppl. 1, 37A.

13. MORKVED S., BO K. Effect of postpartum pelvic floor muscle training in prevention and treatment of urinary incontinence : a one-year follow-up Bjog, 2000, 107, 1022-1028.