Approche symptomatique des douleurs péniennes chroniques

25 novembre 2010

Auteurs : D. Delavierre, J. Rigaud, L. Sibert, J.-J. Labat
Référence : Prog Urol, 2010, 12, 20, 958-961

Objectif

Décrire les étiologies des douleurs péniennes chroniques non carcinologiques.

Matériel et méthodes

Ce travail est une revue de la littérature ayant utilisé la base de données bibliographique Medline (National Library of Medicine). Les termes de recherche étaient soit les mots-clés issus du medical subject heading (MeSH) (pain , penis , penile diseases ), soit des termes issus du titre ou du résumé. Les termes ont été utilisés seuls ou combinés avec l’opérateur « ET ». La recherche a porté de 1990 à nos jours.

Résultats

L’interrogatoire et l’examen clinique sont les éléments essentiels du bilan des douleurs péniennes chroniques. Les étiologies de ces douleurs comprennent des pathologies locales, des douleurs projetées, neuropathique, psychologiques ou psychiatriques, et le syndrome douloureux pénien. Les douleurs neuropathiques sont liées au syndrome de compression du nerf dorsal de la verge, issu du nerf pudendal, au bord inférieur du pubis. Ce syndrome favorisé par le cyclisme peut également être responsable d’une diminution de la sensibilité du gland et de la verge, de paresthésies génitales (engourdissements) et parfois d’une dysfonction érectile. Le syndrome douloureux pénien, défini comme une douleur située au niveau du pénis mais dont l’origine n’est pas urétrale, sans infection prouvée ni autre pathologie évidente, est un diagnostic d’élimination.

Conclusion

Le diagnostic des douleurs péniennes chroniques non carcinologiques est essentiellement clinique. Le syndrome de compression du nerf dorsal de la verge entre dans le cadre de ces douleurs dont le syndrome douloureux pénien reste un diagnostic d’exclusion.

   
 
 

 

 

Introduction

L'EAU a introduit la notion de syndrome douloureux pénien (penile pain syndrome ) et l'a défini comme une douleur située au niveau du pénis mais dont l'origine n'est pas urétrale, sans infection prouvée ni autre pathologie évidente [1

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Ce syndrome, qui n'avait pas été défini par l'International Continence Society (ICS) lors de son travail nosologique sur les troubles mictionnels et les douleurs pelvipérinéales [2

Cliquez ici pour aller à la section Références], n'a fait l'objet d'aucun travail spécifique publié. Dans leur ouvrage sur les douleurs urogénitales, Fall et Baranowski énumèrent les étiologies non carcinologiques des douleurs péniennes chroniques et c'est en l'absence de telles causes que le diagnostic de syndrome douloureux pénien pourra être évoqué [3

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Certaines douleurs péniennes surviennent uniquement lors d'activités sexuelles et entrent dans le cadre des dyspareunies masculines [4

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Étiologies des douleurs péniennes chroniques non carcinologiques

Le Tableau 1 détaille les principales étiologies des douleurs péniennes chroniques non carcinologiques.

 

Pathologies locales

Les pathologies locales sont :

les pathologies dermatologiques infectieuses ou non (notamment lichen scléro-atrophique) [5] ;
la maladie de Lapeyronie [4, 6] et anomalies anatomiques (adhérences préputiales, phimosis, brièveté du frein du prépuce, déformations congénitales de la verge) [4, 7]. Les douleurs surviennent en érection ;
les douleurs postopératoires (implants péniens, chirurgie de la maladie de Lapeyronie, circoncision, plastie du frein) ou post-traumatiques (rupture des corps caverneux) [4].

 

Douleurs projetées

Elles sont ressenties au niveau de la verge mais sont d'origine vésicale, prostatique ou musculosquelettique. Les douleurs d'origine vésicale (syndrome douloureux vésical) ou prostatique (prostatite chronique/syndrome douloureux pelvien chronique) s'accompagnent souvent de troubles mictionnels. La douleur pénienne est intégrée à l'index symptomatique de la prostatite chronique (National Institute of Health-Chronic Prostatitis Symptom Index [NIH-CPSI]) [8

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Les douleurs d'origine musculosquelettique sont souvent associées à des douleurs testiculaires [9

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Douleurs neuropathiques

Le nerf dorsal de la verge issu du nerf pudendal (Figure 1) peut être comprimé sur le trajet entre le canal d'Alcock et la face dorsale de la verge au niveau d'un canal ou sillon (sulcus nervi dorsalis penis ) situé après le passage du diaphragme urogénital, constitué par le bord inférieur du pubis, un ligament issu du corps caverneux et le ligament suspenseur de la verge [10

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Cliquez ici pour aller à la section Références]. La pratique du cyclisme et le diabète constituent des facteurs de risque pour cette pathologie uni- ou bilatérale appelée par Nanka et al. syndrome de compression du nerf dorsal (dorsal nerve compression syndrome ) [12

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Cliquez ici pour aller à la section Références]. Ce syndrome se manifeste par des douleurs péniennes, une diminution de la sensibilité du gland et de la verge, des paresthésies génitales (engourdissements) et parfois une dysfonction érectile. L'absence de certains signes permet de le distinguer d'une compression proximale du tronc du nerf pudendal. En effet, dans le syndrome de compression du nerf dorsal, il n'y a pas de douleurs scrotales ni anorectales, pas de constipation, pas de troubles mictionnels et le toucher rectal ne déclenche pas de douleur exquise au niveau de la région de l'épine ischiatique [13

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Figure 1
Figure 1. 

Nerf dorsal de la verge (d'après Hruby et al. [10

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Douleurs d'origine psychologiques ou psychiatriques

Des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) peuvent être à l'origine de douleurs péniennes chroniques liées à des traumatismes répétés en raison d'activités sexuelles multiples ou d'auto-examens renouvelés [3

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Syndrome douloureux pénien

Les douleurs pelvipérinéales chroniques ne doivent plus être considérées comme des symptômes en rapport uniquement avec une pathologie d'organe. Elles témoignent volontiers d'un dysfonctionnement de la régulation des messages douloureux du pelvis et du périnée et d'une hypersensibilisation « viscérale » déclenchée par un événement initiateur (traumatisme ou chirurgie notamment). Le domaine des douleurs péniennes n'échappe pas à cette théorie étiopathogénique. Un exemple est celui des douleurs survenant après une circoncision. Elles sont souvent considérées comme psychologiques en raison des modifications de l'apparence de la verge. Certes un nombre non négligeable d'hommes n'est pas satisfait du résultat de la circoncision [15

Cliquez ici pour aller à la section Références] mais des douleurs chroniques postopératoires peuvent correspondre à une allodynie par hypersensibilisation centrale et non à des mécanismes psychologiques [3

Cliquez ici pour aller à la section Références]. D'ailleurs, il convient toujours d'être prudent avec le diagnostic d'origine psychologique ou psychiatrique, souvent abusif dans le domaine des douleurs pelvipérinéales chroniques notamment péniennes. Le caractère très symbolique de la verge contribue certainement à orienter le diagnostic vers une problématique psychologique quand aucune cause organique n'apparaît clairement.

 

Bilan d'une douleur pénienne chronique

L'interrogatoire et l'examen clinique sont les éléments essentiels du bilan d'une douleur pénienne chronique. Les explorations complémentaires sont peu contributives. Dans le syndrome de compression du nerf dorsal de la verge, l'imagerie (radiographies et scanner) est normale et les explorations neurophysiologiques (latence du réflexe bulbocaverneux et vitesse de conduction sensitive du nerf dorsal de la verge) ont peu de valeur diagnostique en raison d'un manque de sensibilité et de spécificité [14

Cliquez ici pour aller à la section Références]. Le diagnostic de ce syndrome est confirmé par la positivité (disparition de la douleur) d'un bloc anesthésique réalisé au niveau du nerf dorsal dans la région sous-pubienne.

 

Conflit d'intérêt

Aucun.

   

 



Tableau 1 - Étiologies des douleurs péniennes chroniques non carcinologiques.
Pathologies dermatologiques infectieuses ou non 
Maladie de Lapeyronie 
Anomalies anatomiques (adhérences préputiales, phimosis, brièveté du frein du prépuce, déformations congénitales de la verge) 
Douleurs postopératoires ou post-traumatiques 
Douleurs projetées 
Syndrome de compression du nerf dorsal de la verge 
Douleurs d'origine psychologiques ou psychiatriques 
Syndrome douloureux pénien 

 

 
 

Références

 

Fall M., Baranowski A.P., Elneil S., Engeler D., Hughes J., Messelink E.J., et al. EAU guidelines on chronic pelvic pain Eur Urol 2010 ;  57 : 35-48 [cross-ref]
 
Abrams P., Cardozo L., Fall M., Griffiths D., Rosier P., Ulmsten U., et al. The standardisation of terminology of lower urinary tract function: report from the Standardisation Sub-committee of the International Continence Society Neurourol Urodyn 2002 ;  21 : 167-178 [cross-ref]
 
Fall M., Baranowski A.P. Urethral pain syndrome and pain perceived as related to the penis Urogenital pain in clinical practice New York: Informa Healthcare Inc (2008).  245-250
 
Bondil P. La dyspareunie n'est pas uniquement féminine. Communication orale. Congrès international francophone de médecine sexuelle. Montréal, 18–19 septembre 2008. www.sfms.fr/.
 
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Taylor F.L., Levine L.A. Peyronie's disease Urol Clin North Am 2007 ;  34 : 517-534 [cross-ref]
 
Casanova J.M., Aynaud O. Les algies péniennes Pathologie de la verge Paris: Masson (1998).  168-177
 
Litwin M.S., McNaughton-Collins M., Fowler F.J., Nickel J.C., Calhoun E.A., Pontari M.A., et al. The National Institutes of Health Chronic Prostatitis Symptom Index: development and validation of a new outcome measure. Chronic Prostatitis Collaborative Research Network J Urol 1999 ;  162 : 369-375 [cross-ref]
 
Maigne R. Rachis et douleurs pseudoviscérales. In: Douleurs d'origine vertébrale. Comprendre, diagnostiquer et traiter Paris: Elsevier Masson SAS (2006).  346-351
 
Hruby S., Ebmer J., Dellon L., Aszmann O.C. Anatomy of pudendal nerve at urogenital diaphragm. New critical site for nerve entrapment Urology 2005 ;  66 : 949-952 [cross-ref]
 
Hruby S., Dellon L., Ebmer J., Itl W.H., Aszmann O.C. Sensory recovery after decompression of the distal pudendal nerve: anatomical review and quantitative neurosensory data of a prospective clinical study Microsurgery 2009 ;  29 : 270-274 [cross-ref]
 
Nanka O., Sedy J., Jarolím L. Sulcus nervi dorsalis penis: site of origin of Alcock's syndrome in bicycle riders? Med Hypotheses 2007 ;  69 : 1040-1045 [cross-ref]
 
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