Apport de l’élastographie en temps réel pour la caractérisation des masses testiculaires

25 février 2015

Auteurs : A. Marsaud, M. Durand, C. Raffaelli, X. Carpentier, Y. Rouscoff, B. Tibi, A. Floc’h, M.H. De Villeneuve, R. Haider, D. Ambrosetti, E. Fontas, B. Padovani, J. Amiel, D. Chevallier
Référence : Prog Urol, 2015, 2, 25, 75-82
But

La généralisation du recours à l’échographie en mode B pour surveiller des lésions testiculaires suspectes a favorisé l’émergence de nodules limites de nature controversée. L’élastographie en temps réel (ETR) pourrait améliorer la précision diagnostique. Nous en avons évalué sa faisabilité et sa valeur diagnostique en pratique clinique courante.

Patients

Tous les patients adressés consécutivement dans notre centre pour masse testiculaire étaient explorés par échographie/doppler mode B et ETR. La dureté estimée sur le score d’Itho modifié, la perte d’architecture du parenchyme testiculaire et l’effet « billot » ainsi que d’autres critères élastographiques secondaires étaient évalués pour chaque lésion. Leur valeur diagnostique (précision [Acc], sensibilité [Se], spécificité [Sp] et valeur prédictive positive [Vpp] et négative [Vpn]) était appréciée en utilisant les résultats histologiques définitifs des tumeurs traitées par orchidectomie.

Résultats

Au total, 34 lésions testiculaires étaient analysées, entre mars 2008 et octobre 2011, chez 30 patients, correspondant à 26 (76 %) tumeurs malignes et 8 (24 %) bénignes (4 hématomes, 3 orchites et 1 ischémie). Les sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive, valeur prédictive négative et précision diagnostique étaient respectivement de 82,3 %, 96,2 %, 37,5 %, 83 % et 75 % pour la dureté élastographique (p =0,03), de 88,2 %, 92,3 %, 75 %, 92,3 % et 75 % pour la perte architecturale (p =0,01), et de 85,3 %, 84,6 %, 87,5 %, 95,6 % et 63,6 % pour l’effet « billot » (p <0,01).

Conclusion

L’ETR pourrait contribuer à caractériser des nodules testiculaires limites avec des critères diagnostiques prometteurs. Des analyses complémentaires prospectives contrôlées sont nécessaires pour valider ces résultats.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Le cancer du testicule est un cancer rare de l'homme avec une prévalence de 1 % [1], mais un cancer de l'homme jeune représentant 60 % des cancers entre 15 et 35ans [2]. En France, l'incidence est en hausse depuis les années 1980 (+2,4 % par an en moyenne) avec dans le même temps une baisse de la mortalité spécifique (-3,5 % par an) [3]. La croissance de cette incidence s'exprime à travers l'Europe selon un gradient nord-sud et peut s'expliquer notamment par l'amélioration des techniques diagnostiques d'imagerie et leur recours plus fréquents dans les pays les plus industrialisés. Jusqu'ici, considérant les limites de la palpation de l'examen clinique des testicules, l'échographie standard en mode B est considéré comme l'analyse de référence [4]. Pour autant, cet examen a lui-même ses propres limites rendant difficile d'interprétation la découverte de nodules de petits volumes qui pourraient nécessiter une exploration particulière pour permettre de mieux les caractériser et d'en préciser leur nature maligne ou non.


L'élastographie en temps réel (ETR) pourrait compléter l'analyse standard de ces nodules « limites » identifiés préalablement par échographie-doppler [5, 6]. L'ETR repose sur un principe de mesure de la compression mécanique des tissus et de l'évaluation de la déformation induite en utilisant des ultrasons. Il s'agit d'une technique d'imagerie dont l'apport a déjà été étudié dans différents domaines d'uro-oncologie, avec des résultats encourageants comme avec le système d'histoscanning , appliqué à la prostate, qui a révélé une valeur diagnostique prometteuse, en pratique clinique courante, pour la détection des lésions ≥ 0,1 cm3 et leur localisation des tumeurs au sein du tissu prostatique [7].


Plusieurs travaux ont déjà été publiés sur l'apport diagnostique de l'ETR, combinée à l'imagerie échographique en échelle de gris, pour analyser des masses testiculaires [8] pour lesquelles l'échographie standard ne permettait pas de conclure, avec des résultats engageants [9, 10] sur la capacité de l'ETR à différencier les lésions bénignes des malignes [11]. Nous avons voulu confirmer ces résultats préliminaires en pratique clinique courante sur une plus large série prospective en s'attachant à évaluer la valeur diagnostique de certains critères élastographiques particuliers que nous avons définis et retenus sur la base de notre expérience.


Matériel et méthodes


Pendant la période d'étude, tous les patients adressés consécutivement à notre centre pour syndrome de masse testiculaire bénéficiaient d'un examen par échographie standard couplée avec une ETR, après information sur les avantages et les limites inhérents à cette technique et obtention de leur consentement éclairé. Tous les patients présentant, au moment du diagnostic, une infection aiguë testiculaire responsable d'une pseudo-masse étaient exclus. Le protocole d'étude a été approuvé par le comité d'éthique locale. Pour réduire la variabilité inter-opérateur, un seul uroradiologue, expert de cette technique d'imagerie depuis plus de 10ans, en assurait la réalisation explorant à la fois le testicule suspect et le testicule sain controlatéral, utilisé comme témoin.


Une échographie en mode B était d'abord réalisée avec le système ACUSON S2000â„¢ (Siemens Medical Systems, Shorebird Way, Mountain View, États-Unis) équipé d'une sonde linéaire électronique multifréquence L 9-14MHz. L'analyse de chaque testicule se faisait selon deux plans orthogonaux (axial et longitudinal) suivant les règles de bonne pratique. Les lésions étaient décrites selon le diamètre représenté par leur plus grand axe, la régularité de leurs contours, leur échostructure, leur échogénicité et la présence ou non de calcification (s). L'analyse doppler couleur sensibilisait l'échographie en mode B. Elle était pratiquée systématiquement avec une sonde L9-14MHz calibrées par des réglages adaptés à la recherche de flux lents (fréquence doppler 7,5 MHz ; fréquence 867Hz), permettant ainsi de caractériser mode et type de vascularisation.


L'ETR était réalisée secondairement après échographie en utilisant la technologie élastographique eSie Touchâ„¢ compatible avec le système ACUSON S2000â„¢. Elle permettait de différencier la souplesse ou la rigidité de tissu apparaissant iso-échogène en mode B échographique. Une région d'intérêt standard était définie pour permettre la comparabilité des résultats excluant, en général, l'enveloppe du scrotum contenant le dartos pour ne pas être artéfacté par cet interface riche en élasticité parasite. Les réglages du module d'élastographie permettaient d'obtenir une fréquence d'image de 5 à 14 Hz.


Un score élastographique (SE) était attribué à chaque image d'ETR et permettait d'estimer une interprétation quantitative de l'élasticité des lésions. Cette échelle s'appuyait sur le score initialement proposé par Itoh pour l'analyse des lésions mammaires [12]. Des modifications avaient d'abord été apportées pour tenir compte des particularités des testicules. La déformabilité des lésions était notées de SE 1 à 5. Un SE 1 était attribué pour des images de lésions dont le signal était identique à celui du parenchyme sain environnant. Un SE entre 2 et 4 était affecté pour des images de lésions dont la proportion de zones non déformables étaient progressivement croissante. Les nodules dont la dureté était globale étaient notés SE 5. Des analyses ETR complémentaires portaient également sur la recherche de l'effet « billot », la perte de l'architecture tribande, la taille du nodule ETR par rapport à celle estimée par l'échographie en mode B, l'existence ou non d'un halo péritumoral en hypersignal, la présence ou non de zones intralésionnelles en hypersignal et les contours de la lésion.


L'examen était réalisé selon une position standardisée pour permettre une reproductibilité des analyses et faciliter le déroulement de l'élastographie. Le patient était placé en décubitus dorsal, jambes serrées, les testicules fixés par une bande de papier au dessous du scrotum, et la verge maintenue au zénith sur le pubis par le patient. L'élastographie était réalisée sans pression active sur les testicules, la sonde posée perpendiculairement à la surface de la glande avec son seul poids comme contrainte mécanique. Les images étaient recueillies en échelle de gris et de couleur pendant l'examen. Une épreuve de relecture des données systématiques avait lieu par le même radiologue secondairement.


En fin d'examen, le radiologue émettait une hypothèse diagnostique sur le caractère malin des nodules. Sur la base de l'imagerie échographique et élastographique, les urologues décidaient d'une surveillance uroradiologique tous les 6 mois, ou d'une exérèse chirurgicale radicale en pratiquant une orchidectomie unilatérale en cas de forte suspicion de cancer. Les échantillons étaient secondairement transmis au laboratoire d'anatomopathologie pour analyse histologique standard et permettre une étude de corrélation avec les résultats apportés par l'imagerie. Les examens anatomopathologiques définitifs étaient réalisés sans connaissance des compte-rendu d'imagerie préalable.


L'association entre la malignité de la tumeur et les caractéristiques échographiques, doppler et élastographiques, était étudiée à l'aide du test exact de Fisher pour les variables qualitatives, et à l'aide du test non paramétrique de Mann-Whitney pour les variables quantitatives. Pour permettre une étude comparative des lésions en fonction de leur élasticité, elles étaient regroupées en 2 classes : SE de 1 à 3 et SE de 4 à 5 rassemblant respectivement les lésions les moins dures des plus dures. Les analyses statistiques étaient réalisées avec le logiciel SPSS 11.0 (SPSS Inc., Chicago III). La valeur de p <0,05 était considérée comme statistiquement significative.


Résultats


Entre mars 2008 et octobre 2011, 30 patients présentaient consécutivement des masses testiculaires pour lesquels étaient réalisée après consentement une imagerie ETR. Au total, 34 nodules étaient identifiés chez ces patients, 4 d'entre eux ayant présenté chacun 2 nodules homolatéraux. À l'issue, 23 patients étaient orchidectomisés pour nodule suspect et 7 bénéficiaient d'un traitement conservateur avec une durée de suivi minimum de 1 an au cours duquel aucune indication chirurgicale n'avait été portée. Les analyses histologiques finales des spécimens rapportaient la présence de 26 tumeurs (10 séminomes, 10 tumeurs germinales non séminomateuses, 5 tumeurs mixtes et 1 lymphome B) et de 8 lésions bénignes (4 hématomes, 3 orchites et 1 ischémie). L'âge médian au moment du diagnostic des 8 patients porteurs de lésions bénignes était de 34ans. Pour 4 d'entre eux, ils présentaient à l'admission une masse testiculaire douloureuse. Pour les autres, 1 patient se plaignait d'une douleur testiculaire isolée, 1 autre avait une masse testiculaire indolore et les 2 derniers avaient eu un traumatisme testiculaire. Les 22 patients chez qui étaient découverts 26 tumeurs malignes étaient âgés de 37ans (médiane). Pour 19 d'entre eux, ils présentaient une masse testiculaire indolore, pour 2, une tuméfaction testiculaire douloureuse et pour 1, une orchiépididymite de nature échographique suspecte l'ayant conduit à une ETR. L'ensemble de ces résultats figure dans le Tableau 1.


Tous les patients avaient pu bénéficier d'une RTE. Aucun événement indésirable n'était rapporté ni pendant la procédure ni dans le suivi. Aucune lésion bénigne ne présentait de dureté globale (SE 5) et toutes les tumeurs malignes présentaient, à l'inverse, des zones dures (SE ≥ 3). La valeur diagnostique de la dureté élastographique avait une sensibilité (Se) de 96,2 %, une spécificité (Sp) de 37,5 %, des valeurs prédictives positives (Vpp) et négatives (Vpn) de 83 % et 75 % et une précision (Acc) de 82,3 %. L'analyse en sous-groupe de la dureté par rapport au SE, permettait de déterminer que 62,5 % des tumeurs bénignes avaient un SE faible entre 1 et 3 et 96,2 % des tumeurs malignes une dureté importante avec SE entre 4 et 5 (p = 0,033) (Figure 1A-D).


Figure 1
Figure 1. 

Images échographiques testiculaires et élastographiques correspondantes. Images A, C, E, G, I et K : échographie mode B, Acuson S2000, Siemens, États-Unis. Images B, D, F, H, J et L : élastographie en temps réel correspondante, eSie touch, Siemens, États-Unis. Image A et B : 2 tumeurs germinales non séminomateuses. Les 2 tumeurs sont iso-échogènes en échographie mode B (A). L'élastographie identifie bien 2 lésions peu déformables en rouge (B). Images C et D : séminome. Image iso-échogène, mal définit en échographie (C), apparaissant en rouge donc peu déformable en élastographie (D). Images E et F : effet billot d'un séminome. La tumeur est mal limitée en échographie mode B (E), très dure en élastographie avec un effet « billot » antérieur (F). Images G et H : aspect tribande d'un testicule sain. Un testicule sain en échographie mode B (G) et en élastographie (H), avec aspect tribande. Images I et J : séminome avec perte de l'aspect tribande. Tumeur hypoéchogène en échographie mode B (I), dure avec perte de l'aspect tribande en élastographie (J). Images K et L : volumineux carcinome embryonnaire. Le volume important de la tumeur (K) entraîne une hyperpression intratesticulaire globale, rendant le testicule uniformément dur et peu déformable en élastographie (L).




L'analyse ETR mettait en évidence une déformation plus importante du parenchyme testiculaire en avant et en arrière de certains nodules (Figure 1E et F) caractérisant l'effet « billot ». Ce critère sémiologique ETR témoignait de la présence d'une tumeur maligne avec 84,6 %, 87,5 %, 95,6 %, 63,6 % et 85,3 %, de Se, Sp, Spp, Spn et Acc, respectivement (p <0,01). L'architecture tribande du testicule sain retrouvée en ETR avec une bande centrale plus déformable que les deux bandes périphériques (Figure 1G et H) était perdue dans 92,3 % des tumeurs malignes et conservée dans 25 % des tumeurs bénignes (Figure 1I et J). La perte de cette caractéristique était associée à la présence d'une lésion tumorale avec une Se, Sp, Spp, Spn et Acc de 92,3 %, 75 %, 92,3 %, 75 % et 88,2 %, respectivement (p <0,01). L'ensemble des caractéristiques ETR est présenté dans les Tableau 2, Tableau 3.


L'analyse échographiques en mode B des lésions (Tableau 4) ne révélait aucune différence d'échostructure, d'échogénicité ni de régularité des contours entre les lésions bénignes et les tumeurs malignes. Des micro-calcifications étaient présentes significativement au sein de 100 % des tumeurs malignes et dans 50 % des lésions bénignes (p <0,01). Les lésions malignes étaient hypervascularisées en analyse doppler par rapport aux lésions bénignes (Tableau 5) avec 88,5 % des lésions malignes présentant une vascularisation plus importante comparativement à l'analyse doppler du testicule sain, contre 12,5 % pour les lésions bénignes. Inversement, 87,5 % des tumeurs bénignes rapportaient une hypovascularisation, voire une avascularisation contre 11,5 % des malignes. Ces différences observées étaient statistiquement significatives (p <0,001). Enfin, les tumeurs bénignes présentaient une vascularisation à prédominance significativement périphérique dans 80 % des cas contre seulement 20,8 % dans les tumeurs malignes (p <0,05).


Discussion


Le recours plus fréquent à l'échographie pour la surveillance de masses testiculaires limites concoure à l'émergence de découverte de nodules de significativité diagnostique difficile à déterminée faute de volume suffisant pour permettre une analyse échographique satisfaisante. L'ETR couplée à l'échographie et au doppler pourrait permettre d'apporter des informations complémentaires pour aider à caractériser ces nodules. Nous avons cherché à évaluer sa valeur diagnostique, à titre systématique, chez des patients se présentant consécutivement dans notre centre pour masse testiculaire. Tous les patients consentants bénéficiaient d'une ETR testiculaire en plus de l'échographie en mode B et de l'analyse doppler. La totalité des procédures avait pu avoir lieu sans aucun évènement signalé, et tous les résultats étaient interprétables, témoignant de la faisabilité de cet examen par un uroradiologue entraîné [13] Notre série rapporte les analyses élastographiques de 30 patients, ayant, au total, 34 nodules échographiés, chez qui le diagnostic histologique final de cancer testiculaire était porté, pour 22 des 23 patients traités par orchidectomie totale. Le choix du traitement était décidé en fonction de la suspicion de malignité des nodules conclue par l'uroradiologue. Sept patients qui ne présentaient pas ces critères étaient surveillés avec un suivi clinico-radiologique.


L'ETR est une technique d'analyse des tissus qui pourrait être assimilée à une méthode standardisée de palpation de l'examen clinique. Elle a déjà fait l'objet de nombreuses études évaluant sa valeur diagnostique pour les nodules mammaires [14], les ganglions lymphatiques superficiels [15], ou la prostate [7], avec des résultats encourageants incitant à étendre son application pour les nodules testiculaires. Dans notre approche, nous avons évalué l'ETR sur la base de critères de notre expérience [13] et de ceux identifiés dans la littérature [9, 10, 11]. Au préalable, pour assurer la reproductibilité des examens, nous avons standardisé la position du patient en immobilisant les testicules à l'aide d'une bande de papier au dessous du scrotum, et en faisant maintenir la verge au zénith sur le pubis par le patient. La réponse à la compression étant linéaire uniquement dans le cas de petites déformations [16], nous avons exclu toute compression active de la part de l'opérateur. La compression était uniquement assurée par le poids du transducteur posé sur le testicule se rapprochant des recommandations de la série de Goddi [11] en s'efforçant de préciser le plus fidèlement possible notre méthodologie. À l'inverse des études antérieures [9, 10, 11], nous utilisions la technologie eSie Touchâ„¢, qui à la différence de la Real Time Imaging (Hitachi Medical Systems, Ohio, États-Unis) ne permettait pas de quantifier la pression exercée par le transducteur, nous ayant ainsi contraint à d'autant plus de rigueur sur la standardisation de la position des patients dans un objectif de qualité et de comparabilité des résultats.


Les nodules étaient classés en fonction de leur dureté élastographique, en se basant sur la classification modifiée d'Itoh [12]. Nous avons adapté cette échelle en fonction d'une analyse subjective des élastogrammes obtenus au niveau testiculaire. Le SE 5 d'Itoh, défini par une plage de dureté apparente en élastographie plus grande que la lésion en échographie mode B, était modifié pour définir une dureté équivalente. En effet, à l'inverse des cancers du sein, les tumeurs testiculaires n'infiltrent pas le tissu environnant. Il existe même une adéquation entre la taille des nodules en mode B et celle évaluée en ETR comme le confirme nos résultats (Tableau 2). Cette distinction tissulaire nous a incité à modifier l'échelle d'Itoh pour permettre son application aux nodules testiculaires sans altérer la valeur diagnostique de la mesure de la dureté.


Sur le testicule sain, nous rapportions de façon constante une architecture tribande élastographique à chaque examen (Figure 1G et H). Cet aspect était lié aux propriétés élastiques naturelles du parenchyme testiculaire bénin et à sa déformabilité sous le poids de la sonde. Si les études antérieures observaient aussi la présence de ce signal caractéristique du tissu sain testiculaire [9, 10, 11], aucune étude n'avait étudié sa disparition en cas de nodule cancéreux. Pour la première fois, nous avons évalué la valeur diagnostique de la perte de la déformabilité physiologique du testicule induite par le développement du cancer et perçu par la perte de l'architecture tribande en cas de nodule (92,3 % des tumeurs malignes versus 25 % des nodules bénins) (p <0,01). En périphérie des nodules cancéreux, il était constaté une déformation du parenchyme sain plus importante, prédominante du côté où s'exerçait la compression du transducteur et désigné dans notre étude comme l'effet « billot ». Ce phénomène élastographique, non décrit jusqu'alors, était caractéristique des lésions testiculaires malignes (p <0,01). En cas de lésion volumineuse, le parenchyme testiculaire étant comprimé par deux corps durs, la tumeur et la sonde, tout le testicule apparaissait uniformément dur (Figure 1K et 1L).


Nos résultats étaient concordants avec ceux des séries déjà publiées qui utilisaient le score d'Itoh non modifié et publiaient une Se de 100 % et de 87,5 %, selon Aigner [10] et Goddi [11], respectivement. Dans notre série, notre seul cas de faux négatif de tumeur maligne concernait un volumineux séminome mesurant 9cm et très largement nécrosé. Aucun cas de faux négatif de tumeur maligne supra-centimétrique n'était décrit dans les deux plus grandes séries publiées [10, 11]. La composante nécrotique ou kystique d'une tumeur pourrait être source d'erreur d'analyse et mériterait d'être évaluée. Dans notre série, la spécificité était de 37,5 %, alors qu'elle était supérieure à 80 % dans les deux études [10, 11]. Cet écart est dû à 5 cas de faux positifs (3 hématomes, 2 orchites). Des erreurs de même nature sont aussi rapportés dans les autres séries. La faiblesse de notre échantillon rend cette présentation aléatoire plus impactante sur nos résultats mais serait sans doute nivelé avec une population plus importante. C'est d'ailleurs le principal biais de cette étude. Cependant, si la puissance statistique mérite un plus grand échantillon pour confirmer nos résultats, l'établissement de nouveaux critères sémiologiques élastographique pour aider à caractériser les nodules testiculaires nous permet d'envisager une étude prospective pour valider notre approche. Cette étude de corrélation à plus grande échelle incorporant une analyse de la variabilité inter-opérateur entre radiologues permettra de confirmer l'apport de l'ETR.


Conclusion


L'ETR est applicable en pratique clinique courante pour un uroradiologue confirmé, aidant à caractériser des nodules limites difficilement interprétable par échographie standard en mode B. Des critères sémiologiques élastographiques significatifs propres aux nodules tumoraux ont pu être identifiés, et nécessitent des analyses prospectives complémentaires pour être validés.




Tableau 1 - Caractéristiques cliniques et histologique de la population.
  Lésions bénignes  Tumeurs malignes 
Patients n   22 
Age médian (min-max) ans   34,75 (22-57)  37,05 (18-62) 
Motif de consultation n (%)      
Douleur  1 (12,5 %)  0 (-) 
Tuméfaction douloureuse  4 (50 %)  0 (-) 
Masse testiculaire  1 (12,5 %)  19 (86,4 %) 
Traumatisme  2 (25,0 %)  0 (-) 
Orchiépididymite  0 (-)  1 (4,5 %) 
Type histologique n (%)      
Hématome  4 (50 %)   
Orchite  3 (38 %)   
Ischémie  1 (12 %)   
Tumeur germinale non séminomateuse    10 (38 %) 
Tumeur mixte    5 (20 %) 
Lymphome B    1 (4 %) 



Légende :
n : nombre.



Tableau 2 - Caractéristiques élastographiques.
  Lésions bénignes  Tumeurs malignes  p  
Tumeurs n   26   
Itoh modifié n (%)       0,006a 
Signal idem testis  0 (0,0)  0 (0,0)   
Peu de zones dures  1 (12,5)  0 (0,0)   
Zones dures  2 (25,0)  1 (3,8)   
Dureté importante  5 (62,5)  11 (42,3)   
Dureté globale  0 (0,0)  14 (53,8)   
Itoh en 2 classes n (%)       0,033a 
Pas ou peu dur  3 (37,5)  1 (3,8)   
Dureté importante  5 (62,5)  25 (96,2)   
Effet billot n (%)       <0,001a 
Absence  7 (87,5)  4 (15,4)   
Hypersignal avant ou arrière  0 (0,0)  12 (46,2)   
Hypersignal autour  1 (12,5)  10 (38,5)   
Effet billot (2 classes) n (%)       <0,001a 
Absence d'hypersignal  7 (87,5)  4 (15,4)   
Présence d'hypersignal  1 (12,5)  22 (84,6)   
Taille apparente n (%)       nsa 
Taille<mode B  1 (12,5)  1 (3,8)   
Taille=mode B  4 (50,0)  6 (23,1)   
Taille>mode B  3 (37,5)  19 (73,1)   
Perte d'architecture n (%)       0,001a 
Absence  6 (75,0)  2 (7,7)   
Perte de déformabilité  2 (25,0)  24 (92,3)   
Zones liquidiennes n (%)       nsa 
Absence  6 (75,0)  21 (80,8)   
Présence  2 (25,0)  5 (19,2)   
Contours lésion n (%)       0,018a 
Réguliers  4 (50,0)  24 (92,3)   
Irréguliers  4 (50,0)  2 (7,7)   



Légende :
n : nombre ; ns: non significatif.

[a] 
Test de Fisher.


Tableau 3 - Analyse de la Se (sensibilité), Sp (spécificité), VPP (valeur prédictive positive), VPN (valeur prédictive négative), et ACC (Accuracy, pour précision du critère étudié) pour le score de Itoh modifié (ITOH/M), l'effet « billot » (EB), et la perte architecturale (PA).
  ITOH/M  EB  PA 
Se  96,2 %  84,6 %  92,3 % 
Sp  37,5 %  87,5 %  75 % 
VPP  83 %  95,6 %  92,3 % 
VPN  75 %  63,6 %  75 % 
ACC  82,3 %  85,3 %  88,2 % 
p   0,033a  <0,0001a  0,001a 



[a] 
Test de Fisher.


Tableau 4 - Caractéristiques échographiques.
  Lésions bénignes  Tumeurs malignes  p  
Tumeurs n   26   
Échostructure n (%)       nsa 
Homogène  5 (62,5)  12 (46,2)   
Hétérogène  3 (37,5)  14 (53,8)   
Échogénicité n (%)       nsa 
Anéchogène  0 (0,0)  3 (11,5)   
Hypoéchogène  6 (75,0)  14 (53,8)   
Iso-échogène  0 (0,0)  7 (26,9)   
Hyperéchogène  2 (25,0)  2 (7,7)   
Contours n (%)       nsa 
Réguliers  4 (50,0)  17 (65,4)   
Irréguliers  4 (50,0)  9 (34,6)   
Calcifications n (%)       nsa 
Absence  8 (100,0)  13 (50,0)   
Micro-calcifications  0 (0,0)  9 (34,6)   
Macrocalcifications  0 (0,0)  1 (3,8)   
Micro et macrocalcifications  0 (0,0)  3 (11,5)   
Calcifications n (%)       0,013a 
Absence  8 (100,0)  13 (50,0)   
Présence  0 (0,0)  13 (50,0)   
Taille tumeur (moyenne) cm   2,45  3,55  nsb 



Légende :
n : nombre ; ns : non significatif.

[a] 
Test de Fisher.
[b] 
Test non paramétrique de Mann-Whitney.


Tableau 5 - Caractéristiques doppler.
  Lésions bénignes  Tumeurs malignes  p  
Tumeurs n   26   
Mode de vascularisation n (%)       <0,001b 
Pas de vascu ou hypovascu/testis  7 (87,5)  3 (11,5)   
Hypervascu/testis  1 (12,5)  23 (88,5)   
Type de vascularisation an (%)       <0,042b 
Vascu périphérique  4 (80,0)  5 (20,8)   
Vascu mixte  0 (0,0)  6 (25,0)   
Vascu prédominance centrale  1 (20,0)  13 (54,2)   



Légende :
n : nombre.

[a] 
Dans 5 cas de lésions avasculaires ou hypovascularisées, le type de vascularisation ne pouvait être déterminé.
[b] 
Test de Fisher.


Références



Znaor A., Lortet-Tieulent J., Jemal A., Bray F. International variations and trends in testicular cancer incidence and mortality Eur Urol 2013 ;
Peng X., Zeng X., Peng S., Deng D., Zhang J. The association risk of male subfertility and testicular cancer: a systematic review PLoS One 2009 ;  4 : e5591
Rebillard X., Grosclaude P., Leone N., et al. [Incidence and mortality of urological cancers in 2012 in France] Prog Urol 2013 ;  23 (Suppl. 2) : S57-S65
Ragheb D., Higgins J.L. Ultrasonography of the scrotum: technique, anatomy, and pathologic entities J Ultrasound Med 2002 ;  21 : 171-185
Rifkin M.D., Kurtz A.B., Pasto M.E., Goldberg B.B. Diagnostic capabilities of high-resolution scrotal ultrasonography: prospective evaluation J Ultrasound Med 1985 ;  4 : 13-19
Kim W., Rosen M.A., Langer J.E., Banner M.P., Siegelman E.S., Ramchandani P. US MR imaging correlation in pathologic conditions of the scrotum Radiographics 2007 ;  27 : 1239-1253 [cross-ref]
Macek P., Barret E., Sanchez-Salas R., et al. Prostate histoscanning in clinically localized biopsy proven prostate cancer: an accuracy study J Endourol 2014 ;  28 : 371-376 [cross-ref]
Huang D.Y., Sidhu P.S. Focal testicular lesions: colour Doppler ultrasound, contrast-enhanced ultrasound and tissue elastography as adjuvants to the diagnosis Br J Radiol 2012 ;  85 (1) : S41-S53
Grasso M., Blanco S., Raber M., Nespoli L. Elasto-sonography of the testis: preliminary experience Arch Ital Urol Androl 2010 ;  82 : 160-163
Aigner F., De Zordo T., Pallwein-Prettner L., et al. Real-time sonoelastography for the evaluation of testicular lesions Radiology 2012 ;  263 : 584-589 [cross-ref]
Goddi A., Sacchi A., Magistretti G., Almolla J., Salvadore M. Real-time tissue elastography for testicular lesion assessment Eur Radiol 2012 ;  22 : 721-730 [cross-ref]
Itoh A., Ueno E., Tohno E., et al. Breast disease: clinical application of US elastography for diagnosis Radiology 2006 ;  239 : 341-350 [cross-ref]
Raffaelli C., Ianessi A., Chevallier D., et al. Élastographie ultrasonore testiculaire : faisabilité et intérêts J Radiol 2008 ; 1330 [inter-ref]
Tardivon A., El Khoury C., Thibault F., Wyler A., Barreau B., Neuenschwander S. Elastography of the breast: a prospective study of 122 lesions J Radiol 2007 ;  88 : 657-662 [inter-ref]
Lyshchik A., Higashi T., Asato R., et al. Cervical lymph node metastases: diagnosis at sonoelastography-initial experience Radiology 2007 ;  243 : 258-267 [cross-ref]
Shiina N., Ueno, Bamber Real time tissue elasticity imaging using the combined autocorrelation method J Med Ultrasonics 2002 ;  29 : 119-128 [cross-ref]






© 2014 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.