Antibioprophylaxie et émergence de bactéries multirésistantes

25 octobre 2015

Auteurs : A. Dinh, J. Salomon, P. Denys, L. Bernard
Référence : Prog Urol, 2015, 12, 25, 719-720




 


Monsieur le rédacteur en chef,

Nous tenons à remercier Galusca et al. pour leur excellent article sur l'intérêt de l'antibioprophylaxie hebdomadaire cyclique ou antibiocycle chez les patientes enceintes blessées médullaires [1].


En effet au cours de la grossesse il est recommandé de traiter toute bactériurie asymptomatique, mais cette situation, fréquente chez les patientes blessées médullaires en auto-sondage, pourrait conduire à une prescription importante d'antibiotiques, d'autant que le rythme préconisé des contrôles urinaires est mensuel.


De manière générale, la stratégie préventive des infections urinaires sur vessie neurologique par antibiocycle, mise en place originellement à l'hôpital de Garches par le service de maladies infectieuses avec l'aide de l'unité d'urodynamique, a en effet déjà fait en partie la preuve de son efficacité dans la population blessée médullaire, rapportée dans l'étude de cohorte princeps publiée par Salomon et al. [2].


Galusca et al. rapportent l'expérience de cette stratégie chez des patientes blessées médullaires enceintes. En effet, devant son efficacité, Galusca et al., comme d'autres équipes, ont mis en place l'antibiocycle pour toutes les patientes blessées médullaires enceintes présentant une bactériurie.


L'objectif de l'antibiocycle dans cette indication n'est pas de négativer la bactériurie mais de limiter les événements qui y sont associés (infection urinaire, menace d'accouchement prématuré, prématurité et hypotrophie néonatale ainsi que les complications néonatales comme les détresses respiratoires).


Dans cette série, cette stratégie a eu un bénéfice avec un effet significatif, sur le taux d'infections urinaires et les menaces d'accouchement prématuré.


Cependant, dans leur étude avant-après mise en place de l'antibiocycle, Galusca et al. observent l'apparition significative de bactéries multirésistantes (BMR) (0/13 vs 3/7 ; p =0,03) ce qui, à l'heure d'une croissance exponentielle de la multirésistance bactérienne, est à interpréter avec précaution. D'autant que dans notre expérience et notamment dans le travail rapporté par Poirier et al. [3] qui s'étaient intéressés au portage de BMR avec un suivi moyen de 63 mois de 50 patients sous antibiocycle, aucune émergence de résistance bactérienne n'avait été constatée (9 vs 4 ; p >0,05). Le travail de Salomon et al. retrouvait même une diminution de la colonisation bactérienne à BMR (6/38 vs 2/38) [2]. Ceci était possiblement lié à la moindre exposition antibiotique, à la diminution du nombre d'hospitalisations et/ou à la combinaison de 2 stratégies d'utilisation des antibiotiques qui préviendraient de l'émergence de BMR en associant cycling et mixing .


Enfin, la définition microbiologique des BMR n'est pas précisée dans l'étude de Galusca et al. or, celle-ci n'est pas univoque et varie selon les séries. En outre les antibiotiques choisis pour l'antibiocycle ont une importance majeure dans la prévention de l'émergence de BMR. En l'absence des ces précisions, il est donc difficile de conclure à un risque de sélection de BMR en utilisant l'antibiocycle.


Afin de confirmer l'intérêt de la stratégie préventive par antibiocycle, ainsi que son impact sur l'émergence de BMR, un essai randomisé multicentrique baptisé PACHIU (prophylaxie par antibiocycle hebdomadaire des infections urinaires) est actuellement en cours et devrait permettre de valider cette pratique que la plupart des médecins, confrontés aux problèmes des infections urinaires à répétition, se sont déjà appropriée.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Galusca N., Charvier K., Courtois F., Rode G., Rudigoz R.C., Ruffion A. Antibioprophylaxy and urological management of women with spinal cord injury during pregnancy Prog Urol 2015 ;  25 (8) : 489-496 [inter-ref]
Salomon J., Denys P., Merle C., Chartier-Kastler E., Perronne C., Gaillard J.L., et al. Prevention of urinary tract infection in spinal cord-injured patients: safety and efficacy of a weekly oral cyclic antibiotic (WOCA) programme with a 2 year follow-up - an observational prospective study J Antimicrob Chemother 2006 ;  57 (4) : 784-788 [cross-ref]
Poirier C., Dinh A., Salomon J., Grall N., Andremont A., Bernard L. Antibiotic cycling prevents urinary tract infections in spinal cord injury patients and limits the emergence of multidrug resistant organism J Infect 2015 ;






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