Antibioprophylaxie courte versus longue pour les biopsies prostatiques. Étude prospective randomisée multicentrique

25 janvier 2009

Auteurs : R. Briffaux, B. Merlet, G. Normand, P. Coloby, H. Leremboure, F. Bruyère, C. Pires, F. Ouaki, B. Doré, J. Irani
Référence : Prog Urol, 2009, 1, 19, 39-46
But

Évaluer l’incidence des complications infectieuses urinaires au décours des biopsies prostatiques en fonction de la durée d’antibioprophylaxie par ciprofloxacine afin préciser la durée optimale et suffisante de son administration.

Matériel et méthodes

Entre février 2006 et décembre 2007, 322 patients ayant eu une biopsie transrectale échoguidée ont été inclus dans cette étude multicentrique, prospective et randomisée. Les patients étaient randomisés en deux groupes recevant soit dune antibioprophylaxie courte en dose unique par ungramme de ciprofloxacine débutée deuxheures avant le geste (groupe 1 : n =139), soit le même traitement débuté deuxheures avant le geste et prolongé pendant trois jours à la posologie de 500mg×2 par jour (groupe 2 : n =149).

L’évaluation faite cinq jours avant et cinq jours après les biopsies incluait des données cliniques (examen général et toucher rectal), biologiques (ECBU, hémogramme et CRP) et un questionnaire d’autoévaluation (complications hémorragiques, symptomatologie fonctionnelle, score IPSS et qualité de vie). Le critère principal de jugement était la présence d’une infection urinaire sur l’ECBU réalisé cinq jours après les biopsies.

Résultats

Deux patients ont présenté une prostatite aiguë, un dans chaque groupe soit 0,75 % des patients du groupe 1 et 0,69 % des patients du groupe 2. Douze patients ont présenté une colonisation bactérienne, six dans chaque groupe soit 4,51 % des patients du groupe 1 et 4,19 % des patients du groupe 2. Il n’existe pas de différence statistiquement significative pour ces résultats (test de Fisher ; p >0,9).

Conclusions

L’administration d’une antibioprophylaxie diminue le risque de complications infectieuses urinaires liées aux biopsies de prostate transrectales. La prolongation de sa durée d’administration ne réduit pas l’incidence de ces complications. Il n’est donc pas recommandé de prolonger le traitement au-delà d’une dose unique.




 




Introduction


Dans le cas des biopsies prostatiques transrectales échoguidées, l'antibioprophylaxie a pour but de limiter la contamination bactérienne des urines et de la prostate consécutive à la pénétration de l'aiguille dans la glande. Elle est soumise en France à des recommandations établies par l'Association française d'urologie [1] en accord avec la Société de pathologie infectieuse de langue française [2] et la conférence de consensus de la Société française d'anesthésie et de réanimation [3]. Il est ainsi préconisé d'utiliser en prise unique une fluoroquinolone de deuxième génération une à deux heures avant le geste. L'European Association of Urology (EAU) recommande un traitement de moins de 72heures par fluoroquinolones débuté une à deuxheures avant le geste. Le co-trimoxazole pouvant être une alternative [4]. L'Association américaine d'urologie (AUA) recommande l'utilisation d'une fluoroquinolone en dose unique, quelle que soit la molécule utilisée (ciprofloxacine 500mg, levofloxacine 500mg ou ofloxacine 400mg), une à deuxheures avant la réalisation des biopsies [5]. Ces recommandations ont pour but, tout en garantissant l'efficacité de cette pratique, de limiter l'émergence de bactéries résistantes. On observe cependant de nombreuses dérives quant à leurs applications, avec notamment une tendance à l'augmentation de la durée d'administration de l'antibioprohylaxie [6, 7, 8]. Notons que ces recommandations de grade I ne sont basées que sur un nombre limité d'études randomisées [9, 10, 11, 12]. Malgré la fréquence accrûe et les risques délétères des pratiques d'antibiothérapie non conformes aux recommandations, aucune étude n'a pu préciser avec un niveau de preuve suffisant la durée optimale et suffisante de l'antibioprophylaxie dans le cadre des biopsies prostatiques. La réalisation d'une étude multicentrique, comparative, prospective et randomisée sur le sujet nous semblait alors légitime.


Matériel et méthodes


Cette étude prospective randomisée a été menée au sein de quatre services d'urologie (CHU de Poitiers, centre hospitalier de Pontoise, centre hospitalier de La Rochelle et CHU de Tours) après accord du comité consultatif de protection des personnes se soumettant à la recherche biomédicale (CCPPRB de la région Poitou-Charente le 16 novembre 2005) et après enregistrement de l'essai le 19 février 2006 auprès de l'International Committee of Medical Journal Editors – ICMJE. Étaient inclus après signature d'un consentement éclairé, les patients présentant d'après l'investigateur une indication justifiée à la biopsie de prostate. Les critères de non-inclusion comprenaient les contre-indications à la prise de ciprofloxacine, une susceptibilité accrue à l'infection (diabète non équilibré, immunodépression, corticothérapie au long cours), la présence d'une sonde uréthrovésicale à demeure, toute manoeuvre endo-uréthrale datant de moins de sept jours, l'administration d'une antibiothérapie dans les sept jours précédant l'entrée dans l'étude et toute anomalie morphologique cardiaque nécessitant une antibioprophylaxie spécifique. Les patients étaient randomisés en deux groupes : un premier groupe recevant une antibioprophylaxie courte (deux comprimés de ciprofloxacine 500mg, deuxheures avant la biopsie), un second groupe recevant une antibiothérapie prolongée de trois jours (deux comprimés de ciprofloxacine 500mg, deuxheures avant la biopsie puis 500mg soir et matin pendant trois jours).

Le critère principal de jugement était la présence ou non d'une infection urinaire sur un ECBU réalisé cinq jours après la biopsie (ECBU postbiopsies). Un ECBU réalisé cinq jours avant le geste servait de témoin (ECBU prébiopsies). L'infection urinaire était définie par l'association d'une uroculture positive (bactériurie isolant une ou deux espèces bactériennes supérieure ou égale à 103ufc/ml et leucocyturie supérieure ou égale à 104ufc/ml) associées à une symptomatologie urinaire évocatrice ou un syndrome inflammatoire biologique. Le terme de colonisation était utilisé pour définir les bactériuries sans leucocyturie ni symptomatologie urinaire associée, quel que que soit le seuil (ufc/ml) et le nombre de micro-organisme isolé [2]. La contamination lors du prélèvement était suspectée devant l'isolement de plus de deux micro-organismes. La présence d'une colonisation ou d'une contamination sur l'ECBU prébiopsie de contre-indiquait pas la réalisation du geste. L'évaluation, réalisée cinq jours avant puis cinq jours et trois semaines après les biopsies, comprenait également des données cliniques (examen général et toucher rectal), biologiques (hémogramme et CRP) et un questionnaire d'autoévaluation renseignant sur les différentes complications postbiopsie et sur la symptomatologie fonctionnelle urinaire du patient (score IPSS et Qualité de vie). Les biopsies de prostate échoguidées étaient réalisées par voie endorectale à l'aide d'un pistolet automatique à biopsie, aiguille fine 18 Gauge. L'administration d'un lavement rectal évacuateur, le mode d'anesthésie et le nombre de biopsies étaient laissés au libre choix de l'investigateur.


Aspect méthodologique et statistique


La randomisation des patients a été effectuée à l'aide de table de permutation au hasard. Elle était centralisée dans le centre investigateur principal (CHU de Poitiers).

L'analyse des données a été faite en intention de traiter. L'objectif était d'obtenir l'inclusion de 300 patients répartis dans les deux groupes, le nombre de 268 étant donné par le calcul du nombre de sujets nécessaires, en fonction du risque de première espèce =0,05, du risque de deuxième espèce β =0,2 pour un test bilatéral avec fréquence attendue de la bactériurie de 10 % dans le groupe antibioprophylaxie courte et 2 % dans le groupe antibioprophylaxie longue. La comparaison des données a été faite par le test de Fisher ou le test de khi-2 pour les données qualitatives (seuil de significativité ⍺=0,05). Les données quantitatives ont été comparées à l'aide du test de Mann-Whitney.


Résultats


Entre février 2006 et décembre 2007, nous avons randomisé 322 patients. (CHU de Poitiers : 238, centre hospitalier de Pontoise : 51, centre hospitalier de La Rochelle : 24, CHU de Tours : 9). L'ensemble des données n'était exploitable que chez 288 patients (89,4 %) en raison de l'absence d'ECBU postbiopsies, de sortie prématurée de l'étude ou d'absence de suivi dans 34 cas (10,5 %). Cent trente-neuf patients ont été inclus dans le groupe d'antibioprophylaxie courte (groupe 1), 149 dans le groupe d'antibiothérapie prolongée (groupe 2). La randomisation par tables de nombre au hasard explique ce déséquilibre non significatif entre les deux groupes.

L'ensemble des caractéristiques cliniques et biologiques des patients étaient similaires dans les deux groupes (p >0,1), hormis un volume prostatique significativement plus élevé dans le groupe 2 (p <0,05). Ces caractéristiques sont résumées dans le Tableau 1.

Parmi, 97,6 % des patients (n =281) ont réalisé l'ensemble du bilan biologique prévu avant les biopsies. Cent trente-huit patients du groupe 1 (99,3 %) et 143 patients du groupe 2 (96 %) avaient un ECBU prébiopsies stérile. L'ECBU prébiopsies identifiait dans le groupe 1 une colonisation bactérienne et une souillure et dans le groupe 2, deux colonisations bactériennes et deux souillures. Dans ces six cas, les biopsies ont été réalisées sans report, selon les modalités du protocole.

Quarante-sept patients ont eu d'un lavement rectal évacuateur : 27 (19,4 %) dans le groupe 1 et 20 (13,4 %) dans le groupe 2. Ces patients provenaient de deux centres d'inclusion pratiquant habituellement un lavement.

Le nombre de carottes prélevées était en moyenne de 12,8 (±4,3) dans le premier groupe et de 13,7 (±5,2) dans le deuxième groupe. Onze patient de groupe 1 et 20 patients du groupe 2 ont eu des biopsies de saturation (entre 24 et 32 carottes).

Concernant les complications infectieuses postbiopsies, deux patients (un dans chaque groupe) ont présenté une prostatite aiguë (associant bactériurie, leucocyturie et symptomatologie clinique évocatrice) soit 0,75 % des patients du groupe 1 et 0,69 % des patients du groupe 2. La différence n'est pas significative (p >0,9). Dans le groupe 1, la prostatite était secondaire à la réalisation de dix prélèvements sur un adénome prostatique de 82 cm3, le patient étant diabétique de type II. Dans le groupe 2, la prostatite faisait suite à des biopsies de saturation (21 prélèvements) réalisées sur une prostate de 130 cm3. Dans les deux cas, l'évolution fut favorable après un traitement antibiotique de quatre semaines par céfixime en monothérapie dans le premier cas et l'association gentamicine-furadantine dans le second. Douze patients (six dans chaque groupe) ont présenté une colonisation bactérienne urinaire asymptomatique soit 4,51 % des patients du groupe 1 et 4,19 % des patients du groupe 2. Ces 12 patients n'ont volontairement pas été traités, aucun d'entre eux n'a développé par la suite d'infection symptomatique. Ces résultats sont résumés dans le Tableau 2.

Des 14 patients ayant présentés une complication infectieuse, tous avaient un ECBU prébiopsies stérile. Des six patients ayant une bactériurie sur l'ECBU prébiopsies, aucun n'a développé de complication infectieuse au décours du geste.

Des 47 patients ayant reçus un lavement rectal, deux ont présenté une colonisation bactérienne asymptomatique (un dans chaque groupe).

Au total, 14 germes ont été isolés. Trois (21,4 %) étaient résistants à la ciprofloxacine, un (7,1 %) avait une sensibilité intermédiaire.

Les germes identifiés étaient des entérobactéries aérobie–anaérobie facultatives, soit des Bacilles Gram négatifs : trois E. coli (20 %) soit des Cocci Gram positifs : six Enterococcus (40 %), deux Streptococcus du groupe B et D (13,3 %). Une entérobactérie aérobie stricte a été isolée : un Pseudomonas aeruginosa (6,7 %). Les germes d'origine cutanée étaient minoritaires : un Staphylococcus à coagulase négative (6,7 %). Leur répartition est résumée dans le Tableau 3.

Les autoquestionnaires du cinquième jour et de la troisième semaine étaient exploitables pour 252 (87,5 %) et 247 patients (85,7 %) respectivement. L'ensemble des complications non infectieuses est résumé dans le Tableau 4. Il n'y avait pas de différence significative entre les groupes (p <0,1). Il est à noter qu'au cinquième jour, 72,6 % des patients (n =183) présentaient des saignements persistants (hématurie, hémospermie ou rectorragie). Les effets secondaires du traitement rapportés dans l'autoquestionnaire sont exclusivement représentés par des douleurs musculaires.


Discussion


Les données de la littérature ont clairement démontré que le taux d'infection urinaire après biopsie prostatique était élevé (jusqu'à 25 %) lorsqu'aucune prophylaxie n'était administrée [9, 13, 14]. Les différents comités d'experts s'accordent ainsi sur la nécessité d'administrer une antibioprophylaxie dans cette indication [1, 3, 4]. Pour ces raisons, les patients n'ont pas été randomisés dans un troisième bras placebo.

Par définition, l'antibioprophylaxie doit être brève, période opératoire le plus souvent, parfois 24heures et exceptionnellement 48heures [3]. Malgré son activité à spectre élargi, la commodité d'utilisation et la bonne diffusion des fluoroquinolones dans le parenchyme prostatique font de la ciprofloxacine une molécule d'antibioprophylaxie de choix dans le cadre des biopsies de prostate. Dans cette indication, la dose unique a démontrée son efficacité [10, 11]. Il est ainsi recommandé de l'administrer en monodose une à deuxheures avant les prélèvements biopsiques. C'est uniquement en cas de facteurs de risque infectieux (immunodépression, antécédent de prostatite) qu'il est proposé de la prolonger plusieurs jours [1, 3, 4]. Les patients porteurs de valvulopathie cardiaque ou de prothèse valvulaire justifient quant à eux d'une prophylaxie de l'endocardite bactérienne : amoxicilline 2g intraveineuse puis gentamicine 1,5mg kg-1 intraveineuse ou intramusculaire dans l'heure précédant le geste puis 1g per os d'amoxicilline sixheures plus tard [15].

On constate cependant que malgré ces recommandations de grade I établies avec un niveau de preuve A ou B, les pratiques en matière d'antibioprophylaxie sont très inégales et les résultats de cette étude prospective, randomisée et multicentrique devraient être un argument supplémentaire pour les respecter.

Une étude nord-américaine a évalué les pratiques de 900 urologues quant à la prise en charge des biopsies de prostate. Parmi eux, 98,6 % entouraient leur geste d'une antibioprophylaxie. Onze antibiotiques différents étaient prescrits, dont 93,3 % par voie orale et 3,3 % par voie intramusculaire, selon 20 dosages et 23 durées d'administration différentes (d'un à 17 jours). Parmi eux, 81 % réalisaient un lavement évacuateur préalable [6].

Même si l'on constate une amélioration de la qualité des prescriptions ces dernières années, celle-ci reste insuffisante puisqu'une récente étude néerlandaise confirme que seulement 27 % des antibioprophylaxies prescrites aux Pays-Bas sont en dose unique et que dans la majorité des cas, elles s'étendent sur trois ou quatre jours. Les quinolones sont cependant prescrites dans 97 % des cas alors qu'en 1997 elles n'atteignaient que 50 % [7]. Dans la région centre de la France, 5 % des biopsies étaient réalisées en 2001 sans antibioprophylaxie et quand elle était prescrite, il s'agissait d'une fluoroquinolone dans 79 % des cas associée à une autre classe d'antibiotique dans 16 % des cas [8].

Cependant, dans cette indication, les conclusions des premières études comparant les durées d'antibioprophylaxie, en faveur d'un allongement de la durée d'administration de l'antibioprophylaxie, pourraient expliquer les dérives de prescriptions actuelles. Devant l'absence de standardisation des pratiques et face à ces études qui remettaient en cause les principes de base de l'antibioprophlaxie, Sabbagh et al. ont mené un essai prospectif randomisant 363 patients en deux groupes d'antibioprophylaxie d'un jour ou de trois jours. Évalués par questionnaire téléphonique sur la survenue de complications, seulement deux patients avaient présenté une hyperthermie avec bactériémie sans signes cliniques urinaires, un dans chaque groupe (soit 0,55 % des patients). Aucune infection urinaire symptomatique n'avait été rapportée [12]. De même, dans une étude randomisée contre placebo, Aron et al. montraient que la prolongation d'une antibioprophylaxie par ciprofloxacine et tinidazole pendant trois jours ne modifiait pas l'incidence des complications infectieuses symptomatiques (2,6 % d'infections fébriles dans chaque groupe) et n'offrait ainsi aucun bénéfice supplémentaire [10]. Avec un taux d'infection urinaire symptomatique de 0,75 % dans le groupe d'antibioprophylaxie monodose et de 0,69 % dans le groupe à traitement prolongé, notre étude confirme l'idée qu'une prolongation de la durée d'administration antibiotique au cours des biopsies prostatiques ne diminue pas l'incidence des complications infectieuses.

Lors des biopsies prostatiques réalisées par voie transrectale, l'aiguille traverse la paroi intestinale. Ainsi, la contamination du parenchyme prostatique est secondaire à l'introduction de germes de la flore fécale dans la prostate plutôt que la conséquence d'une éventuelle bactériurie présente lors de la ponction. Lindert avait démontré cette absence de corrélation entre la bactériurie précédant le geste et une éventuelle bactériémie ou bactériurie secondaire [16]. La prophylaxie n'a pas pour objectif d'éviter cette contamination mais permet de limiter le développement des germes au sein de la glande après leur inoculation. Les bactéries responsables les plus fréquemment identifiés sont les Escherichia coli, suivis des Enterococcus et des Klebsielles . Quand il s'agit de Cocci à Gram positif, les Enterocoque s et les Staphylocoques sont les plus fréquents. Les germes anaérobies tels que les Bacteroides fragilis, Claustridium, Peptococcus et Peptosterptococcus peuvent plus rarement être rencontrés [16].

Alors que notre protocole prévoyait l'administration de la première dose de ciprofloxacine deuxheures avant le geste, les réalités de la pratique quotidienne font qu'en moyenne, cette première dose fut administrée 2h50 (±1h19) et 3h06 (±1h26) avant les biopsies respectivement pour les patients du groupe 1 et du groupe 2 (p >0,1). Il est actuellement recommandé d'administrer la première dose au plus tôt 120minutes et idéalement 30minutes avant le geste. Une récente étude semble cependant démontrer que l'administration d'une antibioprophylaxie après le geste chirurgical, c'est à dire après la contamination, ne modifie pas la fréquence de survenue des événements infectieux [17].

Rappelons que l'antibioprophylaxie n'est que l'une des nombreuses mesures aidant à lutter contre le risque infectieux, elle ne doit en aucun cas se substituer aux autres règles élémentaire d'hygiène et de technicité du geste. Le lavement rectal est une mesure dont le bénéfice est débattu et actuellement non prouvé. Lindert et al. affirment qu'en l'absence d'antibioprphylaxie, le lavement diminue le risque de bactériémie postbiopsies [16]. Pour Carey et al., le lavement n'apporte pas d'avantage quand le geste est couvert par une antibioprophylaxie, il augmenterai la pénibilité du geste et l'inconfort des patients [18]. Le but de notre étude n'était pas de préciser cette controverse. Le nombre d'événements rapportés et l'effectif des patients ayant eu un lavement étaient trop faibles pour pouvoir stratifier les résultats et apporter des arguments supplémentaires à ce sujet.

Le nombre moyen de biopsies était similaire dans les deux groupes mais le volume prostatique était significativement plus élevé dans le deuxième. Cependant, le volume prostatique et le nombre de biopsies prélevées ne semblent pas influencer le risque de survenue d'infection urinaire fébrile après biopsie prostatique [16, 19].

Les effets indésirables liés à la ciprofloxacine ne permettent pas de justifier l'absence de son utilisation en prophylaxie. Le bénéfice apporté est bien supérieur aux risques liés à l'incidence de ces effets secondaires.

L'antibioprophylaxie s'inscrit dans un contexte où les résistances bactériennes restent un réel problème de santé publique. De part l'augmentation croissante des résistances à d'autres antibiotiques (10 à 25 % des E.coli sont résistants au trimethoprime-sulfamethoxazole), on observe une augmentation des prescriptions de quinolones de nouvelle génération en première ligne de traitement dans les infections urologiques non compliquées. Même si actuellement les E.coli responsables d'infections urinaires sont dans la majorité des cas sensibles aux fluoroquinolones [20, 21], cette évolution des prescriptions engendre l'apparition de bactéries multirésistantes. Notons par exemple que la sensibilité des souches d'E.coli isolés dans les hémocultures a diminué vis-à-vis de la ciprofloxacine de 98 à 92 % entre 1996 et 2003 [22].

La pression de sélection effectuée par l'antibioprophylaxie a été mise en cause directement dans l'apparition de cas d'infection par des bactéries résistantes [23, 24]. Les importantes variations d'administration de l'antibioprophylaxie auraient un effet sur la flore microbienne individuelle et hospitalière. Rappelons que la résistance acquise aux quinolones est liée à des mutations chromosomiques. Elle est donc permanente et transmissible. Le taux de modification des gènes varie selon les espèces et la concentration d'antibiotique. Ces taux sont par exemple plus élevés pour P. aeruginosa et S. aureus que pour les enterobactéries. Il n'y a pas de résistance plasmidique transférable ni de résistance liée à l'inactivation enzymatique des quinolones. Malgré le mode de transmission vertical des mutations , cette sélection semble transitoire puisqu'il a été démontré qu'après l'apparition de bactérie résistante engendrée par un traitement prolongé de fluoroquinolone, les E.coli isolés dans la flore bactérienne fécale redeviennent, à terme, identiques à ceux retrouvés avant et pendant le traitement [25]. Il convient néanmoins de reconnaître que l'impact écologique de l'antibioprophylaxie reste un sujet complexe et encore peu étudié.

La présence de germes résistants à la molécule utilisée en prophylaxie explique dans la plupart des cas l'inefficacité de la prévention. Les données provenant d'études multicentriques sur les infections urinaires menées par des réseaux fédérés dans l'Observatoire national de l'épidémiologie de la résistance bactérienne aux antibiotiques (Onerba) ont permis d'identifier des facteurs favorisant la sélection de souches résistantes. Ainsi, les antécédents d'antibiothérapie, d'hospitalisation ou d'infection urinaire récente (moins de six mois) influent sur la répartition des bactéries et sur la résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires [22].

Il n'y a donc pas d'argument permettant de justifier l'allongement et les modifications d'administration de l'antibioprophylaxie lors de la biopsie prostatique. Cependant, les critères de non-inclusions de notre étude excluent une catégorie des patients présentant un risque accru de complications infectieuses (immunodépression, corticothérapie au long cours, diabète non équilibré, etc...) et les taux de complications infectieuses auraient pu être plus élevés s'ils avaient été inclus. Ces patients pourraient éventuellement justifier d'une prolongation de l'antibioprophylaxie (niveau de preuve III-C basée sur des opinions d'expert) [1]. La réalisation d'études randomisées et ciblées sur cette catégorie de patient permettrait de préciser l'attitude à adopter pour ces catégories de patients. Les sujets à risque d'endocardite nécessitent quant à eux une prophylaxie spécifique et adaptée [15]. La recherche et l'identification de facteurs de risque de résistance aux fluoroquinolones pourraient justifier une adaptation de la molécule choisie, après discussion entre chirurgiens, anesthésistes, infectiologues et microbiologistes, en fonction de l'écologie bactérienne locale.


Conclusion


Cette évaluation prospective de la durée d'antibioprophylaxie optimale encadrant les biopsies de prostate a permis de confirmer qu'une administration monodose de ciprofloxacine était aussi efficace qu'un traitement prolongé de trois jours chez les patients sans facteur de risque particulier. La brièveté de l'antibioprophylaxie limiterait l'émergence de souches bactériennes résistantes dans un contexte où la préservation de l'écologie bactérienne reste actuellement une préoccupation constante.

Ces conclusions apportent un niveau de preuve supplémentaire aux recommandations actuelles et devraient solliciter une adhésion plus homogène aux recommandations établies.


Commentaire des auteurs


Étude réalisée grâce aux subventions du fond de recherche de l'Association française d'urologie.



 Niveau de preuve : 1.





Tableau 1 - Caractéristiques des patients lors de la randomisation.
  Groupe 1  Groupe 2  Total 
Nbre patients (%)  139 (48,26 %)  149 (51,74 %)  288 
Âge moyen  63,8 (±7,7)  64,3 (±6,7)  64,1 (±7,2) 
Classe ASA médiane (min – max)  2 (1-3)  2 (1-3)  2 (1-3) 
Nbre d'ASA 1 (%)  62 (44,6 %)  66 (44,3 %)  128 (44,4 %) 
Nbre d'ASA 2 (%)  61 (43,9 %)  71 (47,6 %)  132 (45,8 %) 
Nbre d'ASA 3 (%)  16 (11,5 %)  12 (8 %)  28 (9,7 %) 
Nbre de patients diabétiques+immunodéprimés (%)  10+3 (7,2 %)  11+2 (8,7 %)  26 (9 %) 
Volume prostatique median cm3 (min–max)  40,4 (13 – 177)  45,5 (10 – 130)  43 (10 – 177) 
IPSS median (min – max)  5 (0 – 28)  7 (0 – 24)  6 (0 – 28) 
QdV médiane (min – max)  3 (1 – 5)  3 (0 – 6)  3 (0 – 6) 
Nbre brûlures mictionnelles (%)  2 (1,6 %)  9 (6,5 %)  11 (4,1 %) 
Nbre hématurie (%)  0 (0 %)  2 (1,4 %)  2 (0,7 %) 
Nbre rectorragie (%)  0 (0 %)  1 (0,7 %)  1 (0,4 %) 
Nbre hémospermie (%)  1 (0,8 %)  1 (0,7 %)  2 (0,7 %) 
Nbre ECBU1 prébiopsique (%)  138 (99,5 %)  143 (96 %)  281 (97,6 %) 
Stérile (%)  136 (98,6 %)  139 (97,2 %)  275 (97,9 %) 
Colonisation (%)  1 (0,7 %)  2 (1,4 %)  3 (1,1 %) 
Souillure (%)  1 (0,7 %)  2 (1,4 %)  3 (1,1 %) 
Leucocytémie moyenne  6515 (±1641)  6878 (±1890)  6702 (±1780) 
CRP médiane (min – max)  1 (0 – 75)  1 (0 – 78,4)  1 (0 – 78,4) 
Moyenne de prélèvements par patient  12,8 (±4,3)  13,7 (±5,2)  13,3 (±4,8) 
Délai moyen entre l'administration de la 1re dose d'antibiotique et les biopsies  2h50 (±1h19)  3h06 (±1h26)  2h58 (±1h24) 



Légende :
Pas de différence significative entre les deux groupes pour l'ensemble des critères (p >0,1), sauf pour le volume prostatique (p <0,05).



Tableau 2 - Complications infectieuses postbiopsie.
  Groupe 1  Groupe 2  Total 
Nbre ECBU2 postbiopsie  133 (95,7)  143 (96)  276 (95,8) 
Délai moyen entre BP-ECBU2 (jour)  5,9 (±1,8)  5,8 (±1,5)  5,8 (±1,7) 
Nbre prostatite (%)  1 (0,75 %)  1 (0,69 %)  2 (0,72 %) 
Nbre colonisation bactérienne (%)  6 (4,51 %)  6 (4,19 %)  12 (4,34 %) 
Nbre ECBU2 stériles (%)  126 (94,7 %)  136 (95,1 %)  262 (94,9 %) 



Légende :
Pas de différence significative entre les deux groupes pour l'ensemble des critères (p >0,1).



Tableau 3 - Détail de la flore bactérienne isolée sur ECBU2 postbiopsie.
  Germes (numération bactérienne/mm3 – leucocyturie/mm3
  Groupe 1 
Groupe 2 
Infection  E. Coli   (106 – 107 E. Coli a  (107 – 105
 
Colonisation  Enterococcus fascium   (102 – 91)  E. Coli   (107 – 1) 
  Streptocoque D   (106 – 0)  Staphylocoque Epidermidis   (106–6) 
  Enterococcus Faecium   (103 – 30)  Morganella Morganii a  (106 – 1) 
  Streptocoque B   (104 – 30)  Enterococcus   (106 – 30) 
  Enterococcus fecalis a  (107 – 0)  Enterococcus   (700 – 8) 
  Pseudomonas   (107 – 10)  Enterococcus b  (107 – 0) 



[a] 
Ciprofloxacine resistant.
[b] 
Sensibilité intermédiaire à la ciprofloxacine.


Tableau 4 - Autres complications postbiopsie.
À j+ Groupe 1  Groupe 2  Total 
Troubles mictionnels 
Médiane IPSS - QdV  6,5 – 3  6,5 – 3  6,5 – 3 
Variation moyenne IPSS  0,6 (±3,5)  0,5 (±3,1)  0,5 (±3,3) 
Variation moyenne QdV  0,1 (±0,8)  0 (±0,6)  0 (±0,7) 
Nbre brûlures mictionnelles (%)  14 (11,5 %)  12 (9,2 %)  26 (10,3 %) 
Nombre rétention vésicale complète (%)  0 (0 %)  1 (0,67 %)  1 (0,34 %) 
Nombre hématurie macroscopique (%)  44 (36,1 %)  58 (44,6 %)  102 (40,5 %) 
Nombre hémospermie (%)  70 (57,4 %)  79 (60,8 %)  149 (59,1 %) 
Nombre rectorragie (%)  17 (13,9 %)  22 (16,9 %)  39 (15,5 %) 
Nombre effets secondaires du traitement (%)  0 (0 %)  4 (3,1 %)  4 (1,6 %) 
À j+21  Groupe 1  Groupe 2  Total 
Troubles mictionnels 
Médiane IPSS - QdV  6 – 2,5  7 – 3  6 – 3 
Variation moyenne IPSS  −0,2 (±2,8)  0,9 (±3,2)  −0,4 (±2,9) 
Variation moyenne QdV  0 (±0,9)  0 (±0,6)  0 (±0,8) 
Nbre brulures mictionnelles (%)  5 (4,3 %)  5 (3,8 %)  10 (4 %) 
Nbre hématurie macroscopique (%)  14 (11,9 %)  14 (10,7 %)  28 (11,3 %) 
Nbre hémospermie (%)  46 (39,3 %)  51 (39,2 %)  97 (39,2 %) 
Nbre rectorragie (%)  3 (2,6 %)  4 (3,1 %)  7 (2,8 %) 
Nbre effets secondaires du traitement (%)  1 (0,8 %)  0 (0 %)  1 (0,4 %) 



Légende :
Pas de différence significative entre les deux groupes pour l'ensemble des critères (p <0,1).


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