Anne de Bretagne, un calcul politique

25 mai 2019

Auteurs : Q.-C. le Clerc
Référence : Prog Urol, 2019, 6, 29, 293-294

Anne de Bretagne, symbole de la Bretagne a été deux fois reine de France. Elle serait décédée d’une pyélonéphrite obstructive à l’âge de 36 ans, permettant la réunification définitive du royaume de France. Nous relatons une hypothèse de sa mort.




 



Anne de Bretagne, deux fois reine de France est morte le 9 janvier 1514 à Blois [1] des suites d'une « gravelle fébrile ». Cette maladie que personne ne savait traiter, a eu raison de la dernière duchesse de Bretagne. Nous relatons une hypothèse de sa mort sur une probable pyélonéphrite obstructive par hypercalciurie liée ces multiples grossesses.


Vie d'Anne de Bretagne


Anne de Bretagne naquit à Nantes vers le 26 janvier 1476, et détint un des plus grands duchés d'Europe attirant les prétendants de nombreux royaumes [2].


Fille de Francois II et de Marguerite de Foix, elle grandit selon la tradition de la noblesse Bretonne. Francois II cherche à se prémunir des velléités du Roi de France sur le duché de Bretagne, en mariant sa fille à des puissants soutiens financiers et militaires.


Après la défaite de saint Aubin des Cormier le 28 juillet 1488, le duc de Bretagne, Francois II est soumis à un traité dit « Traité du Verger » qui stipule que ses filles seront mariées selon le consentement du roi de France [3]. Il décèdera quelques mois plus tard à Couëron, le 9 septembre 1488 laissant le duché instable, en proie à des intrigues. Après avoir été investie Duchesse de Bretagne le 15 février 1489, elle se marie avec le Roi des « Romains de l'Empire Germanique » appelé Maximilien Ier, provoquant l'ire du Roi de France et un nouvel état de siège de la ville de Rennes [2].


Acculée, Anne de Bretagne se résout à épouser en secret le Roi de France Charles VIII le 6 décembre 1491 à la forteresse du Langeais.


Vivant par itinérance au grée des guerres du Roi de France, elle aura de très nombreuses grossesses marquées par des fausses couches et seulement six naissances avec le roi Charles VIII qui n'atteindront jamais l'âge adulte. Son premier fils, Charles Orland est mort à l'âge de 3 ans de la rougeole, s'ensuit une succession de décès plus ou moins suspects qui l'affecteront énormément sur le plan physique et psychique.


À la mort de Charles VIII, d'une « congestion cérébrale » ou probable hématome cérébrale contre un linteau avant un tournoi de jeu paume au château d'Amboise, elle épouse le Roi Louis XII avec qui elle aura également de nombreuses naissances dont seuls deux enfants survivront dont la célèbre Claude de France qui se mariera avec le futur roi de France, Francois 1er.


Epuisée par les grossesses multiples et par des douleurs intenses liées par « la gravelle », elle présente des poussées fébriles malgré l'hiver rigoureux qui finissent par l'achever le 9 janvier 1514 à seulement l'âge de 36 ans.


Ses funérailles ont été grandioses durant près de 40jours, avec une répartition de son corps « dilaceratio corporis » selon ses dernières volontés. Elle sera inhumée a la basilique des Rois de France à Saint Denis, son cÅ“ur placé quant à lui dans un cardiotaphe en or massif exposé à Nantes [2].


La gravelle fébrile, une pyélonéphrite obstructive.


La gravelle est le terme populaire témoignant de graviers ou calculs rénaux. Pathologie redoutable à cette époque car aucune thérapeutique ne pouvait espérer la guérison.


Elle a fait souffrir de manière continuelle Michel de Montaigne citant :

« mais est-il rien de doux, au prix de cette soudaine mutation ; quand d'une douleur extrème, je viens par le vidange de ma pierre, à recouvrer, comme d'un éclair, la belle lumière de la santé » [4].


Anne de Bretagne souffrait également de la gravelle sans connaitre précisément l'âge à partir duquel elle présenta les premiers symptômes.


L'hypothèse de sa mort est la gravelle fébrile ou pyélonéphrite obstructive conséquence probable de ces nombreuses grossesses.


En effet, la grossesse s'accompagne de nombreuses modifications physiologiques avec une augmentation du taux de filtration glomérulaire, de sodium, d'acide urique et d'hypercalciurie. Cette hypercalciurie est le plus souvent d'origine digestive par hyperabsorption calcique due à la sécrétion placentaire de 1,25 dihydroxicholécalciférol. Cette hyperabsorption calcique au niveau intestinal provoque une hypercalciurie responsable de formation de calculs. Parallèlement, l'augmentation de l'excrétion des facteurs inhibiteurs de la cristallogenèse empêche la formation de calculs ce qui permet de retrouver la même incidence de calcul que dans la population générale [5].


En revanche, le risque d'accouchement prématuré semble majoré en cas de crise de colique néphrétique chez la femme enceinte [6], ce qui était le cas chez Anne de Bretagne.


On retrouve également 2 % de pyélonéphrites aiguës chez les femmes enceintes essentiellement en fin de grossesse [7].


Le traitement moderne de cette pathologie est la mise en place d'une antibiothérapie probabiliste par monothérapie par céphalosporine injectable de troisième génération orienté sur les germes urinaires avec une dérivation urinaire par endoprothèse [8].


Anne de Bretagne n'a pas pu bénéficier de ce traitement et est morte par des tentatives infructueuses de donner un héritier au trône de France, éteignant à tout jamais le duché de Bretagne, un véritable calcul politique.


Déclaration de liens d'intérêts


L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts.



Références



Le Roux De Lincy A.  : Bibliothèque de l'École des chartes (1850). pp. 148-171.
Le Fur D. Anne de Bretagne  : Guénégaud (2000). p. 14.
Montaigne M. Essais, Livre III, chapitre XIII  :  (1580). p. 1702.
Saussine C., Lechevallier E., Traxer O. Lithiase et grossesse Prog Urol 2008 ;  18 : 1000-1004 [inter-ref]
Swartz M.A., Lydon-Rochelle M.T., Simon D., Porter M.P. Admission for nephrolithiasis and risk of adverse birth outcomes Obstet Gynecol 2007 ;  109 : 1099-1104 [cross-ref]
Gilstrap L.C., Cunningham F.G., Whalley P.J. Acute pyelonephritis in pregnancy: an anterospective study Obstet Gynecol 1981 ;  57 : 409-413
Bruyère F., Cariou G., Boiteux J.-P., Hoznek A., Mignard J.-P., Escaravage L., et al. Pyélonéphrites aiguës Prog Urol 2008 ;  18 (Suppl. 1) : S14-S18 [inter-ref]






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