Actualités
Troubles de la vidange vésicale : l’autosondage n’est pas toujours la seule solution
En présence de troubles de la vidange vésicale, l’autosondage apparaît souvent comme la solution la plus efficace et la plus simple à mettre en œuvre. Mais, est-ce toujours la meilleure solution ? Le Dr Rebecca Haddad, médecin en médecine physique et de réadaptation, fait le point sur les différentes options thérapeutiques et l’importance d’une information claire pour permettre aux patients de choisir la prise en charge la plus adaptée.
Des alternatives nombreuses selon le mécanisme de la rétention
L’autosondage n’est pas la seule réponse aux troubles de la vidange vésicale. Le choix thérapeutique dépend avant tout du mécanisme à l’origine de la rétention urinaire, de l’état général du patient et de sa capacité à réaliser le geste. Lorsqu’un obstacle anatomique est en cause, la chirurgie peut offrir une solution durable. C’est le cas par exemple chez les hommes présentant une hypertrophie bénigne de la prostate obstructive : les recommandations françaises de 2020 soulignent d’ailleurs que l’autosondage peut offrir une amélioration de la qualité de vie comparable à celle de la chirurgie. Un obstacle anatomique peut aussi concerner les femmes dont un prolapsus gêne l’évacuation des urines. Pour ces dernières, un pessaire peut également constituer une alternative intéressante.
Les traitements médicamenteux ont aussi leur place. Les alpha-bloquants sont prescrits dans l’hypertrophie de prostate. Dans certaines atteintes neurologiques comme la sclérose en plaques, les injections de toxine botulique dans le sphincter strié urétral peuvent améliorer la vidange. Cette pratique ne dispose pas d’autorisation de mise sur le marché, mais est possible dans certains centres experts en neuro-urologie et constitue une alternative chez les patients qui ne peuvent ou ne veulent pas se sonder. La neuromodulation directe des racines sacrées représente une autre option pour les rétentions non obstructives, après une phase de test permettant d’évaluer son efficacité.
En dernier recours, lorsque l’autosondage n’est pas réalisable, le sondage à demeure par voie urétrale ou par cathéter sus-pubien peut être envisagé. Cette solution reste toutefois peu satisfaisante en raison des complications qu’elle entraîne : infections répétées, sondes obstruées, douleurs et traumatismes de l’urètre.
L’autosondage : quand devient-il incontournable ?
Si les alternatives existent, l’autosondage reste le traitement de référence dans certaines situations. C’est particulièrement vrai en neuro-urologie, lorsqu’aucun traitement spécifique du mécanisme de la rétention n’est disponible.
Les lésions médullaires traumatiques, le spina bifida et certaines formes de sclérose en plaques en sont les exemples les plus caractéristiques. Dans ces pathologies, l’autosondage intermittent s’impose comme la solution la plus viable. Il préserve l’intégrité physique du patient, lui permet de rester continent et offre une meilleure autonomie que les autres options. Cette technique prévient également les complications infectieuses et rénales tout en maintenant une bonne qualité de vie.
L’autosondage trouve aussi sa place dans la prise en charge d’un premier épisode de rétention urinaire aiguë. Certains services d’urologie ont d’ailleurs mis en place des hôpitaux de jour spécialisés : après leur passage aux urgences, les patients y apprennent rapidement la technique avant qu’un bilan étiologique (recherche de la cause) ne soit réalisé. Cette organisation évite le maintien d’une sonde à demeure dans l’attente d’un diagnostic ou d’un traitement.
Même lorsqu’une chirurgie est prévue pour traiter un obstacle, l’autosondage peut s’avérer préférable au sondage à demeure pendant la période d’attente. Les délais d’accès au bloc opératoire rendent cette solution plus confortable pour les patients.
Une prise en charge structurée et multidisciplinaire
L’apprentissage de l’autosondage peut se faire en ville, par des infirmières formées, ou à l’hôpital dans le cadre de programmes d’éducation thérapeutique standardisés. Le choix dépend de l’état général du patient et de ses éventuelles comorbidités (obésité, troubles neurologiques par exemple).
Avant tout apprentissage technique, un diagnostic éducatif est réalisé. Cette étape permet d’identifier les freins potentiels à la réalisation du geste : réticences psychologiques, difficultés physiques liées à la préhension de la sonde ou à l’accès au périnée, troubles cognitifs. Des questionnaires spécifiques ont été développés pour évaluer ces obstacles, et un accompagnement par un psychologue peut être proposé si nécessaire. Le choix du matériel adapté fait également partie de cette évaluation initiale.
L’apprentissage lui-même porte sur la technique du sondage, les conditions d’asepsie nécessaires et les signes d’alerte à surveiller.
Le suivi dans la durée est essentiel pour éviter l’abandon du geste. Un premier contact téléphonique a lieu une semaine à dix jours après l’apprentissage, puis des consultations sont programmées à un mois, trois mois et six mois. Ces rendez-vous permettent de vérifier la bonne réalisation des autosondages et de détecter d’éventuelles difficultés. La survenue d’infections urinaires répétées ou la persistance d’une incontinence constituent en effet des motifs fréquents d’arrêt, contre lesquels il est important de lutter par un traitement adapté.
Informer pour mieux choisir
L’autosondage suscite souvent des réticences, tant chez les patients que chez certains professionnels de santé. L’idée de s’introduire plusieurs fois par jour une sonde dans l’urètre peut paraître difficile à accepter sur le plan psychologique. Les tabous autour de la région périnéale, la méconnaissance de l’anatomie chez certaines femmes, la crainte de la douleur constituent autant de freins naturels.
Pourtant, les études montrent que la qualité de vie des patients sous autosondage peut être comparable à celle obtenue après une intervention chirurgicale. C’est notamment le cas chez les hommes présentant une hypertrophie bénigne de la prostate : ceux qui choisissent l’autosondage rapportent une amélioration de leur qualité de vie similaire à celle des patients opérés.
Il est donc essentiel de proposer aux patients l’ensemble des options thérapeutiques disponibles dans leur situation, en leur expliquant les avantages et les contraintes de chacune. Cette information complète leur permet de participer activement au choix de leur prise en charge, en fonction de leurs priorités personnelles. Certains patients préféreront éviter les risques et les contraintes d’une chirurgie, d’autres souhaiteront au contraire une solution définitive.
Rédigé par Pierre Derrouch, avec le Dr Rebecca Haddad
Les solutions de dernier recours
Lorsque l’autosondage et l’hétérosondage (sondage réalisé par un soignant) ne sont pas réalisables et que la rétention urinaire se complique, d’autres options existent :
La cystostomie non continente (comme la cystostomie de Bricker) : cette chirurgie lourde peut être envisagée notamment chez les patients atteints de sclérose en plaques qui perdent leur capacité à s’autosonder. Le timing de cette intervention est crucial : l’état du patient ne doit pas être trop dégradé pour supporter l’opération.
La sphinctérotomie : chez les hommes tétraplégiques qui ne peuvent pas se sonder, le sphincter peut être sectionné. Les patients sont alors appareillés avec des étuis péniens et vivent avec une incontinence contrôlée.
Ces solutions restent exceptionnelles et sont réservées aux situations où les autres options ne sont plus possibles.