Les fractures du pénis

Prosper Alain Bouya
Service d'Urologie-Andrologie, CHU de Brazzaville, Congo
Prog Urol, 2005, 15, 4, 742-744
Cas clinique
Résumé
But: Sensibiliser les praticiens sur cette pathologie rare et montrer l'importance du traitement chirurgical. Matériel et méthodes: 4 patients ont été traités pour fracture du pénis dont 3 par chirurgie et 1 médicalement. La chirurgie a consisté en une incision élective longitudinale, suivie de l'évacuation de l'hématome et de la suture de l'albuginée.
Résultats : Nos patients étaient âgés de 19 à 42 ans. 3 étaient célibataires et 1 marié. Les mécanismes étaient 2 faux pas coitaux et 2 masturbations. Chez les 3 patients opérés les lésions étaient toutes des sections transversales de l'albuginée.
Le résultat fonctionnel était bon chez les opérés alors qu'il n'a pu être évalué chez le non opéré.
Conclusion : le meilleur traitement de la fracture du pénis est chirurgical après un diagnostic clinique.


La fracture du pénis est due à une déchirure de l'albuginée du corps caverneux. Sa fréquence est certainement sous estimée dans la littérature qui rapporte moins de 605 cas dans le monde jusqu'en 1998 [14] avec une prédominance dans les pays du Maghreb [3, 2].

Elle fait partie des urgences chirurgicales en traumatologie Urologique car le pronostic fonctionnel dépend d'une meilleure prise en charge. Cette pathologie est mal connue dans les pays d'Afrique Noire.

Nous rapportons 4 observations de patients traités au CHU de Brazzaville. Le but de notre étude est de sensibiliser les praticiens sur cette pathologie rare et de montrer l'intérêt d'un traitement chirurgical précoce afin d'améliorer le pronostic fonctionnel.

OBSERVATIONS

Elles sont représentées dans le Tableau I.

Discussion

La fracture du pénis est une pathologie rare. Dans les séries du Maghreb où la pathologie est plus fréquente elle représente 1% des hospitalisations [14].

Mais cette fréquence est sous estimée car beaucoup de cas traités ne sont pas toujours publiés [9]. Chez nous en Afrique Noire les patients ne consultent pas tôt pour des raisons de pudeur et sont vus tardivement pour dysfonction érectile ou induration des corps caverneux.

C'est une pathologie de l'adulte jeune entre 20 et 40 ans [3, 5, 11, 13]. Quelques cas de sujets âgés sont publiés dans la littérature où le sujet le plus âgé a 74 ans [14].

Le mécanisme est souvent la manipulation forcée dans les pays du Maghreb [4, 5] alors qu'en occident il s'agit plus du faux pas du coit [8, 13, 15].

Dans notre série les 2 mécanismes sont retrouvés dans les mêmes proportions.

La rupture de l'albuginée est souvent transversale unilatérale et siège entre 2-4 cm en aval du ligament suspenseur du pénis.

Quelques rares cas de rupture bilatérale sont décrits dans les traumatismes violents [6, 9].

La rupture de l'urètre est retrouvée dans 10-30% des cas dans la littérature [13, 15] et siège souvent au niveau de l'angle péno scrotal [10].

Le diagnostic de la fracture du pénis est clinique. On retrouve la triade, douleur aiguë avec craquement, disparition de l'érection et oedème asymétrique.
Figure 1 : Oedème asymétrique du pénis.
L'échographie et l'imagerie par résonance magnétique peuvent faire un bilan lésionnel avant la chirurgie [16].

Le diagnostic différentiel se fait avec la rupture de la veine dorsale de la verge dont le traitement est parfois chirurgical [12].

L'évolution spontanée se fait vers la résorption de l'hématome, la formation d'un pseudo kyste ou d'un cal fibreux avec angulation douloureuse du pénis lors de l'érection.

Le traitement chirurgical en urgence est l'attitude la plus adoptée car c'est le seul garant de la récupération de la fonction érectile [7, 11].

Le taux de complications après traitement est moins important dans la chirurgie soit environ 10% contre 51% dans le traitement médical [17].
Figure 2 : Hématome du pénis.
Les lésions associées intéressent souvent l'urètre dans 10% des cas [14] suivi du ligament suspenseur et du corps caverneux contro latéral.

Si beaucoup d'auteurs préfèrent l'incision hémi-circonférentielle [2, 11] nous avons réalisé, l'incision longitudinale à tous nos malades sans complications à type d'incurvation du pénis décrite dans la littérature [4].
Figure 3 : Section transversale de l'albuginée.
Les complications sexuelles chez les patients traités médicalement sont les douleurs, les indurations péniennes et les troubles d'érection.

Conclusion

La fracture du pénis est peu fréquente en Afrique Noire. Cette fréquence est certainement sous estimée car certains malades ne consultent pas pour des raisons de pudeur.

Les principaux mécanismes sont la masturbation et le traumatisme coital.

Le diagnostic reste clinique et le meilleur traitement est chirurgical.

Références

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2. BENCHEKROUN A., ABAKKA T., LAKRISSA A. : Fracture des corps caverneux. A propos de 22 cas. J. Urol., 1986 ; 92 : 291-295.

3. BENNANI S., EL MRINI M., MEZIANE F., BENJELLOUN S. : La rupture traumatique du corps caverneux. A propos de 25 cas et revue de la littérature. Ann. Urol., 1992 ; 26 : 355-359.

4. BOUJNAH H., RAKAM S. : La fracture des corps caverneux à propos de 67 cas. Ann. Urol., 1990 ; 24 : 313-315.

5. EL ABD S, ABU FARHA Q., GHARBAWY M., EL SHARABY M., MAHROUKY A. : Fracture of the penis and result of surgical management. Injury, 1988 ; 16 : 381-383.

6. HEFIANI M., BENNANI S., DEBBAGH A., EL MRINI M., BENJELLOUN S. : Fracture bilatérale du corps caverneux avec rupture complète de l'urètre. J. Urol., 1995 ; 101 : 200-202.

7. KALASH S.S., YOUNG J.D. : Fracture of penis : contreversy of surgical versus conservative treatment. Urology, 1984 ; 24 : 21.

8. KLEIN F.A., SMITH MJ., MILLER N. : Penile fracture. Diagnosis and management. J. Trauma. 1985 ; 25 : 1090.

9. KOWALCZYK J., ATHENS A, GRIMALDI A. : Penile fracture : an unusual presentation with lacerations of bilateral corpora cavernosa and partial disruption of the urethra. Urology, 1994 ; 44 : 599-601.

10. MANGIN P., Pascal B., CUKIER J. : La rupture de l'urètre par faux pas du coit. J. Urol.(Paris), 1983 ; 89 : 27-34.

11. NARAYNSINGH V., RAJU G.C. Fracture of the penis. Br. J. Surg., 1985 ; 72 : 305-306.

12. NICELY E.R., COSTABILE R.A, MOUL. J.W. : Rupture of the deep dorsal vein of the penis during sexual intercourse. J. Urol., 1992 ; 147 : 150-152.

13. NICOLAISEN G.S., MELAMUD. A., WILLIAMS R.D., Mc ANINCH J.W.: Rupture of the corpus cavernosum : surgical management. J. Urol., 1983 ; 130 : 917-918.

14. NOURI M., KOUANI A., TAZI K., EL KHADIR K., IBN ATTYA A., HACHIMI M., LAKRISSA A. : Les fractures du pénis : à propos de 56 cas. Prog. Urol. 1998 ; 8 : 542-547.

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16. PATARD J.J, DESGRANDCHAMPS F, OLLIER P, DUFFAS J.P, CUSSENOT O., TEILLAC P., LE DUC A. : Apport de l'IRM dans les ruptures des corps caverneux. Prog. Urol., 1993 ; 3 : 1024-1027.

17. PRUNET D., BOUCHOT O. : Les traumatismes du pénis. Prog. Urol., 1996; 6 : 987-993.
Mots clés : Fracture, pénis, diagnostic clinique, chirurgie

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Rédacteur : Urofrance
Réalisation : Axoïde
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