Varicocèle et infertilité : mythe ou réalité ?

09 avril 2009

Mots clés : varicocèle, infertilité, assistance médicale à la procréation (AMP)
Auteurs : Pierre Nevoux, Geoffroy Robin, Tarek Gonheim, Florence Boitrelle, Jean-Marc Rigot, François Marcelli
Référence : Progrès FMC, 2009, 19, 4, F126-F130
Depuis l’avènement des techniques contournant les barrières de la sélection naturelle, cette problématique peut paraître désuète. Or depuis 20 ans, la fertilité diminue fortement et les atteintes testiculaires (cryptorchidies, tumeurs) sont en augmentation. Ainsi, l’évaluation de l’homme infertile demeure incontournable. Mais que faire et qu’attribuer à la découverte d’une varicocèle ? Le problème soulevé est bien de savoir si la varicocèle découverte lors du bilan du couple infertile doit être traitée ou « ignorée ». Les comités scientifiques se basent sur les bénéfices du traitement en termes d’amélioration du spermogramme, de simplification des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) si ce recours est nécessaire et de façon plus contestée, sur les taux de fécondance naturelle. Ce dernier point reste le plus difficile à démontrer du fait des différents facteurs influençant les résultats de fécondance naturelle. Le traitement de la varicocèle fait partie des bonnes pratiques cliniques en infertilité.

Introduction

L’infertilité se définit comme l’incapacité pour un couple d’obtenir une grossesse après un an de rapports sans contraception. Elle concerne environ le même pourcentage de couples dans la population française et nord-américaine , soit 15 %. Une cause d’origine masculine est retrouvée dans 20 à 30 % des cas selon les bases épidémiologiques françaises ou nord-américaines, réciproquement.
En ce qui concerne la varicocèle, sa fréquence est estimée à 22 % des hommes et 15 % des adolescents dans la population générale et est doublée dans la population des hommes infertiles (40 %) .
La question posée ici est celle d’un lien direct entre varicocèle et trouble de la fertilité masculine, et éventuellement de l’intérêt d’une prise en charge de cette dernière dans la perspective d’améliorer les taux de fécondance.

Varicocèle et infertilité : une réalité ?

Atteinte du sperme

Selon Rowe et al., la varicocèle doit être associée à des anomalies spermatiques pour être acceptée comme une cause d’infécondité.
En effet, la varicocèle a des conséquences sur les deux compartiments testiculaires. D’une part, elle altère la spermatogenèse par une atteinte des cellules de Sertoli  ; d’autre part, elle entraîne une diminution de la production de testostérone par les cellules de Leydig associée et/ou en lien avec des modifications histologiques de celles-ci . Les anomalies les plus fréquemment retrouvées lors du spermogramme sont résumées dans le . Comme le décrivent F. Comhaire et A. Mahmoud , l’analyse du sperme retrouve le plus souvent une oligoasthénotératozoospermie. Elle s’accompagne d’un volume d’éjaculat normal, voire d’une hyperspermie, parfois d’une augmentation du nombre de cellules rondes (peroxydases négatives), marquant la libération prématurée des cellules germinales. Une augmentation de la leucospermie (cellules rondes à peroxydases positives) peut également être retrouvée. Le spermocytogramme montre classiquement des anomalies de la tête des spermatozoïdes (allongées ou amincies), des anomalies de la pièce intermédiaire à type de reste cytoplasmique (persistance de la gouttelette cytoplasmique) ou encore des anomalies flagellaires à type d’enroulement.
Tableau I : Spermogramme et spermocytogramme normaux et anomalies les plus fréquentes liées à la varicocèle.
Paramètres spermatiques Valeurs seuils Anomalies observées
* Ces anomalies sont variables selon les individus et peuvent s’associer entre elles.
Volume éjaculé 2–6 ml Idem ou supérieur (Grade I ou infraclinique)
Numération par éjaculat > 40 millions Inférieur (de oligo- à azoospermie)
Cellules rondes < 5 millions/ml Supérieur
Leucospermie < 1 million / ml Supérieur
Mobilité (a+b) > 50 % Inférieur
Vitalité > 60 % Inférieur
Pourcentage de formes normales > 30 % (selon la classification de David) Inférieur avec allongement de la tête, élargissement de la pièce intermédiaire et flagelles enroulés
> 15 % (selon Kruger)
Des techniques plus récentes (Fluorescent In Situ Hybridization (FISH) - étude de la fragmentation de l’ADN) non utilisées en routine ont montré une augmentation des taux d’aneuploïdie spermatique et de la fragmentation de l’ADN spermatique .
Les paramètres endocriniens peuvent être altérés avec une Follicle Stimulating Hormone (FSH) élevée, inhibine B basse et testostérone subnormale. Ces altérations traduisent une atteinte sécrétoire périphérique se rencontrant dans les formes évoluées de varicocèle.

Atteinte testiculaire

Selon la World Health Organization (1992), le volume testiculaire est fréquemment diminué du côté de la varicocèle. Deux études randomisées prospectives chez l’adolescent ont montré une augmentation de taille testiculaire homo et controlatérale après traitement de la varicocèle comparativement à ceux qui n’avaient pas été traités.

Étude des co-facteurs

On ne peut nier l’existence de co-facteurs associés aux altérations du spermogramme de l’homme infertile. Certains d’entre eux ont un effet délétère, aggravant le stress oxydatif déjà induit par la présence d’une varicocèle. Au rang de ces co-facteurs, le tabac est le plus incriminé. Ainsi, la diminution du nombre de spermatozoïdes chez les hommes hypoféconds présentant uniquement une varicocèle est majorée par la présence d’un tabagisme actif ().
Figure 1 : Effet du tabagisme sur la production de spermatozoïdes chez les hommes hypoféconds qui présentent une varicocèle (azoospermie, cryptorchidie, épididyme anormal exclus) d’après Schill WB et al..
Ces co-facteurs sont très fréquemment mis en évidence dans le cas d’infertilités secondaires, cadre dans lequel on retrouverait plus de 80 % de varicocèles .

État actuel des recommandations

Le comité d’andrologie de l’Association française d’urologie (AFU) a publié en 2007, en complément des recommandations EAU 2004 et AUA–ASRM 2004, une synthèse concernant la prise en charge de la varicocèle dans le cadre de l’infertilité. Il nous semble important d’en rappeler les principaux points.
En ce qui concerne le diagnostic des varicocèles, la prise en charge relève du consensus de la World Health Organization (WHO) .
Les varicocèles sont classées en grades :
  • -
    grade III : varicocèle visible et palpable au repos ;
  • -
    grade II : varicocèle non visible mais palpable au repos ;
  • -
    grade I : varicocèle palpable à la manœuvre de Valsalva ;
  • -
    infraclinique : varicocèle ni palpable ni visible.
L’évaluation de l’homme infertile ayant une varicocèle doit comporter au moins deux spermogrammes. Concernant les examens d’imagerie, l’échographie scrotale est utile à la recherche d’une anomalie du parenchyme testiculaire. Elle permet dans le même temps de préciser les paramètres fonctionnels de la varicocèle et de quantifier précisément l’hypotrophie testiculaire. En revanche, il n’y a pas d’indication à réaliser un dépistage de la varicocèle infraclinique par échographie ou tout autre moyen d’imagerie (thermographie, doppler, scintigraphie ou veinographie spermatique), seules les varicocèles palpables ayant montré un lien avec l’infertilité.
Le traitement peut être envisagé si les critères suivants sont réunis :
  • -
    la varicocèle doit être palpable ;
  • -
    l’infertilité du couple doit être documentée ;
  • -
    il doit exister au moins une anomalie spermatique sur le spermogramme.
Pour ce qui est du type de traitement de la varicocèle, les recommandations laissent libre arbitre à l’équipe médico-chirurgicale selon son expérience.

Traitement de la varicocèle et restauration de la fertilité : un mythe ?

Quel bénéfice peut attendre le patient du traitement de sa varicocèle vis-à-vis de ses paramètres de fertilité ? Quel bénéfice le couple peut-il espérer pour sa fécondance naturelle ou celle guidée par les techniques de procréation médicalement assistée (AMP) ? Deux questions bien différentes mais qui représentent actuellement tous les enjeux de la prise en charge de la varicocèle.

Amélioration des paramètres de fertilité : apport du traitement de la varicocèle

Yamamoto et al. avaient suggéré dans leur étude prospective randomisée en 1996 que le traitement des varicocèles infracliniques n’apportait pas de bénéfice en termes de fertilité . Ceci a été repris et confirmé lors de recommandations plus récentes [10, 11] ; les varicocèles palpables représentent la seule entité nécessitant un acte thérapeutique. Ainsi, les études évaluant l’apport du traitement de la varicocèle adoptent ce postulat et retrouvent de nettes améliorations spermiologiques .
En atteste la méta-analyse d’Agarwal et al., en 2007, qui soulignent une augmentation nette de la concentration du sperme variant de 9,7 millions/mL à 12 millions/mL selon la technique utilisée (ligature haute ou microchirurgie), une augmentation de la mobilité de 9,9 et 11,7 % réciproquement, et une diminution de la tératospermie de 3 % .
Des améliorations en termes de fonctionnement des cellules de Leydig sont également mises en avant par Su et al. en 1995 avec une augmentation de la testostéronémie.

Fécondance naturelle : apport du traitement de la varicocèle sur la fertilité naturelle

Concernant cette approche, les résultats sont contradictoires. Ainsi, la revue de The Cochrane Collaboration évoque une absence de bénéfice en termes de fécondance après traitement des varicocèles [14, 15]. Néanmoins, il est important de signaler que la méthodologie de cette méta-analyse permettait l’inclusion de patients porteurs de varicocèles infracliniques n’ayant pas d’anomalies spermiologiques. Dans cette étude, le sous-groupe comprenant les varicocèles cliniques avec spermogramme anormal retrouvait un bénéfice en termes de fécondance nettement supérieur sans que celui-ci ne soit statistiquement significatif.
Les données de l’American Urological Association se basent sur deux études qui se dégagent par leur randomisation contrôlée et prospective concernant le traitement des varicocèles palpables avec troubles spermatiques et paramètres féminins normaux. L’étude de Nieschlag et al. en 1998 retrouve une amélioration de qualité des paramètres spermatiques et de trophicité testiculaire mais pas d’augmentation de la fécondance . En 1995, l’équipe de Madgar obtenait un taux de conception de 60 % dans le groupe traité contre 10 % dans le groupe non traité . Les recommandations nord-américaines s’orientent donc vers une prise en charge de la varicocèle devant les faibles risques du traitement, malgré la rareté d’études définitives.
En 2006, Ficarra développe une opinion contraire aux données de la Cochrane Collaboration . Son équipe retrouve une augmentation significative du taux de grossesses au sein des couples traités pour varicocèle (36,4 %) par rapport à ceux non traités (20 %). Quant à Marmar et al. en 2007, ils indiquent un taux de grossesse de 33 % chez les patients traités pour varicocèle contre 15,5 % chez les non traités .
Cayan et al. confortent ces résultats en termes de fertilité de patients traités porteurs de varicocèles palpables avec troubles du spermogramme . Une grossesse spontanée postopératoire a été rapportée dans 39,07 % (étude comportant 4 473 sujets). Ces résultats semblent confirmer le bénéfice d’une prise en charge chirurgicale ou radiologique d’une varicocèle sur les taux de grossesse spontanée.

Apport du traitement de la varicocèle sur la prise en charge en procréation médicalement assistée

Il n’existe pas d’étude de niveau de preuve suffisant pour préciser l’intérêt d’une prise en charge de la varicocèle lorsqu’une technique d’AMP est envisagée. Néanmoins, aucune étude n’a prouvé d’effet délétère sur les résultats en AMP lors d’un traitement de la varicocèle. De plus, certaines publications semblent montrer que la prise en charge au préalable d’une varicocèle peut permettre une simplification des techniques en AMP (fécondation in vitro en insémination intra-utérine).
Ainsi, dans une étude rétrospective, Jallouli et al. montrent que 48,5 % des 105 couples qui n’ont pas obtenu de grossesse après traitement de la varicocèle ont pu avoir une augmentation du nombre total de spermatozoïdes mobiles en base (avant optimisation spermatique), ce qui a permis une simplification de la technique de procréation . Le traitement a permis d’éviter dans certains cas la réalisation d’un prélèvement chirurgical de spermatozoïdes . Par ailleurs, on peut se demander si la prise en charge d’une varicocèle permet d’améliorer le pouvoir fécondant intrinsèque des spermatozoïdes avant AMP.
En annexe figure un algorithme décisionnel détaillant la démarche thérapeutique de notre centre devant un couple infertile avec présence d’une varicocèle clinique associée à des anomalies du spermogramme (). Ainsi, le traitement d’une éventuelle varicocèle a pour but, non pas de retarder la prise en charge en AMP, mais d’en simplifier le recours si besoin.
Conclusion
L’infertilité est définie par l’incapacité pour un couple sexuellement actif et n’utilisant pas de contraception d’obtenir une grossesse sur une année. Un facteur masculin, presque toujours marqué par des anomalies du spermogramme, est à lui seul responsable d’environ 20 % des infertilités de couple et contribue à l’infertilité dans 30 % des couples. La recherche, voire le traitement d’une éventuelle varicocèle, semble ambiguë pour certains, alors que les comités scientifiques sont plus déterminés à mener cette prise en charge diagnostique et thérapeutique. Sa présence entraîne des altérations variables sur les paramètres de la fertilité. La recherche de co-facteurs associés, principalement du tabagisme, doit être systématique car cette association altère profondément la fécondance. Ce dépistage simple et peu onéreux fait partie des bonnes pratiques cliniques et se justifie pleinement au regard de l’impact en termes de résultats sur les taux de grossesse.
Figure 2 : Algorithme décisionnel.

Conflit d’intérêt

Aucun.
Les points essentiels à retenir
  • L’exploration de l’homme dans un couple infertile est incontournable, avec notamment la recherche d’une varicocèle.
  • Une échographie testiculaire est indispensable afin de ne pas méconnaître une tumeur plus fréquemment présente dans ce contexte d’infertilité.
  • La recherche de co-facteurs, notamment du tabagisme, doit être effectuée.
  • Le spermogramme est souvent altéré en présence d’une varicocèle, l’oligoasthénotératozoospermie étant l’anomalie la plus fréquente.
  • Les varicocèles palpables doivent être diagnostiquées et traitées au regard des conséquences bénéfiques en termes de fertilité.