Urétéroscopie souple-laser Holmium-YAG : la technique

06 décembre 2008

Mots clés : Endoscopie, Calcul, Laser, Anesthésie, Traitement
Auteurs : O. Traxer, E. Lechevallier, C. Saussine
Référence : Prog Urol, 2008, 18, 12, 929-937

La miniaturisation du matériel d’endoscopie permet de prendre en charge par urétérorénoscopie souple (URSS) rétrograde les pathologies du haut appareil urinaire. Elle est un apport diagnostique majeur pour le diagnostic des hématuries inexpliquées et des cytologies urinaires positives avec bilan étiologique négatif. Ses indications préférentielles concernent la pathologie lithiasique, mais elle joue également un rôle non négligeable pour le traitement conservateur de certaines tumeurs de la voie excrétrice et pour le traitement des sténoses acquises ou congénitales des voies excrétrices urinaires supérieures avec une agressivité et une morbidité réduites. Le rôle de l’URSS-laser Holmium : YAG est important, mais son coût doit être évalué. Le but de cet article a été de décrire la technique d’urétérorénoscopie souple associée au laser Holmium et de définir ses indications.

Introduction

L’urétérorénoscopie souple (URSS) a trouvé une place de choix pour la pathologie de la voie excrétrice. Ainsi l’URSS sera très utile pour le diagnostic et l’éventuel traitement des hématuries essentielles, des cytologies urinaires positives et des lacunes de la voie excrétrice.
Le traitement des calculs du rein représente cependant une des indications majeure de la technique particulièrement en cas de calcul du pôle inférieur du rein, de calcul complexe, d’anomalie anatomique ou d’échec des autres traitements (LEC et NLPC).
Il est également possible de traiter certaines tumeurs de la voie excrétrice et de réaliser des endopyélotomies-laser par voie rétrograde.
Enfin, l’URSS est également recommandée pour traiter les calculs en cas de circonstances particulières comme les troubles de la coagulation, l’obésité morbide, ou les déformations orthopédiques, ou encore pour retirer un éventuel corps étranger (sonde double J incrustée…).
De façon générale, les actes diagnostiques représentent 10 % de l’activité d’URSS et les actes thérapeutiques 90 % (calculs : 75 % ; applications tissulaires : 15 %). Pour réaliser l’ensemble de ces actes, la technique d’URSS doit être parfaitement maitrisée .

Bilan pré-opératoire, anesthésie

Il faut pour le bilan pré-opératoire :
  • un examen cytobactériologique des urines (ECBU) stérile et un bilan pré-opératoire standard sont nécessaires avant une URSS ;
  • tous les documents radiographiques disponibles doivent être affichés au bloc opératoire : ASP, UIV et/ou uroscanner ;
  • la sédation intraveineuse est possible essentiellement en cas d’intervention diagnostique et chez la femme, cependant, il est recommandé de travailler sous anesthésie générale pour le confort du patient et de l’opérateur. Enfin, il peut être nécessaire de mettre le patient en apnée si les mouvements du diaphragme font bouger le rein de façon trop importante. Pour cela, le patient doit être intubé et curarisé. On peut également demander à l’anesthésiste de faire respirer le patient à petits volumes afin de limiter ces mouvements respiratoires ;
  • l’URSS est une intervention stérile qui nécessite une antibioprophylaxie (céphalosporines en per-opératoire) [2,3].

Installation au bloc operatoire - positionnement du patient

Le positionnement du patient dans le bloc opératoire est important :
  • la position gynécologique est la plus communément utilisée (). Il est également possible de réaliser l’intervention en décubitus dorsal strict. Pour certains auteurs, il est également souhaitable d’utiliser une table autorisant la mise du patient en position de Trendelenbourg ou en décubitus latéral modéré, afin de faciliter la mobilisation des fragments lithiasiques. Cependant, l’effet de ces positionnements n’a jamais été évalué ;
    Figure 1 : Position gynécologique du patient pour urétérorénoscopie souple (A). Positions de trendelenbourg (B) et décubitus latéral (C), pour faciliter la mobilisation des fragments lithiasiques.
  • les points d’appuis doivent être protégés lorsque le patient est placé en position opératoire ;
  • dans l’installation standard, la table d’instrumentation est placée sous le membre inférieur gauche du patient (). Cette position spécifique de la table permet à l’opérateur de poser toute son instrumentation et ses endoscopes dans l’axe et dans le même plan que le patient sans faire intervenir son assistant ;
    Figure 2 : Patient en position gynécologique, table d’instrumentation sous le membre inférieur gauche, permettant de fixer la poche de recueil de l’irrigation (A) et de poser la fibre laser (B) et toute l’instrumentation.
  • la colonne d’endoscopie et l’unité de contrôle fluoroscopique sont au mieux positionnées sur la partie droite du patient. Les deux écrans doivent être côte à côte. En cas de manque de place dans la salle opératoire, la colonne d’endoscopie est placée sur la droite du patient et l’unité de contrôle fluoroscopique sur la gauche. L’unité laser est placée au contact de la table d’instrumentation afin de pouvoir contrôler les paramètres propres du laser et pour éviter tout dommage de la fibre laser en la posant dans l’alignement du laser et de la table. Ainsi, la fibre ne peut pas tomber de la table () ;
    Figure 3 : Possibilités de disposition au bloc opératoire. R . Appareil de contrôle de radiologie. A. Amplificateur de brilliance. V. Colonne de vidéo-endoscopie. L. Laser.
  • il est recommandé de toujours placer la source des rayons X sous la table opératoire et de positionner l’amplificateur de brillance au-dessus et au plus près du patient. Ces mesures permettent de diminuer les effets des radiations ionisantes secondaires  ;
  • les pédales de contrôle de la fluoroscopie et du laser sont positionnées au pied droit de l’opérateur qui peut travailler debout ou assis () ;
    Figure 4 : Pédales de contrôle du Laser (L) et de l’amplificateur de brillance (R) placées sous le pied droit de l’opérateur.
  • enfin, les champs papiers stériles sont positionnés sur le patient et l’appareil de fluoroscopie est recouvert d’une housse stérile. Il peut ainsi être manipulé par l’opérateur. Idéalement, une poche de recueil des urines solidaire des champs stériles est fixée sur le bout de la table et un tuyau d’aspiration est branché pour permettre l’évacuation des différents liquides (). La quantité de liquide d’irrigation et de sortie doit être surveillée et comptabilisée pendant et après l’intervention. Il est recommandé de n’utiliser que du sérum physiologique [2,3].

Technique

Le premier temps de l’URSS

Le premier temps de l’URSS est la réalisation d’une cystoscopie flexible ou rigide qui permet d’explorer l’ensemble de la vessie et d’identifier les orifices urétéraux.
Un cathéter urétéral est ensuite introduit à travers le cystoscope pour récupérer un échantillon d’urine pour cytologie urinaire et/ou examen cytobactériologique des urines et pour la réalisation d’une urétéropyélographie rétrograde (UPR).
Un premier fil guide est ensuite positionné dans les cavités pyélocalicielles (CPC) sous contrôle fluoroscopique, puis un deuxième à l’aide du cathéter double lumière. Une fois les deux fils guides en place le cathéter double lumière est retiré, et un des deux fils guides est considéré comme le guide de sécurité. Il est fixé au champ sur la cuisse gauche du patient.

Le deuxième temps de l’URSS

Le deuxième temps de l’URSS et la mise en place de l’URS souple (URS-S) dans les CPC. La mise en place sous contrôle visuel de l’URS-S est généralement difficile, voire impossible. Il est donc recommandé de positionner l’URS-S dans les CPC sous contrôle fluoroscopique en le faisant glisser sur le fil guide de travail comme pour une montée de sonde urétérale .
Pour cela :
  • il est essentiel pour l’opérateur de toujours maintenir l’endoscope dans une position rectiligne en utilisant ses deux mains pour fixer l’extrémité distale de l’endoscope et en demandant à son assistant de tenir la poignée de l’endoscope () ;
    Figure 5 : Mise en place de l’urétérorénoscope souple. L’assistant (A) tient la poignée pour horizontaliser l’appareil et l’opérateur (B) introduit l’URS-S sur le fil guide à l’aide de ses deux mains.
  • l’opérateur chausse prudemment l’endoscope sur le fil guide afin de ne pas endommager le canal opérateur. Chez l’homme, il est conseillé de maintenir le pénis en traction afin d’aligner l’urèthre. L’URS-S est alors mis en place directement sur le fil guide sans dilatation urétérale préalable ou positionnement d’une gaine d’accès urétéral de façon systématique. L’endoscope est à ce moment dépourvu de câble optique, de tubulure d’irrigation et de la caméra. On dit qu’il est monté dans les CPC selon la technique « cordless » (sans câble). La progression de l’endoscope est suivie tout au long sous contrôle fluoroscopique. Une fois l’URS-S parvenu dans les CPC, le fil guide de travail est retiré et les connections sont faites : câble de lumière froide, tubulure d’irrigation (sérum physiologique exclusivement) et caméra ;
  • une pyélographie peut alors être réalisée par injection de produit de contraste dans le canal opérateur afin de vérifier la bonne position de l’endoscope. La mise au point est obtenue et le zoom est optimisé en fonction de l’endoscope et du choix de l’opérateur ;
  • afin d’augmenter la visibilité, il est recommandé d’attendre que les CPC soient lavées par le liquide d’irrigation. Cette étape prend quelques minutes, il faut savoir attendre. Parfois, on peut être amené à laver les CPC en injectant sans pression du sérum physiologique par le canal opérateur. Il est conseillé de ne pas ré-aspirer le liquide injecté au risque de faire saigner la muqueuse urothéliale ;
  • l’exploration des CPC doit être bien organisée. Le pôle supérieur est généralement la première partie explorée suivie par le groupe caliciel moyen puis par le pôle inférieur. Le positionnement de l’endoscope dans chaque partie du rein est obtenu par une combinaison des vues endoscopiques et des images de fluoroscopie. Tout au long de l’exploration, l’irrigation doit se faire avec une pression suffisante (environ 120cm d’eau), l’utilisation des pompes de pressions automatisées permet de maintenir ce niveau de pression et de l’adapter à chaque patient. L’exploration diagnostique des CPC doit se faire sans instrument ni guide dans le canal opérateur qui peuvent gêner l’amplitude de flexion de l’endoscope et le débit d’irrigation [6,7].

Manipulation de L’URS-S

L’URS a une manipulation précise :
  • l’URS doit être maintenu avec la main dominante et le bouton de commande de la déflexion doit être manipulé par le pouce. La seconde main stabilise la gaine de l’endoscope au méat uréthral. Chez l’homme, elle maintient également la verge. Un URS-S se tient toujours à deux mains et les deux mains doivent travailler ensemble pour que l’endoscope puisse bouger en un seul bloc. Il est fortement déconseillé d’essayer de faire progresser l’URS-S en le poussant avec la main dominante qui tient la poignée. La progression en avant ou en arrière est commandée par la main non dominante qui tient le corps de l’endoscope et est accompagnée par la main dominante qui tient la poignée ;
  • il existe trois mouvements de base pour mobiliser l’endoscope () ;
    Figure 6 : Mouvements de l’URS souple. Prono-supination par la main dominante, ici la main droite (A). Déflexion ventrale/dorsale par activation du levier par le pouce de la main dominante (B). Poussée et retrait de l’endoscope par la main non-dominante, ici la main gauche (C).
  • la main dominante bouge en position de supination ou de pronation afin de modifier la direction de la partie distale de l’endoscope (effet torque) ;
  • le mouvement du pouce sur le bouton de commande de la déflexion permet d’obtenir un mouvement de déflexion ventrale ou dorsale de l’extrémité distale ;
  • enfin, la main non dominante permet de faire progresser ou de retirer l’endoscope .
L’exploration des cavités est suivie par contrôle fluoroscopique après avoir réalisé une pyélographie rétrograde par l’endoscope. En début d’expérience, il est souvent difficile de se situer dans les cavités pyélocalicielles. Il faut alors se souvenir que pour le rein droit, toutes les entrées calicielles sont situées à gauche de l’écran d’endoscopie (positionner la main dominante en supination) et que pour un rein gauche, toutes les entrées sont situées à droite de l’écran (positionner la main dominante en pronation) (). En pratique, après la pyélographie, il faut guider l’endoscope sous contrôle scopique en jouant sur le levier de déflexion et en le laissant aller « là où il veut » sans jamais forcer. L’endoscope trouve alors facilement « son chemin » dans le système pyélocaliciel. Une fois l’endoscope positionné dans le groupe caliciel choisi, il faut retourner sur l’écran d’endoscopie pour l’exploration.
Figure 7 : Manipulation de l’endoscope dans chaque rein. Pour le rein droit (A), toutes les entrées calicielles sont situées à gauche de l’écran d’endoscopie (positionner la main dominante en supination). Pour un rein gauche (B), toutes les entrées sont situées à droite de l’écran (positionner la main dominante en pronation).
Avec les URS de dernière génération, l’accès au groupe caliciel inférieur est possible dans 98 à 99 % des cas [9,10].

Méat urétéral

La dilatation du méat urétéral n’est pas systématique. La dilatation est recommandée lorsque le méat urétéral est étroit (apprécié au moment de la cystoscopie) et/ou après échec de progression de l’URS-S sur le fil guide. Une dilatation du méat supérieure à 10Ch est inutile, puisque le diamètre externe des URS-S n’excède pas 9Ch en partie distale. La mise en place du cathéter double lumière ou de la gaine d’accès urétéral est parfois suffisante pour obtenir cette dilatation du méat.
En pratique, une première tentative de montée de l’endoscope sur le fil guide doit être réalisée en gardant à l’esprit que la lumière excentrée du canal opérateur peut nécessiter pour une intubation du méat difficile, une rotation à 180° de l’endoscope (manœuvre du chausse-pied) (). Si l’endoscope ne franchit pas le méat, il faut alors le dilater en utilisant des dilatateurs olivaires progressifs ou mieux un cathéter à ballonnet basse pression (moins de 10 ATM). Il ne faut pas utiliser de ballonnet à haute pression (20 ATM) qui risque de dilacérer le méat urétéral.
Figure 8 : Manœuvre du chausse-pied. La rotation à 180° de l’endoscope sur le fil guide de travail, permet d’inverser la position du canal opérateur qui pourra alors mieux franchir le méat urétéral.
Enfin, si le type d’intervention le nécessite, une gaine d’accès peut être positionnée. La gaine d’accès urétérale est autodilatante mais elle ne représente pas un « bon dilatateur » si une dilatation urétérale est nécessaire. Parfois, il est nécessaire de dilater une sténose urétérale avant de pouvoir placer la gaine d’accès.
Si l’opérateur envisage d’utiliser une gaine d’accès urétéral, celle-ci doit être placée sur le fil guide de travail et sous contrôle fluoroscopique. La gaine d’accès est positionnée avant la mise en place de l’endoscope. Son positionnement se fait sur le fil guide de travail jusqu’à ce que la gaine d’accès bloque, indépendamment de son niveau de progression. Parfois, elle peut être positionnée sans difficulté jusqu’au niveau de la jonction pyélo-urétérale. Si la gaine est poussée trop loin dans les cavités rénales, elle peut gêner la flexion active de l’URS-S. Parfois, à l’inverse, il n’est pas possible de dépasser l’uretère pelvien.
Une fois en place, le dilatateur interne de la gaine d’accès est retiré et l’URS-S peut être positionné sur le fil guide de travail au travers de la gaine d’accès .

Drainage urétéral

En fin d’intervention, comme pour une URS rigide, l’opérateur doit se poser la question du drainage urétérale. De façon générale, il répond aux mêmes impératifs que pour l’URS rigide.
Il ne paraît pas nécessaire pour les URSS diagnostiques ou de surveillance des tumeurs urothéliales. En cas de biopsie ou de lithotritie idéale, une « sonde urétérale » peut être laissée en place 24 heures. En cas de doute, il est préférable de laisser une sonde JJ pendant sept à dix jours. Quelques situations peuvent être individualisées :
  • temps opératoire long (supérieur à 90min) ;
  • lésions de la paroi urétérale ;
  • fragments lithiasiques résiduels surtout en localisation urétérale ;
  • dilatation d’une sténose urétérale ;
  • marsupialisation d’un diverticule caliciel.
La dilatation du méat urétéral ou l’utilisation d’une gaine d’accès urétérale n’est à priori pas une indication de drainage prolongé de la voie excrétrice .

Voie antégrade

L’URSS, par voie antégrade, est possible mais ses indications sont rares. L’indication de la voie antégrade est posée en cas de pathologie de la voie excrétrice sur dérivation urinaire interne (type Coffey) ou externe (type Bricker) ou en cas d’échec de la voie rétrograde. La technique est bien définie mais elle est responsable d’une fragilisation accrue des URS-S, en raison des contraintes mécaniques imposées par l’accès rétrograde .
Il faut privilégier la ponction du groupe caliciel moyen (ou mieux supérieur) pour être dans l’axe de l’uretère.
Elle nécessite une dilatation minime (maximum 14Ch) du trajet pariétal. Celui-ci est ensuite intubé par une gaine de faible diamètre. Une gaine d’accès urétérale 12 :14Ch remplace avantageusement une gaine d’Amplatz, ce d’autant que sa flexibilité permet de la faire descendre dans l’uretère proximale. L’exploration et la progression sont ensuite réalisées comme par voie rétrograde.

Règles générales d’URS-S

Les règles d’application de l’URS-S :
  • l’URS-S doit être proposée en alternative aux autres méthodes thérapeutiques (surveillance, traitement médical, chirurgie) après information du patient (avantages, résultats, morbi-mortalité, risque de conversion) ;
  • la connaissance des particularités et des performances de chaque instrument est indispensable ;
  • le bilan lésionnel (type, siège, taille, degré d’obstruction associée) doit être le plus précis possible par UIV, Uro-TDM, voire Uro-IRM. Il est préférable de dissocier un geste endourologique de dérivation en urgence du geste endoscopique thérapeutique ;
  • un « cystoscope, un urétéroscope semi-rigide et le matériel d’endourologie » doivent être facilement disponibles (guides, ballons de dilatation, pince à corps étranger, sondes urétérales…) ;
  • « les urines doivent être stériles » et une antibioprophylaxie par une céphalosporine de troisième génération est recommandée ;
  • l’endoscopie doit être réalisée sous contrôle visuel mais aussi fluoroscopique. Chaque étape de l’intervention doit être contrôlée par fluoroscopie avec injection de produit de contraste si besoin ;
  • en dehors des endoscopies diagnostiques, il faut travailler avec un « guide de sécurité » dont la position correcte de l’extrémité distale doit être régulièrement surveillée ;
  • une « urétéro-pyélographie » antégrade ou rétrograde doit être réalisée en début et en fin d’intervention ;
  • des « photographies des lésions » (calcul, tumeur, sténose…) doivent être prises avant et après traitement ;
  • la progression jusqu’à la lésion doit être lente, progressive et contrôlée par fluoroscopie ;
  • en cas de traitement d’un calcul, il est nécessaire de récupérer quelques fragments pour « analyse morpho-constitutionnelle par spectrophotométrie infra-rouge (analyse SPIR) » ;
  • enfin, l’utilisation importante de la fluoroscopie nécessite de respecter « les règles de radioprotection » (temps, distance et doses) et de se munir de protections adaptées (écrans).

Techniques et indications

URS-S diagnostiques

Diagnostic et traitement des hématuries unilatérales essentielles

L’URSS fait partie de la stratégie diagnostique des hématuries macroscopiques et/ou microscopiques, d’origine haute, lorsque les explorations d’imagerie n’ont rien apporté (Uroscanner, UIV, Uro-IRM, artériographie rénale). Elle complète l’urétéropyélographie rétrograde et la cytologie-lavage du côté du saignement. Toute la voie excrétrice doit être explorée. Parfois l’exploration sera bilatérale dans le même temps.
En cas de doute diagnostique, des biopsies peuvent être réalisées à l’aide de pinces adaptées (pince Pirahna®) [13,14].

Diagnostic et traitement des tumeurs urétérales et pyéliques

Il peut s’agir de tumeurs bénignes ou malignes. Le plus souvent, la situation est celle du bilan d’une « lacune de la voie excrétrice » supérieure. L’URS est la première étape de la prise en charge à titre diagnostique puis thérapeutique. La néphro-urétérectomie systématique sans évaluation endoscopique et histologique préalable n’est plus indiquée que pour les tumeurs de plus de 3cm avec des cytologies de haut grade, des signes radiologiques d’infiltration ou un rein détruit. Sinon, toute lacune de la voie excrétrice supérieure doit avoir une exploration endoscopique avec biopsie et éventuellement vaporisation laser [13,14].
Dans ces cas, il faut réaliser du côté de la lacune une « urétéro-pyélographie rétrograde », des « photographies » de la lésion, des « cytologies-lavages » et des « biopsies » de la lésion à l’aide de pince à biopsie de 3.2F de diamètre parfaitement adaptée à l’URSS.
Puis, si le laser Holmium : YAG est disponible, la lésion est vaporisée. Sinon, les petites tumeurs (<1cm) pédiculées peuvent être retirées avec un panier de type Nitinol® ou une pince crocodile et la « base d’implantation » peut être vaporisée au laser. Une sonde urétérale est laissée en place et enlevée dès que les urines urétérales sont claires (24–48h).
Les indications du traitement conservateur des tumeurs urothéliales du haut appareil peuvent être les tumeurs focales, inférieures à 1cm, de bas grade et de stade superficiel et si le traitement peut être complet, sous réserve d’une bonne acceptation des contraintes de la surveillance (URSS de contrôle à prévoir entre trois à six mois). Les tumeurs calicielles inférieures sont de traitement difficile, en raison de la perte de déflexion des endoscopes une fois que les instruments sont introduits dans le canal opérateur.
En cas de traitement conservateur, une URSS de surveillance est réalisée au troisième mois, puis tous les six mois. Le taux de récidive est cependant de plus de 50 % [13,14].

Diagnostic des cytologies suspectes

Après avoir vérifié la vessie et l’urèthre, le principe est de réaliser, après opacification rétrograde et cytologie urinaire, une exploration endoscopique complète du haut appareil. Les zones suspectes doivent faire l’objet de biopsies à la recherche d’un carcinome in situ .
Dans cette indication, l’URSS souple permet d’explorer l’uretère et l’ensemble des cavités rénales y compris les calices inférieurs dans près de 95 % des cas. En revanche, la biopsie dans un calice inférieur n’est pas toujours possible du fait de la relative rigidité de la pince à biopsie. Un drainage urétéral post-URSS pendant 24heures est recommandé en cas de biopsie [13–15].

URS-S thérapeutiques

Calculs

La place de l’URSS pour le traitement des calculs est particulièrement intéressante pour les calculs de l’uretère lombaire proximal et les calculs rénaux et les indications de la technique ne cessent de progresser [16,17]. Pour les calculs de l’uretère distal, l’URS rigide ou semi-rigide reste la technique de choix. Schématiquement, on peut retenir qu’au-dessus des vaisseaux iliaques, l’URSS est utile et qu’en-dessous, l’URS semi-rigide reste souveraine.
Les calculs à traiter par URSS-laser sont les calculs ayant résistés à la LEC (y compris les fragments résiduels), ou plurifocaux, ou de taille comprise entre 10–20mm, ou caliciels inférieurs [18,20]. Cette technique n’est en compétition ni avec la LEC ni avec la NLPC. Elle est une technique complémentaire de ces deux techniques. En réalité, elle fait souvent partie de la stratégie thérapeutique et vient compléter ou s’associer à une LEC ou une NLPC [18,19].
Les calculs ne peuvent être traités par URSS que si l’on dispose d’une source « laser Holmium:YAG ». Il peut être dangereux de vouloir traiter les calculs rénaux sans source de fragmentation. En effet, l’absence de laser oblige à mobiliser les calculs jusqu’au niveau de l’uretère ou en sous-pyélique et de les fragmenter avec les ondes balistiques après mise en place d’un URS semi-rigide. Toutes ces manœuvres exposent l’opérateur et le patient à des risques non-acceptables.
Autant que possible, il ne faut pas traiter in situ les calculs caliciels inférieurs. Ces calculs doivent être saisis à la pince panier à fond caliciel puis placés idéalement dans le calice supérieur, ou à défaut dans le bassinet où ils seront fragmentés au laser Holmium . Les fibres laser utilisables sont celles de 200 ou 365 microns .
Si le calcul ne peut pas être mobilisé vers le groupe caliciel supérieur ou le pyélon (calcul volumineux, sténose de la tige calicielle), il peut être fragmenté in situ à l’aide d’une fibre laser de petit diamètre (150 à 200 microns).
De façon générale, lorsqu’on traite un calcul avec le laser Holmium, la fibre laser doit toujours être introduite dans le canal opérateur lorsque l’URS-S est en position rectiligne (sans déflexion). La déflexion de l’URS-S n’est débutée que lorsque la fibre apparaît à l’extrémité de l’endoscope . Il faut éviter de créer des fragments volumineux. La structure cristalline du calcul est détruite sous forme de sable mais des fragments peuvent exister. Ils doivent être idéalement fragmentés jusqu’à une taille inférieure à 2mm. Il n’y a pas de limite de « durée de traitement » : il faut cependant rester dans les limites du raisonnable (entre 1 et 2h) .

Sténoses urétérales et de la jonction pyélo-urétérale

Les meilleures indications de l’endopyélotomie laser sont les sténoses primitives ou mieux secondaires sans vaisseau polaire et sans dilatation importante des cavités rénales.
La manipulation de l’URS-S n’est pas facile dans l’uretère du fait de l’appréciation de l’orientation, des mouvements respiratoires et de l’étroitesse de la lumière urétérale qui réduisent les capacités de flexion de l’URS-S.
Il faut donc un certain apprentissage pour traiter, par URSS, les sténoses urétérales et de la jonction pyélo-urétérale.
En revanche, avec un URS rigide ou semi-rigide, la section laser est particulièrement facile et efficace.
En cas de calcul rénal associé, le calcul est traité en par URSS laser puis, dans un second temps opératoire, la jonction est sectionnée avec l’URS rigide.
Le principe est de réaliser, après avoir mis un guide de sécurité, une section laser sous contrôle de la vue, sur un site défini, jusque dans le tissu péri-urétéral ou péri-pyélique. L’UPR vérifie l’extravasation de produit de contraste témoin de la qualité de l’endopyélotomie. Après la section, il faut dilater au ballonnet haute-pression le site de section et mettre en place une sonde JJ de diamètre 8 ou 9Ch pendant quatre à six semaines. La sonde vésicale est laissée 24–48h [2,23].

Diverticules caliciels avec calcul

Ce sont les diverticules caliciels moyens et supérieurs qui sont les plus accessibles à l’URSS notamment lorsque le calcul a une taille inférieure à 1cm. Ils représentent également deux-tiers des diverticules caliciels. Les diverticules inférieurs accessibles à l’URSS rétrograde sont les diverticules à collet large et court ou près du bassinet.
Les diverticules symptomatiques (douleur, infection, hématurie) sans calcul peuvent nécessiter un traitement par dilatation–intubation de leur collet.
L’abord et le traitement rétrograde du diverticule sont possibles si le diverticule s’opacifie lors de la pyélographie rétrograde réalisée en début d’intervention (« test au bleu »).
Le principe est de repérer et d’intuber le collet avec un guide puis de dilater le collet au ballonnet haute pression ou ballonnet adapté au canal opérateur de l’URS-S souple (ballonnet Passport®). Puis le calcul est détruit au laser et le collet est élargi par le laser (équivalent de marsupialisation), enfin le diverticule est si possible intubé par une sonde JJ pendant quatre à six semaines .

Corps étrangers urétéraux

Ces corps étrangers sont essentiellement des sondes JJ poussées et larguées par inadvertance dans l’uretère ou des fragments de sondes JJ cassées dans l’uretère.
Dans ces cas, il faut réaliser une URS et éviter les manœuvres à l’aveugle.
La boucle de la sonde JJ peut gêner la progression rétrograde de l’URSS. Il faut donc, si possible, mettre en place un guide rigide dans l’uretère pour l’aligner et pouvoir atteindre l’extrémité distale de la sonde. Enfin, la sonde double J peut être sectionnée au laser Holmium, ce qui permet de la retirer progressivement.
En 2004, le Comité Lithiase de l’Association française d’urologie publiait des recommandations sur le traitement de la lithiase urinaire en France. L’URSS n’apparaissait alors que comme une méthode « optionnelle » pour les calculs du rein de moins de 20mm essentiellement après échec de la LEC (traitement de référence) et pour le traitement des calculs de l’uretère lombaire. Pour les calculs de l’uretère iliaque, l’URSS était proposée en traitement standard comme l’URS rigide et/ou la LEC. Enfin, aucune indication spécifique pour le calcul de l’uretère pelvien, car techniquement l’URSS de l’uretère pelvien est difficile et n’a que peu d’intérêt .

Complications

Le taux de complications de l’URSS est moins important que celui de l’urétéroscopie rigide car :
  • les risques de « perforation ou d’hémorragie » sont de moins de 1 % ;
  • le risque de plaie urétérale existe en cas d’étroitesse de la lumière urétérale ;
  • le taux de sténose est de à 0,5 à 1 % ;
  • les « douleurs post-opératoires » sont minimes et le taux de colique néphrétique post-URSS est de 2 à 3 % dans les 48 premières heures ;
  • le taux de « pyélonéphrite » est de 2 à 3 % ;
  • le « taux d’échec » de progression est de moins de 10 % et le taux d’« échec d’accès au calice inférieur » est de près de 6 %.

Résultats

Le taux de succès du traitement de l’URSS :
  • pour le traitement des calculs de « l’uretère proximal » est de plus de 90 % et de 75-80 % pour les calculs rénaux. Pour les calculs caliciels inférieurs de moins de 2cm, le taux de succès est de plus de 70 % [18,19,26] ;
  • pour « l’endopyélotomie rétrograde » laser, le taux de succès est de 75 à 80 % [2,23] ;
  • pour les tumeurs de la voie excrétrice de bon pronostic (tumeur unique de moins de 15mm de diamètre, de bas grade et bas stade), le traitement endoscopique permet de conserver près de 70 % des reins mais avec un « taux de récidive » et de « re-traitement de plus 50 % » .

Conclusions

La miniaturisation du matériel d’endoscopie permet de prendre en charge par URSS rétrograde les pathologies du haut appareil urinaire. Elle est un apport diagnostique majeur pour le diagnostic des hématuries inexpliquées et des cytologies urinaires positives avec bilan étiologique négatif.
Ses indications préférentielles concernent la pathologie lithiasique amie, elle joue également un rôle non négligeable pour le traitement conservateur de certaines tumeurs de la voie excrétrice et pour le traitement des sténoses acquises ou congénitales des voies excrétrices urinaires supérieures avec une agressivité et une morbidité réduites. Le rôle de l’URSS-laser Holmium : YAG est important, mais son coût doit être évalué.
Enfin, il faut bien garder à l’esprit que la technique d’URSS est indissociable du laser Holmium : YAG et qu’il est illusoire de vouloir traiter la pathologie de la voie excrétrice supérieure sans combinaison de ces deux technologies.