Spécial AUA 2010 : Cancer de prostate, infectiologie, hyperplasie bénigne de prostate

23 octobre 2010

Auteurs : Guillaume Ploussard
Référence : Progrès FMC, 2010, 20, 3, F101-F107

Cancer de prostate (CaP)

Cancer de prostate localisé – Sélection de CaP à faible risque – Surveillance active

En reprenant les données de l’essai américain PLCO (qui n’avait pas démontré de bénéfice au dépistage du cancer de prostate sur la mortalité), les auteurs se sont intéressés aux facteurs prédictifs de mortalité spécifique et de mortalité globale (Abstract 573). Les facteurs prédictifs de mortalité spécifique au cancer de prostate étaient, comme attendus, un score de Gleason7 (RR 4,25), un stade cliniqueT2 (RR 6,78) et le taux de PSA (RR1,1). Les comorbidités étaient protectrices vis-à-vis de cette mortalité spécifique, mais étaient fortement prédictives de la mortalité due à une autre cause : âge (RR 1,04), tabagisme>40 Pa (RR 1,93), niveau d’éducation, ainsi que le score global de comorbidité. La décision de prostatectomie ou de radiothérapie était associée à un plus faible taux de mortalité, qu’elle soit spécifique ou non, suggérant leur impact sur la survie globale. La décision de surveillance du patient était associée à une plus forte mortalité spécifique et à une plus faible mortalité due à une autre cause, sans lien significatif cependant.
Les effets du dépistage du cancer de prostate (CaP) sur la continence et la sexualité ont été étudiés à partir des données de la branche suédoise de l’étude ERSPC, qui avait montré un bénéfice du dépistage sur la mortalité (Abstract 1731). Sur 1847 patients avec CaP dépistés, 829 PT ont été réalisées : 562 patients du bras « dépistage » et 267 patients du bras « contrôle ». En extrapolant les résultats fonctionnels postopératoires à 14 ans, la fréquence d’incontinence post-PT induite par le dépistage était évaluée à 14 hommes sur 10 000, et la fréquence d’impuissance induite par le dépistage à 129 hommes sur 10 000. La morbidité post-PT concernait six fois plus souvent les hommes dépistés pour le facteur « sexualité ». Ces données fonctionnelles sont importantes à prendre en compte lors de l’analyse des bénéfices-risques du dépistage du CaP.
À partir d’une base de 825 PT, des auteurs allemands ont identifié 15,6 % de cancers de prostate répondant aux critères de surveillance active et de thérapie focale comme suit : PSA<10, Gleason 6, inférieur à trois carottes positives unilatérales (Abstract 143). Sur la pièce opératoire, seulement 17 % de ces patients répondaient finalement aux critères de cancer de prostate unilatéral à faible risque. L’augmentation du score de Gleason était de 42,6 %, et 22 % d’extension extraprostatique étaient notés. Ces résultats sont cependant à nuancer, car seulement 50 % des patients avaient subi au moins dix carottes biopsiques. Les taux d’augmentation du score et du stade étaient ainsi significativement corrélés au nombre de carottes prélevées dans leur étude.
Une équipe italienne soulignait ces résultats (Abstract 932). Sur 3409 PT, un cancer pT2a était retrouvé sur la pièce opératoire dans 16 % des cas. Les paramètres cliniques de ces patients avec CaP pT2a étaient significativement plus favorables que ceux ayant un CaP pT2b-c sur la pièce opératoire. Cependant aucun de ces paramètres ne pouvait discriminer un CaP pT2a, dont la prédiction était finalement extrêmement difficile. Ainsi, seulement 14 % des patients ayant un PSA<4, un pourcentage de biopsies positives inférieur à 25 %, un toucher rectal normal et un score de Gleason 6, avaient un cancer pT2a sur la pièce opératoire.
Le remboursement des frais médicaux a été comparé entre patients optant pour une surveillance active et patients opérés par PT aux États-Unis (Abstract 1745). Les frais médicaux étaient plus élevés parmi les patients opérés au cours des trois premières années suivant le diagnostic. Les frais s’équilibraient entre les deux groupes, quatre à six ans après le diagnostic. Après six ans, les frais cumulés devenaient plus élevés parmi les patients ayant opté pour la surveillance active, avec un écart s’accentuant au cours du temps entre les deux groupes. À long terme, la surveillance active semble donc être une option plus coûteuse, comparativement au traitement radical initial .
Figure 1 : Remboursements cumulés des frais médicaux depuis le diagnostic de cancer de prostate, pour les patients opérés par prostatectomie totale (TP, diagrammes bleus) et pour les patients ayant opté pour un protocole de surveillance active (AS, diagrammes rouges).
Sur une période d’un an, toutes les biopsies de prostate du service de pathologie de Baltimore ont été revues. 855 cas ont été étudiés (Abstract 412). Onze cas de diagnostic de cancer de prostate ont été réinterprétés comme lésion atypique (neuf cas) ou comme bénin (deux cas). Une différence en termes de score de Gleason était notée dans 14,7 %, essentiellement entre les scores 6 et 7, dans le sens de la diminution du score en majorité. Le nombre de biopsies positives variait dans 9 % des cas entre lecture initiale et deuxième lecture (différence d’une carotte seulement dans 75 % des cas). Davantage de carottes positives étaient retrouvées en deuxième lecture en majorité. L’invasion périnerveuse ou l’extension capsulaire étaient plus souvent rapportées en deuxième lecture. La relecture des lames doit donc être considérée dans certains cas (avant surveillance active ?), car elle peut influencer la stratégie thérapeutique dans une proportion non négligeable.
Une large cohorte allemande de 10 349 cas de CaP opérés a étudié le suivi clinique et les données des pièces de PT des patients en fonction de la présence ou non d’une histoire familiale de CaP (Abstract 286). Les courbes de survie étaient significativement moins bonnes dans les cas avec histoire familiale : 93 % de survie à dix ans en cas de CaP sporadique (67 % des cas) versus 91 % en cas d’histoire familiale (24,2 % des cas) et 87 % en cas de CaP héréditaire (8,4 % des cas). Ces différences s’expliquaient par des cancers plus agressifs au diagnostic. En effet, en ajustant sur les groupes de risque de d’Amico, le statut familial n’influait pas sur les paramètres pronostiques.
Le taux de PSA chez les hommes âgés de moins de 50 ans permettrait de prédire le risque de développer un CaP, ainsi que l’apparition de métastases 20 à 30 ans après. Le seuil de 1,5ng/ml avant 50 ans, qui englobe environ 10 % des hommes semble être pertinent pour identifier les hommes à risque. Le risque relatif de développer un CaP était augmenté de 9,3 fois parmi les Afro-Américains et de 6,7 fois parmi les Caucasiens en cas de PSA>1,5ng/ml avant 50 ans (Abstract 1724). À l’âge de 65–80 ans, 40 % des métastases de CaP diagnostiquées concernaient les hommes ayant eu un PSA>1,5ng/ml avant l’âge de 50 ans (Abstract 1725).
Des données précliniques (Abstracts 1435, 1436) et épidémiologiques soulignent l’impact des statines sur la progression du CaP. La prise de statine avant PT a été associée à un risque diminué de facteurs histologiques péjoratifs sur la pièce de PT. À partir de la base de données américaine SEARCH, les auteurs se sont intéressés aux patients n’ayant pas de traitement par statines avant la PT (Abstract 292). Parmi ces 1280 patients, 27 % ont commencé un traitement par statines après PT. Ces patients avaient un PSA moyen avant la chirurgie significativement inférieur à ceux sans statine après PT. Après ajustement sur les paramètres cliniques et histologiques, les patients recevant une statine postopératoire avaient un risque de récidive biologique significativement plus faible avec un hazard ratio à 0,61 (p=0,02), témoignant d’une réduction du risque de 39 %. Ces résultats sont importants, mais doivent être établis dans des essais prospectifs randomisés.
À partir du suivi de 240 patients ayant opté pour un protocole de surveillance active, les auteurs se sont intéressés à l’impact du résultat histologique de la deuxième série de biopsies sur le risque de traitement différé (Abstract 2033). Soixante et un patients ont reçu un traitement radical différé en raison d’une élévation du PSA (54 %), ou de la présence d’un score de Gleason plus élevé sur une biopsie de suivi (38 %). En analyse multivariée, les facteurs prédictifs indépendants de traitement radical différé étaient le taux de PSA lors de la rebiopsie (HR 1,28 ; p<0,0005) et l’absence de cancer sur la rebiopsie systématique (HR 0,56 ; p=0,046). La probabilité de rester en surveillance active à 5 ans était de 71 % en cas de re-biopsie négative, versus 45 % en cas de rebiopsie positive .
Figure 2 : Courbes de survie sans progression des patients en surveillance active, stratifiées sur les résultats pathologiques de la rebiopsie systématique : en noir, rebiopsie négative ; en gris : rebiopsie positive (p=0,046).
La prise de poids influence le taux de PSA par un phénomène d’hémodilution (Abstract 1843). À partir d’une cohorte de 8789 hommes ayant eu en moyenne quatre dosages de PSA sur 3 ans, les auteurs ont montré une augmentation significative du PSA avec le temps, d’environ 2,9 % par an. L’existence d’une prise de poids s’accompagnait en revanche d’une diminution significative du PSA, qui était estimée à 2,1 % par 10kg de poids gagnés.
Tewari et al. ont présenté la faisabilité de l’étude des structures nerveuses péri-prostatiques par l’imagerie en fluorescence (Abstract 1444). En corrélant données d’imagerie et analyse anatomopathologique, ils ont montré que l’imagerie en fluorescence permet de distinguer et de suivre les fascias nerveux périprostatiques . L’intérêt d’une telle technique d’imagerie en temps réel serait d’améliorer en per-opératoire la dissection péri-prostatique et la préservation des fascias nerveux.
Figure 3 : Imagerie en fluorescence spontanée des fascias périprostatiques : identification des structures nerveuses en temps réel (a : nerf ; b : fibres de collagène ; c : fibre d’élastine).

Prostatectomie totale (PT)

Deux techniques de « reconstruction » du col vésical après PT robot-assistée (reconstruction antérieure pour 303 patients et restauration anatomique pour 777 patients) ont été comparées à une anastomose vésico-urétrale simple, à partir d’une cohorte de 1294 patients (Abstract 1067). Les taux de fistules urinaires et de sténose de l’anastomose étaient significativement plus faibles après restauration anatomique, comparativement aux deux autres groupes. Le taux de continence et le délai de retour à la continence étaient également meilleurs. Les auteurs n’ont cependant pas évalué le biais dû à la courbe d’apprentissage de chaque technique et de la procédure robotique, dans leur analyse.
Les taux de rechutes biologiques après PT ont été comparés en unicentrique entre PT rétropubienne (n=4824) et robot-assistée (n=1084), entre 2002 et 2008 (Abstract 1058). Le suivi médian était donc faible, de 3 ans en moyenne. À court terme, les survies sans récidive étaient équivalentes dans les deux procédures. Cependant, dans le sous-groupe des patients à faible risque selon d’Amico, les patients opérés par robot avaient une meilleure survie sans récidive comparativement à ceux opérés par voie ouverte. Cette différence devenait non significative lorsque l’analyse était limitée aux chirurgiens expérimentés, soulignant l’impact de la courbe d’apprentissage, particulièrement dans la voie ouverte rétropubienne. Aucune différence n’était rapportée dans le sous-groupe des cancers à haut risque.
Une série « historique » de CaP traités par PT a été rapportée par une équipe américaine (Abstract 585). Les survies spécifiques, sans récidive biologique et sans métastases à 30 ans de la PT étaient de 76 %, 45 %, et 81 %, respectivement. Bien que cette série évalue les résultats oncologiques sur une période de 43 ans, les résultats sont à modérer par le faible nombre de patients opérés (n=1004) et par le biais rétrospectif. Cependant, les résultats soulignent l’efficacité carcinologique de la PT à long terme, sur le plan local et de l’évolution à distance. Les facteurs pronostiques habituels étaient corrélés à l’ensemble des survies étudiées.
Dans une série australienne de 1400 PT robot-assistées, la courbe d’apprentissage concernant le taux de marges chirurgicales a été globalement estimée à 50 cas (Abstract 1863). Le taux de marges diminuait ainsi de façon importante après les 50 premiers, et s’améliorait ensuite de façon plus modérée parmi les 100 cas suivants. Ce seuil de 50 était également retenu pour les paramètres « pertes sanguines » et « temps opératoire ». Une variation interopérateur était notée concernant la courbe d’apprentissage, qui variait entre 20 et 100 cas selon le chirurgien.
L’équipe de Baltimore a étudié le risque de récidive biologique après dix ans de suivi, chez 1593 patients ayant un PSA indétectable dix ans après la PT, le but étant de savoir si la surveillance biologique pouvait être arrêtée après ces dix ans de suivi (Abstract 290). Ces patients ont été suivis encore quatre ans en moyenne. Aucun décès spécifique après 10 ans n’a été rapporté. Une récidive biologique était présente dans seulement 4 % des CaP pT2 et Gleason 6. Ce taux de récidive après 10 ans était d’environ 25 % parmi les CaP à marges positives, et atteignait 47 % en cas de CaP à grade 4 primaire et avec envahissement des vésicules séminales sur la pièce opératoire. Le suivi semble donc justifié après dix ans, au moins chez les patients présentant des facteurs histologiques péjoratifs.
L’équipe de l’institut Montsouris a souligné la supériorité du facteur co-morbidités sur l’âge dans la prédiction des complications à court terme après PT laparoscopique (Abstract 293). Les auteurs concluent à la faisabilité de la PT après l’âge de 70 ans parmi les patients sans co-morbidités majeures.
Le taux de hernie inguinale postopératoire après PT laparoscopique a été évalué à 7,4 % après voie transpéritonéale, et 3,8 % après voie extrapéritonéale, sans différence significative cependant entre les deux voies (Abstract 1758). Aucun facteur de risque n’a pu être identifié, les patients avec un BMI>25 ayant cependant plus tendance à développer une hernie postopératoire mais sans significativité statistique.
Une modification de la technique de dissection de l’apex prostatique a été présentée par Peters et al. dans le but de diminuer le taux de marges chirurgicales positives apicales (Abstract 2029). De janvier à août 2009, 374 patients consécutifs ont été opérés d’une PT robot-assistée avec soit une dissection rétro-apicale , soit une dissection antérieure conventionnelle de la jonction urétro-prostatique. Le taux de marges était significativement plus faible dans le groupe avec dissection rétro-apicale (2,2 %) que dans le groupe avec dissection classique (5,2 %). Les taux de continence et d’érections efficaces étaient comparables entre les groupes lors de l’évaluation faite à 12 semaines de la PT.
Figure 4 : Technique de dissection rétro-apicale de l’apex prostatique au cours d’une prostatectomie totale robot-assistée.

Cancer de prostate à haut risque

L’impact de la radiothérapie (RT) adjuvante a également été étudié chez les patients opérés ayant un cancer de prostate envahissant les vésicules séminales et les ganglions pelviens (Abstract 664). Dans une analyse appariant 64 patients recevant une RT adjuvante à 124 patients sans traitement par RT, la survie spécifique à dix ans était augmentée de 74,6 % à 94,7 % en cas de RT adjuvante (p=0,009). Les patients non traités par RT adjuvante avaient 4,3 fois plus de risque de mourir de leur CaP.
Cette étude conforte l’idée du traitement multimodal dans le cas de cancer de prostate à haut risque.
La même équipe a étudié l’influence du score de Gleason sur l’impact de la radiothérapie adjuvante après PT pour CaP pT2 marges positives (Abstract 1557). À partir d’une série de 1637 patients pT2R1N0, les auteurs soulignent que les patients ayant une radiothérapie adjuvante avaient une meilleure survie sans récidive biologique en cas de cancer à score de Gleason élevé 7–10 : 76 % à cinq ans versus 60 % en l’absence de radiothérapie (p<0,001). Ce bénéfice de la radiothérapie adjuvante n’était pas retrouvé parmi les CaP de score de Gleason 6. La radiothérapie adjuvante semblait donc, dans cette étude, intéressante uniquement pour les cancers pT2 de score de Gleason>6. Les données de survie globale n’étaient cependant pas rapportées.
L’équipe du Mémorial a revu 207 patients opérés par PT et ayant un curage positif afin de déterminer les facteurs prédictifs de survie chez ces patients N+ (Abstract 660). Un nombre médian de 13 ganglions avaient été enlevés. Seulement 45 patients avaient reçu une hormonothérapie adjuvante avant la récidive ; les cas de traitement néoadjuvant ou de radiothérapie adjuvante ont été exclus. Parmi ces 207 hommes, 59 % avaient un seul ganglion positif, 21 % avaient deux ganglions atteints. Dans une analyse multivariée, seuls le nombre de ganglions positifs (RR 3,1 si au moinstrois ganglions positifs versus un seul positif) et le score de Gleason sur la pièce (RR 2 si score 8 ou plus) étaient prédictifs de survie sans récidive. Un groupe à pronostic favorable pouvait ainsi être identifié : la survie sans récidive des patients ayant un cancer de score 7 ou moins et un seul ganglion positif dans le curage était bonne, de 79 % à deux ans.
Une étude de la localisation des ganglions positifs sur curage étendu a été présentée par l’équipe du Mémorial, à partir de 613 patients consécutifs opérés par voie rétropubienne (Abstract 1949). 35 patients avaient un curage positif, soit 8,2 %. Les métastases ganglionnaires étaient localisées uniquement dans le territoire ilio-obturateur dans 31 % des cas, uniquement en iliaque interne dans 26 % des cas, et uniquement en iliaque externe dans 11 %. Plus de 50 % des patients N+ seraient sous-stadifiés par un curage ilio-obturateur classique. L’intérêt d’un curage étendu est donc de nouveau souligné.
Joniau et al. soulignaient cependant que l’impact d’un curage étendu sur la survie spécifique à 5 et 10 ans n’était pas significatif, dans une cohorte de 1584 CaP à haut risque définis par un score de Gleason>7 ou un PSA>20 ou un stade T3 clinique, et ce, quel que soit le nombre de ganglions prélevés (Abstract 1061).

Cancer de prostate avancé

Les résultats d’une étude de phase II évaluant l’effet synergique d’un CTLA-4 bloqueur avec la suppression androgénique dans le cancer de prostate avancé ont été présentés (Abstract 668). 108 patients ont été randomisés : 3mg/kg d’ipilimumab avec castration chimique versus castration chimique seule. Les résultats confirmaient la synergie entre castration et ipilimumab, qui potentialise les réponses immunitaires T-lymphocytaires. Le taux de PSA était indétectable chez 55 % des patients du groupe ipilimumab contre 38 % dans le groupe témoin. Les réponses cliniques étaient également plus importantes dans le premier groupe. Les auteurs notaient cependant des toxicités de grade 3–4 dans le groupe ipilimumab à type de diarrhée et de colite dans 5 % des cas, et de modifications cutanées (vitiligo, desquamation) chez près de 30 % des patients traités.
L’apparition d’un syndrome métabolique chez les patients traités par suppression androgénique a été associée à une mortalité cardio-vasculaire accrue. Dans une étude cas-témoin, 53 patients sous castration chimique ont été appariés à 104 témoins comme suit : 52 témoins avec CaP et 52 sans CaP après série de biopsies prostatiques (Abstract 584). Au cours d’un suivi de 52 mois, la prévalence du syndrome métabolique était de 52 % pour les patients sous suppression androgénique et de 33,3 % parmi les témoins (p=0,020). La différence entre témoins avec CaP et témoins sans CaP n’était pas significative. Malgré son caractère limité, cette étude semble confirmer le lien entre suppression androgénique et prévalence élevée d’un syndrome métabolique.
Un modulateur de récepteurs aux œstrogènes (SERM), le torémifène, a été évalué chez 372 patients dans une étude randomisée multicentrique en double insu (Abstract 583). Les critères de jugement étaient la prévention des événements fracturaires osseux et l’effet sur la progression biologique. Les malades inclus devaient être sous castration chimique depuis au moins six mois et avoir un taux de PSA<4 ng/ml. Les résultats en termes de progression biologique ont été présentés : au bout de deux ans de traitement, une progression du PSA était rapportée parmi 27 % des hommes sous torémifène, versus 37,4 % des hommes sous placébo (p=0,049). Ces données soulignent donc un rôle antitumoral du SERM, en plus de son rôle dans la prévention des événements osseux (Abstract 863).

Recherche

Les microARN sont des petits ARN non codants jouant un rôle dans de nombreuses fonctions cellulaires (prolifération, apoptose). Plusieurs études ont souligné leur rôle carcinologique dans le cancer de prostate, en tant que promoteur oncogénique potentiel (miR-125b, Abstract 1299) ou au contraire, suppresseur de tumeur (miR-145, Abstract 1301), en modulant l’activité de gènes pro-apoptotiques comme p53, Bak1, TNFsf10.
De nombreuses études ont montré l’importance de chimiokines et de leurs récepteurs dans la signature métastatique et dans la propension des tumeurs à envoyer des cellules métastatiques dans des sites précis, appelés « niche métastatique ». Des chercheurs se sont intéressés au récepteur CCR9 et au gradient de l’un de ses ligands, CCL25 (Abstract 1428). À partir de données immunohistochimiques et de modèles de xénogreffes de lignées cellulaires, ils ont montré la sécrétion paracrine de CCL25 par la tumeur prostatique primitive. L’inhibition de l’axe CCR9-CCL25 par un anticorps anti-CCL25 diminuait significativement in vivo l’apparition de métastases osseuses après injection de cellules tumorales.

Infection

Dans une série de 2013 biopsies de prostate, 0,4 % d’infections urinaires nécessitant une hospitalisation (durée moyenne d’hospitalisation : 8 jours) ont été rapportées, chaque patient recevant une antiobioprophylaxie par ciprofloxacine par une injection IV (Abstract 808). Tous les patients ont été traités par céphalosporines de troisième génération (C3G) sans évolution vers un sepsis sévère. Un Ecoli a été retrouvé dans chaque ECBU : 88,9 % étaient résistants à l’ampicilline mais sensibles aux C3G. Tous étaient résistants aux fluoroquinolones. Un cas de résistance aux C3G, et traité par imipenème a été retrouvé. Les auteurs suggèrent la poursuite de l’antibioprophylaxie efficace par quinolones, et la mise en route de C3G en cas de prostatite post-biopsie.
Dans une série américaine de 769 biopsies, le taux d’hospitalisation pour prostatite post-biopsies était de 1,6 % (Abstract 609). 82 % des bactéries (Ecoli dans 83,3 % des cas) étaient résistantes à la ciprofloxacine utilisée en prophylaxie. L’administration récente d’antibiotique ressortait comme facteur associé à la survenue de prostatite post-biopsie, et les auteurs soulignaient l’intérêt de décaler d’un mois la réalisation des biopsies en cas d’infection récente.
L’ECBU sur urines mictionnelles fait en préopératoire ne reflète pas systématiquement l’infection des calculs rénaux (Abstract 611). Dans une série de 931 patients opérés par néphrolithotomie percutanée (NLPC), 41 % des patients avaient une infection retrouvée à la culture du calcul. Seulement 74 % d’entre eux avaient un ECBU positif, et le germe retrouvé correspondait à celui du calcul dans seulement 61 % des cas. Les auteurs soulignaient ainsi la nécessité d’un prélèvement bactériologique des fragments calculeux au cours de la NLPC.

Hyperplasie bénigne de prostate (HBP)

Une intéressante étude observationnelle sur 545 patients a évalué l’impact de l’efficacité d’une thérapie médicale de l’HBP (en termes d’IPSS) sur la poursuite ou non de cette thérapie (Abstract 498). Un traitement par alpha-bloquant, par inhibiteur de la 5-alpha-réductase ou par une combinaison de ces traitements était le critère d’inclusion principal. Le seuil de – 4 points d’IPSS était le critère d’efficacité du traitement. Cinq visites après instauration de la thérapie étaient évaluées en moyenne (au moins un mois après instauration d’un alpha-bloquant et au moins six mois après prescription d’inhibiteur de la 5-alpha-réductase). Quarante-huit pour cent des traitements étaient jugés inefficaces en termes d’IPSS, mais 84 % des patients poursuivaient malgré cela le traitement initial. Ces résultats indiquent que l’amélioration clinique reste fondamentale dans la poursuite du traitement (plus que le score IPSS). Le score IPSS est cependant important en tant que critère objectif d’amélioration, et une baisse inférieure à quatre points restait le seul facteur prédictif d’abandon du traitement, avec un risque relatif de 1,94 dans cette étude (p=0,035).
À partir des données du Medicare américain (cohorte de 5 % représentant 10 248 patients), les auteurs se sont intéressés au taux de patients opérés pour HBP en comparant l’évaluation initiale de l’HBP par des urologues suivant les recommandations de l’AUA (publiées en 1998 et 2003) à une évaluation faite par des urologues ne les respectant pas (Abstract 349). L’adhésion de l’urologue aux recommandations de l’AUA était significativement associée à un recours moins fréquent à la chirurgie pour HBP.
Les données de l’étude REDUCE ont été revues afin d’évaluer le rôle du dutastéride sur les symptômes de prostatite chronique (Abstract 797). Le score Chronic Prostatitis Symptom Index (CPSI) a été utilisé parmi 2682 patients randomisés bras placébo versus dutastéride. Une diminution significative de cet index était observée dans le bras dutastéride après 4 ans de traitement, dans les items « douleur » (p<0,001) et « syndrome » (p=0,003). Le traitement prolongé par dutastéride semble donc améliorer les symptômes de prostatite chronique (63,3 % de patients améliorés versus 50 % dans le groupe placébo).
Dans une série rétrospective de 13 487 participants à une semaine d’information sur la pathologie prostatique entre 2003 et 2008, les auteurs n’ont pas retrouvé d’association significative entre l’intensité de symptômes d’HBP et le taux sanguin de testostéronémie totale (Abstract 1629). Cette étude est limitée par l’absence de dosage de la testostéronémie libre et biodisponible. Les facteurs corrélés aux troubles du bas appareil étaient : âge, PSA, volume prostatique et le BMI.
La protrusion prostatique intravésicale évaluée sur l’échographie est un facteur important à prendre en compte dans l’évaluation initiale des patients souffrant d’HBP. Des auteurs coréens ont ainsi montré que les patients avec un lobe médian répondaient moins à un traitement par alphabloquants (Abstract 1635). Le seuil de 10 mm de protrusion intravésicale était retenu, et serait donc un facteur à prendre en compte afin de proposer une chirurgie plus précoce. Ces données ont également été soulignées dans une plus large étude, concluant à l’association de la taille de la protrusion avec le résidu post-mictionnel et l’efficacité d’un traitement médical (Abstract 1791).
Les données à quatre ans de l’étude CombAT (Abstract 1782) ont permis d’étudier comme critère de jugement principal l’incidence des épisodes de rétention et de chirurgie pour HBP. Le groupe de patients recevant dutastéride-tansulosine consultait significativement moins pour chirurgie ou rétention que les groupes de patients recevant dutastéride ou tamsulosine seuls. L’effet était observé quel que soit le volume prostatique, avec cependant une différence plus importante en cas de grand volume prostatique. Pour les prostates supérieures à 58cm3, la réduction du risque de chirurgie dans le groupe tamsulosine+dutastéride était estimée à 15 % comparativement au groupe dutastéride seul, et 73 % comparativement au groupe tamsulosine seul.
En reprenant les données de l’étude REDUCE (Abstract 1783), le dutastéride ne réduit pas de façon significative l’incidence de rétention d’urines et de chirurgie pour HBP parmi les patients ayant peu de symptômes (IPSS<8) et une petite glande (volume<30cm3). L’incidence de ces complications était cependant significativement diminuée par la dutastéride dans tous les autres sous-groupes (IPSS>8 ou volume>30cm3), avec notamment un risque relatif quatre fois supérieur dans le groupe placébo parmi les patients ayant à la fois un IPSS>8 et une prostate>30cm3. Les données de l’étude concurrente MTOPS avec le finastéride soulignent également ce seuil de 30cm3, quant à la réduction significative du risque de progression clinique de l’HBP (Abstract 1784). Le finastéride pourrait cependant donner moins d’effets secondaires sexuels et mammaires à long terme comparativement au dutastéride (Abstract 1786).
Dans une étude randomisée prospective, les résections monopolaire et bipolaire ont été comparées (Abstract 1901). Il n’y avait pas de différence significative en termes de temps de résection, de perforation capsulaire, et surtout en termes d’amélioration d’IPSS, de qualité de vie et de Qmax. Les pertes de liquide d’irrigation étaient supérieures dans le bras monopolaire (p<0,001), et la baisse moyenne de natrémie et d’osmolalité supérieure dans le bras monopolaire. La résection bipolaire avec sérum salé apparaissait d’efficacité comparable et plus sûre.