Sinistralité des urétérorénoscopes souples. Évaluation du parc matériel d’un service hospitalier universitaire

30 mars 2015

Mots clés : Urétérorénoscope souple, Casse, Pannes, Faisceau optique
Auteurs : J. Lasselin, L. Viart, P. Lasselin-Boyard, G. Raynal, F. Saint
Référence : Prog Urol, 2015, 25, 5, 265-273
Objectif : Évaluer les facteurs prédictifs de casse des urétérorénoscopes souples et de lésions du faisceau optique.
Matériels et méthodes : Étude rétrospective, monocentrique sur 393 interventions réalisées avec 4 urétérorénoscopes souples entre janvier 2009 et mars 2013. Nous avons analysé les facteurs liés au patient, à la pathologie et à la technique opératoire.
Résultats : Nous avons relevé 21 accidents majeurs (taux de casse : 5,34 %), 76 pertes de pixels au cours de l’entretien des endoscopes et 10 pendant la procédure. Le seul facteur prédictif de sinistre fut la durée cumulée de temps opératoire (p=0,04 ; OR=1,001 [1–1,001]). Pour les lésions du faisceau optique entre les procédures, les facteurs prédictifs étaient le modèle de l’urétérorénoscope (p=0,01 ; OR=2,558 ; IC 95 % [1,229–5,326]), l’utilisation d’instruments par la gaine de travail : le laser (p=0,02 ; OR=2,06 ; IC 95 % [1,109–3,827]) ou l’emploi de pinces endoluminales (p=0,007 ; OR=0,467 ; IC 95 % [0,269–0,809]). En per-opératoire, le nombre de chirurgie ouverte ou cœlioscopique (p=0,007 ; OR=3,105 ; IC 95 % [1,364–7,068]), la durée d’intervention (p=0,01 ; OR=1,023 ; IC 95 % [1,006–1,041]) et la durée cumulée d’intervention (p=0,003 ; OR=1,001 ; IC 95 % [1–1,002]) apparaissaient statistiquement significatifs.
Conclusion : Le seul facteur prédictif de sinistre du matériel en réparation était la durée cumulée de temps opératoire. Il n’a pas été mis en évidence de différence entre les différents urétérorénoscopes. C’est lors de la désinfection des endoscopes qu’ont lieu la majorité des lésions du faisceau optique.
Niveau de preuve : 4.


Introduction

L’urétérorénoscopie souple permet d’explorer à visée diagnostique ou thérapeutique l’ensemble de la voie excrétrice supérieure. Les principales indications sont : lithiase urinaire (la plus fréquente) , tumeurs urothéliales et explorations diagnostiques. Les urétérorénoscopes souples utilisés ont été développés au début des années 1980 par Martinez-Pineiro et Perez-Castro ; depuis, ils se sont modernisés, solidifiés et miniaturisés. Ces appareils extrêmement fins et sophistiqués sont soumis à d’importantes contraintes impliquant un certain nombre de sinistres. Leurs réparations extrêmement coûteuses entraînent des frais importants pour les établissements de soins. L’objectif de notre étude était donc de rechercher des facteurs prédictifs d’accidents majeurs impliquant l’envoi du matériel en réparation, par le biais :
  • de la perforation du canal opérateur, impliquant une perte d’étanchéité du système et donc l’impossibilité d’utilisation du matériel ;
  • de la rupture des câbles de traction, impliquant un défaut de mobilité de l’appareil dans les cavités rénales ;
  • du défaut de visibilité, impliquant une absence de sécurité totale pour le patient pendant la réalisation du geste.
Parallèlement, nous avons recherché les facteurs prédictifs de lésions du faisceau optique, par le biais de la perte de pixels sur l’image visualisée, que cela soit pendant la désinfection du matériel ou pendant le temps opératoire.


Matériels et méthodes

Notre étude monocentrique, rétrospective, entre janvier 2009 et mars 2013, a inclus 393 interventions réalisées sur 302 patients. L’ensemble des interventions a été réalisé avec 4 urétérorénoscopes (URSS) différents. Ont été exclues de l’étude, les urétérorénoscopies réalisées avec des URSS de prêt. Le recueil des données a été effectué sur le logiciel Microsoft Excel. Nous avons analysé un certain nombre de facteurs pouvant être séparés en quatre grands groupes.


Les caractéristiques propres à chaque patient

Les éléments généraux étaient l’âge, le sexe, la taille, le poids et l’indice de masse corporelle (IMC), le motif de consultation initial  :
  • pesanteur lombaire ;
  • douleurs violentes à type de coliques néphrétiques ;
  • infection urinaire ;
  • hématurie macroscopique ;
  • insuffisance rénale ;
  • découverte fortuite d’une anomalie sur la voie excrétrice supérieure sur un examen d’imagerie.
Le côté était systématiquement relevé, l’intervention pouvait être réalisée de manière bilatérale. Les antécédents urologiques sur la même voie excrétrice étaient relevés ainsi que le nombre d’urétérorénoscopies sur le même rein, et les antécédents chirurgicaux urologiques :
  • lithotritie extracorporelle (LEC) ;
  • néphrolithotomie percutanée (NLPC) ;
  • urétéroscopie rigide ;
  • chirurgie par abord direct (conventionnel ou cœlioscopique).
Nous avons recherché les particularités anatomiques pré-existantes (rein en fer à cheval, syndrome de jonction pyélo-urétéral non opéré, duplicité urétérale, bifidité urétérale), antécédents chirurgicaux (dérivation urinaire non continente trans-iléale type Bricker, entérocystoplastie, urétérostomies cutanées, syndrome de jonction pyélo-urétéral, etc.) et autres (reins pelviens, greffon rénal, etc.).


Indication

Les 393 interventions ont été divisées selon 3 grandes indications : la lithiase urinaire : nombre de calculs avant l’intervention, taille (plus grand axe en cas de calcul unique ou somme des plus grands axes en cas de calculs multiples) et localisation (caliciel supérieur, moyen ou inférieur, pyélique ou urétéral, ou localisations multiples).
Ont été identifiées, toutes les procédures où un calcul était situé dans un calice inférieur :
  • les tumeurs de la voie excrétrice : nombre avant l’intervention et localisations selon les mêmes modalités que dans la pathologie lithiasique ;
  • les explorations diagnostiques : urétérorénoscopies à but diagnostique dans le cadre de bilan d’hématurie, de cytologie positive ou de sténose urétérale.


Intervention

Pour chaque procédure, l’opérateur a été identifié. L’utilisation par les internes n’a pu de manière rétrospective être distinguée en tant qu’opérateur ou aide-opératoire.
Le geste était mené, selon l’indication et les antécédents chirurgicaux, soit par voie rétrograde, soit par voie antégrade . L’uretère était dit préparé ou non préparé, en fonction de la mise en place préalable d’une endoprothèse urétérale.


L’angle urétéro-caliciel inférieur

Chez tous les patients, l’angle urétéro-caliciel inférieur (AUCI) a été mesuré, il s’agit de l’angle entre l’axe urétéral et l’axe de la tige calicielle inférieure. Cet angle est celui entraînant les contraintes maximales sur l’URSS, en cas de travail dans le calice inférieur, étant donné la torsion infligée au matériel pendant le geste. Plus cet angle est aigu, plus l’accès au calice inférieur est difficile, plus le matériel est sollicité et donc à risque de casse. La mesure a été effectuée sur des coupes frontales scanographiques dans la mesure de l’accessibilité d’accès aux images (). Les mesures ont été effectuées à l’aide des logiciels Medasys DxMM et Osiris. En cas d’indisponibilité d’images scanographiques, les mesures ont été effectuées sur des clichés d’urographie intra-veineuse de face ou d’urétéropyélographie rétrograde.
Figure 1 : Mesure de l’AUCI.
Quand l’indication de l’urétérorénoscopie portait sur un calcul caliciel inférieur, la relocalisation du calcul était recherchée. La durée opératoire était analysée à partir de la feuille d’anesthésie per-opératoire. La durée opératoire comprend la totalité de l’intervention : de l’introduction du cystoscope à la pose de la sonde urétrale en fin d’intervention. Pour chaque procédure, nous avons analysé l’utilisation ou non d’instruments par la gaine de travail (fibre laser ou pinces endoluminales).
Lors de chaque procédure, ont été relevés, l’utilisation ou non d’une gaine d’accès urétéral en début d’intervention et l’emploi d’un ballon de dilatation urétéral pour permettre le passage de la gaine, ou à visée thérapeutique.


Le parc matériel

Le parc matériel du CHU d’Amiens est composé de 4 URSS : 3 modèles P5 du laboratoire Olympus et 1 modèle Cobra du laboratoire Richard-Wolff.


Casse et pannes


Pannes des urétérénoscopes

Étaient relevées toutes les pannes ayant amené à l’envoi du matériel en réparation (altération significative du matériel ou un problème technique empêchant l’utilisation de celui-ci). Ces données ont été relevées grâce aux devis et factures lors de l’envoi en usine.


Perte de pixels

L’évaluation du faisceau optique a été réalisée de manière prospective en comptabilisant le nombre de pixels au début de chaque procédure et à la fin de celle-ci. Ce relevé a permis de différencier la perte de pixels au cours de l’intervention du fait de l’utilisation de l’appareil, et les pertes de pixels au cours de l’entretien et du nettoyage du matériel.


Analyses statistiques

Nous avons commencé par rechercher les facteurs prédictifs de pannes des urétérorénoscopes engendrant une réparation. Une première analyse était effectuée selon une régression logistique univariée. Le seuil de significativité était fixé à 10 %. Toutes les variables dont le degré de significativité est inférieur à 0,10 (c’est-à-dire avec une valeur de p<0,10) lors de l’analyse univariée seront incluses dans la régression logistique multivariée. Ce seuil de 0,10, totalement arbitraire permet de prendre en compte des variables qui pourraient être des facteurs de confusion possible ou des facteurs d’interaction. Puis nous avons réalisé une régression logistique multivariée selon la méthode de « backward » avec les variables significatives en analyse univariée. Le seuil de significativité était alors fixé à 5 %.
Selon les mêmes analyses statistiques, nous avons recherché les facteurs prédictifs de perte de pixels entre les procédures et les pertes per-opératoires.


Résultats


Caractéristiques de notre population

Nous avons dénombré 393 procédures réalisées sur 302 patients dont 165 hommes et 137 femmes, soit un sex-ratio de 1,2 hommes pour 1 femme. L’âge allait de 16 à 88ans (médiane : 53) au moment de l’intervention. Trois cent vingt-trois patients ont bénéficié d’une urétérorénoscopie, 47 patients en ont eu 2, 15 patients en ont eu 3, 7 patients en ont eu 4 procédures et une patiente a eu 5 procédures. Les caractéristiques de notre population sont regroupées dans le .
Tableau 1 : Caractéristiques de la population.
Âge (années), médiane 46 (16–88)
Poids (kg), médiane 78 (40–150)
Taille (cm), médiane 168 (140–200)
Indice de masse corporelle (kg/m2), médiane 27 (13–53)
Urétérorénoscopies antérieures sur le même rein (nombre) 0 1 2 3
324 57 10 2
Antécédents de lithotritie extracorporelle (%) 38
Antécédents de néphrolithotomie percutanée (%) 10
Antécédents de chirurgie ouverte ou cœlioscopique (%) 4
Antécédents d’urétéroscopie rigide (%) 11
Côté (%) Droit : 50 Gauche : 47 Bilatéral : 3
Quarante-neuf interventions ont été effectuées avec des particularités anatomiques pouvant occasionner certaines difficultés dans le bon déroulement de l’intervention ().
Figure 2 : Répartition des différentes particularités anatomiques.


Caractéristiques des urétérorénoscopies

Les interventions ont été réalisées par 14 opérateurs différents, tous formés à cette procédure au CHU d’Amiens : 2 professeurs des universités et praticiens hospitaliers, 4 praticiens hospitaliers, les autres étant soit chefs de cliniques soit assistants hospitaliers dans le service.
La symptomatologie initiale amenant à chaque procédure se répartissait comme ainsi :
  • pesanteur lombaire : 31 % (123) ;
  • colique néphrétique : 30 % (117) ;
  • infection : 21 % (82) ;
  • hématurie : 5 % (18) ;
  • insuffisance rénale : 3 % (11) ;
  • découverte fortuite : 11 % (42).
Les indications d’urétérorénoscopies pouvaient se répartir selon 3 grandes familles : lithiases (356 soit 90,6 %), tumeurs urothéliales (9 soit 2,3 %) et explorations diagnostiques (28 soit 7,1 %). Pour les patients ayant subi une urétéroscopie dans un cadre lithiasique, le nombre moyen de calcul était de 1,8 (1–11), leurs tailles étaient de 16,4mm (3–73mm) en moyenne. Dans le cadre de cette procédure, il existait une localisation unique dans 218 procédures soit 61,2 % et 138 localisations pluri-calicielles soit 38,8 %. Parmi ceux-ci, une localisation calicielle inférieure était retrouvée dans 178 procédures soit 50,0 %.
Pour les patients ayant subi une urétérorénoscopie dans un cadre tumoral, le nombre moyen de tumeurs était de 1,1 (1–2). Dans le cadre de cette procédure, il existait une localisation unique dans 8 procédures sur 9 soit 88,9 %. Parmi ceux-ci, une localisation calicielle inférieure était retrouvée dans 2 procédures soit 22,2 %.
Les caractéristiques des données techniques des différentes procédures sont regroupées dans le .
Tableau 2 : Caractéristiques des procédures.
Durée (minutes) 73,75
Type d’accès (%) Rétrograde : 99 Antégrade : 1
Endoprothèse pré-opératoire (%) 54,7
Localisation calicielle inférieure (%) 45,8
Relocalisation si calice inférieur (%) 12,2
Angulation calice inférieur (degré) 49,2
Angulation calice inférieur si calice inférieur (degré) 43,2
Utilisation laser (%) 78,6
Taille fibre laser (%) 150 μ 200 μ 273 μ 365 μ
3,5 14,5 45,2 30,7
Pince endoluminale (%) 48,09
Type de pince (%) Pince en nitinol : 97,4 Pince à biopsie : 2,6
Gaine d’accès (%) 85,24
Type de drainage (%) Néant : 2,04 Sonde urétérale : 43,25 Endoprothèse type JJ : 54,45


Casse et pannes

Nous avons relevé 21 accidents majeurs ayant amené à l’envoi du matériel en réparation soit un taux de casse (accidents majeurs) de 5,34 % ainsi que 76 pertes de pixels au cours de l’entretien des endoscopes sur les 393 procédures, et 10 pertes de pixels en cours de procédure. La cause des envois en réparation était :
  • perte d’étanchéité du canal opérateur : 11 ;
  • dysfonction du système optique : 8 ;
  • défaut de déflexion : 2.
Le prix moyen de chaque réparation fut de 6616,76 euros.


Analyse statistique des envois en réparation

En analyse univariée, l’analyse des données patients, des indications opératoires ou du matériel n’a pas permis de mettre en évidence de corrélation statistiquement significative. Du point de vue de la technique de l’intervention, seule la durée d’intervention (p=0,04 ; OR=1,012 ; IC 95 % [1,001–1,023]) et la durée d’intervention cumulée par urétérorénoscope (p=0,04 ; OR=1,001 ; IC 95 % [1–1,001]) sont apparues comme des facteurs prédictifs d’engendrer une casse du matériel ().
Tableau 3 : Récapitulatif de l’analyse univariée de l’ensemble des données.
Envoi en réparation Analyse univariée (p)
Perte de pixels entre les procédures Perte de pixels per-operatoires
Données patients
Sexe 0,68 0,78 0,99
Âge 0,63 0,04 0,70
Poids 0,92 0,36 0,25
Taille 0,92 0,87 0,49
IMC 0,82 0,38 0,29
Symptomatologie 0,35 0,006 0,76
Côté 0,86 0,80 0,40
Nombre d’urétéroscopies antérieures 0,25 0,32 0,02
LEC 0,66 0,04 0,10
Nombre de LEC 0,40 0,17 0,15
NLPC 0,77 0,97 0,99
Nombre de NLPC 0,19 0,63 0,96
Chirurgie ouverte ou cœlioscopique 0,99 0,35 0,02
Nombre de chirurgies ouvertes ou cœlioscopiques 0,97 0,22 0,004
Urétéroscopie rigide 0,90 0,84 0,69
Nombre d’urétéroscopies rigides 0,59 0,93 0,67
Particularités anatomiques 1,00 0,99 0,29
Indication
Indication 0,32 0,86 0,99
Nombre 0,96 0,62 0,13
Taille 0,51 0,20 0,14
Localisation 0,58 0,53 0,59
Calice inférieur 0,14 0,36 0,56
Technique
Opérateur 0,99 0,57 1
Accès 0,99 0,98 0,99
Durée de l’intervention 0,04 0,91 0,005
Durée de l’intervention cumulée 0,04 0,38 0,0007
JJ pré-opératoire 0,82 0,28 0,34
Angulation 0,97 0,85 0,45
Relocalisation 0,97 0,30 0,67
Laser 0,79 0,07 0,39
Taille fibre laser 0,92 0,49 0,26
Pince endoluminale 0,35 0,06 0,90
Type de pince 0,22 0,16 0,99
Gaine d’accès 0,49 0,99 0,99
Type de drainage 0,48 0,37 0,16
En analyse multivariée, il n’a pas été retrouvé de corrélation significative entre la durée d’intervention lors de chaque procédure et l’envoi en réparation des urétérorénoscopes. Le seul facteur retrouvé statistiquement significatif en analyse multivariée est la durée cumulée de temps opératoire pour chaque urétérorénoscope avant chaque réparation (p=0,04 ; OR=1,001 [1–1,001]).
Avec nos résultats, nous avons élaboré des courbes de survie selon la technique de Kaplan-Meier. Le but était de décrire la dynamique de survenue des casses des urétérorénoscopes en fonction du nombre d’utilisations () ainsi que du nombre d’heures d’utilisation ().
Figure 3 : Courbe de survie de Kaplan-Meier des urétérorénoscopes selon le nombre d’utilisations (en bleu : courbe de survie ; en rouge : intervalle de confiance à 95 %).
Figure 4 : Courbe de survie de Kaplan-Meier des urétérorénoscopes selon la durée d’utilisation (en bleu : courbe de survie ; en rouge : intervalle de confiance à 95 %).


Perte de pixels entre les procédures

Parmi les différentes caractéristiques du patient ayant bénéficié d’une urétérorénoscopie souple avant la décontamination, l’âge (p=0,04 ; OR=1,018 ; IC 95 % [1,001–1,035]), la symptomatologie et les antécédents de lithotritie extracorporelle du patient (p=0,04 ; OR=1,793 ; IC 95 % [1,034–3,11]) sont prédictifs de lésions de fibres optiques au cours de la désinfection de l’endoscope.
L’utilisation de matériel dans la gaine de travail est corrélée à une perte de pixels lors de la désinfection du matériel, que cela soit l’emploi du laser (p=0,07 ; OR=1,696 ; IC 95 % [0,96–2,997]) ou l’emploi de pince endoluminale (p=0,06 ; OR=0,612 ; IC 95 % [0,369–1,016]). Mais il n’y a pas d’association significative avec leurs tailles ou leurs types.
En termes de matériel, une corrélation a été retrouvée selon la marque du matériel. En effet, l’utilisation de l’urétérorénoscope Richard-Wolf est associée à une hausse statistiquement significative de la perte de pixels entre les interventions (p=0,03 ; OR=2,149 ; IC 95 % [1,082–4,267]) comparativement aux urétérorénoscopes Olympus P5 ().
En analyse multivariée, les paramètres apparaissant comme significatifs étaient le modèle de l’urétérorénoscope (Richard-Wolf modèle Cobra ; p=0,01 ; OR=2,558 ; IC 95 % [1,229–5,326]), la symptomatologie initiale (quand celle-ci était une découverte fortuite), l’utilisation d’instruments par la gaine de travail lors de la procédure, que cela soit le laser (p=0,02 ; OR=2,06 ; IC 95 % [1,109–3,827]), ou l’utilisation de pinces endoluminales (p=0,007 ; OR=0,467 ; IC 95 % [0,269–0,809]). Il n’y a pas de corrélation statistiquement significative en analyse multivariée pour ce qui est de l’âge et des antécédents de LEC.


Perte de pixels per-opératoire

En analyse univariée, une corrélation a été retrouvée entre le nombre d’urétérorénoscopies antérieures (p=0,02 ; OR=2,492 ; IC 95 % [1,143–5,432]), le nombre de LEC (p=0,10 ; OR=5,716 ; IC 95 % [0,717–45,583]), les antécédents de chirurgie ouverte ou cœlioscopique (p=0,004 ; OR=4,06 ; IC 95 % [1,868–8,828]), les durées d’intervention (p=0,005 ; OR=1,02 ; IC 95 % [1,006–1,035]) et les durées cumulées d’utilisation des urétérorénoscopes sont prédictives de perte de pixels per-opératoire (p=0,0007 ; OR=1,001 ; IC 95 % [1,001–1,002]). Il existe une corrélation entre l’utilisation de l’urétérorénoscope Richard-Wolf et la perte de pixels per-opératoire (p=0,07 ; OR=0,309 ; IC 95 % [0,088–1,092]). Il n’y a pas de différence significative entre les 4 modèles utilisés. La différence existe uniquement entre Olympus et Wolf ().
Après analyse des facteurs significatifs en analyse univariée, seuls le nombre de chirurgies ouvertes ou cœlioscopiques (p=0,007 ; OR=3,105 ; IC 95 % [1,364–7,068]), la durée d’intervention (p=0,01 ; OR=1,023 ; IC 95 % [1,006–1,041] et la durée cumulée d’intervention (p=0,003 ; OR=1,001 ; IC 95 % [1–1,002]) apparaissent comme statistiquement significatifs.


Discussion

Nous avons souhaité analyser les causes de sinistres des urétérorénoscopes souples au sein du service d’urologie du CHU d’Amiens. L’objectif était d’évaluer les facteurs prédictifs d’envoi du matériel en réparation et de lésion du faisceau optique analysée par le biais de la perte de pixels. Le but étant de pouvoir modifier certaines habitudes ou indications opératoires pour limiter la sinistralité des urétérorénoscopes et diminuer, si possible, les coûts d’entretien et de réparation.
Notre population était importante ; en effet, la plupart des études publiées sur la casse et les pannes de matériel dans les services d’urologie rapportent des séries de 100 à 200 procédures [4–8]. L’étude de Carey et al. rapporte quant à elle une série de 654 procédures dans un seul centre, apparaissant comme une des plus importantes séries sur l’évaluation du matériel. Certaines publications rapportent des populations bien plus importantes mais celles-ci ont étudié l’ensemble des retours pour casse à l’usine comme l’étude de Canales et al. qui rapportent les résultats de 341 réparations chez Olympus . Avec 393 procédures chez 302 patients, il s’agit d’une des plus grandes cohortes monocentriques.
Dans notre étude, seule la durée cumulée était statistiquement significative en analyse multivariée (p=0,04 ; OR=1,001 [1–1,001]). Notre étude étant rétrospective, nous n’avons pu évaluer de manière précise le temps d’utilisation de l’URSS au cours de l’intervention. La durée opératoire comprenait l’ensemble du geste chirurgical, de l’introduction du cystoscope dans le canal urétral, à la mise en place du drainage urétéral. La durée d’utilisation de l’URSS est donc surestimée. Nous avons considéré que sur l’ensemble des procédures, la durée opératoire sans utilisation de l’URSS était relativement similaire. Seule une étude prospective avec un relevé précis de la durée d’utilisation de l’URSS pourrait fournir des données plus précises. Carey et al. rapportent dans leur série que le facteur prédictif de pannes le plus important était l’âge de l’urétérorénoscope souple, mais aussi une réparation antérieure sur l’urétérorénoscope . Cette étude portait sur 4 urétérorénoscopes également et a retrouvé une diminution significative du nombre d’utilisations après chaque envoi en réparation (44 avant la première réparation, 11,1 avant la deuxième réparation). L’analyse de la littérature ne retrouve pas de facteurs communs évidents prédictifs de casse, pouvant faire réellement faire modifier notre technique opératoire ou notre prise en charge thérapeutique. Mais certains éléments semblent ressortir des différentes analyses ; ainsi, Traxer a élaboré un certain nombre de « conseils » de bonnes pratiques pour optimiser la longévité des urétérorénoscopes souples .
La littérature est extrêmement pauvre sur l’analyse des facteurs prédictifs des lésions du faisceau optique. Aucune étude n’a recherché les facteurs de risque de perte de pixels. Cette étude est donc la première à réaliser cette analyse. Cette évaluation de la perte de pixels est un point fort de notre étude car elle a été évaluée de manière prospective sur l’ensemble des procédures. Nous avons donc différencié la perte de pixels per-opératoire et entre les procédures lors de la désinfection du matériel.
Parmi les facteurs prédictifs analysés comme statistiquement significatifs, apparaît le modèle de l’urétérorénoscope. Le modèle Olympus P5 présente un faisceau optique plus résistant que le modèle Richard-Wolf Cobra.
L’utilisation d’outils dans la gaine de travail lors de l’intervention précédant la désinfection en cause apparaît comme un facteur prédictif de perte de pixels (p=0,06 et 0,07). Le passage à répétition d’instruments fragilise peut-être a minima l’urétérorénoscope expliquant de possibles lésions du faisceau optique. Cependant, ni la taille des fibres, ni le type de pince n’influencent ces lésions.
En analyse multivariée, le nombre de chirurgie ouverte ou cœlioscopique, la durée d’intervention et la durée cumulée d’intervention apparaissent comme des facteurs prédictifs de perte de pixels per-opératoire. Ces antécédents de chirurgie (et surtout leur nombre qui apparaît comme significatif) sont probablement le reflet d’une longue histoire de calculs complexes et difficiles à traiter, ces difficultés peuvent potentiellement expliquer la hausse du risque de casse, mais ceci n’a jamais été rapporté dans la littérature. L’augmentation du temps opératoire entraîne un risque plus élevé d’endommager le faisceau optique. Cette augmentation du temps opératoire peut être due à des calculs volumineux, plus durs, ou à cause de contraintes anatomiques. Ces différents facteurs peuvent favoriser la perte de pixels.
Notre étude a mis en évidence que les lésions du faisceau optique (évalué par la perte de pixels) ont lieu essentiellement lors de l’entretien des URSS, 76 contre 10 pertes de pixels en cours de procédures. Cela pose donc la question de l’entretien des endoscopes et ouvre la voie d’une étude sur l’évaluation du bon entretien des endoscopes pour éviter ces dommages. De même, le stockage des endoscopes lors de leur entretien (lors du trempage de décontamination) dans des boîtes impliquant une déflexion permanente pourrait-il influencer une usure précoce du matériel ?


Conclusion

Notre étude a montré que le seul facteur prédictif d’envoi du matériel en réparation était la durée cumulée de temps opératoire pour chaque urétérorénoscope. Il n’a pas été mis en évidence de différence entre les différents urétérorénoscopes.
Les facteurs prédictifs de lésion du faisceau optique en per-opératoire sont le nombre de chirurgies ouvertes ou cœlioscopiques, la durée d’intervention et la durée d’intervention cumulée.
C’est lors de la désinfection des endoscopes que le taux de perte de pixels est le plus important. Les facteurs prédictifs de dommages sont l’utilisation d’instruments par la gaine de travail (laser ou pinces) lors de la procédure précédant la décontamination. Nous avons retrouvé également un risque plus important de lésion du faisceau optique avec l’urétérorénoscope Richard-Wolf (Cobra) qu’avec l’urétérorénoscope Olympus (P5).
Il conviendrait d’évaluer les techniques et les pratiques de désinfection des endoscopes pour expliquer les lésions du faisceau optique. Ceux-ci, par une altération progressive de la qualité de l’image, sont la cause d’une part importante des envois en réparation.


Déclaration d’intérêts

Les auteurs n’ont pas transmis de déclaration de conflits d’intérêts.