Rétention aiguë d'urine sur prostatite aiguë : sonde vésicale ou cathéter sus-pubien ?

09 avril 2009

Mots clés : Prostatites, rétention aiguë d'urine, cathéter sus-pubien, Sonde vésicale
Auteurs : Franck Bruyère, Benjamin Faivre d'Arcier
Référence : Progrès FMC, 2009, 19, 4, F123-F125
La rétention vésicale complète est un des symptômes associés aux prostatites aiguës bactériennes. Dans ce cas, le sondage vésical est classiquement contre-indiqué. Néanmoins, à la lecture de la littérature, il semble exister plus de risque à poser un cathéter sus-pubien qu’une sonde trans-uréthrale, à condition de respecter les bonnes pratiques de mise en place et de surveillance des sondes vésicales.

Introduction

La rétention vésicale complète est un des symptômes associés aux prostatites aiguës bactériennes . Classiquement, il a été suggéré que la mise en place d’un cathéter sus-pubien en était le traitement optimal car la pose de sondes vésicales (par voie) trans-urétrale pouvait obstruer les conduits urétraux, ce qui serait à l’origine du développement d’abcès prostatique [2-5]. Il nous est apparu opportun de rédiger une revue de la littérature sur le sujet afin de confirmer ce dogme admis depuis des générations mais contredit par certains.

Discussion

Une des explications de l’origine des prostatites est le reflux d’urine dans les canaux intraprostatiques, qui semble être l’élément clef dans la constitution de la prostatite. Kirby avait instillé des particules de carbone dans la vessie de malades atteints de prostatites chroniques. Ces particules ont été retrouvées dans les macrophages des sécrétions prostatiques ainsi que dans les canaux glandulaires intraprostatiques lors d’une analyse anatomopathologique de pièce opératoire . Les mêmes conclusions ont été avancées pour les prostatites aiguës .
Le reflux d’urine serait par ailleurs à l’origine d’une augmentation de métabolites contenant des purines et pyrimidines responsables de l’inflammation . Des essais d’utilisation d’allopurinol ont été entrepris dans le but de diminuer ces purines, mais les résultats sont ambigus et le contrôle des résultats n’a pas pu prouver l’intérêt de l’allopurinol dans cette indication . Le bénéfice potentiel d’anti-inflammatoires, de modulateur d’immunité et d’inhibiteur des cytokines rend ces classes médicamenteuses potentiellement utiles dans les prostatites chroniques sans que nous puissions en apporter la preuve scientifique.
Certains auteurs ont montré que 60 % des malades atteints de prostatites avaient une hypertrophie du col de la vessie et il a été avancé qu’en cas de rétention ou d’extrême dysurie, les alphabloquants pouvaient raccourcir le délai de retour à des mictions satisfaisantes. Barbalias et al. ont revu 270 cas de prostatites chroniques non bactériennes (catégorie 3A), d’algies chroniques périnéales de l’homme (prostatodynie ou catégorie 3B) et de prostatites chroniques bactériennes (catégorie 2) . Une antibiothérapie a été administrée, associée à un traitement par alphabloquants (alfuzosine ou térazosine) pour les patients des catégories 3A et 3B, et 50 % de ceux de la catégorie 2 pendant une durée de huit mois. Au total, 40 % de la catégorie 2, 47 % de la catégorie 3A et 58 % de la catégorie 3B avaient une disparition de leurs symptômes après un mois de traitement. L’adjonction d’alphabloquants au traitement antibiotique diminuait de façon significative les symptômes urinaires quelle que soit la catégorie à laquelle appartenaient les patients. Cette étude concluait donc qu’il existait un intérêt à recourir aux alphabloquants dans les prostatites chroniques bactériennes avec symptômes mictionnels. Il n’y a cependant pas d’étude de phase 3 bien menée et démontrant l’intérêt des alphabloquants comparés au placebo dans la prostatite aiguë avec symptômes mictionnels.

Qu’en est-il du drainage vésical ?

De nombreux textes ont affirmé qu’il fallait recourir à un cathétérisme sus-pubien (habituellement mis en place par ponction percutanée sous anesthésie locale) chez les patients en rétention vésicale complète ou extrêmement dysuriques en cas de prostatite aiguë. Cette recommandation est présente dans de nombreux volumes médicaux servant à l’éducation des jeunes urologues [12, 13] sans que l’implication des sondes urétrales dans l’apparition d’abcès prostatique en période de prostatite aiguë n’ait jamais été prouvée . Dans la majorité des cas, un cathétérisme urétral par une sonde de petit diamètre peut donc être approprié.
Horgan et al. ont rapporté, sur une population de sujets drainés au long cours et suivis sur une période de trois ans, que le cathéter sus-pubien était associé à moins d’infections urinaires (18 versus 40 %, p<0.05) et moins de sténoses de l’urètre (0 versus 17 %, p>0.01) que le sondage urétral . Le cathéter sus-pubien offre par ailleurs l’avantage de pouvoir être clampé et de permettre ainsi la mesure de résidu post-mictionnel. Quant au sondage trans-urétral, il nécessite des ablations et des remises en place de sonde en cas d’échec de tentative de désondage.
La morbidité du cathéter sus-pubien n’est cependant pas nulle. Ce cathéter est associé à plus d’hématuries et plus d’obstructions de cathéter que les sondes urétrales, qui sont associées à plus de fuites urinaires . De nombreuses complications ont été rapportées après mise en place de cathéter sus-pubien : cathéter noué autour d’une sonde urétrale ou sur lui-même [16, 17], perforation colique ou grélique , complications liées à l’anesthésie locale , saignements sur l’orifice du cathéter , perforation de l’artère iliaque. Une étude rétrospective a montré que les complications liées à la mise en place de cathéters sus-pubiens étaient aussi fréquentes qu’ils soient posés par un senior ou par des jeunes urologues en milieu de formation . Un cas de décès a même été rapporté lors de la mise en place d’un cathéter sus-pubien .
Conclusion
En conclusion, les complications faisant suite à la pose d’un cathéter sus-pubien apparaissent dans 10 à 29 % des cas avec 2,7 % de lésions intestinales. Nous devons donc tenir compte de ces complications potentielles et parfois préférer le sondage urétral lors de rétentions vésicales post-prostatites aiguës. Un sondage vésical trans-urétral peut être réalisé à condition de respecter les recommandations de bonne pratique et de ne pas fausser l’évolution diagnostique.

Conflit d’intérêt

Aucun.