Place de la cystoscopie en lumière fluorescente dans la prise en charge des tumeurs de vessie non infiltrant le muscle

03 septembre 2015

Mots clés : Tumeurs de vessie non infiltrant le muscle, cystoscopie, Diagnostic, Récidive, Coût–efficacité, indications
Auteurs : G. Pignot
Référence : Prog Urol, 2015, 25, 10, 607-615
La cystoscopie en lumière fluorescente vise à faciliter la détection des lésions tumorales vésicales afin d’optimiser l’exhaustivité de la résection. Nous avons réalisé une analyse à partir des données de la littérature sur la base Medline et selon les recommandations PRISMA. Plusieurs méta-analyses ont confirmé l’intérêt de la cystoscopie en lumière fluorescente en termes d’amélioration du taux de détection et de la survie sans récidive par rapport à la cystoscopie conventionnelle en lumière blanche. Ces bénéfices contrebalancent le surcoût initial lié à l’acquisition du matériel spécifique, permettant de facto une réduction des dépenses de santé. Les indications varient en fonction des sociétés savantes et doivent tenir compte des capacités d’équipement et de logistique propres à chaque centre. L’objectif de ce travail est de faire une mise au point sur la place et l’intérêt de la cystoscopie en fluorescence dans la prise en charge des TVNIM en 2015.


Introduction

Le cancer de vessie est un véritable problème de santé publique, avec une estimation de 166 583 nouveaux cas diagnostiqués et 58 742 décès en rapport avec la maladie en Europe en 2012. En France, cette pathologie, avec 11 965 nouveaux cas estimés en 2012 dont 80 % chez l’homme, occupe la 5e place en incidence et 7e rang des décès tous cancers confondus et constitue le second cancer urologique après celui de la prostate . Le carcinome vésical est responsable de 3 % des décès par cancer. Son incidence est en augmentation d’environ 1 % par an. La plupart des patients sont diagnostiqués au stade non infiltrant. Les tumeurs de vessie non infiltrant le muscle (TVNIM) posent le double problème du risque de récidive (jusqu’à 61 % à 1an et 78 % à 5ans) et de progression (jusqu’à 17 % à 1an et 45 % à 5ans) .
La résection transurétrale de vessie (RTUV) est le premier temps diagnostique et thérapeutique des TVNIM et la qualité de la résection est une des clés de la prise en charge. Elle doit être complète et profonde, avec présence de faisceaux du détrusor . La stratégie de suivi et l’indication d’instillations adjuvantes dépendent des résultats de la résection qui doit donc être la plus exhaustive possible. Une résection incomplète, avec persistance de lésions tumorales méconnues, peut être un facteur de risque non négligeable de récidive précoce .
La cystoscopie en lumière fluorescente est une nouvelle technologie visant à faciliter la détection des lésions tumorales non visibles en cystoscopie traditionnelle en lumière blanche afin d’en réaliser l’exérèse la plus complète possible. Les données actuelles de la littérature s’accordent à dire qu’elle permet une optimisation de la prise en charge des TVNIM avec un impact significatif sur la survie sans récidive [5–7]. Disponible dans le commerce en Europe depuis 2006, son utilisation varie cependant énormément d’un hôpital à un autre, et d’un pays à l’autre, dépendant en partie de la disponibilité des équipements et des modalités locales de remboursement.
L’objectif de ce travail est de donner une vision exhaustive et systématisée de la place et de l’intérêt de la cystoscopie en fluorescence dans la prise en charge des TVNIM en 2015.


Matériels et méthodes

Les données sur la cystoscopie en fluorescence ont été explorées dans Medline (http://www.ncbi.nlm.nih.gov) en utilisant les mots clés MeSH suivants ou une combinaison de ces mots clés : bladder cancer ; cystoscopy ; fluorescence ; CIS.
Les articles et méta-analyses ont été sélectionnés selon leur méthodologie, leur langue de publication (anglais/français), leur pertinence par rapport au sujet traité et leur date de publication (entre 1998 et 2015). Les modalités de sélection sont détaillées dans un flow diagram selon les recommandations PRISMA () .
Figure 1 : Flow diagram représentant les modalités de sélection des articles pertinents.


Principe de la cystoscopie en lumière fluorescente


Rationnel

Il s’agit d’une technique qui renforce le contraste visuel entre les cellules bénignes et les cellules malignes par l’interaction d’une lumière spécifique sur un agent photosensibilisant présentant une affinité particulière pour les cellules néoplasiques. Après excitation en lumière bleue (longueur d’onde=380–470nm), la cellule tumorale va émettre une fluorescence dans la bande rouge, renforçant le contraste visuel entre la tumeur et la muqueuse saine, facilitant ainsi sa détection (Fig. 2 et 3). À l’inverse, l’urothélium normal n’émet aucun signal fluorescent au cours de la cystoscopie de fluorescence en lumière bleue.
Figure 2 : Tumeur papillaire développée aux dépends de la face latérale droite de la vessie. A. En lumière blanche. B. En lumière bleue.
Figure 3 : Lésion de carcinome in situ développé aux dépends du dôme vésical. A. En lumière blanche. B. En lumière bleue.
Il existe différents agents photosensibilisants, dont les deux principaux sont l’acide 5-aminolévulinique (5-ALA) et l’héxaminolévulinate (HAL). Le 5-ALA a été le premier à être administré par voie topique pour le photodiagnostic des tumeurs de la vessie . Il induit in situ la formation endogène transitoire de porphyrines photoactives, qui sont sélectivement accumulées dans les cellules cancéreuses. Il dispose d’une faible biodisponibilité ce qui nécessite de fortes concentrations, un temps de contact avec la muqueuse urothéliale supérieur à une heure et au final une distribution relativement hétérogène du marqueur au sein du tissu tumoral.
Le HAL, un dérivé lipophile du 5-ALA, augmente la production de porphyrines, tout en réduisant le temps de synthèse et à une dose bien inférieure au 5-ALA, ce qui permet ainsi de réduire le temps d’instillation dans la vessie et d’améliorer la détection des tumeurs. Il est en effet plus lipophile avec une meilleure pénétration cellulaire, un temps de contact nécessaire inférieur à une heure, et une fluorescence deux fois supérieure pour une concentration moindre . Seul le HAL (Hexvix®) a l’AMM en France depuis le 12/08/2005.
Sa tolérance est bonne et les effets indésirables les plus courants sont également ceux observés en cas de cystoscopie classique en lumière blanche, davantage liés à la procédure de résection (hématurie, dysurie, et spasmes vésicaux).


Bon usage de la fluorescence et organisation au sein de l’équipe soignante

L’organisation logistique est fondamentale pour le respect des bonnes pratiques permettant d’optimiser l’apport de la fluorescence au quotidien. À chaque étape, l’équipe médicale et paramédicale doit être impliquée. Pour l’instillation endo-vésicale initiale de l’agent photosensibilisant, l’infirmière vérifiera la date de péremption sur le flacon et respectera les règles de bonne pratique pour le sondage. Après vidange vésicale, une solution d’Hexvix® sera instillée dans la vessie après reconstitution (dilution du flacon de 85mg de poudre lyophilisée d’Hexvix® dans 50mL de solvant fourni dans chaque kit). Cette instillation se fait le plus souvent en salle d’hospitalisation, plus rarement directement au bloc opératoire. L’infirmière rappellera au patient de garder le produit dans la vessie 1heure sans aller uriner ; afin d’améliorer le contact avec la muqueuse vésicale et d’imprégner l’ensemble des parois vésicales, le patient pourra alterner régulièrement entre le décubitus ventral, latéral ou dorsal. Les faux-négatifs sont liés dans la majorité des cas à un vice de procédure lors de l’instillation initiale.
Au bloc opératoire, les délais doivent être respectés afin de permettre une évaluation optimale par rapport à l’horaire d’instillation. La réalisation d’une cystoscopie en lumière bleue nécessite l’utilisation d’un matériel endoscopique spécifique comprenant une optique avec filtre jaune, une caméra avec un mode fluorescence, un câble de lumière froide adapté (non autoclavable) et une source de lumière (LB xénon) capable de provoquer une excitation lumineuse bleue. Le matériel nécessaire doit être disponible, en vérifiant auparavant la bonne qualité de la vision au niveau de l’optique et la puissance du câble utilisé. La stérilisation après procédure se fera également de façon précautionneuse afin de ne pas détériorer le matériel et permettre une utilisation pérenne dans le temps.


Faux-positifs

Il s’agit donc d’un diagnostic photodynamique (PDD) et l’interprétation des résultats dépend de l’expérience du chirurgien. La vision tangentielle au niveau de l’urètre prostatique, du col vésical et du trigone peut être source d’une fluorescence modérée, non tumorale. C’est un faux-positif classique par sommation de la faible fluorescence de l’urothélium normal qui n’est pas discernable autrement.
Certains faux-positifs peuvent être observés en cas d’inflammation, de RTUV récente ou de traitement endo-vésical par BCG dans les 3mois précédant le geste. C’est l’accumulation de protoporphyrine IX dans les tissus de granulation, notamment post-BCG, qui conduit à une fluorescence anormale, bien que non tumorale, en lumière bleue. Certains auteurs ont rapporté que, dès 6semaines après la dernière instillation, le risque de faux-positifs commence à être compensé par le bénéfice lié à l’identification de lésion persistante [11,12]. Avec l’expérience et l’amélioration de la qualité du matériel, le taux de faux-positifs en lumière fluorescente tend à rejoindre celui en lumière blanche .
Cependant, la détection de lésions planes non tumorales semblent en augmentation depuis l’utilisation de la lumière fluorescente et doit faire l’objet d’une réflexion spécifique pour définir leur rôle dans l’histoire naturelle de la tumorigenèse vésicale. Ainsi, les pathologistes sont confrontés à des lésions dont les caractéristiques morphologiques sont difficiles d’interprétation et pour lesquelles le consensus inter-observateurs n’est pas toujours établi : il s’agit des hyperplasies (notamment hyperplasies papillaires qui pourraient correspondre à des précurseurs des lésions papillaires non infiltrantes de la vessie) des atypies (notamment réactionnelles après radiothérapie ou chimiothérapie et jusqu’à 3mois après une résection endoscopique de vessie), des lésions métaplasiques et dysplasiques . Le rôle et l’implication de l’anatomopathologiste dans l’interprétation des résultats sont donc fondamentaux.


Données d’efficacité clinique

La plupart des études prospectives et méta-analyses dans la littérature soulignent les avantages de la cystoscopie en lumière bleue par rapport à la cystoscopie traditionnelle en lumière blanche en termes d’augmentation de détection et de réduction du taux de récidive [5,7,15–17]. La méta-analyse de Yuan et al. a inclus 11 études évaluant l’utilisation de HAL ou de 5-ALA, avec un taux de récidive global de 32,7 % pour le groupe ayant été opéré avec lumière bleue (versus 47,8 % en lumière blanche) (p<0,00001) . Le délai avant la première récidive était également allongé de 1,7mois en cas de résection initiale en lumière bleue (p<0,0001). Il existait un impact en termes de survie sans récidive à 1an (p<0,00001) mais sans impact significatif sur la survie sans progression à 1an (p=0,39). La méta-analyse de Burger et al. quant à elle, a porté sur 2212 patients inclus dans 9 études, avec une méthodologie plus robuste puisque ne considérant que les études ayant utilisé l’HAL . Le taux de détection était significativement meilleur en cas d’utilisation de la lumière bleue (95 % versus 86 %, p<0,001). Ainsi, 22,6 % des patients pris en charge pour TVNIM avaient une ou plusieurs lésion(s) supplémentaire(s) détectée(s) en lumière bleue et non vue(s) en lumière blanche (p<0,001), avec un odds ratio de 4,9 pour les tumeurs de stade Ta et de 2,3 pour les tumeurs de stade T1. Le bénéfice est encore plus marqué pour les lésions de Cis pour lesquelles le taux de détection était de 95 % en cystoscopie en lumière bleue versus 59 % en lumière blanche (p<0,001). Le taux de récidive global était de 34,5 % (versus 45,4 %, p<0,006), sans différence significative en termes de délai avant la première récidive.
Même chez les patients à faible risque de récidive, le bénéfice apporté par la lumière fluorescente était significatif, avec une réduction du risque de récidive à 12mois, de 34,7 % en lumière blanche à 17,9 % en lumière bleue (p=0,029) . Cet impact positif s’explique très logiquement. En effet, le manque d’exhaustivité dans l’évaluation en lumière blanche peut entraîner une sous-évaluation du groupe de risque de la TVNIM et conduire à une mauvaise stratégie thérapeutique. Ainsi, une lésion considérée comme unifocale au diagnostic initial en raison d’une seule tumeur apparente en lumière blanche, et sans résection de second look effectuée si cette lésion est de bas grade, sera classée à tort comme à faible risque de récidive et progression selon les critères de l’EORTC, et ne bénéficiera pas d’instillations endo-vésicales complémentaires. La surveillance cystoscopique pourra conclure à une récidive précoce par détection d’un résidu tumoral lors du premier suivi cystoscopique. Dans une récente étude prospective multicentrique observationnelle espagnole, comparant la lumière bleue en complément de la lumière blanche versus lumière blanche seule, l’amélioration significative de la sensibilité de détection des lésions tumorales était confirmée pour tous types de tumeurs non infiltrantes, plus particulièrement pour les lésions Ta et le CIS .


Aspect médico-économique


Utilisation de la lumière fluorescente en France

L’utilisation de la fluorescence n’est pourtant pas univoque et l’on estime qu’actuellement en France moins d’un quart des centres sont équipés, avec une meilleure pénétration dans les centres privés (65 % versus 35 % dans le public, probablement en rapport avec les problèmes de logistique inhérents aux grosses structures hospitalières). La sortie de la « liste en sus » transitoire du 1er mars 2012 au 1er mars 2014 a eu pour impact une baisse de l’équipement dans le secteur privé. De plus, parmi les 200 centres actuellement équipés, seuls une centaine utiliseraient régulièrement la technologie fluorescente, ce qui traduit là encore très probablement des difficultés en termes de logistique et d’organisation.


Contraintes de coûts et de ressources

La nécessité d’un équipement spécifique peut constituer une limite non négligeable à l’extension des pratiques. Le matériel nécessaire implique un surcoût de l’ordre de 5000euros. La question de la rentabilité a récemment été évaluée [18,19]. Le risque de récidive et de progression inhérent aux TVNIM est une charge importante en termes de ressources de soins de santé, avec des coûts de durée de vie parmi les plus élevés de tous les cancers . Les données récentes confirment que le bénéfice obtenu en termes de réduction des coûts liés aux hospitalisations répétées pour récidives tumorales contrebalance à 5ans le coût lié à l’utilisation du matériel, avec un impact économique positif au final . Dans une récente étude coût–utilité appliquée au système de soins français, Rouprêt et al. ont souligné que l’utilisation du diagnostic photodynamique entraînait une augmentation du nombre d’années de vie pondérées par la qualité de vie (0,075 QALY) et une réduction de 670euros des coûts induits par rapport à la prise en charge conventionnelle en lumière blanche .


Une sélection optimale des patients


Recommandations

Si l’amélioration de la détection de lésions tumorales et l’impact sur la survie sans récidive sont reconnus de façon consensuelle par les différentes sociétés savantes (avec un niveau de preuve 2), les recommandations concernant les indications d’utilisation varient pourtant considérablement en fonction des époques et en fonction des pays ().
Tableau 1 : Recommandations sur l’utilisation de la cystoscopie en lumière fluorescente pour le diagnostic des TVNIM selon les sociétés savantes française et européenne.
AFU 2010 AFU 2013 EAU 2013 Consensus européen 2014
a Pour les lésions vésicales multifocales ou de diamètre>3cm.
Primo-résection X X
Second look X
Récidive tumorale X X
Suivi après antécédent de TVNIM à haut risque X X X X
Cytologie positive sans lésion en lumière blanche (suspicion de CIS) X X X X
Suivi cystoscopique ambulatoire
Voie excrétrice supérieure
TVNIM : tumeurs de vessie non infiltrant le muscle ; AFU : Association française d’urologie ; EAU : Association européenne d’urologie.
Ainsi, en 2011, l’Association européenne d’urologie (EAU) recommandait de limiter l’utilisation de la fluorescence aux patients suspects d’avoir une tumeur de haut grade (cytologie urinaire positive, antécédent de tumeur de haut grade) , alors que l’Association française d’urologie (AFU) retenait également toutes les situations à risque de résection incomplète et de tumeur résiduelle (situations pour lesquels une résection de second look est également recommandée), notamment en cas de tumeur de vessie multifocale ou volumineuse (>30mm) .
En 2013, les recommandations de l’AFU s’alignent davantage sur celles de l’EAU, en limitant les indications de fluorescence vésicale aux suspicions de lésions à haut risque : cytologie de haut grade isolée sans lésion visible à la cystoscopie en lumière blanche, antécédent de tumeur à haut risque T1G3 et/ou CIS (exposant au risque de sous-stadification tumorale pouvant impacter le choix du traitement) . Ces restrictions prennent probablement en considération l’impact de la résection de second look sur la détection d’éventuelle lésion résiduelle dans les situations considérées comme à risque de résection incomplète.
Le récent consensus européen recommande la réalisation d’une cystoscopie en lumière fluorescente pour tous patients pris en charge pour une TVNIM .


Primo-résection

Le manque d’exhaustivité dans l’évaluation en lumière blanche à la primo-résection peut conduire à une sous-évaluation du groupe de risque de la TVNIM et à une modification de la stratégie de prise en charge. Le récent consensus européen recommande la réalisation d’une cystoscopie en lumière fluorescente pour tous patients pris en charge pour une primo-résection de TVNIM (sauf en cas de suspicion de TVIM, rendant la résection nécessairement incomplète). Le bénéfice obtenu s’observant pour tous les types de tumeurs (Ta, T1 et Cis) et indépendamment du risque de récidive , les auteurs soumettent l’hypothèse que la récidive précoce dans les trois premiers mois témoigne probablement d’une résection initiale incomplète (tumeur résiduelle) et constitue un facteur pronostique péjoratif qu’il est possible d’améliorer. En cas de lésions multiples par exemple, il peut être difficile de déterminer l’ampleur et l’emplacement exact de l’ensemble des lésions tumorales par la simple cystoscopie en lumière blanche. De même, l’utilisation de la fluorescence en fin de procédure peut permettre de contrôler le caractère sain des berges de résection. L’amélioration de l’exhaustivité du bilan cystoscopique et de la qualité de la résection pourrait également constituer une aide dans la formation des internes et jeunes chirurgiens, selon certains auteurs . Ce récent consensus européen pondère cependant ces conclusions en tenant compte des considérations logistiques et économiques propres à chaque pays. Ainsi, la décision d’utiliser la cystoscopie en fluorescence en primo-résection peut être discutée en tenant compte des données de la fibroscopie sous anesthésie locale réalisée préalablement en consultation ; les patients ayant une petite lésion, unifocale, papillaire et supposée de bas grade pourraient être exclus. L’intérêt de la fluorescence en primo-résection doit aussi être évalué en tenant compte de l’impact potentiel d’autres stratégies diagnostiques ou thérapeutiques nouvellement intégrées dans la prise en charge des TVNIM. En cas de réalisation d’une instillation postopératoire précoce (IPOP) par exemple, les résultats semblent discordants, en ce qui concerne l’impact de la fluorescence sur le taux de récidive [25,26]. La même interrogation peut se poser en cas d’indication à une résection de second look systématique pour tumeur à haut risque, impactant à elle-seule sur l’exhaustivité de la résection et le risque de récidive.


Second look

Il existe probablement un intérêt tout particulier dans les résections de second look des tumeurs à haut risque, pour confirmer le caractère complet de la résection initiale et éliminer d’éventuelles lésions supplémentaires (notamment Cis), améliorant ainsi notablement la gestion de ces patients. Là encore, l’exhaustivité de la résection est impérative dans ce sous-groupe de patients à haut risque avant de débuter des instillations endo-vésicales de BCG. Une résection incomplète avant BCG pourrait effectivement conduire à conclure à tort au diagnostic de tumeur réfractaire au BCG en cas de détection tumorale à la première cystoscopie d’évaluation. Les conséquences thérapeutiques en rapport (et notamment l’indication de cystectomie précoce) nécessitent une rigueur certaine dans la prise en charge initiale. L’utilisation de la lumière fluorescente au moment du second look pourrait donc constituer une indication privilégiée, notamment chez les patients pour qui la première résection a été réalisée en cystoscopie traditionnelle en lumière blanche. Il est cependant important de tenir compte des remaniements cicatriciels post-résection, qui peuvent conduire à la présence d’atypies réactionnelles et/ou à l’accumulation de photo-protoporphyrine IX dans les tissus de granulation, avec un risque de faux-positifs en fluorescence, notamment si la résection de second look a lieu avant 6semaines.


Tumeurs récidivantes

Selon les recommandations du Comité de cancérologie de l’AFU, c’est l’une des indications majeures de la cystoscopie en lumière fluorescente dès lors qu’il existe un antécédent de tumeur à haut risque, T1G3 et/ou Cis . Le récent consensus d’experts européens recommande, sur la base de l’expérience personnelle et en l’absence de données dans la littérature, d’utiliser la lumière fluorescente pour tous les patients en récidive, indépendamment de l’utilisation antérieure de cette technologie lors du diagnostic initial, en particulier pour les tumeurs initialement de haut grade, multifocales et/ou avec Cis .


Cytologie positive et suspicion de Cis

L’utilisation de la cystoscopie en lumière fluorescente est particulièrement intéressante chez les patients présentant une cytologie urinaire anormale, mais sans aucune lésion détectable en lumière blanche ou sur les imageries réalisées (notamment au niveau du haut appareil urinaire). Elle permet effectivement une meilleure détection des lésions tumorales planes comme le carcinome in situ, parfois difficile à visualiser en lumière blanche . Dans la méta-analyse de Burger, le taux de détection du Cis était de 95 % en cystoscopie en lumière bleue versus 59 % en lumière blanche (p<0,001). On estime ainsi que 25,4 % des CIS n’étaient identifiés qu’en lumière bleue .


Surveillance cystoscopique

Nous ne disposons pas de données pertinentes sur l’intérêt de la fluorescence dans le cadre du suivi systématique des patients, la cystoscopie se faisant la plupart du temps en consultation sous anesthésie locale à l’aide d’un fibroscope souple. Plusieurs équipes ont étudié l’utilisation de la lumière fluorescente adaptée à la fibroscopie souple, confirmant la faisabilité de la technique. En termes de détection tumorale cependant, les résultats semblent inférieurs à ceux obtenus en cystoscopie rigide, avec des taux de détection ne différant pas de ceux de l’examen en lumière blanche [28–31].
De plus, la cystoscopie en lumière fluorescente se prête mal à l’activité de consultation en raison du délai nécessaire après instillation du photosensibilisant et de la nécessité d’une re-stérilisation rapide de l’équipement. L’intérêt pourra être discuté au cas par cas, notamment pour des lésions inflammatoires et en cas de doute sur du Cis, afin d’éviter une hospitalisation pour RTUV inutile. L’impact de la fibroscopie souple en lumière fluorescente en termes de coût et de temps nécessite également d’être évalué rigoureusement, en prenant en considération la réduction potentielle des coûts en rapport avec les hospitalisations superflues.
Le développement récent d’autres technologies, telles que le NBI, peut constituer une réelle concurrence dans ce créneau. En effet, l’utilisation du NBI dans le cadre de la surveillance des TVNIM a récemment prouvé une réduction du risque de récidive par rapport à la cystoscopie traditionnelle en lumière blanche .


Tumeur de la voie excrétrice supérieure

Il n’y a que peu de données dans la littérature sur l’apport du photodiagnostic dynamique au cours de l’urétéroscopie souple pour le diagnostic d’une tumeur de la voie excrétrice supérieure. Il semble cependant que son utilisation puisse améliorer le taux de détection global, et notamment des lésions de CIS [33,34]. Il s’agit le plus souvent dans ces études d’une administration orale du photosensibilisant, exposant au risque d’accident hypotensif et de photosensibilisation cutanée. La voie d’administration topique pourrait être une alternative mais nécessite la mise en place préalable d’une néphrostomie ou d’une endoprothèse urétérale (pour induire un reflux vésico-urétéral). L’instillation du produit dans la voie excrétrice supérieure pose le problème du temps de contact limité avec l’urothélium puisqu’il ne s’agit pas d’un organe de stockage, contrairement à la vessie.


Conclusion

La cystoscopie en lumière fluorescente représente un outil complémentaire à la cystoscopie en lumière blanche dans la prise en charge des tumeurs de la vessie n’infiltrant pas le muscle (TVNIM) avec des indications en constante évolution.
Les récentes méta-analyses ont confirmé l’amélioration du taux de détection et de la survie sans récidive par rapport à la cystoscopie conventionnelle en lumière blanche. Les bénéfices en termes de réduction du risque de récidive et d’optimisation de la qualité du suivi contrebalancent le surcoût en rapport avec l’utilisation de cette nouvelle technologie, permettant au final une réduction des dépenses de santé.
Si l’indication semble formelle en cas de suspicion de lésions à haut risque (cytologie de haut grade isolée sans lésion visible à la cystoscopie, d’antécédents de tumeur à haut risque T1G3 et/ou CIS), l’extension des indications à toute primo-résection suggérée par le récent consensus d’experts européens doit tenir compte des contraintes d’équipement et d’utilisation sur le territoire français.
De nouveaux progrès technologiques en endo-urologie (narrow-band imaging [NB], tomographie optique de cohérence [OCT], microscopie confocale endoscopique [Cellvizio®]) devraient également venir élargir prochainement l’arsenal diagnostique et permettre une amélioration de la prise en charge des tumeurs de la vessie [35,36].


Déclaration d’intérêts

GP : interventions ponctuelles : rapports d’expertise – IPSEN.