Neuromodulation sacrée : aspects pratiques

03 décembre 2011

Mots clés : neuromodulation, rétention d’urine, hyperactivité vésicale, Chirurgie
Auteurs : Xavier Game
Référence : Progrès FMC, 2011, 21, 4, F106-F110
La neuromodulation sacrée est un traitement de seconde ligne de l’hyperactivité vésicale idiopathique et de la rétention chronique d’urine sans obstruction sous-vésicale. Elle est basée sur l’utilisation d’un courant carré défini par sa fréquence, sa largeur d’impulsion et son amplitude. Un test comprenant la mise en place d’une électrode permanente est réalisé pour évaluer la réponse du patient au traitement puis en cas d’efficacité, un boitier de stimulation est placé sous la peau. Son réglage dépendra de la réponse clinique et sera principalement basé sur une adaptation de la fréquence et de l’amplitude de stimulation.


Introduction

Depuis les travaux de Tanagho et Schmidt, en 1988 , la neuromodulation des racines sacrées postérieures s’est progressivement imposée comme un traitement de seconde ligne des troubles mictionnels réfractaires.
Ainsi, elle est aujourd’hui indiquée pour traiter l’hyperactivité vésicale en échec des traitements médicaments et de la rééducation périnéale et chez les patients en rétention chronique d’urine sans obstruction sous vésicale .
Alors que les résultats de ce mode de prise en charge de seconde intention sont désormais établis sur le court et long termes , le mode d’action reste mal connu même si dernièrement de nouveaux travaux utilisant l’imagerie fonctionnelle ont permis de mieux comprendre l’effet de la neuromodulation chez les patients en rétention chronique d’urine .
Au-delà du côté chirurgical, la neuromodulation impose un suivi régulier et des réglages de l’appareil.
L’objectif de cet article est de présenter le fonctionnement du neuromodulateur ainsi que les techniques d’implantation et les possibilités de programmation du boitier.


Fonctionnement de la neuromodulation sacrée

La neuromodulation sacrée consiste à placer une électrode au contact de la racine sacrée S3 et à créer un champ électrique entre une anode positive et une cathode négative réalisant ainsi une stimulation bipolaire de la racine nerveuse. Le champ électrique peut être réalisé soit entre deux contacts de l’électrode soit, après implantation, entre le boitier de stimulation et un ou plusieurs contacts de l’électrode.
Le courant électrique utilisé est un courant carré qui va être caractérisé par sa fréquence de stimulation, la largeur d’impulsion et l’amplitude de stimulation. La fréquence correspond au temps entre les différentes impulsions. Elle est classiquement de l’ordre de 14 Hertz. La largeur d’impulsion correspond à la durée de stimulation électrique lors d’une impulsion et cette dernière est dans le cas présent de 210μs. L’amplitude de stimulation correspond à l’intensité électrique et va dépendre de la distance que le courant devra parcourir entre l’électrode et la racine nerveuse.
Parallèlement, le mode de stimulation peut être continu ou cyclique avec alors des périodes on et off. Les différentes caractéristiques du courant utilisé sont résumées sur la .
Figure 1 : Caractéristiques du courant utilisé lors de la neuromodulation sacrée.


Aspects chirurgicaux

L’implantation d’un neuromodulateur sacré est réalisée en deux temps avec initialement un premier temps correspondant à la mise en place de l’électrode au contact de la racine nerveuse qui est suivie par une phase de test puis un second temps constitué de la mise en place du boitier permanent si la phase de test a été positive.


Implantation de l’électrode : période de test

Depuis les travaux de Spinelli en 2004, l’électrode utilisée pour la réalisation du test est l’électrode permanente à ailette . Cela a permis de diminuer les risques de migration de l’électrode pendant la phase test et ainsi d’améliorer les résultats et par ailleurs de s’assurer que le siège de la stimulation sera le même après implantation .
L’implantation de l’électrode est réalisée sous contrôle radioscopique et peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. À ce jour, aucune étude n’a montré que le type d’anesthésie utilisé lors de la période de test pouvait avoir un impact sur les résultats. En revanche, il est indispensable qu’en cas d’anesthésie générale, ne soit pas utilisé de curare afin de permettre l’obtention d’une réponse motrice. Le courant utilisé lors de la mise en place de l’électrode est mono polaire ce qui impose de mettre une plaque cutanée en regard d’une masse musculaire. Le contact utilisé sur l’aiguille de stimulation sera alors relié par convention à l’extrémité noire male du fil électrique conduisant au boitier de stimulation et l’électrode male rouge sera placée au niveau de la plaque. Le boitier sera réglé avec une fréquence de 14Hertz, une amplitude limite de 10, une durée d’impulsion de 210μs et devra être positionné sur A. En ce qui concerne la sélection des électrodes, le 0 devra être positionné sur : − vers le bas, les contacts 1 et 2 sur neutre 0 au milieu et 3 sur + positionné vers le haut . Il est indispensable de vérifier le bon réglage du boitier avant de réaliser l’implantation car un mauvais réglage conduira à l’absence de réponse à toute stimulation.
Figure 2 : Programmation du boitier test lors de l’implantation de l’électrode.
Le patient est positionné en décubitus ventral, l’anus et les pieds découverts. L’orifice sacré S3 est repéré par radioscopie et est ponctionné à l’aide de l’aiguille dédiée. Afin de déterminer si l’électrode se situe au contact de la racine nerveuse S3, l’aiguille est reliée au stimulateur externe et une stimulation progressive est réalisée jusqu’à obtenir une réponse motrice associant une flexion du gros orteil homolatéral et une contraction du sphincter externe de l’anus et/ou une réponse sensitive au niveau périnéal si l’implantation est réalisée sous anesthésie locale. Si une réponse adaptée est obtenue, le mandrin de l’aiguille est retiré et remplacé par un guide. L’aiguille est alors extraite et le dilatateur est mis en place. Une fois bien positionné, son mandrin est retiré et l’électrode introduite. Il est important de noter la présence de deux repères blancs situés sur son extrémité proximale . Lorsque le repère distal est situé à l’entrée de la gaine, cela signifie que l’extrémité distale de l’électrode est au contact de la sortie de la gaine. La gaine doit alors être délicatement retirée jusqu’à la seconde marque blanche indiquant que l’ensemble des contacts se trouve à l’extérieur de la gaine et qu’une stimulation est alors possible. Une fois, les contacts bien positionnés avec une réponse motrice à la fois anale et au niveau du gros orteil, il convient de retirer la gaine délicatement sans mobiliser l’électrode. Une fois la marque blanche proximale de l’électrode franchie, les ailettes commencent à être libérées et l’électrode fixée. La persistance d’une réponse motrice est vérifiée.
Figure 3 : Electrode permanente à ailette comprenant 4 contacts reliés au stimulateur (A), deux repères blancs (B), quatre rangées d’ailettes (C) et 4 contacts contre la racine nerveuse (D).
Une incision au niveau de la fosse lombaire homolatérale est réalisée et un trajet sous-cutané entre le point de ponction et cette dernière est mené à l’aide du tunnéliseur. L’extrémité proximale de l’électrode est placée dans la gaine plastique du tunnéliseur et sera connectée à l’extension test. Un trajet sous-cutané permettant de croiser l’extension test qui sera extériorisée au niveau de la fosse lombaire controlatérale est pratiquée à l’aide du même tunnéliseur. L’extension test est alors connectée au câble permettant le branchement au boitier test.


Pièges à éviter lors de la mise en place de l’électrode

Lors de la stimulation de l’aiguille, il est important que le contact soit réalisé sur le haut de l’aiguille au niveau de la zone noire qui est la seule conductrice.
Lors de la stimulation à la recherche d’une réponse motrice, il est important d’avoir une seule flexion du gros orteil et non une rotation du pied indiquant le mauvais positionnement de l’électrode pouvant être responsable de douleurs ultérieures au niveau des membres inférieurs.
Lors de la stimulation des différents contacts proximaux de l’électrode, il est indispensable que les distaux soient en dehors de la gaine du dilatateur pour obtenir une réponse, cette dernière étant isolante.
Les contacts de l’électrode sont par convention numérotées 0, 1, 2, 3 à partir de la distalité .


Programmation lors de la période test

Le boitier de stimulation peut être mis en fonctionnement au bloc opératoire lorsque l’implantation a été réalisée sous anesthésie locale ou en chambre le soir même ou le lendemain lorsqu’elle a été réalisée sous anesthésie générale.
Alors que, pendant l’implantation, la stimulation était de type monopolaire, elle est bipolaire lors du test. La plaque est donc retirée en fin d’intervention. Les paramètres du boitier peuvent être modifiés et en particulier les contacts sélectionnés en préférant ceux pour lesquels la réponse était la meilleure lors de l’implantation. Le mode de stimulation est continu, la largeur d’impulsion de 210μs, la fréquence classiquement de 14Hz et l’intensité en fonction de la réponse sensitive. Il convient qu’elle soit juste en dessous du seuil de la sensibilité. Immédiatement après l’implantation, elle est souvent très faible de l’ordre de 1volt.


Évaluation du test

Les patients sont revus en consultation environ 15jours après l’implantation.
Pour les patients traités pour un syndrome d’hyperactivité vésicale, les critères d’évaluation reposent sur les données du catalogue mictionnel réalisé pendant toute la durée du test et éventuellement sur l’utilisation d’une échelle visuelle analogique.
Pour les patients en rétention chronique d’urine, une débitmètrie et une mesure du résidu post-mictionnel par échographie sera pratiquée.
Enfin, dans certains cas pourra être réalisé un bilan urodynamique sous stimulation.
Le test est considéré comme positif si les troubles mictionnels ont été améliorés de plus de 50 % et s’ils récidivent à l’arrêt de la stimulation.


Implantation du boitier de neuromodulation

Si le test est positif, il est alors décidé de mettre un boitier de stimulation en position sous-cutanée au niveau de la fosse lombaire homolatérale à la racine sacrée stimulée. Cette intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Le patient est placé en décubitus ventral. Une incision est pratiquée en regard de la connexion entre électrode et extension test. L’ensemble est repéré et l’extension test retirée. Une logette sous-cutanée est créée, le boitier connecté à l’électrode puis placé en position sous-cutanée le nom du fabriquant sur le dessus. Le boitier de neuromodulation est mis en route soit au bloc opératoire si l’implantation a été réalisée sous anesthésie locale ou au lit du patient le soir même ou le lendemain de l’implantation.


Pièges à éviter lors de la mise en place du boitier de stimulation

Lors de la mise en place du boitier, il faut s’assurer que l’extrémité proximale de l’électrode soit complètement introduite au sein du boitier. Pour cela, il convient de voir l’extrémité bleue au fond de la gorge et aucun contact apparent.
Il faut également que la face du boitier où est inscrit le nom de la marque soit côté peau sinon aucune communication sera possible avec la télécommande.


Retrait de l’électrode

Si le test s’est révélé négatif, il convient d’enlever l’électrode. Cette ablation se fait sous anesthésie locale au bloc opératoire ou en consultation.
Une incision est pratiquée en regard de la connexion entre électrode et extension test. L’ensemble est repéré et l’extension test retirée. Une incision est ensuite pratiquée en regard du point de ponction initial. L’électrode est localisée à ce niveau puis extraite en réalisant une traction dans l’axe de l’implantation.


Programmation du neuromodulateur

La programmation du boitier se fait par voie percutanée par télémétrie à l’aide du programmateur dont l’écran est présenté sur la .
Figure 4 : Programmateur du stimulateur. 1 : Icône de mise en route ; 2 : Choix des contacts entre lesquels la stimulation est réalisée ; 3 : Icône pour modifier la fréquence ; 4 : Amplitude de stimulation.
Dans un premier temps, il convient de mettre en marche le boitier puis de configurer les électrodes. La stimulation peut alors se faire soit entre deux contacts au niveau de l’électrode soit entre le boitier et un ou plusieurs contacts. Toutefois, dans cette dernière configuration, le champ magnétique est très large pouvant être responsable de stimulations parasites entraînant des douleurs ou des réponses motrices inhabituelles. Il convient ensuite de programmer la fréquence, la durée d’impulsion, le mode de stimulation (cyclique ou continu), l’amplitude et les limites d’amplitude.
Lors du premier réglage, la fréquence est habituellement de 14 Hertz, la durée d’impulsion de 210μs, l’amplitude selon la réponse sensitive du patient et la limite d’amplitude en général de plus ou moins 2volts.
Concernant le mode de stimulation, il semblerait que le fait que ce dernier soit cyclique ou continu n’ait pas d’impact sur les résultats. En revanche, l’utilisation en mode cyclique permet d’augmenter la durée de vie du stimulateur et il est actuellement recommandé par le fabriquant de l’utiliser en particulier avec le boitier Interstim II.
Lorsque les différents paramètres sont programmés, il convient d’évaluer l’impédance qui correspond aux résistances sur le circuit électrique. Cette dernière doit être située entre 300 et 1500Ohms. En effet, si l’impédance est supérieure à 4000Ohms, cela indique que le circuit est ouvert et que soit l’électrode est cassée soit il y a un problème de connexion entre le boitier et l’électrode. En revanche, si l’impédance est inférieure à 50Ohms, cela signifie qu’il y a un court circuit qui est le plus souvent lié à des vis trop serrées. Il est à noter que lorsqu’il y a une mesure de l’impédance, il y a des stimulations électriques d’un volt pouvant être responsable de désagréments pour le patient pendant la minute que dure la mesure.


Programmation – consultations de suivi

Un suivi régulier est nécessaire pour s’assurer des résultats cliniques et de la bonne tolérance de l’implant.
Une modification de la programmation peut s’avérer nécessaire soit du fait de troubles de la tolérance avec en particulier des douleurs au niveau du boitier ou dans la zone stimulée soit du fait d’une perte d’efficacité avec une réapparition des symptômes ou un effet incomplet.
Les paramètres le plus souvent modifiés sont l’amplitude et la configuration des électrodes. Dans certains cas, il peut également être proposé de modifier la fréquence de stimulation.
En cas de douleurs, il convient de privilégier une stimulation sur une courte distance entre deux ou plusieurs contacts de l’électrode et en enlevant toute stimulation à partir du boitier, ce qui permet de réduire le champ de stimulation et ainsi les effets parasites. Toutefois, si cela n’est pas suffisant, il convient alors de s’assurer de l’absence de migration de l’électrode pouvant être responsable d’une stimulation d’une autre racine.
En cas de réapparition des symptômes ou d’effets incomplets, dans un premier temps, il convient de modifier l’amplitude afin de s’assurer qu’il ne soit pas nécessaire de l’augmenter ce qui est fréquemment le cas à distance de l’implantation principalement du fait d’une fibrose cicatricielle autour de l’électrode. Dans certains cas, il peut être possible de modifier la fréquence soit en la diminuant pour une valeur d’environ 5Hertz, ce qui a été proposé chez les patients présentant une rétention d’urine ou en l’augmentant jusqu’à une stimulation de 30Hertz chez les patients pour lesquels une neuromodulation sacrée a été envisagée pour traiter des douleurs périnéales. Toutefois, aucune étude clinique n’a montré que telle ou telle fréquence était plus adaptée à telle ou telle symptomatologie, les valeurs proposées étant extrapolées d’études réalisées chez l’animal mais n’ayant jamais été confirmées chez l’homme.
Les points essentiels a retenir
  • La neuromodulation utilise un courant carré défini par sa fréquence, sa durée d’impulsion et son amplitude.
  • L’implantation comprend deux temps : la mise en place d’une électrode permanente au contact de la racine sacrée S3 reliée à un boitier externe pour évaluer la réponse puis en cas d’efficacité l’implantation sous-cutanée d’un stimulateur.
  • La programmation du stimulateur est modifiée en cas de perte d’efficacité, de douleur ou d’effets parasites. Elle comprend le choix des contacts au niveau desquels la stimulation est menée, la fréquence et l’amplitude du courant.


Conclusion

La neuromodulation sacrée est un traitement efficace des troubles mictionnels réfractaires. Toutefois, il est important de bien connaitre le mode de fonctionnement du stimulateur afin d’adapter au mieux sa programmation et ainsi d’améliorer les résultats en particulier sur le long terme.


Déclaration d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.