Les « tumeurs superficielles de vessie » n'existent plus

23 novembre 2008

Mots clés : Tumeur de vessie, Stade
Auteurs : J. Irani, S. Bernardini, J.-L. Davin, L. Guy, C. Mazerolles, Christian Pfister, M. Roupret, C. Roy, F. Rozet, F. Saint, C. Théodore, H. Wallerand
Référence : Prog Urol, 2008, 18, 4, 204-205
Le terme « tumeur de vessie superficielle » est progressivement abandonné dans la communauté urologique internationale en raison de l’ambiguïté de ce terme et des confusions délétères qu’elle peut entraîner. Le comité de cancérologie de l’Association française d’urologie propose pour la littérature francophone de désigner par « tumeur de vessie n’infiltrant pas le muscle » les tumeurs Ta, T1 et Tis.

Pourquoi faut-il abandonner les TVS ?

L’incidence des tumeurs de vessie en France en 2000 était de presque 11000 cas . Quelle était la proportion de tumeurs de vessie superficielles (TVS) ? On peut donner plusieurs chiffres selon la définition que l’on donnera à ce terme.
Le terme TVS désigne pour tous une tumeur « non infiltrante » par opposition aux tumeurs infiltrantes. Cette délinéation est fondamentale pour les urologues, puisqu’elle constitue l’élément majeur de la décision thérapeutique. Depuis des décennies, c’est l’infiltration du muscle vésical qui conduit dans la majorité des cas au traitement radical chirurgical en première intention. D’où cette identification de l’infiltration pour les urologues à l’envahissement du muscle vésical par la tumeur, c’est-à-dire les stades T2 minimum.
Mais les « non-urologues » et en particulier les anatomopathologistes situent le Rubicon en amont : les tumeurs de vessie infiltrantes désignent (à juste titre, faut-il le rappeler), les tumeurs ayant franchi la membrane basale, soit l’infiltration de la sous-muqueuse ou chorion (stade T1). Cette divergence entre l’urologue et l’anatomopathologiste ne peut être que préjudiciable pour le patient et sa prise en charge multidisciplinaire.
Par ailleurs, le terme « superficiel » évoque fortement la bénignité. Cela est approprié pour une tumeur Ta, de bas-grade, mais certainement pas pour une tumeur de haut-grade, en particulier un stade T1 associé à du CIS dont la gravité est confirmée au fil des publications . Un terme générique pour les tumeurs n’infiltrant pas le muscle ne devrait donc pas donner une impression pronostique, puisque l’évolution est très variable au sein de ce groupe.
Ces ambiguïtés entraînent des confusions sur les plans du soin, de l’enseignement et des publications. Il ne s’agit pas d’un problème national puisqu’il a été débattu régulièrement dans les congrès internationaux et a fait l’objet de publications et d’éditoriaux [3,4]. La recherche bibliographique du terme superficial bladder cancer montre que ce terme est abandonné progressivement au profit de nonmuscle-invasive bladder cancer (NMI BC) ().
Figure 1 : Rapport de l’incidence des termes nonmuscle-invasive bladder cancer et superficial bladder cancer lors d’une recherche bibliographique sur PubMed faite en février 2008. Le dernier terme est abandonné progressivement au profit du premier.

Le successeur

Il fallait donc trouver un successeur aux TVS. Cela a fait l’objet d’un débat au comité de cancérologie de l’AFU. D’abord, un forum par courriels qui a montré que ce sujet de terminologie d’apparence anodine avait en fait suscité des échanges animés. Ce débat a permis d’abord un consensus sur le fait que chaque fois que cela était possible, il était préférable d’utiliser le stade précis (c’est-à-dire Ta, T1 ou Tis). Lorsque le terme générique doit être utilisé pour désigner les tumeurs qui n’envahissent pas le muscle ou les nonmuscle-invasive bladder cancer des Anglo-Saxons, plusieurs propositions ont été faites. Sont arrivées en « finale » « tumeur de vessie n’envahissant pas le muscle » (TV NEM) et « tumeur de vessie respectant le muscle » (TV REM). Le vote a été fixé à la plénière du CCAFU le 26 janvier 2008. Il a été précédé d’un nouveau débat (également houleux) où finalement les deux favoris ont été écartés au profit de « tumeur de vessie n’infiltrant pas le muscle » (TV NIM) pour se rapprocher du NMI BC utilisé dans les articles internationaux. TV NIM s’oppose à tumeur de vessie infiltrant le muscle (TVIM).
Nous avons pris un léger retard par rapport à la communauté anglo-saxonne quant à cette modification de terminologie. Cependant, alors que dans la littérature internationale le terme de superficial bladder tumours resurgit encore régulièrement (), nous pourrions veiller à abolir définitivement ce terme de la littérature urologique francophone dès 2008.
Le terme « TVS » nous a été utile plusieurs années, mais il est temps de le ranger dans le musée de l’urologie. Place au terme de « TV NIM ».