Les microlithiases testiculaires : attitude pratique

14 décembre 2008

Mots clés : Cancer testiculaire, Microlithiases, Néoplasie intra-épithéliale testiculaire
Auteurs : Xavier Durand, A. Houlgatte
Référence : Progrès FMC, 2008, 18, 2, 3-7

Les microlithiases testiculaires de découverte échographique, qu’elles soient fortuites ou dans le cadre de pathologies associées, restent l’objet de controverses quant à leur prévalence et à leur lien avec ces pathologies, et en particulier avec le cancer du testicule. L’apport des sondes d’échographie à haute résolution d’utilisation fréquente dans les différentes pathologies scrotales, mais également lors des bilans d’infertilité, explique en partie l’augmentation de ces diagnostics. Une attitude univoque ne peut actuellement être proposée chez ces patients, celle-ci semblant plus s’adapter aux circonstances de révélation de ces lésions. Il apparaît nécessaire de définir les circonstances pour lesquelles une attitude spécifique paraît justifiée qu’il s’agisse de la réalisation de biopsies testiculaires ou d’une simple surveillance rigoureuse de ces patients.

Introduction

Définie histologiquement en 1961 par Bunge et Bradbury [1], rapportée pour la première fois en 1970 par Priebe et Garett chez un enfant de quatre ans [2], son association avec la cryptorchidie est décrite en 1973 par Weinberg et al. [3]. De nombreuses associations pathologiques ont été par la suite soulignées, dont celle avec une tumeur germinale non séminomateuse pour la première fois en 1982 par Ikinger et al.[4]. Si l’incidence de ces microlithiases (MT) montre, selon les séries, quelques variations en fonction des circonstances de découverte, leur présence au sein de testicules tumoraux conduit certains auteurs à recommander une attitude parfois très rigoureuse de suivi de ces patients. Les données récentes, en particulier celles concernant leur association avec le syndrome de dysgénésie gonadique, permettent de mieux cerner l’attitude pratique à avoir face à ces microlithiases.

Définition

Il faut distinguer la description échographique correspondant actuellement à des critères bien établis et sa traduction anatomopathologique.
Doherty et al.[5] et Hobarth et al.[6] déterminent une sémiologie précise permettant de retenir ce diagnostic lors d’échographies scrotales. Il repose sur la notion de calcifications de moins de 2 mm de diamètre, sans cône d’ombre, diffuses, avec plus de 5 calcifications par champ analysé. L’apport des sondes échographiques de haute résolution contribue certainement au diagnostic plus fréquent de ces MT. La définition échographique la plus souvent retenue est celle de Backus, qui distingue trois grades en fonction du nombre de MT décrites [7]. Le grade 1 : de 5 à 10, le grade 2 : de 10 à 20 et le grade 3 avec plus de 20 MT par champ (figures 1, 2et 3).
Figure 1 : Microlithiase grade 1.
Figure 2 : Microlithiases grade 2.
Figure 3 : Microlithiases grade 3 bilatérales.
L’analyse anatomopathologique montre qu’il s’agit de dépôts de calcium au sein de la lumière des tubes séminifères. Ils peuvent se répartir de façon diffuse ou entourés de lamelles concentriques de fibres collagènes au sein des tubes séminifères. Elles seraient liées à la capacité insuffisante des cellules de Sertoli à phagocyter certaines cellules dégénérées présentes au sein de ces tubes.

Épidémiologie

La véritable prévalence de ces microlithiases testiculaires apparaît difficile à déterminer en raison d’une grande variabilité dans les circonstances diagnostiques selon les différentes séries de la littérature. Elle varie de 0,6 % à 20 % (tableau I), avec pour les séries les plus anciennes, l’utilisation de sondes d’échographie moins performantes qu’actuellement, les critères retenus d’analyse de ces MT n’étant pas toujours bien définis. La population prise en compte apparaît bien différente tant en ce qui concerne l’âge de ces patients, que les circonstances conduisant à la réalisation de ces échographies. La tranche d’âge des patients analysés apparaît effectivement plus élevée dans certaines séries comme celles de Ganem et al.[8] avec une moyenne d’âge de 29 ans (extrêmes 8 à 63 ans), Otite et al.[9] de 34 ans (extrêmes de 18 à 83 ans) et celle de Derogee et al.[10] de 35,4 ans (extrêmes 19 à 74 ans). Seuls Peterson et al. analysent une population d’une tranche d’âge correspondant plus à celle des cancers du testicule comprise entre 18 et 35 ans avec une moyenne d’âge de 22,4 ans [11]. Il est à noter que ces auteurs rapportent la prévalence la plus élevée dans un groupe ethnique à faible risque de tumeur germinale, mais la population étudiée n’étant pas sélectionnée, on peut considérer que la découverte fortuite isolée de MT ne doit pas conduire à une surveillance spécifique.
Si la plupart des séries concernent une population standard, certaines y associent des populations à risque comme l’étude de Von Eckardstein et al. qui s’intéresse à des patients faisant l’objet d’une échographie pour trouble de la fertilité [12]. L’étude de Thomas portant sur 159 patients montre bien l’hétérogénéité des populations analysées, puisqu’elle associe des azoospermes à des patients porteurs de varicocèles ou de kystes de l’épididyme dans un groupe de patients hypofertiles [13]. Celle plus récente de De Gouveia Brazao et al. porte exclusivement sur une population à risque, explorée dans le cadre du bilan d’une infertilité [14].

Microlithiase et échographie scrotale

Certaines études comme celle de Benett [15] analysent l’ensemble des MT découvertes en échographie dans leur pratique courante. Dans cette série, sur une période de 6 ans, 104 patients porteurs de MT sont ainsi isolés, avec pour 39 d’entre eux, moins de cinq lithiases, et pour 65 d’entre eux, plus de cinq. L’association avec une tumeur est rare lorsqu’il existe moins de cinq MT, plus fréquente dans les autres cas (2 % versus 18 %). Les auteurs, à partir des données du suivi de ces patients, considèrent que la surveillance échographique régulière ne s’avère pas nécessaire n’ayant pas constaté d’évolution tumorale sur un délai moyen de 43 mois (12-90 mois). L’étude de Skyrme, portant sur une population standard de 2 215 patients faisant l’objet d’une échographie scrotale sur une période de 34 mois, isole 34 cas de MT dont 4 associés à une tumeur testiculaire parmi les 26 tumeurs reconnues en échographie dans cette série. Le suivi des patients avec MT isolées reposant sur l’autopalpation et l’échographie semestrielle n’a pas montré d’évolution particulière sur une durée moyenne de 41 mois. La relation MT et tumeur du testicule n’est pas, pour cette équipe, suffisamment bien établie pour justifier une surveillance spécifique voire une biopsie [16].
L’étude de Cast, portant sur 4 819 patients ayant bénéficié d’une échographie scrotale, retrouve 33 patients avec MT (0,68 %). Sur les 50 tumeurs germinales présentent dans cette série, 7 avaient conjointement des MT justifiant pour l’auteur une surveillance échographique annuelle, ainsi qu’une autopalpation testiculaire, la microlithiase pouvant constituer un marqueur indirect de la présence d’une néoplasie germinale intratubulaire [17].

Microlithiase et pathologies associées

Les patients présentant un trouble de la fertilité appartiennent, au même titre que les cryptorchides, à une population à haut risque de tumeur germinale du testicule. L’étude de De Gouveia Brazao et al. constitue certainement l’une des plus intéressantes par son analyse de 263 patients explorés pour infertilité pour lesquels était effectuée de façon systématique une échographie scrotale [14]. La réalisation parallèle d’une biopsie testiculaire bilatérale permet d’établir une corrélation de ces microlithiases avec la néoplasie germinale intra-tubulaire. Cinquante-trois de ces patients, soit 20 % de l’ensemble de la série, présentent ces images échographiques, unilatérale dans 23 cas et bilatérale dans 30 cas.

Microlithiase et néoplasie germinale intra-tubulaire

Quelques cas cliniques isolés ont été rapportés notamment par Parra et al.[18] chez un patient présentant une tumeur testiculaire avec MT controlatérale conduisant à la réalisation d’une biopsie mettant en évidence une NIT. La MIT pourrait constituer un marqueur de ces MT justifiant pour l’auteur la réalisation de ces biopsies. Cette association n’est en revanche pas retrouvée par Golash [19].
Dans l’étude de de Gouveia Brazao et al., la réalisation de biopsies testiculaires systématiques retrouve une néoplasie germinale intra-tubulaire dans 7 cas, dont 6 dans le groupe des patients avec microlithiase bilatérale [14]. Un antécédent de cryptorchidie est également présent chez 4 des 6 patients avec microlithiase bilatérale et NGI associé. La prévalence de la cryptorchidie est nettement plus élevée dans ce groupe (4 sur 30, soit 13,3 %) par rapport aux patients avec microlithiase unilatérale (1 sur 23, soit 4,2 %) et ceux sans microlithiase (7 sur 210, soit 3,3 %). Bach et al.[20] rapportent l’association MT et NIT dans 8 cas sur 36 (22 %).
Song et al. montrent également une association fréquente entre MT et NGIT rapportée chez 14 patients sur 21 porteurs d’une tumeur germinale [21].

Microlithiase et tumeurs germinales du testicule

La plupart des études analysent la présence de microlithiases au sein du testicule tumoral. Ikinger et al. notamment retrouvent, sur une série de 43 patients, des microcalcifications diffuses dans 74 % des cas [4]. Cast et al. signalent leur présence dans 12,5 % des cas sur 54 patients [17], Derogee et al., dans 48 % des cas sur 60 patients [10]. À l’inverse, certaines études comme celles de Ganem et al., Skyrme et al. et Bach et al.[8, 16, 20] portant sur la découverte fortuite de MT lors d’échographies, rapportent également les diagnostics de tumeurs associées (tableau II).
L’intervalle entre le diagnostic de MT et le développement d’une tumeur testiculaire est rarement étudié en l’absence de séries suffisamment importantes assurant le suivi de ces patients. Quelques cas cliniques sont rapportés notamment par Golash et al.[19] qui observent un intervalle de six mois chez un patient suivi pour MT bilatérale justifiant pour l’auteur la réalisation d’une surveillance échographique semestrielle.
L’étude de Bach présente le mérite d’analyser l’association MT et tumeur testiculaire controlatérale chez 156 patients monorchides ayant fait l’objet d’une orchidectomie controlatérale pour tumeur testiculaire. Ce diagnostic était retenu chez 23 patients sur les 156 explorés (15 %). Un diagnostic de tumeur testiculaire controlatérale fut effectué chez 8 patients soit 5 % de l’ensemble des patients, dont 5 cas sur les 23 patients avec MT (22 %) et 3 cas sur les 123 patients sans MT (2,3 %). Si des cas cliniques isolés ont été rapportés dans la littérature, cette analyse montre une différence significative justifiant l’intérêt d’une surveillance particulière clinique et échographique chez ces patients monorchides porteurs de MT, même s’il faut tenir compte des limites liées à cette étude rétrospective [22].

Microlithiase et dysgénésie gonadique

Le syndrome de dysgénésie gonadique est actuellement bien décrit en particulier par l’équipe de Skakkebaek [23]. Il comporte quatre entités plus ou moins associées, à savoir : la cryptorchidie, l’hypospadias, les anomalies de la spermatogenèse et le cancer du testicule. L’auteur suggère la réalisation d’une échographie scrotale chez ces patients avec la réalisation en cas de MT diffuses d’une biopsie testiculaire à la recherche d’une néoplasie germinale intra-tubulaire (NIT). Il n’est donc pas surprenant que des études, comme celle de De Gouveia Brazo et al. retrouve une fréquence plus élevée des MT [14]. L’équipe de Skakkebaek suggère d’ailleurs chez les patients à haut risque avec antécédent de cryptorchidie, atrophie testiculaire ou présence de MT sur l’échographie, la réalisation d’une biopsie testiculaire à la recherche d’une NGI [23].

Attitude pratique

Les performances des sondes d’échographies récemment utilisées augmentant la fréquence des découvertes de ces microlithiases, en particulier au sein de parenchymes testiculaires tumoraux, ont conduit de nombreux auteurs à proposer des attitudes très excessives comprenant la réalisation de dosages des marqueurs tumoraux, d’échographies voire de scanners avec une périodicité annuelle et pour certains même semestrielle, et ce quel que soit le degré de ces lésions. Une surveillance particulière ne peut être recommandée chez tout patient porteur d’une microlithiase testiculaire. Indépendamment de son coût, la durée de ce suivi se prolongeant au moins jusqu’à 35 ans, apparaît difficile à déterminer. Elle semble en revanche plus appropriée lorsqu’il existe conjointement d’autres facteurs de risque de tumeur testiculaire. Actuellement, il est possible de détacher plus clairement certaines indications.

Découverte fortuite échographique

Elle ne doit conduire à une surveillance spécifique qu’en cas de microlithiase diffuse bilatérale chez les patients présentant, par ailleurs, les facteurs de risque entrant dans le cadre d’un syndrome de dysgénésie gonadique, à savoir un antécédent de cryptorchidie, même si celle-ci concerne le testicule controlatéral à celui étant le siège de la cryptorchidie ; mais également en cas d’hypospade ou de troubles de la spermatogenèse. La biopsie testiculaire peut être préconisée ou l’autopalpation en cas de refus du patient.

Bilan d’une infertilité

La réalisation d’une échographie constitue actuellement un examen de référence dans le cadre des explorations préconisées. Une biopsie testiculaire peut être proposée chez les patients présentant une microlithiase diffuse bilatérale d’autant plus qu’il existe d’autres facteurs associés de dysgénésie gonadique. En cas de refus du patient, une surveillance clinique régulière par autopalpation doit être recommandée. Lorsqu’il existe une microlithiase unilatérale en particulier de grade I ou II, une attitude spécifique n’est pas nécessaire en dehors d’une dysgénésie gonadique conduisant à suggérer une autopalpation.
Cet examen clinique peut être remplacé par une échographie de surveillance dont la périodicité ne peut être clairement déterminée, son coût étant à prendre en compte.

Surveillance d’une microlithiase controlatérale d’une tumeur testiculaire

La découverte de microlithiases diffuses lors du bilan échographique d’une tumeur testiculaire dans le testicule controlatéral justifie une surveillance spécifique, d’autant plus qu’il existe une dysgénésie gonadique associée. Elles orientent encore plus vers la réalisation de biopsies testiculaires à la recherche d’une néoplasie germinale intra-tubulaire, contrairement à la réalisation systématique de ces biopsies dans le testicule controlatéral actuellement largement controversée eu égard au faible taux de tumeurs bilatérales évalué entre 1 et 3 %.

Conclusion

Prévalence sous-estimée, en augmentation depuis l’avènement des sondes échographiques haute résolution.
Filiation avec la néoplasie intra-tubulaire et la tumeur germinale testiculaire non prouvée, mais concerne volontiers les groupes à risque de développer ces pathologies.
Attitude pratique graduelle en fonction du contexte : découverte fortuite, dysgénésie gonadique, bilan d’infertilité, tumeur germinale controlatérale.
Échographie scrotale et biopsies testiculaires sont les outils de surveillance.
Conflit d’intérêt
Aucun.