Hyperactivité vésicale idiopathique de la femme et système nerveux autonome

06 janvier 2011

Mots clés : hyperactivité vésicale, incontinence urinaire féminine, Incontinence urinaire sur urgenturie, système nerveux autonome, Maladies du système nerveux autonome
Auteurs : K. Hubeaux, M. Jousse, G. Amarenco
Référence : Prog Urol, 2012, 22, 4, 199-206
But : Établir une revue de la littérature concernant l’hypothèse d’un dysfonctionnement du système nerveux autonome dans le syndrome d’hyperactivité vésicale idiopathique de la femme.
Méthode : Revue systématique de la littérature (Pubmed, Medline, Cochrane database) concernant le syndrome d’hyperactivité vésicale de la femme et les explorations cardiovasculaires du système nerveux autonome (variabilité de la fréquence cardiaque et tests cardiovasculaires). Mots clés utilisés : hyperactivité vésicale, incontinence urinaire, femme, urgenturie, système nerveux autonome.
Résultats : L’analyse de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) chez des patientes ayant un syndrome d’hyperactivité vésicale et des témoins a mis en évidence des paramètres de VFC différents entre ces deux populations, soit une hypertonie sympathique relative dans le syndrome d’hyperactivité vésicale. Les tests cardiovasculaires sympathiques semblaient plus fréquemment altérés dans le syndrome d’hyperactivité vésicale.
Conclusion : L’ensemble de ces études suggère une dysfonction du système nerveux autonome sympathique dans le syndrome d’hyperactivité vésicale idiopathique de la femme, mais les méthodologies sont trop variables et les effectifs trop faibles pour permettre d’établir un lien physiopathologique certain.


Introduction

Le syndrome clinique d’hyperactivité vésicale (SHV) et l’incontinence urinaire sur urgenturie (IUU) qui s’y associe souvent sont deux symptômes invalidants souvent sous-diagnostiqués. Le SHV a été défini par l’International Continence Society (ICS) [1,2] par la survenue d’urgenturies avec ou sans incontinence urinaire, habituellement associées à une pollakiurie ou une nycturie. L’absence de cause infectieuse, urologique et neurologique définit son caractère idiopathique. Les études récentes, basées sur la définition de l’ICS, ont montré une prévalence de 13 % du SHV chez la femme contre seulement 4,5 % chez l’homme, avec une progression dynamique du SHV au cours du temps . Il s’agit d’un syndrome fréquent, chronique, dont la sévérité des symptômes a tendance à s’amplifier dans le temps. La fréquence et le retentissement du SHV sur l’humeur et la qualité de vie en font un problème de santé publique.
La physiopathologie du SHV est complexe et multifactorielle. Les modèles animaux n’étudient pas le symptôme « urgenturie », mais les contractions détrusoriennes (hyperactivité détrusorienne), ce qui est très réducteur puisqu’un grand nombre de patientes soufrant de SHV n’ont pas d’hyperactivité détrusorienne associée . Une hyperactivité détrusorienne n’est retrouvée que dans 58 % des cas de SHV avec IUU . D’autres mécanismes, à point de départ vésical impliquant des microcontractions du détrusor et des modifications structurelles du détrusor ou des modifications de l’urothélium et de sa libération de médiateurs sont avancés . Le rôle de l’intégration centrale des afférences vésicales est également évoqué, notamment par les études en IRM fonctionnelle . Enfin, les voies descendantes inhibitrices à destinée vésicales du système nerveux central (SNC) pourraient également jouer un rôle dans la genèse du SHV, comme c’est le cas dans les pathologies neurologiques centrales telles que la sclérose en plaques. L’hypothèse d’un éventuel dysfonctionnement dans le contrôle neurovégétatif de l’appareil vésico-sphinctérien dans le SHV chez la femme a été également avancée. En effet, le système nerveux autonome (SNA) joue un rôle fondamental dans le contrôle du cycle continence-miction, le système nerveux parasympathique étant primordial pour la phase mictionnelle et le système nerveux sympathique jouant une rôle majeur dans la phase de continence et de remplissage vésical . De plus, les thérapeutiques médicamenteuses actuelles de ce syndrome comprennent en premier lieu les médicaments parasympathicolytiques, antagonistes spécifiques des récepteurs muscariniques [11,12]. Malgré ce rôle supposé important, peu d’études se sont intéressées à l’analyse du rôle du SNA dans les troubles fonctionnels du bas appareil urinaire. Spécifiquement dans le SHV de la femme, quelques équipes [13–16] ont suggéré un dysfonctionnement du SNA, avec des protocoles d’évaluation différents.
Selon les études et surtout selon la manière dont sont définis les groupes d’IUU et de SHV (données cliniques, questionnaires, urodynamique), les facteurs de risque retrouvés varient (ménopause, multiparité, constipation, obésité, âge, prolapsus et diabète) [17–22]. Les troubles fonctionnels urinaires sont parfois les premiers signes cliniques de la neuropathie autonome du diabète, avant même le diagnostic du diabète de type II parfois . Parmi les facteurs de risque associés au SHV idiopathique de la femme, certains évoquent le mécanisme d’un dysfonctionnement végétatif sous-jacent commun. L’obésité, dans le cadre du syndrome métabolique, et le diabète sont des causes connues d’atteinte du SNA et des facteurs de risque reconnus du SHV chez la femme, cela rejoint donc également l’intérêt de l’analyse du SNA dans ces troubles fonctionnels urinaires, afin de dépister des dysfonctions du SNA peu symptomatiques ou débutantes, à expression urinaire.


Matériel et méthode

Ce travail s’appuie sur une revue de la littérature (Pubmed, Medline, Cochrane database) concernant le syndrome clinique d’hyperactivité vésicale et les explorations du SNA chez la femme. Principaux mots clés utilisés pour la recherche bibliographique : « urinary overactive bladder, overactive bladder syndrom, urge incontinence OR female urinary incontinence » AND « autonomic nervous system, autonomic nervous system disease, heart rate variability, autonomic neuropathy, dysautonomia OR primary dysautonomias ». Au total, nous avons retenu 47 articles : 11 articles concernent les explorations du SNA dans le SHV de la femme, 36 sur la physiopathologie du SHV et le rôle du SNA.


Résultats


Méthodes d’analyse du système nerveux autonome

De nombreuses méthodes permettent d’évaluer l’activité du système nerveux autonome chez l’homme. Le but de la mesure est double : obtenir une évaluation générale du tonus du système nerveux autonome et connaître l’état d’équilibre de « l’équilibre végétatif » (prédominance sympathique ou parasympathique).
Hormis la microneurographie qui est une méthode directe et invasive de mesure de la fréquence des potentiels d’action de fibres nerveuses sympathiques périphériques (MSNA), les autres méthodes utilisées sont toutes indirectes. Elles reposent sur les dosages des neurotransmetteurs ou bien sur l’évaluation des réponses fonctionnelles d’organes cibles. Les tests cardiovasculaires du SNA furent les premières méthodes utilisées dans les années 1980 pour le diagnostic de la neuropathie autonome diabétique , avec la recherche d’une hypotension orthostatique, la manœuvre de Valsalva, le test de lever actif ou l’épreuve de ventilation ample dirigée notamment. L’une des méthodes de référence et la plus utilisée dans les travaux sur le SHV de la femme est l’analyse de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), c’est-à-dire de l’intervalle RR (entre deux ondes R successives) de l’électrocardiogramme (ECG). La VFC présente l’avantage d’être non invasive et permet une étude qualitative et quantitative globale du SNA et de ses deux composants, sympathique et parasympathique.
Différentes méthodes d’analyse et de quantification de la VFC ont été développées, comprenant des méthodes temporelles et fréquentielles. Les méthodes dites temporelles utilisent des indices calculés à partir de moyennes et écart-types des séries d’intervalles RR. Les méthodes fréquentielles décomposent la VFC en bandes de fréquences caractéristiques contenues dans ces suites d’intervalles RR . Elles décomposent les variations de la Fc à haute fréquence (HF), liées au SN parasympathique, et à basse fréquence (LF : low frequency) liées aux SN sympathiques et à très basses fréquences (VLF : very low frequency) dont la signification physiologique reste discutée (). Le ratio LF/HF représente la balance sympathique/parasympathique. Ces méthodes ont été harmonisées par des comités scientifiques, qui ont proposés des indices standardisés actuellement utilisés, afin de rendre les résultats comparables entre les études .
Figure 1 : Exemple d’une analyse fréquentielle sur cinq minutes de la variabilité de la fréquence cardiaque par transformée de Fourrier. Cette méthode permet de décomposer un signal selon les fréquences contenues dans celui-ci. La variabilité de la fréquence cardiaque est ainsi décomposée en trois bandes de fréquences principales : VLF : variations à très basses fréquences de la FC instantanée, dont la signification physiologique reste discutée ; LF : variations à basses fréquences de la FC instantanée, sous la dépendance du SN sympathique et parasympathique, le plus souvent assimilées au SN sympathique ; HF : variations à hautes fréquences de la FC instantanée, sous la dépendance du SN parasympathique ; ratio LF/HF : calculé, reflet de la balance sympathique/parasympathique ; HF : high frequency ; Hz : hertz ; IUE : incontinence urinaire à l’effort ; LF : low frequency ; SHV : syndrome d’hyperactivité vésicale ; VLF : very low frequency ; FC : fréquence cardiaque ; SN : système nerveux.


Analyse du système nerveux autonome par la variabilité de la fréquence cardiaque instantanée dans le syndrome clinique d’hyperactivité vésicale de la femme

La première étude retrouvée ayant exploré le SNA dans l’incontinence urinaire de la femme a été réalisée en 2001 . Elle a utilisé la VFC sur des ECG de 24heures chez trois populations de femmes :
  • incontinentes urinaire à l’effort (IUE) (n=11) ;
  • IUU (n=5) ;
  • incontinentes urinaire mixte (IUM) (n=9).
Une diminution globale de la VFC était rapportée dans le groupe IUM et IUU par rapport aux femmes IUE. Les indices temporels montraient une diminution de la modulation du SN parasympathique diurne chez les IUU comparés aux IUE. Cependant, les indices fréquentiels mettaient en évidence une diminution de la modulation du SN sympathique (LF diurne et nocturne) chez les IUM et IUU par rapport aux IUE.
Jong Bo Choi en 2005 a étudié 40 femmes ayant un SHV, et 40 femmes témoins, vessie remplie à plus de 100mL, avec des enregistrements ECG de cinq minutes au repos . Il a mis en évidence des résultats similaires à l’étude précédente, à savoir une diminution globale de la VFC chez les femmes SHV. Une diminution du tonus parasympathique (HF) était également mise en évidence chez ces patientes, par rapport aux témoins. Cependant, ni le volume exact de réplétion vésicale, ni la perception du besoin lors de l’enregistrement ECG (premier besoin, impérieux ou absent…) n’étaient précisés. De plus, dans cette étude, un seul segment de cinq minutes était analysé pour la VFC, ce qui est peu. Ces deux premières études ne comportaient pas de renseignements urodynamiques sur une éventuelle hyperactivité détrusorienne.
Liao et al. ont réalisé une étude de la VFC chez des femmes SHV et témoins allant de trois minutes avant d’uriner, pendant la miction, jusqu’à cinq minutes après celle-ci. Ils ont mis en évidence une différence concernant presque tous les domaines temporels et fréquentiels de la VFC entre les groupes . Cependant, le schéma de l’étude posait des difficultés pour l’analyse des résultats car les périodes de fin de remplissage et de miction, qui sont sous contrôle de différents composants du SNA (sympathique et parasympathique), étaient groupées dans l’analyse ce qui rend leurs résultats plus difficilement interprétables.
Une étude plus récente avait repris le schéma de celle de Choi en 2005, et analysé la VFC sur cinq minutes d’ECG, vessie remplie supérieure à 100mL chez des femmes IUE et IUU, et avec et sans hyperactivité détrusorienne . Ils ont mis en évidence une hyperactivité sympathique relative (élévation LF/HF) dans le groupe IUU et dans celui avec hyperactivité détrusorienne. Ces résultats différaient, à méthodologie comparable, de ceux de l’étude de Choi, qui montraient essentiellement une baisse des HF (parasympathique) chez les femmes SHV. Par ailleurs, le groupe sans hyperactivité détrusorienne était composé de femmes IUE et IUU. Il aurait été préférable et plus interprétable de comparer les IUU avec hyperactivité détrusorienne, aux IUU sans hyperactivité, et à un troisième groupe d’IUE.
Notre équipe a réalisé en 2007 une étude qui appliquait l’analyse de la VFC, mais cette fois lors du remplissage vésical . Nous avions souhaité utiliser cet outil lors de la cystomanométrie afin d’évaluer s’il pouvait permettre de mesurer le contrôle autonome de l’appareil vésico-sphinctérien lors du remplissage vésical, dans une population de référence et dans le SHV chez la femme. Sept patientes IUE pure et trois patientes SHV idiopathique ont été étudiées. L’ECG était réalisé sur dix minutes au repos vessie vide, puis au cours du remplissage vésical en cystomanométrie, avec analyse de la VFC sur cinq minutes vessie vide, puis sur des intervalles de cinq minutes lors du remplissage jusqu’au troisième besoin/urgenturie ou 500mL maximum. Dans le groupe témoin, nous n’avions observé aucune modification significative des paramètres de la VFC lors du remplissage. En revanche, dans le groupe SHV, le contrôle neurovégétatif cardiaque était différent des témoins, et variait lors du remplissage, passant d’une hypertonie parasympathique vessie vide (HF), à une hypertonie sympathique en fin de remplissage (LF). En fin de remplissage, au moment même où la continence vésicale est assurée par le sympathique, nous observions une élévation significative du tonus sympathique (p=0,022, ), associée à une baisse du tonus parasympathique cardiaque (p<0,0001, ). Ces résultats évoquaient une modification de la balance végétative dans le SHV lors du remplissage vésical.
Figure 2 : Étude de la variabilité de la fréquence cardiaque (étude du tonus sympathique) lors du remplissage vésical chez des femmes ayant une incontinence urinaire à l’effort et des femmes ayant un syndrome. Le tonus sympathique augmente significativement en fin de remplissage avant le B3 dans le groupe SHV par rapport aux IUE (p=0,022). IUE : incontinence urinaire à l’effort ; SHV : syndrome d’hyperactivité vésicale.
Figure 3 : Étude de la variabilité de la fréquence cardiaque (étude du tonus parasympathique) lors du remplissage vésical chez des femmes ayant une incontinence urinaire à l’effort et des femmes ayant un syndrome d’hyperactivité vésicale. Le tonus parasympathique (haute fréquence) est significativement plus élevée vessie vide dans le groupe SHV par rapport aux IUE (p=0,017), puis diminue significativement en fin de remplissage (p<0,0001). IUE : incontinence urinaire à l’effort ; SHV : syndrome d’hyperactivité vésicale.
L’ensemble de ces études suggère un dysfonctionnement du SNA dans le SHV de la femme, mais la disparité des résultats ne permet pas de conclure ni sur le type d’anomalie (sympathique ou parasympathique), ni sur sa localisation (périphérique ou centrale). Les différentes méthodologies employées ne rendent pas les résultats comparables entre les études. Elles utilisent toute la VFC, selon différentes méthodes d’analyse. Cet outil est très sensible à de nombreuses influences, et pour que ses résultats soient valides, différentes précautions doivent être prises selon les recommandations de la Société européenne de cardiologie et nord américaine d’électrophysiologie , qui ne sont pas toujours respectées.


Analyse du système nerveux autonome par les tests végétatifs cardiovasculaires dans le syndrome clinique d’hyperactivité vésicale de la femme

Nous n’avons retrouvé, dans la littérature, aucune étude utilisant les tests végétatifs cardiovasculaires dans le SHV de la femme, méthode plus ancienne que la VFC utilisée dans le dépistage de la neuropathie autonome du diabète par exemple , hormis l’étude récente réalisée par notre équipe .
Dans ce travail, ont été inclues prospectivement 33 femmes ayant un SHV idiopathique isolé et 29 témoins. Les critères d’exclusion étaient : antécédents de pathologie neurologique, urologique, diabète, maladies cardiovasculaire, hypertension et néphropathie ; les médicaments modifiant le fonctionnement du SNA ; IUE ; antécédent de chirurgie pelvienne. Toutes les patientes et témoins ont réalisé une batterie de six tests CV (), comprenant schématiquement deux tests sympathiques (test au froid et hand grip test), deux tests parasympathiques (ratio 30/15 et épreuve de respiration ample dirigée), et deux tests mixtes (recherche d’hypotension orthostatique et manœuvre de Valsalva). Les patientes SHV avaient toutes eu un bilan urodynamique, afin de préciser la présence ou non d’une hyperactivité détrusorienne (HAD). Des tests de Chi2 et de Student ont permis la comparaison entre les groupes. Les patientes SHV avait plus fréquemment des tests CV positifs (p<0,0001), et de façon nettement prédominante, des tests CV sympathiques positifs (p<0,0001, ). Au sein du groupe SHV, les patientes sans HAD au bilan urodynamique, avaient plus fréquemment des tests CV sympathiques positifs (p=0,03) que celles avec HAD. Le test le plus fréquemment positif était alors le test au froid (p=0,02). Ces résultats suggèrent une dysfonction sympathique dans le SHV idiopathique de la femme, plus particulièrement dans le SHV sans HAD (urgenturie dite « sensitive »). La positivité du test au froid et du hand grip test plus fréquente dans cette population pourrait suggérer un dysfonctionnement plutôt sur les voies efférentes sympathiques. Le SN sympathique est principalement acteur lors de la phase de remplissage et continence, permettant notamment la relaxation du détrusor. Un dysfonctionnement sympathique pourrait donc être impliqué dans un symptôme pathologique lors du remplissage : l’urgenturie et la survenue d’une pollakiurie avec fréquemment une limitation de la capacité vésicale fonctionnelle associée.
Tableau 1 : Présentation des six tests cardiovasculaires du système nerveux autonome et de leurs valeurs seuils.
Tests cardiovasculaires du système nerveux autonome
Test Système predominant Valeurs pathologiques
Hypotension orthostatique Sympathique et parasympathique Chute de 20 mmHg de la systole et/ou de 10 mmHg de la diastole sans élévation de la FC
Valsalva Sympathique et parasympathique RR max. pendant expiration/RR min. après expiration < 1,1
Test au froid ou cold pressor test Sympathique Augmentation de la TA systolique à 1 min < 10 mmHg
Contraction isometrique ou hand grip test Sympathique Augmentation de la TA diastolique après 3 min < 10 mmHg
Respiration ample dirigee Parasympathique FC max.-FC min. < 10/min
Ratio 30:15 Parasympathique Ratio RR max. au 30e bpm/RR min. au 15e bpm après le lever < 1,0
bpm : battements par minutes ; FC : fréquence cardiaque ; HF : high frequency ; max. : maximum ; min. : minimum.
Tableau 2 : Résultats des tests cardiovasculaires du système nerveux autonome chez les patientes ayant un syndrome d’hyperactivité vésicale et les témoins.
Groupe SHV
(23)
Groupe témoin
(29)
Student ou Chi2
(p corrigés)
a Valeurs absolues.
Tests parasympathiques
Ratio 30:15 ou test de lever actif
Tests positifs 5/23 0/29 0,06
Ratio 30:15 1,27 ± 0,4 1,31 ± 0,24 0,61
Respiration ample dirigée
Tests positifs 2/23 0/29 0,37
Variations FC (bpm) 20 ± 6,6 22 ± 7,5 0,38
Tests parasympathiques
Nombre total de femmes avec ≥ 1 6/23 0/29 0,026
Test positif (26 %) (0 %)
Tests sympathiques
Hand grip test
Tests positifs 9/17 0/29 0,0001
Variations TA (mmHg) 11 ± 19 31 ± 15 0,0006
Cold pressor test (test au froid)
Tests positifs 8/19 0/28 0,0014
Variations TA (mmHg) 19 ± 21 31 ± 13 0,03
Tests sympathiques
Nombre total de femmes avec ≥ 1 14/23 0/29 < 0,0001
Test positif (61 %) (0 %)
Tests mixtes
Recherche hypoTA orthostatique
Tests positifs 0/23 0/29 > 0,99
Manœuvre de Valsalva
Tests positifs 0/16 0/27 > 0,99
Ratio Valsalva 1,67 ± 0,3 1,73 ± 0,3 0,48
Évaluation globale cardiovasculaire du SNA (avec les 6 tests)
Nombre total de femmes avec ≥ 1 14/23 0/29 < 0,0001
Test positif (61 %) (0 %)
bpm : battements par minute ; SHV : syndrome d’hyperactivité vésicale ; SNA : système nerveux autonome ; TA : tension artérielle.


Exemple de l’hypertrophie bénigne prostatique et dysfonction du système nerveux autonome sympathique – hypothèses et perspectives dans le syndrome clinique d’hyperactivité vésicale de la femme

L’un des modèles d’association entre troubles vésico-sphinctériens (TVS) et dysfonction du SNA est l’hypertrophie bénigne de prostate (HBP). En effet, une association était constatée depuis de nombreuses années entre certains facteurs de risque cardiovasculaires, le syndrome métabolique et l’HBP chez l’homme . Le syndrome métabolique regroupe dans sa définition la présence de plusieurs anomalies métaboliques associées (obésité abdominale, hypertriglycéridémie, HDL-cholestérol bas, intolérance au glucose ou diabète de type 2, hypertension ). Cette entité est relativement fréquente avec une prévalence qui augmente avec l’âge. Le syndrome métabolique prédispose à la fois à la survenue d’un diabète de type 2 et de complications cardiovasculaires et est associé à une modification du SNA de type hypertonie sympathique centrale.
Les études animales ont confirmé le rôle du SNA dans la croissance prostatique, avec une régression du volume prostatique en l’absence d’innervation sympathique prostatique , et inversement une augmentation du volume prostatique en cas d’hypertonie sympathique chez des rats spontanément hypertendus . Un modèle de rat obèse utilisé pour l’étude du syndrome métabolique (dans lequel il existe une hypertonie sympathique centrale) présente également de façon fréquente une hyperactivité détrusorienne, corrélée à une augmentation de l’expression des récepteurs muscariniques M2,3 dans l’urothélium (60 % chez les rats obèses vs 0 % chez les témoins) . L’émergence des différentes méthodes d’évaluation du SNA chez l’homme a permis de mettre en évidence une association statistique entre SHV et dysurie liés à l’HBP, syndrome métabolique et modifications du SNA (hyperactivité sympathique centrale) chez l’homme [34,35]. Les études chez l’animal supportent l’hypothèse d’un lien physiopathologique entre ces trois dysfonctions, par le biais d’une hypertonie sympathique centrale .
L’hypothèse d’un lien similaire entre SHV idiopathique de la femme et syndrome métabolique peut être émise, mais la littérature dans ce domaine reste bien moins fournie que sur l’HBP. Certains facteurs de risque cardiovasculaires, tels que l’obésité « androïde » (tour de taille>88cm, ou périmètre taille/hanche>0,8) ou un IMC supérieur à 30, une hyperlipidémie, un hyperinsulinisme et le diabète, qui font partie du syndrome métabolique, sont associés à un risque plus élevé de SHV, et d’IUU chez la femme [21,22]. Teleman a rapporté que le SHV de la femme, sans pollakiurie, était associé à une fréquence plus élevée d’obésité (IMC>30) et un screening du syndrome métabolique positif. Ce screening comprenait un IMC supérieur à 30, une élévation du IMC de plus de 25 % depuis l’âge de 25ans, un antécédent familial de diabète ou un diabète, une hypertension (systolique>160 et/ou diastolique>95mmHg), une élévation des triglycérides supérieure à 2,3mmol/L, et un ratio périmètre abdominal/hanches supérieur à 0,90. Si l’un de ces paramètres existait, le screening du syndrome métabolique était considéré positif . L’obésité et le diabète sont deux facteurs de risques indépendants de survenue du SHV. Sur un échantillon de 3962 femmes, le risque relatif d’avoir un SHV chez les femmes obèses et diabétiques est de 2,97 [2,08–4,36] et chez les femmes obèses non diabétiques de 2,93 [2,33–3,68]. Chez l’animal, les modèles de rats femelles spontanément hypertendus ont une hyperactivité détrusorienne (HAD) avec augmentation de la production de NGF, tout comme les males, et servent de modèles pour des tests pharmacologiques de nouvelles molécules sur l’HAD . L’hypothèse d’un lien entre une hypertonie sympathique centrale, le syndrome métabolique/l’obésité/l’hypertension et le SHV chez la femme est donc plausible, mais il n’y a pas à ce jour assez de données et d’études épidémiologiques pour le confirmer. Nos travaux ont mis en évidence une dysfonction du SNA sympathique dans le SHV et un phénomène d’hypertonie sympathique, mais uniquement vessie pleine, comme retrouvé dans le syndrome métabolique. Certaines études ont rapporté cette hypertonie sympathique sur des enregistrements de cinq minutes. La seule étude qui ait réalisé la VFC sur 24heures ne mettait pas en évidence d’hypertonie sympathique dans le SHV chez la femme , mais les effectifs étaient faibles. Cette hypothèse reste donc une piste intéressante de recherche future.


Conclusion

Les données actuelles de la littérature nous suggèrent un possible rôle d’un dysfonctionnement du SNA, notamment sympathique, dans le SHV idiopathique de la femme. Cependant, les effectifs de ces études restent faibles, les méthodologies trop variées pour permettre de dégager une synthèse de ces travaux. L’altération des tests végétatifs cardiovasculaires sympathiques dans cette population évoque l’existence d’une dysautonomie prédominant sur le SN sympathique avec une expression symptomatique prédominant sur l’appareil urinaire. De plus, nombre de ces patientes ayant un SHV, décrivent également des troubles anorectaux et digestifs, également possibles symptômes de dysautonomie. Il existe en effet en matière de dysautonomie de nombreuses formes très frustres de ces pathologies, qui ont des expressions cliniques dites « pauvres », sans hypotension orthostatique, avec des symptômes urinaires, digestifs, anorectaux ou cutanés qualifiés à tort de pathologie fonctionnelle et qui, lorsqu’elles sont explorées par des explorations spécifiques du SNA, sont confirmées comme des dysautonomies modérées. L’exemple des avancées récentes sur un lien physiopathologique entre hyperactivité du SNA sympathique, symptômes urinaires de l’HBP et syndrome métabolique chez l’homme incite également à poursuivre les recherches sur le SNA dans le SHV de la femme notamment, sur de plus larges cohortes.


Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.