Étude prospective monocentrique comparant la prostatectomie totale rétropubienne à la laparoscopie robot-assistée : résultats carcinologiques et fonctionnels d’une série consécutive

03 juin 2015

Mots clés : Cancer de la prostate, Prostatectomie totale rétropubienne, Prostatectomie totale laparoscopique robot-assistée, Carcinologique, Fonctionnel
Auteurs : J.-B. Beauval, M. Roumiguié, M. Ouali, N. Doumerc, M. Thoulouzan, C. Mazerolles, P. Rischmann, B. Malavaud, M. Soulié
Référence : Prog Urol, 2015, 25, 7, 370-378
Objectif : La prostatectomie totale est un défi carcinologique et fonctionnel. Peu de séries comparent de façon prospective les deux voies d’abord, ouverte rétropubienne (PT-R) et laparoscopique robot-assistée (LRA). L’objectif était de comparer les résultats carcinologiques et fonctionnels de la PT-R et PT-LRA.
Matériel et méthodes : De janvier 2009 à mars 2012, 2 chirurgiens experts ont réalisé 304 PT consécutives, respectivement 129 PT-R et 175 PT-LRA. Les données préopératoires, périopératoires et postopératoires (localisation et taille des marges chirurgicales positives [MCP]) ont été enregistrées de manière prospective avec comparaison des résultats carcinologiques (MCP, survie sans récidive biologique [SSRB]) et fonctionnels (urinaire et érectile) par des auto-questionnaires validés (USP, IIEF-15). La comparaison était faite par le test du Chi2 et test-t de Student pour les variables qualitatives et quantitatives.
Résultats : Les données préopératoires 2 groupes étaient comparables. Le taux de MCP était de 13,2 % pour la PT-R et de 20 % pour la PT-LRA (ns) et était de 1,4 % et 29,6 % (PT-R) versus 9,4 % et 36,7 % (PT-LRA) pour les pT2 et pT3 respectivement (p=0,078). La SSRB était identique dans les deux groupes (95,2 % à 13,1 mois). À 12mois, les résultats de la continence ne montraient pas de différence (p=0,49) et concernant la fonction érectile, le score EF était significativement plus élevé pour la PT-LRA : 22 versus 17 pour la PT-R (p=0,03).
Conclusion : Les résultats carcinologiques étaient comparables après PT-R et PT-LRA. La récupération de la continence était excellente quelle que soit la technique chirurgicale, la récupération de la fonction érectile un peu plus rapide par PT-LRA.
Niveau de preuve : 3.


Introduction

Le cancer de la prostate (CaP) est le cancer plus fréquemment diagnostiqué en 2012 et la première cause de décès par cancer chez les hommes . Depuis l’introduction de la technique de Walsh, la prostatectomie totale par voie rétropubienne (PT-R) était le traitement chirurgical de référence pour les CaP localisés . Depuis 15 ans, la PT laparoscopique puis laparoscopique robot-assistée (PT-LRA) ont été introduites avec l’intention de minimiser la morbidité périopératoire et postopératoire [3–5]. La PT-LRA apparaît désormais comme l’alternative à la PT ouverte.
Malheureusement, les études randomisées à grande échelle comparant la PT rétropubienne et robot-assistée ne sont pas disponibles et ne seront probablement jamais effectuées . Par conséquent, la meilleure approche scientifique est composée d’études de cohortes appariées. Un autre écueil concerne la variabilité et l’absence de reproductibilité des méthodes d’évaluation de la continence et de l’érection.
Cet article compare une série prospective de PT-R et PT-LRA réalisées par 2 chirurgiens, expert de cette technique, en étudiant une population homogène de patients. L’objectif était de comparer les résultats carcinologiques et fonctionnels de la prostatectomie totale grâce à des auto-questionnaires validés.


Matériel et méthodes

Entre le 1er janvier 2009 et le 31 mars 2012, 304 PT ont été réalisées par 2 chirurgiens experts dans le même centre (CHU de Toulouse). Ainsi, 129 patients consécutifs ont été opérés par voie rétropubienne selon la technique de Barré par un chirurgien (expérience chirurgicale sénior de 2ans [MT]) et 175 autres patients consécutifs par voie laparoscopique robot-assistée par un chirurgien (expérience chirurgicale sénior d’1an [ND]) selon la technique déjà décrite [2,3].
Les données recueillies prospectivement étaient les caractéristiques préopératoires : âge, PSA, stade clinique (cTNM), données de l’IRM pelvienne, nombre de biopsie prostatiques, nombre de biopsies positives, longueur tumorale des biopsies, score de Gleason des biopsies.
Les caractéristiques opératoires étaient : la durée opératoire, la réalisation d’un curage ganglionnaire, les pertes sanguines, la conservation des bandelettes vasculonerveuses.
La technique de préservation nerveuse (uni- ou bilatérale) était adaptée à l’évaluation de la maladie préopératoire (cancer cliniquement localisé) et à la situation érectile préopératoire : en absence de risque de franchissement capsulaire (FC) : dissection interfasciale et en cas de risque de FC : dissection extrafasciale. Le contrôle de l’hémostase pour la préservation de la BVN était effectué en utilisant des petits clips métalliques.
Enfin, les résultats carcinologiques : stade anatomopathologique pTNM, score de Gleason de la PT, existence de marge chirurgicale positive (MCP), marge chirurgicale en glande saine, atteinte ganglionnaire, ainsi que le suivi oncologique à 3, 6, 12 et 24mois.
L’analyse histologique a été réalisée par la même uropathologiste (C.M.) avec une inclusion complète de la pièce et une coupe tous les 3mm (protocole de Stanford). Toutes les lames des pièces de PT présentant une MCP et/ou une marge en glande saine et/ou un franchissement capsulaire ont été relues par le même anatomopathogiste.
Le recueil des données fonctionnelles a été réalisé également de façon prospective. Un cahier d’auto-évaluation était remis à chaque patient (données préopératoires) lors de la consultation préopératoire ou la veille de l’intervention. Puis, les données fonctionnelles étaient relevées à 6semaines, 3mois, 6mois et 1an après PT. Deux questionnaires validés évaluant la situation mictionnelle (dont la continence urinaire) ont été utilisés : Urinary Symptom Profile (USP) et InContinence Impact Questionnaire (ICIQ) . Le traitement de l’incontinence postopératoire n’a pas été abordé dans cette étude. Concernant la fonction érectile et sexuelle, le questionnaire validé International Index of Erectile Function (IIEF-15) était utilisé .
La comparaison entre les bras de randomisation était faite par le test du Chi2 ou le test exact de Fisher pour les variables qualitatives et par le test-t de Student ou le test de Mann-Whitney pour les données quantitatives. Une différence significative était définie pour p0,05. Toutes les données ont été analysées à l’aide du logiciel de statistique Prism (GraphPad Prism® version 4.0, Software, Inc, Californie, États-Unis).


Résultats


Caractéristiques de la population

La population étudiée avait un âge médian de 62ans (43–76ans) (). L’IMC médian était de 25,9kg/m2 (18,6–35,9). Le PSA médian était de 6,2ng/mL (6,5 vs 6,0ng/mL, p=0,02) statistiquement différent entres les deux groupes. Les stades cliniques étaient comparables entre le groupe PT-R et PT-LRA respectivement : 46,9 % vs 49,7 % de cT1c, 50,0 % vs 42,3 % de cT2 et 3,1 % vs 8,0 % de cT3 (ns). Une stratification selon D’Amico a été réalisée et la répartition était la suivante : 20,9 % de bas risque, 64,6 % de risque intermédiaire et 14,5 % de haut risque, sans différence entre les deux groupes (p=0,82).
Tableau 1 : Caractéristiques préopératoires de la population.
PT rétropubienne PT robot-assistée Total Valeur de p
n (%) 129 (42,4) 175 (57,5) 304
Âge (ans)
Médiane 62 62 62
Range 43–76 45–75 43–76 0,67
40–50 (%) 2 (1,6) 7 (4) 9 (3)
50–60 (%) 39 (30,2) 55 (31,4) 94 (30,9)
60–70 (%) 74 (57,4) 95 (54,3) 0,68
> 70 (%) 14 (10,9) 18 (10,3)
IMC (kg/m2)
Médiane 26,2 25,8 25,9 0,70
Range 22,5–33,7 18,6–35,9 18,6–35,9
PSA (ng/mL)
Médiane 6,5 6,0 6,2 0,002
Range 1,2–32 1,2–40 1,2–40
Stade clinique (cTNM)
T1c 60 (46,9) 87 (49,7) 147 (48,5) 0,13
T2 64 (50) 74 (42,3) 138 (45,5)
T2a 43 (33,6) 26 (14,9) 69 (22,8)
T2b 16 (12,5) 33 (18,9) 49 (16,2)
T2c 3 (2,3) 3 (1,7) 6 (2)
T3 4 (3,1) 14 (8) 18 (5,9)
T3a 4 (3,1) 14 (8) 18 (5,9)
T3b 0 0 0
Nombre biopsies
Médiane 12 12 12 0,89
Range 4–32 4–24 4–32
Biopsies positives
Médiane 4 3 3 0,61
Range 1–15 1–14 1–15
SG biopsie (%)
≤ 6 55 (44) 78 (49,7) 133 (47,2) 0,27
7 59 (47,2) 72 (45,9) 131 (46,5)
≥ 8 11 (8,8) 7 (4,5) 18 (6,4)
Estimation du % de survie sans récidive biologique à 2ans (Walz) 90 90 0,61
PT : prostatectomie totale ; SG : score de Gleason.


Caractéristiques périopératoires

Un curage ganglionnaire était réalisé dans 83,3 % des cas en PT-R et 47,4 % en PT-LRA (p<0,0001) (). La préservation des bandelettes vasculonerveuses était unilatérale dans 17,2 % des PT-R vs 28,9 % des PT-LRA, bilatérale dans 42,2 % des PT-R et 49,7 % des PT-LRA (p=0,0008). La durée opératoire médiane était statistiquement différente : 150min (PT-R) vs 165min (PT-LRA, p=0,03). Dans la PT robot-assistée, il existait une différence significative de la durée opératoire en fonction de l’année (avant et après 2010). Les pertes sanguines étaient significativement plus élevées en cas de PT-R (p=0,001). Aucun cas de conversion peropératoire n’a été enregistré.
Tableau 2 : Caractéristiques péri- et postopératoires en fonction de la technique chirurgicale.
PT rétropubienne PT robot-assistée Total p
Stade pathologique (pTNM) (%)
pT2 73 (57,5) 106 (61,1) 179 (59,6) 0,52
pT2a 6 (4,7) 7 (4) 13 (4,3)
pT2b 13 (10,2) 12 (6,9) 25 (8,3)
pT2c 54 (42,5) 87 (49,7) 141 (46,7)
pT3 54 (42,5) 68 (38,9) 122 (40,4)
pT3a 41 (32,3) 52 (29,7) 93 (30,8)
pT3b 13 (10,2) 15 (8,6) 28 (9,3)
pT4 0 (0) 1 (0,6) 1 (0,3)
SG pathologique
≤ 6 43 (33,9) 48 (27,4) 91 (30,1) 0,45
7 77 (60,6) 118 (67,4) 195 (64,6)
≥ 8 7 (5,5) 9 (5,1) 16 (5,3)
Poids prostate (g)
Médiane 50 48 48 0,20
Range 23–180 8–126 8–180
Volume tumoral (mL)
Médiane 4,6 1,4 1,9 p< 0,01
Range 0,5–34 0–5 0–34
Volume tumoral (%)
Médiane 9 8 9 0,21
Range 1–85 5–85 5–85
Curage ganglionnaire
Non (%) 21 (16,7) 92 (52,2) 113 (37,5) p< 0,0001
Oui (%) 105 (83,3) 83 (47,4) 188 (62,5)
Nombre ganglions
Médiane 13 13,5 13 0,08
Range 7–35 4–35 4–35
Curage positif
Non (%) 100 (91,7) 172 (98,3) 272 (95,8) 0,01
Oui (%) 9 (8,3) 3 (1,7) 12 (4,2)
Durée opératoire (min)
Médiane 150 164,5 150 0,037
Range 120–200 120–390 120–390
Saignement (mL)
Médiane 200 200 200 0,001
Range 50–1500 50–1000 50–1500
BVN (%)
Non 52 (40,6) 37 (21,4) 89 (29,6) 0,0009
Unilatérale 23 (18) 50 (28,9) 73 (24,3)
Bilatérale 53 (41,4) 86 (49,7) 139 (46,2)
Marges chirurgicales
Non (%) 112 (86,8) 140 (80,0) 252 (82,9) 0,16
Oui (%) 17 (13,2) 35 (20,0) 52 (17,1)
Taille marge (mm)
Médiane 3 2 3 0,26
Range 0,5–65 0,5–58 0,5–65
Marges en glande saine
Non (%) 105 (86,8) 122 (70,9) 227 (77,5) 0,0014
Oui (%) 16 (13,2) 50 (29,1) 66 (22,5)
Taille MGS (mm)
Médiane 3 5 5 0,39
Range 1,5–13 1–64 1–64
PT : prostatectomie totale ; MGS : marges en tissu sain ; SG : score de Gleason.


Caractéristiques postopératoires

Le stade pathologique était pT2 dans 59,6 % des cas, pT3 dans 40,1 % des cas et pT4 dans 0,3 % (). Un franchissement capsulaire (pT3a) était retrouvé dans 39,1 % des cas dans les deux groupes (41,1 % en PT-R vs 37,7 % en PT-LRA, ns).
Le taux de MCP était de 13,2 % pour la PT-R et de 20 % pour la PT-LRA (ns). Le taux de MCP en fonction du pTNM était, respectivement, de 1,4 % (PT-R) et 9,4 % (PT-LRA) pour les pT2 et de 29,6 % (PT-R) et 36,7 % (PT-LRA) en cas de stadepT3 (p=0,078).
Le taux de marge en glande saine était statistiquement plus élevé en cas de PT-LRA : 29,1 % vs 13,2 % (p=0,0014).
Le suivi médian était de 13,1 mois (IC95 % : 12,06–14,42) (). La survie sans progression était identique dans les deux groupes, avec une survie médiane sans progression biologique de 95,2 % dans la population totale. Il n’y avait pas de différence en SSRB entre les deux groupes ().
Tableau 3 : Suivi et SSRB.
PT-R PT-LRA Total p
Progression biologique
Non 115 (93,5) 161 (96,4) 276 (95,2) 0,25
Oui 8 (6,5) 6 (3,6) 14 (4,8)
Délai de dernière nouvelle (mois)
Médiane 15,2 12,5 13,1 0,11
Range 1,9–39,1 1,2–28,3 1,2–39,1
SSRB : survie sans récidive biologique ; PT-R : prostatectomie totale rétropubienne ; LRA : laparoscopique robot-assistée.
Figure 1 : Survie sans récidive biologique (courbe de Kaplan-Meier).


Résultats fonctionnels

Le score d’incontinence urinaire (IU) en fonction du temps était de 1 (0–6) à 12mois en PT-R vs 1 (0–9) en PT-LRA (p=0,49) (Fig. 2 et 3). Le nombre de patients présentant une absence totale de fuite à une fuite modérée par semaine (USP2) représentaient à 12mois 72,2 % en PT-R et 76,0 % en PT-LRA (p=0,6). En préopératoire, ce taux était de 85,4 % vs 95,2 % (p=0,09), respectivement.
Figure 2 : Score incontinence urinaire d’effort (Urinary Symptom Profile) en fonction du temps et de la technique chirurgicale.
Figure 3 : Score EF (International Index of Erectile Function) en fonction du temps et de la technique chirurgicale.
À 12mois, parmi les patients ayant eu une conservation des bandelettes neurovasculaires (BNV), le score EF était significativement plus élevé dans le groupe PT-LRA : médiane du score EF à 17 (1–29) en PT-R et 22 (1–30) en PT-LRA (p=0,03). En termes de dysfonction érectile (DE), les patients ayant une DE légère à pas de DE représentaient 57,1 % des patients en PT-R et 74,5 % en PT-LRA selon le score EF (p=0,03).


Discussion

La prostatectomie totale est un des traitements de référence des cancers localisés de la prostate, selon les recommandations du CCAFU . La PT ouverte rétropubienne demeure la technique chirurgicale la plus ancienne encore utilisée (40 % des cas environ en France). La PT robot-assistée suscite depuis son apparition un intérêt croissant dans la communauté urologique et elle est utilisée par de plus en plus d’équipes dans le monde .
C’est pourquoi, il est important de pouvoir comparer ces deux techniques tant sur le plan carcinologique que fonctionnel afin de démontrer leur faisabilité et leur efficacité.
Les populations opérées étaient homogènes dans les deux groupes : il n’y avait pas de différence significative d’âge, d’IMC, de stade cTNM. Finalement, la proportion de patients appartenant au groupe faible risque, intermédiaire et haut risque de D’Amico était comparable dans les deux groupes. La proportion des groupes intermédiaire et haut risque était de 80 %. Cette tendance est concordante avec la littérature actuelle qui montre une diminution de la prise en chirurgicale pour les tumeurs de faible risque [12,13]. Les stades cliniques (et la stratification en groupe à risque) dans les séries récentes de PT-R et PT-LRA montrent des taux comparables à ceux de notre étude (en moyenne, T1c 47,1 % et cT2 45,7 %), mais une différence en chirurgie robotique (en moyenne, T1c 76,2 % et cT2 22,8 %) avec une proportion plus importante de tumeur localisée de faible risque de récidive. Certaines études confirment cette différence dans la sélection des patients. Barocas et al. montraient que le stade clinique, le PSA préopératoire et le Gleason des biopsies étaient significativement inférieurs dans le groupe robot par rapport à la chirurgie ouverte .
Plusieurs études rapportent que la durée opératoire est moins importante en chirurgie ouverte (PT-R) [16,17]. Dans notre étude, la durée opératoire était supérieure en chirurgie robotique. Ce résultat est à interpréter en fonction de la courbe d’apprentissage du chirurgien. En effet, la durée opératoire en chirurgie robotique devient équivalente à la chirurgie ouverte après une centaine de procédures.
Dans notre série, la préservation des BVN était plus fréquente en chirurgie robotique, qu’elle soit unilatérale ou bilatérale. La préservation des BVN varie dans la littérature : unilatérale dans 7 % à 30 % des cas en chirurgie ouverte et de 23 à 91 % des cas en cas de chirurgie robotique, bilatérale dans 40 % à 96,5 % en ouvert et de 33 % à 70 % en robot . Dans une étude comparable comparant la PT-R à la PT-LRA, Di Pierro et al. montraient des taux de préservation identique à ceux de notre étude . La communication de la société Da Vinci sur la qualité de dissection des BVN par le robot influe probablement le choix de la technique par le patient demandeur d’une préservation de sa fonction érectile.
Dans la littérature, la comparaison des résultats carcinologiques entre PT-R vs PT-LRA rapporte des résultats discordants. Schroeck et Krambeck montraient des taux de MCP identiques [19,20] pour les deux techniques. Contrairement à ces résultats, Ficarra et al. montraient dans une revue de la littérature un avantage en faveur de la chirurgie robotique (RR=1,58, IC=1,29–1,94, p<0,00001). Inversement, en chirurgie ouverte (technique identique par notre chirurgien), Barré et al. rapportaient un taux de MCP bas de 8,7 % . Globalement, le taux de MCP varie dans les séries de PT-R de 8,7 % à 37 % et de 9,6 % à 26 % pour la PT-LRA. Dans notre série, le taux de MCP était relativement bas : PT-R (13,2 %) et un peu supérieur en PT-LRA (20 %) (ns).
Des essais randomisés seraient nécessaires pour établir des conclusions définitives sur la comparaison de ces deux voies d’abord. Les résultats très différents en fonction des études mettent en évidence un facteur important dans la variabilité du taux de MCP, outre la maladie traitée, le chirurgien et la technique de dissection utilisée dans la préservation des BVN. À ce propos, Eastham et al. montrent que le taux de MCP varie de 10 à 48 % en fonction de l’opérateur . Récemment, Al-Mamari et al. montraient que la dissection intrafasciale exposait à un taux très élevé de marges positives en n’offrant que peu d’avantages dans la préservation de la fonction érectile à 2ans comparée à la variante interfasciale .
La limite essentielle de toutes ces études est le suivi, avec des taux de récidive biochimique très faible mais des suivis médians courts, variant de 12 à 36mois pour la plupart des séries, limitant leurs résultats en terme de facteur prédictif de contrôle carcinologique. Dans notre série, le délai de suivi est également court, sans différence de survie en fonction de la technique.
Peu d’études s’intéressent aux marges en tissu sain (MGS). Une revue de la littérature ne retrouve que des études anciennes pour la plupart sur des pièces de PT rétropubienne ou périnéale et une seule en laparoscopie robot-assistée plus récente . Dans notre série, le taux de MGS est plus important en chirurgie robot-assistée : 13,2 % (PT-R) vs 29,1 % (PT-LRA) (p=0,001). En analyse uni- et multivariée, la technique chirurgicale (robot) apparaissait comme un facteur indépendant de MGS (OR=2,6).
Kohl et al. confirmaient cette donnée, avec un taux de MGS supérieur en robot (54 % vs 15 %, p=0,035) . La stratégie opératoire et le choix du plan de dissection sont les raisons évoquées pour expliquer le taux de MGS plus important en chirurgie robotique. L’impact des MGS sur le PSA postopératoire reste controversé et la plupart des études montre que les MGS ont peu d’effet sur la récidive biologique . Le taux de MGS serait à considérer comme un gage de qualité du geste chirurgical .
L’évaluation de la continence après PT manque de standardisation dans toutes les séries. La majorité des études n’utilise pas de questionnaire validé ou des questionnaires différents. Ces études définissent de manière générale l’absence d’incontinence urinaire après PT par l’absence de fuite ou dans d’autres études par l’absence de port de protection (≤1 « pad »). À aucun moment une évaluation quantitative de l’incontinence est réalisée. Dans notre étude, la continence urinaire est évaluée par le score incontinence urinaire d’effort (IUE) de l’USP. La médiane à 12mois était de 1 (score de 1 à 9) dans les deux groupes sans différence significative, correspondant à une fuite d’urine par semaine pour des efforts modérés à importants (pas de protection utilisée). Le nombre de patients n’ayant pas de fuite à une fuite modérée par semaine (USP2) représentait à 12mois 72,2 % en PT-R et 76,0 % en PT-LRA, p=0,6. Il est intéressant de remarquer qu’en préopératoire, ce taux était de 85,4 % dans le groupe chirurgie ouverte vs 95,2 % dans le groupe robot (p=0,09). La moyenne de continence dans les plus grosses séries répertoriées (>250 patients inclus) est de 88,2 % en cas de PT-R et de 92 % en cas de PT-LRA . Par contre, dans cette méta-analyse récente, Ficarra et al. montraient une récupération de la continence en faveur de la PT-LRA.
Dans notre étude, la fonction érectile à 12 mois était significativement de meilleure qualité dans le groupe chirurgie robotique (74,5 % vs 57,1 %, p=0,003). Cette tendance est confirmée dans les séries comparant PT-R à PT-LRA. Tewari et al. rapportaient dans leur étude non randomisée mais prospective que le temps de récupération d’une fonction érectile était plus court en chirurgie robotique (440jours en PT-R vs 180jours avec PT-LRA) . À l’inverse, Krambeck et al. montraient des résultats comparables entre les deux techniques (PT-R 62,8 % vs PT-LRA 70 %, p=0,081) . La moyenne du taux d’érection en cas de conservation unilatérale était de 43,1 % et 59,9 %, en cas de préservation bilatérale de 60,6 % et 93,5 % pour la chirurgie ouverte et robotique, respectivement.
Notre étude est originale en comparant prospectivement 2 techniques chirurgicales, sans biais d’opérateur (1 par technique), d’anatomopathologie et en utilisant des questionnaires validés.
Le deuxième avantage est que l’analyse anatomopathologique et la relecture des lames afin d’établir les différentes localisations ont été réalisées par la même uropathologiste.
Enfin, l’analyse fonctionnelle permettait une reproductibilité des résultats en utilisant des auto-questionnaires validés.
En revanche, l’étude est limitée par le faible effectif qui est secondaire au recueil de tous ces critères initiaux. Le temps de suivi est également faible, mais la plupart des études ne comparent les résultats fonctionnels que sur la première année postopératoire.


Conclusion

La PT constitue une des principales références thérapeutiques du traitement des CaP cliniquement localisés. Le défi chirurgical est en premier lieu carcinologique avec la nécessité d’exérèse complète du CaP en limite chirurgicale négative tout en permettant une préservation des structures fonctionnelles permettant la continence et l’érection.
Cette étude met en évidence l’efficacité des deux techniques utilisées (PT rétropubienne et PT robot-assistée) sur plan carcinologique et fonctionnel. Les résultats carcinologiques et fonctionnels par deux chirurgiens experts de leur technique sont satisfaisants, quelle que soit la technique utilisée. D’ailleurs, aucune étude n’a démontrée la supériorité d’une technique sur une autre. Aussi, la probabilité qu’un patient ait une bonne récupération de sa fonction érectile et de sa continence dépend probablement de la technique elle même, mais surtout de la façon dont est pratiquée la PT par le chirurgien urologue.


Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.