Éditorial

07 décembre 2014

Auteurs : L. Cormier
Référence : Progrès FMC, 2014, 24, 4, F93-F94
Ce numéro de Progrès en Urologie  FMC traite de sujets aussi variés et différents que la prostate, l’incontinence, la radiologie… mais permet à chaque fois au lecteur de disposer d’une mise au point précise.
Un premier article concerne les « Modifications apporter !!!! À la technique du TVT » et C. Saussine présente une mise au point claire et indispensable sur l’utilisation des minibandelettes sous-urétrales dont on entend de plus en plus parler. La littérature rapportée par Christian Saussine recommande d’être prudents : l’efficacité à court terme n’est pas supérieure, l’efficacité à long terme n’est pas établie et le nombre de réinterventions est peut être plus élevé. Les évolutions technologiques se sont toujours confrontées à l’evidence-based medicine (EBV), médecine basée sur les preuves : l’innovation est là, mais les preuves arrivent après et c’est toute la place des essais cliniques et/ou des bases de données. Mais si l’on applique stricto sensu l’EBV, de nombreuses évolutions techniques chirurgicales n’auraient jamais existé… Il y a un devoir d’information à l’égard des patientes, une nécessité de colliger et analyser les cas et surtout une question à l’égard de nos instances (AFU, organismes publiques…) comment encadrer l’innovation dans la pratique chirurgicale quotidienne ?
Dans son article « La prostatite chronique est-elle une maladie infectieuse ? » D. Delavierre s’attaque avec efficacité et minutie à une entité « bouteille à encre » en urologie « le primum movens de la prostatite chronique (PC) ». D. Delavière rapporte un travail très intéressant du NIH sur une cohorte d’hommes relativement jeunes qui ne plaide pas pour une étiopathogénie infectieuse du syndrome douloureux pelvien chronique (SDPC). La présence de micro-organismes dans le sperme ou les sécrétions prostatiques ne permettant pas d’affirmer la présence d’une infection prostatique en raison d’une possible contamination urétrale. La PC authentiquement bactérienne ne représente qu’environ 5 à 15 % des ex-PC. L’infection agirait comme un événement initiateur en provoquant des lésions tissulaires et une inflammation. Ainsi, le SDPC ne serait pas une maladie infectieuse mais une maladie parfois d’origine infectieuse devenue pathologie fonctionnelle de la régulation des messages douloureux pelvi-périnéaux.
Dans « Apport de l’échographie de contraste dans la stratégie d’imagerie des tumeurs rénales de petite taille », C. Werquin rappelle que les petites tumeurs rénales de moins d’un centimètre sont bénignes dans 44 % des cas et celles de moins de 3cm, bénignes dans 33 % des cas. L’échographie de contraste (EC) utilise des produits de contraste ultrasonores ayant une très bonne tolérance. Ils ne sont pas néphrotoxiques et n’interagissent avec le métabolisme thyroïdien. Les seules contre-indications médicales sont la cardiopathie ischémique instable et le syndrome coronarien aigu récent. La principale limite de l’EC provient de l’inaccessibilité de la cible en échographie. L’EC augmente la détection des petites tumeurs moins de 5mm. L’EC permet de différentier une masse solide d’une masse kystique atypique. L’EC aide à la caractérisation des masses kystiques complexes. L’EC est adaptée pour la surveillance des lésions non chirurgicales (kyste Bosniak IIF, lésion en surveillance active) L’EC peut aider dans le traitement des tumeurs par radiofréquence ou cryoablation. L’EC ne permet pas de distinguer les tumeurs solides bénignes des tumeurs malignes. L’EC permet de caractériser les thrombus des veines rénales ou de la veine cave inférieure.
Les EC sont comme l’échographie classique des examens très « opérateur-dépendant ». Ainsi, pour les urologues, la lecture des examens et les comparaisons sont difficiles. Enfin l’EC ne permet pas de différencier les tumeurs bénignes des tumeurs malignes. Sa place semble être prépondérante dans la pathologie kystique et en cas de CI au produits iodés et ou aux IRM.
Un article sur la place de l’IRM dans les mêmes indications serait intéressant.
Dans l’article « Cancer de prostate résistant à la castration : un premier pas vers un traitement personnalisé ? », F.N. Nouhaud rapporte l’article d’Antonarakis E. publié dans le New England Journal of Medicine en 2014 concernant les variants d’épissage des récepteurs aux androgènes et en particulier l’AR-V7. La réponse des patients porteurs d’un cancer de la prostate résistant à la castration à l’Enzalutamide et à l’Abiratérone varie de 0 % pour les AR-V7 positifs à respectivement 53 % et 68 % pour les AR-V7 négatifs. Les effectifs sont modestes, mais la méthodologie est rigoureuse et même si la reproductibilité de la mesure des cellules tumorales circulantes dans la vraie vie sera éventuellement perfectible comme le souligne FXN, ce travail met en avant des perspectives sur le traitement « génétiquement » personnalisé du cancer de la prostate.
Dans l’article « Comment entretenir son urétéroscope souple ? », S. Doizi de Tenon effectue une excellente mise au point sur la mise en place mais aussi l’utilisation en routine de l’urétéroscopie souple (URS-S). La longévité de ce matériel est clairement multifactorielle. Elle nécessite la coopération entre les équipes en charge de la désinfection et les équipes utilisant ce matériel (chirurgiens et infirmières de bloc opératoires…). La vérification des matériels lors du stockage ou lors de la procédure (endoscope, diamètre et état des fibres laser…) est indispensable. Ces mesures issues de l’analyse de la littérature et de l’expérience d’un centre de référence dans le domaine sont absolument à prendre en compte dans l’utilisation de l’URS-S et permettre ainsi une meilleure longévité de ce matériel performant mais encore fragile et dont le coût en cas d’une longévité courte peut être rapidement très lourd.
Dans l’article « Chirurgie des déformations de la verge de l’adulte, quelle technique pour quelle déformation ? », R. El Osta fait une synthèse claire de la chirurgie des déformations de la verge (indications et techniques). Cet article est une aide indéniable à tout chirurgien souhaitant s’intéresser à ce type de pathologie. Cependant, compte tenu d’une incidence au final très modeste, il est sans doute prudent de ne pas traiter ce genre de pathologies (en particulier dans les déformations « congénitales » ou en cas de déformation importante) si l’on appartient pas à une équipe « rodée ».