Diagnostic d'une anorgasmie masculine

14 décembre 2008

Mots clés : Orgasme, Anorgasmie, Anejaculation
Auteurs : Dominique Delavierre
Référence : Progrès FMC, 2008, 18, 1, 8-10

L’anorgasmie (également appelée anéjaculation sans orgasme) est définie par l’absence persistante ou répétée de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale. L’orgasme tardif, difficile à atteindre, est une forme mineure d’anorgasmie. La prévalence de l’anorgasmie masculine a été respectivement évaluée dans les enquêtes ACSF (France 1993) et NHSLS (USA 1999) à 14 et 8 %. Le diagnostic étiologique d’une anorgasmie repose essentiellement sur l’interrogatoire. Les facteurs de risque d’anorgasmie sont le plus souvent psychologiques, mais aussi neurologiques et médicamenteux. Notamment les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et/ou de la noradrénaline et certains alpha-bloquants, couramment utilisés en urologie, peuvent se compliquer d’orgasmes tardifs voire d’anorgasmies. L’anorgasmie sans facteur de risque organique justifie un bilan sexo-psychologique.

Introduction et définition

L’orgasme est une sensation intense de plaisir lors d’une activité sexuelle, sensation qui survient après la phase d’excitation sexuelle et marque l’aboutissement du plaisir. Chez l’homme l’orgasme s’accompagne le plus souvent d’une éjaculation (émission de quelques millilitres de sperme par le méat urétral). Face à une anéjaculation, il est important de préciser la présence ou non de l’orgasme. En effet, dans certaines situations pathologiques l’orgasme survient sans éjaculation (éjaculation rétrograde, éjaculation sèche). L’anorgasmie (également appelée anéjaculation sans orgasme) est définie par l’absence persistante ou répétée de l’orgasme après une phase d’excitation sexuelle normale (30e séminaire de l’AIHUS 2000). L’orgasme tardif, difficile à atteindre, est une forme mineure d’anorgasmie. Le tableau I rappelle la classification des anéjaculations dont l’anorgasmie est une des composantes.

Épidémiologie

La prévalence de l’anorgasmie masculine n’est pas négligeable. En France l’enquête Spira/Bejin (ACSF) a montré que 14 % des hommes présentaient « souvent ou parfois » une anorgasmie [1]. Aux États-Unis, l’enquête de Laumann (NHSLS) a évalué cette dysfonction à 8 % [2]. En Suède, dans l’enquête de Fugl-Meyer, 2 % des hommes présentaient une éjaculation retardée « souvent, presque tout le temps ou tout le temps » [3]. Enfin, en Australie dans l’enquête de Pinnock 18,2 % des hommes obtenaient un orgasme « rarement ou jamais » [4].

Étiologies

Étiologies psychologiques

Les anorgasmies masculines ont souvent une origine psychologique. Buvat à propos de 60 cas d’anorgasmie a retrouvé parmi 36 cas primaires, 36 causes psychologiques (100 %) et parmi 24 secondaires, 15 causes psychologiques (62 %) et 9 organiques (dont 8 suspectées dès l’interrogatoire et l’examen clinique) [5]. Ainsi, 85 % des anorgasmies avaient une cause psychologique. Cette série a montré également que le caractère primaire de l’anorgasmie orientait fortement vers une origine psychologique. Dans notre série de 47 anorgasmies, nos constatations ont été identiques : 70 % des patients avaient des facteurs de risque ou une orientation étiologique psychologiques (100 % des anorgasmies primaires, 63 % des secondaires). Néanmoins 1/3 avaient aussi des facteurs de risque neurologiques, 1/3 médicamenteux et au total la moitié des patients présentant une anorgasmie avaient plusieurs facteurs de risque, le facteur psychologique restant toutefois prédominant chez la moitié d’entre eux [6].
L’anorgasmie psychologique est volontiers sporadique, situationnelle. Un orgasme peut survenir dans certaines circonstances notamment lors d’activités sexuelles sans pénétration (par exemple lors de la masturbation). De même, des éjaculations peuvent survenir la nuit (pollutions nocturnes).
Le tableau II précise les critères sémiologiques orientant vers l’origine psychologique d’une anorgasmie.
Le tableau III détaille les principaux facteurs de risque psychologiques d’anorgasmie [5, 6, 7].

Étiologies organiques

Les étiologies organiques des anorgasmies sont le plus souvent neurologiques ou médicamenteuses (tableau IV).
Les étiologies neurologiques sont dominées par les blessures médullaires, la sclérose en plaques et les neuropathies diabétiques [7, 8, 9, 10], mais ces différentes pathologies sont aussi responsables d’autres variétés d’anéjaculations (éjaculation rétrograde, sèche ou asthénique).
De nombreux médicaments ont été suspectés de provoquer des anorgasmies notamment les antidépresseurs et les alpha-bloquants [7, 8, 10]. Dans la littérature, ce sont les effets secondaires sexuels des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) – citalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline – ou des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA) – venlafaxine – qui sont les mieux documentés [9, 11]. Ces antidépresseurs sont responsables d’orgasmes tardifs ou d’anorgasmies dans des proportions non négligeables : 19,8 % selon Keller Ashton (série de 167 hommes – 23,4 % de troubles sexuels) [9]. Selon le Groupe espagnol d’études des dysfonctions sexuelles liées aux psychotropes, les IRS et IRSNA se compliquent plus souvent d’orgasmes tardifs et d’anorgasmies que la mirtazapine et la moclobémide [11].
Les alpha-bloquants prescrits dans le traitement de l’adénome de prostate sont responsables d’éjaculations rétrogrades, mais aussi d’orgasmes tardifs voire anorgasmies : la revue de Debruyne fait état de troubles de l’éjaculation dans 4,5 % des cas avec la tamsulosine et moins de 1 % avec l’alfuzosine et la térazosine [12]. Hellstrom confirme le rôle plus délétère de la tamsulosine comparée à l’alfuzosine [13].

Conflit d’intérêt

Aucun.

Conclusion

  • Face à une anéjaculation l’interrogatoire doit préciser l’existence ou non d’un orgasme.
  • L’anorgasmie est une anéjaculation sans orgasme. L’orgasme tardif est une forme mineure d’anorgasmie.
  • Le diagnostic étiologique d’une anorgasmie repose sur l’interrogatoire.
  • Les facteurs de risque d’anorgasmie sont le plus souvent psychologiques, mais aussi neurologiques et médicamenteux. Notamment les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et/ou de la noradrénaline et certains alpha-bloquants, couramment utilisés en urologie, peuvent se compliquer d’orgasmes tardifs voire d’anorgasmies.
  • L’anorgasmie sans facteur de risque organique justifie un bilan sexo-psychologique.