Cystoscopie en fluorescence pour les tumeurs superficielles de vessie : apport de l'hexaminolévulinate (Hexvix®) et du diagnostic photodynamique

09 avril 2009

Mots clés : cystoscopie, Fluorescence, Tumeurs superficielles de vessie
Auteurs : Dimitri Vordos, Guillaume Ploussard
Référence : Progrès FMC, 2009, 19, 1, 9-14

La résection transurétrale de vessie est une des procédures les plus fréquentes pour l’urologue, et constitue la base du diagnostic et du traitement des tumeurs superficielles de vessie. Cependant, la détection des lésions planes de carcinome in situ (CIS) échappe fréquemment à la cystoscopie standard, et la récidive précoce d’une tumeur de vessie dès la première cystoscopie de contrôle témoigne parfois du caractère incomplet de la résection initiale. Le but de la fluorescence a été de rendre « visible » les imperfections de la cystoscopie standard. La cystoscopie en fluorescence (en lumière bleue) a montré sa supériorité pour la détection des tumeurs de vessie superficielles, et tout particulièrement du CIS, par rapport à la cystoscopie standard en lumière blanche. Ce diagnostic photo dynamique (PDD) permet également de diminuer significativement le taux de tumeurs résiduelles et le taux de récidive après RTUV. Des résultats dans de plus larges essais randomisés et en termes de survie sans progression et survie spécifique sont attendus. L’AFU recommande désormais le PDD en cas de cytologie positive de haut grade, de surveillance des TV à haut risque (pT1G et CIS), de TV multifocales, de tumeurs de plus de 30 mm et de récidives précoces après RTUV.

Introduction

Le cancer de vessie est le second cancer urologique en France, avec près de 11 000 nouveaux cas pour 4 500 décès par an. Au diagnostic, les trois quarts des tumeurs de vessie (TV) n’infiltrent pas le muscle vésical mais récidivent dans 75 % des cas environ. Dix à 20 % d’entre elles progresseront en stade ou grade. La surveillance repose essentiellement sur la cystoscopie rythmée selon les recommandations de l’AFU [1]. La cytologie n’est pas systématique dans le suivi en cas de TV de faible risque à cause d’une sensibilité globale de 35 % seulement. Elle reste un outil de référence pour le dépistage des TV de haut grade et du CIS.
Le carcinome in situ (CIS) représente un mode fréquent de récidive des TV à haut risque et un facteur de risque pronostique indépendant de progression. Il est retrouvé dans plus de 25 % des cas de ces TV à haut risque, et augmente le risque de récidive et de progression des TV auxquelles il est associé, de 2 à 3 fois. L’importance du CIS, son caractère concomitant à une TV et sa localisation prostatique ou au niveau du bas uretère sont les critères pronostiques principaux. La cytologie est un élément important du diagnostic du CIS en cas de positivité, mais jusqu’à 42 % des CIS ne sont pas détectés en cystoscopie standard.
La récidive des TV est donc fréquente, présente parfois dès le premier contrôle cystoscopique à 3 mois de la RTUV (jusqu’à 50 % dans certaines séries). La récidive tumorale précoce est un facteur pronostique indépendant de progression, elle peut s’expliquer par une mauvaise détection initiale avec TV non vues, par la présence de CIS ou de dysplasie non détectés, ou bien par la persistance de tissu tumoral résiduel due à une résection initiale incomplète. Une résection du lit tumoral (de « second look »), notamment avant BCG-thérapie endovésicale, doit donc être systématique en cas de résections incomplètes, de tumeurs multifocales, de pT1 ou CIS, d’absence de muscle visible sur la résection initiale, et de tumeurs du dôme ou de la face antérieure [1].
Les objectifs du développement du diagnostic en fluorescence, ou diagnostic photo dynamique (PDD) ont été d’améliorer la détection des TV non vues en cystoscopie standard (et notamment les lésions de CIS, de dysplasie et les petites tumeurs papillaires) et d’améliorer la qualité de la résection initiale, dans le but de diminuer la récidive et la progression des tumeurs superficielles de vessie [2].

Principes de la fluorescence

La fluorescence est générée par l’interaction des photons de la lumière avec les électrons des molécules. Le principe du PDD repose sur l’utilisation d’une molécule exogène qui est métabolisée préférentiellement par les tissus à métabolisme élevé, particulièrement les tissus néoplasiques, et sur l’illumination secondaire de cette molécule par une source de lumière, permettant la localisation du tissu suspect. Les expériences initiales de cystoscopie en fluorescence en urologie ont utilisé la tétracycline (1957), puis plus récemment l’hypéricine et les porphyrines photo actives. Ces porphyrines photo actives (PPA) sont des intermédiaires biochimiques de la synthèse intracellulaire de l’hème qui contournent transitoirement un rétrocontrôle biologique physiologique et s’accumulent ainsi (principalement sous forme de protoporphyrine IX) de manière sélective dans les cellules tumorales. En cas d’illumination en lumière bleue, les PPA émettent une fluorescence rouge permettant le diagnostic topographique des cellules à haut potentiel prolifératif (figure 1). Le premier dérivé des porphyrines utilisé a été l’acide 5-aminolévulinique. Le développement de son ester, l’hexaminolévulinate (Hexvix®) a permis une réduction significative du temps de contact entre l’agent fluorescent et le tissu vésical, tout en garantissant une fluorescence 3 à 4 fois plus importante et une sélectivité plus importante pour le tissu tumoral [3].
Figure 1 : Métabolisme intracellulaire de l’hexaminolévulinate.

Utilisation au bloc opératoire de l’hexaminolévulinate (Hexvix®)

Produit

Seul l’hexaminolévulinate ou Hexvix® a actuellement l’AMM en France. L’hexaminolévulinate (Hexvix®) est fourni sous forme de poudre lyophilisée qui doit être dissoute dans 50 ml de solution tampon avant utilisation. Son administration s’effectue par instillation, au moyen d’un sondage vésical (figure 2). Le produit doit être gardé au moins une heure dans la vessie, afin que les porphyrines photo actives soient suffisamment accumulées.
Figure 2 : Préparation et instillation endovésicale de l’Hexvix®.

Matériel

Il doit permettre l’examen de la vessie à la fois en lumière blanche conventionnelle, et en lumière bleue pour le PDD. Une pédale permet d’interchanger ces deux modes lumineux.
Source lumineuse : les paramètres doivent être adaptés au PDD grâce à un filtre intégré au module de la source lumineuse, permettant une excitation lumineuse de 380-470 nm.
Câble de source lumineuse : il est de petit diamètre (2-3 mm), non stérilisable en autoclave.
Cystoscope : requiert l’utilisation d’optiques spécifiques comportant un filtre jaune. Ils sont généralement marqués d’un anneau coloré à proximité de l’oculaire.
Caméra : elle est spécifique, de haute sensibilité, comportant un mode « fluorescence ».
Ces composants sont spécifiques et différents des composants standards de la cystoscopie à la lumière blanche. Les appareils de fibroscopie souple standard de consultation ne permettent actuellement pas l’examen en lumière bleue.

Examen de la vessie

Après une instillation réussie d’Hexvix®, le col de la vessie apparaît rose rouge et les urines vertes en lumière bleue. La vessie doit être regardée le plus près possible en lumière bleue, et sous un angle de 90° afin d’éviter une fausse « impression » de fluorescence lorsqu’elle est observée de façon tangentielle.

Limites

L’utilisation répétée d’Hexvix® dans le cadre du suivi de patients porteurs d’un cancer de la vessie n’a pas été étudiée. Hexvix® ne doit pas être utilisé chez les patients présentant un risque élevé d’inflammation de la vessie, par exemple après traitement par BCG (délai minimum de 2-3 mois après la fin des instillations) ou dans le cas d’une leucocyturie modérée à sévère. Il existe un risque accru de fausse fluorescence en cas de résection récente de tumeur de la vessie. Une inflammation diffuse de la vessie devra être exclue par cystoscopie avant administration du produit.

Contre-indications

Elles sont restreintes : femmes en âge de procréer, hypersensibilité à la substance active ou à l’un des excipients du solvant, porphyrie.

Effets indésirables

Les principaux effets secondaires notés sont les spasmes vésicaux (3,8 % des patients), les douleurs vésicales (3,3 % des patients), la dysurie (2,7 % des patients) et l’hématurie, sans différence significative de fréquence comparativement à la cystoscopie standard [4, 5].

Résultats des études cliniques

Détection des TV superficielles

Un grand nombre d’études cliniques, dont 3 études prospectives multicentriques et randomisées [4, 6]7]8], ont montré la supériorité du PDD par cystoscopie en lumière bleue, comparée à la cystoscopie standard en lumière blanche pour la détection des TV n’infiltrant pas le muscle, pTa, pT1 ou CIS (tableau I). La sensibilité du PDD est en moyenne de 93 % (82-97 %), pour seulement 73 % (62-84 %) en cystoscopie standard. L’amélioration de la détection concerne toutes les TV superficielles et est globalement de 30 % (sensibilité améliorée de 88 à 97 %, figure 3). Le gain diagnostique est encore plus important pour la détection du CIS avec une sensibilité améliorée de 58 à 97 % (figure 4)[8]. En particulier, 20 % des CIS sont uniquement détectés par PDD, car non visibles en lumière blanche. La valeur prédictive négative moyenne du PDD en lumière bleue est de 86 % [7].
Figure 3 : Détection des petites lésions papillaires.
Figure 4 : Détection de plages de CIS en lumière bleue.
La meilleure visibilité en lumière bleue des lésions à haut potentiel prolifératif permet également une meilleure quantification du nombre des lésions de CIS (intérêt pronostique) et sensibilise l’examen anatomopathologique, le pathologiste sera d’autant plus attentif que la lésion indiquée a été vue en lumière bleue.
Le PDD permet une meilleure détection des lésions atypiques (augmentation de la sensibilité de 20-46 %) et des hyperplasies planes (figure 5)[4, 6]7]. Ces lésions atypiques progressent en CIS dans 20 % des cas environ et sont associées à un plus grand risque de progression des TV en cas de lésions concomitantes. L’utilisation du PDD pourrait également être intéressante afin d’améliorer la connaissance des lésions planes non tumorales, pour lesquelles le risque de transformation maligne est évoqué.
Figure 5 : Détection de plages de lésions planes en lumière bleue.

Qualité de la résection

Trois études ont rapporté un taux significativement plus faible de tumeurs persistantes à la résection de « second look » après une procédure initiale utilisant le PDD, comparée à une RTUV initiale en lumière blanche seule [5, 9]10]. 61,5 à 95,5 % des « second look » ne retrouvaient pas de TV après une RTUV initiale avec lumière bleue contre seulement 40,6 à 74,8 % après RTUV en lumière blanche seule. Dans le groupe des tumeurs classées à haut risque, le taux de TV lors du « second look » était diminué de 41 à 12 % par l’utilisation de lumière bleue [11]. La lumière bleue « allume » les berges de la résection lorsqu’il persiste du tissu tumoral plan en périphérie du lit de la RTUV.

Conséquences sur la modification de la procédure chirurgicale

Dans la série de Jocham et al, la procédure de RTUV (résections supplémentaires ou plus étendues) était modifiée chez 17 % des patients par l’utilisation de la lumière bleue [4].

Impact sur le taux de récidive, la progression et la survie spécifique

Les résultats publiés rapportent une diminution significative du taux de récidive des TV grâce à l’utilisation du PDD lors de la RTUV [11][12][13], et ce, dans les 3 groupes à risque EAU. La survie sans récidive tumorale est augmentée de 28-64 % à 40-88 % grâce au PDD. Des données jusqu’à 8 ans de suivi sont disponibles. Il n’a cependant pas été observé de différence sur la progression ou sur la durée avant cystectomie. Aucun bénéfice en terme de survie spécifique n’a été montré.

Limites

La limite principale du PDD est son manque de spécificité, variant de 35 à 66 %, et qui apparaît même plus faible que la cystoscopie standard dans plusieurs études. Le taux de faux positifs est en effet plus important en lumière bleue (environ 37 %) en cas de biopsies vésicales qu’en lumière blanche (entre 26 et 31 %) [4, 14]. Les faux positifs peuvent être dus à une inflammation ou à une thérapie intravésicale récente. D’autre part, l’observation de la muqueuse vésicale de façon tangentielle crée une impression de fausse fluorescence, particulièrement au col, au trigone et au niveau des diverticules vésicaux.
L’hexaminolévulinate ne pénétrant pas à plus d’1 mm de profondeur, la fluorescence ne peut pas orienter sur la profondeur de l’infiltration tumorale.
Des séries spécifiques sur RTUV de tumeurs initiales et RTUV de tumeurs récidivées font défaut dans la littérature actuelle, les études publiées rassemblant dans une même cohorte tumeurs initiales et récidivantes.

Recommandations

Recommandations de l’AFU (novembre 2007) pour le PDD à l’Hexvix®[1] : 5 indications

  1. TV multifocales
  2. Diamètre tumoral > 30 mm
  3. Récidive tumorale précoce
  4. Cytologie positive de haut grade sans tumeur visible
  5. Surveillance des TV à haut risque : pT1G3 et CIS
« afin d’améliorer significativement le diagnostic du CIS et de diminuer le risque de récidive tumorale ».
En France, l’utilisation du PDD dans ces indications constitue une recommandation de grade III, avec une amélioration du service médical rendu de niveau II. L’AMM a été obtenue pour l’Hexvix® en septembre 2006, sans restriction claire d’indication, pour la « détection du tissu vésical malin, comme par exemple le carcinome in situ, en cas de cancer de la vessie connu ou de forte suspicion de cancer de la vessie, sur la base d’une cystoscopie de dépistage ou d’une cytologie urinaire positive. La cystoscopie de fluorescence en lumière bleue doit être effectuée en complément de la cystoscopie conventionnelle en lumière blanche, dans le but de guider les biopsies ».
La prescription s’effectue sous format de prescription d’un médicament en sus-T2A. En cas d’hospitalisation dans les établissements de santé, la prise en charge est à 100 %. L’achat en pharmacie de ville sur prescription est pris en charge à 65 % par l’Assurance Maladie. Le complément peut être pris en charge par les mutuelles.

Recommandations EAU [15]

Les guidelines de l’EAU recommandent le PDD en cas de suspicion de CIS (cytologie positive, récidive d’une tumeur à haut risque ; recommandation de grade III).

Conclusion

Le diagnostic photo dynamique par cystoscopie de fluorescence à l’hexaminolévulinate augmente significativement la détection des tumeurs superficielles de vessie, et tout particulièrement la détection du CIS. Le PDD permet également d’effectuer des résections plus complètes qu’en cystoscopie standard à la lumière blanche. Ces deux facteurs concourent à diminuer significativement le taux de tumeurs résiduelles après RTUV et le taux de récidive, et ainsi à augmenter la survie sans récidive après RTUV. Ces résultats sur la récidive restent à confirmer dans de plus larges essais randomisés. Aucun bénéfice en termes de survie sans progression ou de durée de suivi avant cystectomie n’a pour l’instant été rapporté. Les recommandations du PDD pour l’AFU (grade III) sont les cas de cytologie positive de haut grade, la surveillance des TV à haut risque (pT1G et CIS), les TV multifocales, les tumeurs de plus de 30 mm et les récidives précoces après RTUV. Les recommandations européennes de l’EAU (grade III) restent cantonnées au diagnostic du CIS.

Les points essentiels à retenir

  • Le diagnostic photo dynamique (PDD) améliore significativement la détection des tumeurs de vessie n’infiltrant pas le muscle, en particulier la détection du CIS.
  • Le caractère complet de la résection est également amélioré par le PDD.
  • Les données de suivi clinique à moyen terme rapportent un bénéfice de l’utilisation du PDD sur la survie sans récidive après résection de vessie. Il n’a cependant pas été observé de différence sur la progression, sur la durée avant cystectomie ou sur la survie spécifique.
  • Les recommandations du PDD pour l’AFU (grade III) sont les cas de cytologie positive de haut grade, la surveillance des TV à haut risque (pT1G et CIS), les TV multifocales, les tumeurs de plus de 30 mm et les récidives précoces après RTUV.
Conflit d’intérêt
Aucun.