Complications érosives des bandelettes sous-urétrales (BSU) : 10 ans d’expérience chirurgicale

30 mars 2015

Mots clés : Incontinence urinaire d’effort, Bandelette sous-urétrale, Érosion, Complications
Auteurs : T. Forzini, L. Viart, E. Alezra, F. Saint
Référence : Prog Urol, 2015, 25, 5, 240-248
Objectif : Évaluation de la prise en charge diagnostique et thérapeutique des complications érosives des bandelettes sous-urétrales (BSU) : érosions vaginales (EVa), vésicales (EVe) et urétrales (EUr).
Méthode : Étude rétrospective monocentrique évaluant tous les dossiers de patientes opérées entre janvier 2002 et 2013, pour complication(s) érosive(s) de BSU : tension-free vaginal tape (TVT) ou trans-obturateur tape (TOT).
Résultats : Seize patientes ont présenté une complication érosive : 7 EVa, 6 EVe et 3 EUr. Dyspareunie et pertes vaginales étaient constatées pour 86 % des patientes (n=6/7) avec une EVa. Un traitement conservateur par abord vaginal était systématiquement réalisé en cas d’érosion vaginale. Après ablation du matériel, 100 % des dyspareunies étaient corrigées. La continence postopératoire était conservée pour 57 % (n=4/7) des patientes. L’infection urinaire était le maître symptôme des patientes avec une EVe. Une dysurie sévère était constatée pour 2/3 des patientes avec une EUr opérée. Un traitement endoscopique de première intention a été effectué pour 77 % des patientes (n=7/9) présentant une EVe ou EUr. Une seconde intervention a été nécessaire pour 42 % des patientes traitées en première intention par voie endoscopique (n=3/7) en raison d’une nouvelle exposition de matériel. Trois des neufs patientes récidivaient leur incontinence après le traitement de première intention (33 %).
Conclusion : L’exérèse du matériel exposé par voie vaginale en cas d’EVa corrigeait systématiquement les symptômes avec une continence proche de 60 %. En cas d’EVe ou EUr, le traitement endoscopique de première intention était rarement définitif (42 %) et la récidive de l’incontinence proche de 30 %.
Niveau de preuve : 5.


Introduction

L’incontinence urinaire d’effort (IUE) concerne 10 à 20 % des femmes adultes . Le traitement de référence de l’IU non neurologique féminine d’effort, en cas d’échec de la rééducation pelvi-périnéale, est la mise en place d’une bandelette sous-urétrale (BSU) par voie trans-obturatrice (TO) ou rétro pubienne (RP) . Le matériel de référence qui s’est imposé depuis le développement de la technique chirurgicale, pour sa meilleure biocompatibilité, est le polypropylène (PP) tricoté mono-filament . Les complications érosives sont rares mais peuvent avoir des conséquences très sévères. En effet, ces complications des BSU peuvent compromettre le résultat fonctionnel des patientes et nécessiter des ré-interventions chirurgicales. Un certain nombre d’entre elles correspondent à des perforations passées inaperçues pendant le geste opératoire, les autres à des migrations secondaires. Les auteurs rapportent leur expérience des complications érosives de BSU opérées entre janvier 2002 et janvier 2013 (diagnostic, traitement et résultats).


Matériel et méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective monocentrique évaluant tous les dossiers des patientes opérées entre janvier 2002 et janvier 2013 pour complication(s) érosive(s) de BSU : tension-free vaginal tape (TVT) ou trans-obturator tape (TOT). Toutes les patientes avaient été prises en charge pour IUE pure ou mixte avec IUE prédominante.
Les données recueillies concernant les patientes étaient : l’âge, l’indice de masse corporelle (IMC), les antécédents chirurgicaux et gynéco-obstétricaux, l’indication chirurgicale initiale.
Les données recueillies concernant la chirurgie initiale lors de la mise en place de la BSU étaient : la date, le centre chirurgical, le type de matériel (nom de la bandelette et laboratoire), la voie d’abord (RP ou TO), le ou les gestes chirurgicaux associés (dont cystoscopie ou fibroscopie de contrôle), les complications peropératoires.
Les données recueillies concernant la prise en charge de la complication érosive : la date diagnostique, le ou les signes ayant conduits au diagnostic, les examens cliniques réalisés (examen gynécologique, cystoscopie ou fibroscopie), la localisation de l’érosion (vaginale, urétrale, vésicale), le traitement proposé, les conséquences du traitement proposé sur les signes cliniques initiaux et sur la continence à court, moyen et long terme et la nécessité d’une prise en charge chirurgicale complémentaire.
Les patientes ont toutes été recontactées par appel téléphonique au début du mois d’avril 2014 pour obtenir des renseignements récents sur une éventuelle récidive de leurs symptômes et de leur incontinence.
Les valeurs des caractéristiques des patientes (âges, IMC), les délais de diagnostique ou de suivi sont exprimés en médiane avec les écarts interquartiles [EI] en raison de la distribution non normale de notre série.


Résultats

Entre janvier 2002 et janvier 2013, seize patientes ont été prises en charge pour une complication érosive liée à la pose d’une BSU (TOT ou TVT) (7 érosions vaginales, 3 urétrales et 6 vésicales). Le suivi médian était de 26 mois [12,5–112].


Les érosions vaginales

L’âge médian au moment de la pose de la BSU était de 54ans [46–61]. Le BMI médian était de 24kg/m2 [6–22, 22–25]. Le délai diagnostique médian de l’érosion vaginale était de 57 mois [11, 5–67]. Chez deux patientes, l’érosion a été découverte précocement entre le deuxième et le troisième mois postopératoire. Pour les cinq autres, l’érosion est survenue plus tardivement entre le 20e et le 112e mois postopératoire. La technique opératoire était de type TVT pour quatre patientes et de type TOT pour les trois autres (). Toutes les BSU étaient en polypropylène. Cependant, 3 bandelettes étaient en polypropylène mono-filament tricoté (Uretex Sup®–sofradim, TVT®–gynecare, Monarc®–AMS), deux en polypropylène non tissé thermosoudé enduit de silicone (UraTape®–porges) (actuellement plus commercialisée). Pour deux bandelettes, l’information n’a pu être colligée. Aucune complication peropératoire, à type de perforation vésicale ou urétrale, n’était mentionnée dans les comptes rendus opératoires. Toutes les bandelettes TVT ont bénéficié d’un contrôle endoscopique peropératoire. Cinq des sept patientes ont été prises en charge dans le centre hospitalier ayant effectué la pose de la BSU. La symptomatologie révélant l’érosion vaginale était l’association dyspareunie et pertes vaginales (sang et/ou pus) pour 6/7 des patientes. Les érosions vaginales étaient dans 5 cas sur 7 localisées sur le trajet de la colpotomie antérieure et dans les sulcus limitans. Deux patientes avaient une érosion située dans la portion sous-urétrale au niveau du tubercule vaginal antérieur. Un traitement conservateur par abord vaginal était systématiquement réalisé en cas d’érosion vaginale. Sous anesthésie générale et par voie vaginale, la paroi vaginale de part et d’autre de la partie de bandelette exposée était libérée sur 2cm. La bandelette était ensuite réséquée partiellement le plus loin possible. Après avivement des berges vaginales, la paroi vaginale était refermée au fils résorbable par du Vicryl 3/0®. Après ablation du matériel 100 % des dyspareunies étaient corrigées. La continence postopératoire était conservée pour 4/7 des patientes. Trois patientes avaient, en postopératoire, une IUE sévère. Une seconde bandelette sous-urétrale (TOT ou TVT) a été mise en place chez ces patientes à 8,5 mois [5–12] avec succès et sans récidive de l’érosion.
Tableau 1 : Caractéristiques diagnostiques et thérapeutiques des patientes présentant une érosion vaginale.
Patiente no Âge à la pose de BSU IMC Gestes associés à la BSU Type de BSU (laboratoire) Délai diagnostique (mois) Symptômes Localisation de l’érosion Résultats de l’ablation de la BSU sur les symptômes Impact de l’ablation de la BSU sur la continence Prise en charge chirurgicale secondaire
Patiente 1 54 22,5 TOT outside-in (UraTape®–Porges) 2 Dyspareunie, pertes vaginales Antérieure et latérale gauche Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 2 49 28,7 TVT (Uretex Sup®–Sofradim) 3 Dyspareunie, pertes vaginales Sous-urétrale Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 3 69 22 TVT (DM) 57 Dyspareunie, pertes vaginales, urgenturie, dysurie Sous-urétrale Disparition sauf impériosités IUE sévère TOT
Pas d’IUE résiduelle
Patiente 4 42 23,4 Cure de cystocèle, de rectocèle et Hystérectomie TVT (TVT®–Gynecare) 74 Dyspareunie Antérieure et latérale droite Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 5 43 24,6 Hystérectomie TVT (DM) 60 Dyspareunie, pertes vaginales Antérieure et latérale bilatérale Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 6 65 26 TOT outside-in (Monarc®–AMS) 112 Dyspareunie, pertes vaginales Antérieure et latérale gauche Disparition IUE modérée TVT
Pas d’IUE résiduelle
Patiente 7 57 DM TOT outside-in (UraTape®–Porges) 20 Dyspareunie, pertes vaginales, urgenturie Antérieure et latérale droite Disparition IUE sévère TOT
Pas d’IUE résiduelle
IMC : indice de masse corporelle ; TVT : tension-free vaginal tape ; TOT : trans-obturateur tape ; DM donnee manquante.


Les érosions vésicales

L’âge médian lors de la pose de la BSU était de 56ans [49,3–64]. Le BMI médian était de 28,8kg/m2 [5,7–24, 24–30]. Le délai diagnostique médian de l’érosion vésicale était de 25 mois [5,8–21, 21–30]. La technique opératoire était exclusivement de type TVT pour les six patientes (). Pour cinq des six patientes, la BSU était en polypropylène mono-filament tricoté de type TVT®–gynecare. Pour une patiente, l’information sur la marque de bandelette n’a pu être colligée. Toutes les patientes opérées d’une bandelette TVT ont eu un contrôle endoscopique peropératoire et aucune perforation vésicale ou urétrale n’était signalée. Toutes les patientes ont été prises en charge dans un centre hospitalier différent de celui où avait été effectuée la mise en place de la BSU. La symptomatologie révélant l’érosion vésicale associait infections urinaires récidivantes (6/6) et plus ou moins dysurie sévère et urgenturie.
Tableau 2 : Caractéristiques diagnostiques et thérapeutiques des patientes présentant une complication érosive vésicale.
Patiente no Age à la pose de BSU IMC Gestes associés à la BSU Type de BSU (laboratoire) Délais diagnostique (mois) Symptômes Localisation de l’érosion Geste chirurgical d’exérèse Résultats de l’ablation de la BSU sur les symptômes Impact de l’ablation de la BSU sur la continence Prise en charge chirurgicale secondaire
Patiente 8 75 28,3 Cure de cystocèle et de rectocèle TVT (DM) 9 Urgenturie, infections urinaires Face latérale droite Exérèse partielle du
fragment par voie vaginale
Disparition IUE sévère TVT
mais IUE modérée résiduelle
Patiente 9 50 30,8 TVT (TVT®–Gynecare) 24 Dysurie, IUE, infections urinaires Face postérieure du col vésical Section endoscopique Disparition
puis récidive dysurie, infections urinaires (Nouvelle érosion de BSU)
IUE modérée Sections itératives endoscopiques
(2 et 4 ans après le premier traitement endoscopique)
Patiente 10 49 34,6 TVT (TVT®–Gynecare) 36 Urgenturie, hématurie macroscopique, infections urinaires Face latérale droite col vésical Section endoscopique Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 11 61 23,1 TVT (TVT®–Gynecare) 21 Urgenturie, dysurie, infections urinaires Col vésical Section endoscopique Disparition puis récidive urgenturie à 3 ans Pas d’IUE résiduelle
Patiente 12 49 29,4 TVT (TVT®–Gynecare) 26 Infections urinaires Face latérale droite du col vésical Section endoscopique Disparition Pas d’IUE résiduelle
Patiente 13 65 23,5 TVT (TVT®–Gynecare) 46 Infections urinaires Face latérale droite et gauche Section et exérèse par voie trans-vésicale Disparition Pas d’IUE résiduelle
IMC : indice de masse corporelle ; TVT : tension-free vaginal tape ; TOT : trans-obturateur tape ; DM : Donnée manquante.
Une première patiente (no 8) a eu, par voie vaginale, une exérèse partielle de la bandelette TVT (érosion face latérale droite de la vessie) suivie d’une suture vésicale simple. Elle récidivait en postopératoire une IUE sévère qui était corrigée à distance par la pose d’une BSU de type TVT.
Quatre patientes étaient traitées endoscopiquement pour des érosions de col vésical ou à proximité. La bandelette était sectionnée à l’aide d’un Laser Holmium® (fibre 550μm) au niveau des deux extrémités exposées puis retirée à la pince à corps étranger chez deux des patientes (no 9 et 10). L’une de ces deux patientes (no 9) nécessitait un second et un troisième traitement endo-urologique (Laser Holmium®, fibre 550μm) 2 et 4ans plus tard en raison d’une nouvelle exposition du matériel. Concernant les deux autres patientes traitées par voie endoscopique (no 11 et 12), la BSU exposée était sectionnée à l’aide de ciseaux cœlioscopies en exerçant une traction par pince à corps étranger. Une des quatre patientes traitées par voie endo-urologique récidivait une IUE modérée. Les urgenturies et les infections urinaires récidivaient chez deux des quatre patientes.
Enfin, la patiente (no 13) avec une exposition de sa BSU (TVT) au niveau des deux faces latérales vésicales a eu une exérèse de la BSU par taille vésicale. Aucune incontinence résiduelle n’a été rapportée.


Les érosions urétrales

L’âge médian de la pose de la BSU était de 68ans [63–69,5]. Le BMI médian était de 31,2kg/m2 [29,9–33,8]. Le délai diagnostique médian de l’érosion urétrale était de 10 mois [5,5–36]. Les techniques opératoires étaient de type TVT pour deux patientes et de type TOT pour la troisième (). Deux bandelettes étaient en polypropylène mono-filament tricoté (TVT®–gynecare) et une en polypropylène non tissé thermosoudé enduit de silicone (UraTape®–porges) (actuellement plus commercialisées). Un traitement endoscopique peropératoire était effectué chez toutes les patientes. Aucune complication, à type de perforation vésicale ou urétrale, n’était signalée à cette occasion. Une seule des trois patientes était prise en charge de sa complication érosive urétrale dans le centre hospitalier ayant effectué la pose de la BSU. La symptomatologie révélant l’érosion urétrale associait dysurie sévère et urgenturie pour 2/3 des patientes, parfois associée à des brûlures mictionnelles et à une récidive de l’IUE. Les BSU étaient visibles en endoscopie et transfixaient l’urètre chez toutes les patientes. En première intention, un traitement conservateur endoscopique était réalisé chez toutes les patientes avec section de la bandelette par Laser Holmium® (fibre 550μm) au niveau des deux extrémités exposées puis retirée à la pince à corps étranger. Une deuxième procédure chirurgicale était nécessaire pour 2/3 des patientes.
Tableau 3 : Caractéristiques diagnostiques et thérapeutiques des patientes présentant une complication érosive urétrale.

Patiente no
Age à la pose de BSU IMC Gestes associés à la BSU Type de BSU (laboratoire) Délais diagnostique (mois) Symptômes Localisation de l’érosion Geste chirurgical d’exérèse Résultats sur les symptômes Impact de l’ablation de la BSU sur la continence Prise en charge chirurgicale secondaire
Patiente 14 68 28,6 TOT outside-in
(UraTape®–Porges)
1 Brulures mictionnelles
Dysurie
Intra-urétrale Section endoscopique Disparition
Puis
Récidive (érosion secondaire col vésical à 6 mois)
Pas d’IUE résiduelle Ablation de la BSU par taille vésicale
Patiente 15 58 36,4 TVT
(TVT®–Gynecare)
10 Dyspareunie
Urgenturie Récidive d’IUE
Intra-urétrale Section endoscopique Disparition de la dyspareunie IUE modérée Perdue de vue
Patiente 16 71 31,2 Cure de rectocèle TVT
(TVT®–Gynecare)
62 Urgenturie
Dysurie
Intra-urétrale
Jonction col urètre
Section endoscopique Disparition
puis
Récidive (bandelette intra-urétrale avec calcul 5 ans plus tard)
Pas d’IUE résiduelle Destruction laser du calcul et de la bandelette
en endoscopie
IMC : indice de masse corporelle ; TVT : tension-free vaginal tape ; TOT : trans-obturateur tape ; DM : donnee manquante.
Deux des patientes (no 14 et 16) récidivaient leur dysurie respectivement à 6 mois et 5ans après le traitement endoscopique en raison d’une récidive de l’érosion urétrale. L’une d’elle bénéficiait d’une chirurgie d’exérèse par voie sus-pubienne et la seconde, d’un nouveau traitement endo-urologique par Laser Holmium® (fibre 550μm). Aucune récidive n’était à signaler par la suite.
Une seule patiente récidivait son IUE (no 15).


Discussion

Les BSU synthétiques sont responsables de complications érosives rares, potentiellement graves et parfois difficiles à prendre en charge . Dans le registre de données de 188 454 patientes, traitées par BSU entre 2001 et 2010 aux États-Unis, Jonsson Funk et al. évaluaient le risque de complications érosives lié au BSU à 2,5 % à 9ans . Pour d’autres auteurs cette fréquence était moins importante et se situait entre 0,9 et 1,3 % [7–9]. Ces chiffres sont probablement à discuter en fonction du type de matériel posé ou de la voie d’abord TVT/TOT (4,7 % versus 3 %) ainsi que de l’origine des données (séries publiées par des centres experts contre registre de donnée). Ainsi pour Costa et al., la fréquence des érosions vaginales était de 1,6 % (TOT–Uratape®) alors qu’elle était de 6,2 % pour Deval et al. (TOT–Obtape®) [11,12]. Cependant, il s’agissait de BSU d’ancienne génération qui n’étaient pas en PP mono-filament tricoté. Richter et al. ont pour leur part retrouvé un taux d’érosion vaginale de 2 % après mise en place de BSU (PP tricoté mono-filament) de type TVT (TVT®–gynecare) contre 4,2 % après TOT (TVT–O®–gynecare ou Monarc®–AMS).
Dans notre expérience, comme dans la littérature, l’érosion vaginale était la plus fréquente après BSU . Dans notre étude, la fréquence de l’érosion s’explique par le fait qu’elle survient indépendamment après TVT ou TOT contrairement aux perforations vésicales (exclusivement après TVT). Cette complication peut être favorisée par une infection, un défaut de cicatrisation, une dissection inadaptée, une atrophie vaginale préexistante, un défaut d’enfouissement de la bandelette en peropératoire, l’utilisation de fils à résorption rapide, les caractéristiques de l’hôte, la reprise trop rapide des rapports sexuels et les propriétés du matériel [14–16]. Les symptômes associés à l’érosion vaginale étaient ceux classiquement décrits dans la littérature (dyspareunie et/ou pertes vaginales [sang et/ou pus]) . Il n’existe actuellement pas de traitement standardisé de l’érosion vaginale après BSU, la prise en charge pouvant être une simple surveillance ou l’ablation partielle/totale du matériel . Compte tenu du caractère symptomatique, toutes les patientes ont été traitées par l’exérèse partielle de la bandelette par voie vaginale. Ce traitement a corrigé l’ensemble des symptômes pour toutes les malades (7/7), confirmant les bons résultats chirurgicaux de la voie élective vaginale . Dans notre expérience, 57 % des patientes étaient continentes en postopératoires (4/7), ce qui était en accord avec les 58 % de la série publiée par Lapouge et al. . Ces résultats confirmaient l’hypothèse d’une réaction collagène autour du matériel prothétique agissant comme néo ligament pubo-urétral et favorisant le maintien de l’effet sur la continence . Giri et al. ont pour leur part décrit l’absence de récidive d’incontinence urinaire dans leur série en traitant les érosions vaginales par avivement et suture des berges vaginales sans exérèse de la partie de la BSU exposée . L’analyse des BSU impliquées dans cette complication n’a pas permis d’isoler un type particulier de matériel (polypropylène tissé/polypropylène non tissé) ou une voie d’abord à risque (TVT/TOT). Cependant, deux patientes (2/7) ont eu des bandelettes avec enduit siliconé (UraTape®–porges) reconnu comme facteur favorisant de l’infection et de l’érosion secondaire . Parmi les 7 cas d’érosions vaginales, cinq ont été découvertes tardivement (plus de 2ans après la pose). Ces résultats étaient probablement expliqués par le fait que 35 % de ces complications érosives peuvent être très longtemps asymptomatiques [19,20]. Enfin, dans notre expérience, les femmes ayant récidivé leur incontinence, après exérèse de leur BSU, ont pu faire l’objet d’une deuxième pose de bandelette avec succès. Ces résultats confirmaient que cette complication n’est pas une contre-indication définitive à la pose d’une seconde BSU .
La plupart des érosions vésicales sont liées à une perforation passée inaperçue . Les perforations vésicales au cours de la mise en place des bandelettes de type TVT sont très fréquentes (2 à 23 %) et très rares lors de la mise en place d’une BSU trans-obturatrice (0 à 0,8 %) [23–25]. Notre expérience confirmait ce premier point puisque toutes les érosions vésicales étaient associées à la pose d’une bandelette de type TVT. Le contrôle endoscopique systématique après TVT permettrait d’éliminer ce type de problème ; il avait été systématiquement fait pour l’ensemble de ces patientes. Dans notre expérience, cette complication était de diagnostic tardif (plus de 24 mois en moyenne) et elle était évoquée dans un contexte d’infections urinaires récidivantes et de troubles mictionnels à type de dysurie et d’urgenturie . Le diagnostic était toujours confirmé par l’examen endoscopique avec l’utilisation d’un optique 70° ou d’un fibroscope pour examiner avec minutie les faces latérales et rétro-cervicales. L’analyse des BSU impliquées dans cette complication a permis d’isoler dans 5 cas sur 6 la bandelette en polypropylène tissé TVT®–gynecare. Néanmoins, le faible effectif et le caractère rétrospectif de cette série ne permettent pas de conclusions formelles. Il n’existe actuellement pas de consensus quant à la prise en charge chirurgicales des érosions vésicales après BSU, et très peu de série ont été publiées.
Pour cette complication, la simple surveillance ne peut être considérée comme une option thérapeutique. Dans la littérature comme dans notre expérience, les prises en charge le plus souvent utilisées étaient : le traitement endoscopique (parfois multimodal) ou la taille vésicale .
Quatre patientes ont eu un traitement endoscopique, dont une avec deux procédures endoscopiques complémentaires. Parmi c’est quatre patientes, deux patientes ont été traitées par l’ablation du matériel en utilisant un Laser Holmium®. Les deux autres ont eu une section endoscopique du matériel à l’aide de ciseaux cœlioscopiques utilisés dans la lumière urétrale. Trois des quatre patientes n’ont pas récidivé leur incontinence, ce qui confirmait les résultats publiés par Dmochowski et al. . Le traitement conservateur endoscopique a permis le plus souvent de traiter l’érosion avec succès (3/4 dans notre expérience) contre 60 % pour Lapouge et al. , sans altérer la continence. Une autre patiente a été prise en charge par taille vésicale et exérèse de la portion exposée (érosion bilatérale) sans impact sur sa continence. Enfin, la sixième patiente a eu un traitement chirurgical par voie vaginale. Cette attitude a permis l’ablation totale de la partie droite du matériel au prix de la récidive d’une IUE sévère. Cette incontinence était de nouveau corrigée à distance par une BSU (TVT).
La fréquence des érosions urétrales est estimée entre 0,07 et 1,5 % dans la littérature [28,29]. Les érosions urétrales sont liées, soit à une plaie urétrale méconnue , soit à une plaie infra-clinique avec passage sous-muqueux favorisant l’exposition du matériel prothétique . Ces érosions urétrales peuvent parfois être associées à une fistule urétro-vaginale, dont le traitement peut s’avérer très complexe . Comme dans nos observations le plus souvent les symptômes associent impériosité dysurie et même rétention aiguë d’urine . Le diagnostic était posé après cystoscopie avec un optique 30°. L’analyse des BSU impliquées dans cette complication n’a pas permis d’isoler un type particulier de matériel (polypropylène tissé/polypropylène non tissé) ou une voie d’abord à risque (TVT/TOT). Cependant, toutes les femmes avec ce type de complication étaient obèses ou en surpoids. La patiente no 14 a probablement été victime d’une plaie urétrale méconnue compte tenu du diagnostic précoce (1 mois), les deux autres ayant peut être eu un phénomène d’extrusion favorisés par leur obésité . Il n’existe actuellement pas de consensus pour la prise en charge des érosions urétrales. Le traitement endoscopique ou la chirurgie par abord vaginal peuvent être discuté [5,22]. Dans notre expérience toutes les patientes ont eu une section endoscopique de la bandelette. Aucun traitement n’a été définitif (une procédure endoscopique complémentaire et une chirurgie par taille vésicale ont dû être proposées dans un second temps). Une patiente a récidivé son IUE (1/3). Le traitement endoscopique effectué en première intention n’épargnait malheureusement pas les patientes d’une récidive de l’érosion urétrale de la BSU. Le traitement par voie endoscopique semble donc discutable. Un traitement chirurgical avec abord de l’urètre devrait peut-être être proposé en première intention. Cependant, en raison du faible nombre de patients et du recul limité, il est difficile de conclure.
Dans notre expérience, l’exérèse partielle de la bandelette, quel que soit la voie d’abord chirurgicale, a permis le plus souvent de corriger les symptômes urinaires en conservant la continence pour 59 à 75 % de femmes. Ces résultats plaidaient contre l’exérèse totale de la BSU (associée à 66 % d’incontinence postopératoire) .
Devant l’apparition des complications érosives (vaginales, vésicales ou urétrales) souvent tardives (dans 11 cas sur 16 au-delà de 24 mois après la chirurgie initiale), il semble important de bien informer les patientes de l’intérêt de re-consulter leur urologue devant des signes cliniques tels que : dyspareunie, pertes vaginales, infections urinaires à répétition, urgenturie ou dysurie. Ces signes doivent faire pratiquer un examen clinique, gynécologique et endoscopique minutieux à la recherche d’une complication érosive des BSU.


Conclusion

Les complications érosives post BSU sont rares. Dyspareunie, dysurie et infections urinaires récidivantes doivent faire systématiquement réaliser un examen clinique gynécologique et endoscopique minutieux. Dans notre expérience, en cas d’érosion vaginale, l’exérèse du matériel exposé par voie vaginale corrigeait la dyspareunie dans 100 % des cas (7/7) avec un risque de récidive de l’incontinence proche de 40 % (3/7). En cas de complications érosives vésicales ou urétrales, le traitement endoscopique de première intention était rarement définitif (3/7). Le risque de récidive de l’incontinence après traitement endo-urologique était pour sa part proche de 30 % (2/7).


Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.