Comment je pose une chambre implantable (CIP)

25 novembre 2013

Mots clés : Cathéter implantable, Technique, Ambulatoire
Auteurs : C. Peillon, J. Melki, J.-M. Baste, P. Rinieri
Référence : Progrès FMC, 2013, 23, 4, F129-F132
Introduction : Le but de cet article est de présenter une technique simple et fiable de pose de système implantable dans le réseau veineux profond.
Matériel et méthode : Ce geste concerne pratiquement tous les patients relevants d une chimiothérapie au long cours. La pose par voie jugulaire interne droite, dans le système cave supérieur, doit rester un geste ambulatoire, réalisé sous anesthésie locale.
Résultats : C’est pour nous la technique la plus simple. Sont rappelées, ses variantes, ses contre-indications et ses complications possibles.
Discussion – Conclusion : Il existe d’autres voies d abord, mais qui selon nous exposent à plus d échecs (céphalique) et de complications pulmonaires (sous-clavière). Souvent délégué, ce geste utile doit être enseigné méthodiquement.
La pose d’une chambre implantable (CIP) représente en général un tournant dans la vie et la prise en charge du patient car elle signifie la mise en place d’un traitement plus lourd et ce, chez un patient souvent fatigué, voire immunodéprimé.


Les recommandations

Celles-ci figurent au sein d’un référentiel de soins oncologiques, parfaitement détaillé dans tous ses aspects et publié sous l’égide de l’Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS) : www.afsos.org, consultable par tous sur Internet .


Technique

Aucune voie d abord n’ayant réellement démontré sa supériorité , nous privilégions la pose de CIP sous anesthésie locale par voie jugulaire interne droite, percutanée, en ambulatoire.
Comme tout geste ambulatoire, ceci suppose une consultation préalable, afin d’informer le patient, de vérifier qu’il remplit bien les conditions d’un acte de chirurgie ambulatoire et surtout qu’il peut rester allongé 20 à 30mm en décubitus dorsal.
L’examen clinique la lecture de la radiographie pulmonaire et du TDM, permettent de vérifier la liberté de la jugulaire interne et de la veine cave supérieure.
Cette consultation permettra de vérifier l’absence de contre-indication temporaire type prise d’AVK ou l’existence d’une pancytopénie liée à une chimiothérapie déjà commencée.
Ceci permettra enfin d’informer le patient et d’obtenir son consentement éclairé.
La préparation du patient comportera une douche bétadiné la veille et à son arrivée.


Matériel

Le patient étant en décubitus dorsal, une première toilette Bétadinée est réalisée et un champ large est réalisé à la Bétadine alcoolique (schéma), et permet la mise en place d’un champ fenêtré, dédié ainsi que l’application d’un film adhésif type Ioban®.
L’anesthésie locale sera réalisée grâce à une seringue de 20cm3 aiguille verte de Naropéine (R) à 2 %. Durant l’installation de cette anesthésie locale, le kit de CIP sera ouvert et préparé, en particulier en rinçant et en purgeant la chambre implantable et le cathéter.


Technique

Le point de ponction est repéré au milieu de la bifurcation des deux chefs sternal et claviculaire du sterno-cléido-mastoïdien, au niveau de la petite fosse supra-claviculaire . Une incision d’environ 3mm dans le sens des plis du cou est réalisée jusqu’au peaucier et au besoin approfondie au moyen d’une pince de Leriche afin de franchir le plan du peaucier pour permettre ultérieurement au cathéter de bien s’enfouir.
Figure 1 : Schéma des incisions et de la tunellisation sous-cutanée. A. Incision de 3mm dans la fossette sus-claviculaire droite pour la ponction de la veine jugulaire antérieure à l aiguille. B. Tunellisation sous-cutanée du cathéter. C. Incision prépectorale pour la création de la loge du réservoir.
Le choix du siège de la CIP ayant été défini en consultation, une courte incision prépectorale est habituellement réalisée de la largeur de la chambre en créant à la pointe du ciseau, une logette la plus étroite possible afin de ne pas s’exposer à des retournements précoces de celle-ci.
La ponction jugulaire interne est réalisée dans l’abord sus-claviculaire, sur un patient, et ceci est fondamental, en position deTrendelenburg afin de dilater fortement la jugulaire et ainsi augmenter les chances de ponction.
Cette ponction réalisée au moyen de la seringue et de l’aiguille fournie avec le kit, préalablement rincée à l’héparine, est réalisée « vide à la pointe » en aspirant lors de la descente de l’aiguille. Cette ponction peut être facilitée par l’utilisation d’une sonde d’échographie si l’on dispose d’un tel matériel.
Habituellement, un retour franc veineux est constaté, ce retour est bien sûr non pulsatile. Il est alors important de dessertir la seringue sans mobiliser l’aiguille qui est donc intraveineuse.
Le faible retour sanguin veineux doit être toléré comme étant une garantie de l’absence de possibilité d’embolie gazeuse.
Ensuite, le leader métallique fourni avec le kit de pose est introduit dans l’aiguille restée en place et doit absolument descendre sans aucune résistance, directement vers la veine cave supérieure. S’il est poussé trop loin, il peut entraîner des troubles du rythme et doit être remonté. Il est possible de contrôler à cette étape, la position du guide au moyen de l’amplificateur de brillance.
Si le retour a été franc et la descente du leader facile, l’introducteur fourni dans le guide sera glissé et descendu facilement dans la jugulaire et la veine cave.
Le patient étant toujours en Trendelenburg, le mandrin de l’introducteur et le leader métallique seront ôtés rapidement, afin d’introduire le cathéter de la chambre implantable, sur environ 20cm et l’introducteur habituellement pelable pourra alors être ôté.
À ce stade, il est utile de vérifier avec l’amplificateur de brillance, l’extrémité du cathéter, afin de le régler de sorte qu’il arrive dans la partie supra-auriculaire de la veine cave supérieure, ce qui correspond habituellement à la partie basse du bouton aortique.
Dans notre pratique quotidienne, nous préférons tunneliser en sous-cutané, le cathéter au moyen du mandrin long, qui est fourni avec le kit. Cette tunnelisation amenant bien sûr l’extrémité du cathéter au niveau de l’incision prépectorale ou il sera raccordé à la chambre implantable qui sera ensuite glissée en sous-cutané.
Un contrôle à l’amplificateur de brillance final est réalisé, notamment en vérifiant la bonne longueur du cathéter et pour cela, un temps d’exposition plus long est nécessaire, afin de bien vérifier cette extrémité qui étant mobile et peut être beaucoup plus longue qu’on ne l’attendait.
En fin de procédure, et après avoir ôté le Ioban®, un test de la chambre à l’aide de l’aiguille de Hubert est absolument obligatoire, afin de vérifier, d’une part l’injection facile de sérum hépariné et surtout le retour veineux dans la chambre qui témoigne de la bonne position de celle-ci. Un nouveau rinçage sera fait bien sûr avant d’ôter l’aiguille.


La fermeture cutanée

Devant le réservoir, la fermeture se fait au fil à résorption rapide en 2 plans, par surjets aller retour, en réalisant le retour en intradermique dont le fil est enfoui, afin de ne pas nécessiter de soins complémentaires. Le pansement est en règle, un pansement transparent, plastifié type Tégaderm® qui permet au patient de déambuler immédiatement et de pouvoir se doucher.
Une radiographie pulmonaire systématique est de rigueur avant la sortie du patient et doit rester dans le dossier ou le système informatique de l’hôpital.


Variantes

La mise en place par une seule incision cervicale sus-claviculaire est possible, mais elle entraîne un décollement important lié à la divulsion graisseuse créée par la pointe des ciseaux pour confectionner la loge, avec risque de collection et surtout d’hématome chez les patients traités par antiagrégants voir anticoagulants.


Cas particuliers

Le syndrome cave supérieur : il doit être repéré cliniquement, mais aussi sur les examens complémentaires éventuels : écho-Doppler ou angioscanner réalisé si possible par ponction veineuse droite. Il impose la mise en place de la chambre implantable en fémorale droite. Cette voie d’abord permet en cas de syndrome cave supérieur incomplet et/ou de sténose encore cathétérisable, cave supérieure, de mettre en place, dans le même temps, un stent cave supérieur de gros calibre, permettant la disparition des symptômes.
La thrombose jugulaire interne droite : fréquente notamment en cas de pose redux de CIP. Au moindre doute, elle doit faire l’objet d’un dépistage par écho-Doppler veineux et bien sûr impose la mise en place en jugulaire interne gauche.
Patients porteurs de trachéotomie : impose une mise en place à distance du trachéostome et représente pour nous une des rares indications de la voie sous-clavière, avec les risques de pneumothorax que cette voie comporte.
L’insuffisant respiratoire chronique : patient souvent impossible à allonger sous anesthésie locale. Ce type de patient doit être opéré sous anesthésie générale afin d’éviter toute agitation peropératoire et tout risque d’embolie gazeuse.
En cas de traitement intraveineux urgent, le gripper doit être laissé en place.


Soucis et complications…

Comme tout geste percutané, la mise en place d’un cathéter implantable comporte des risques inhérents au caractère aveugle de la ponction, bien que l’utilisation d’échographes portatifs se généralise.


La ponction de la carotide

Celle-ci ne représente aucune gravité dans la mesure où le diagnostic est fait lors de la ponction. Le simple retrait de l’aiguille n’entraînera, habituellement, aucune conséquence.
La situation est plus difficile si le leader et l’introducteur ont été placés dans la carotide, ce qui sous-entend un orifice assez large à la base du cou. Dans notre expérience, ce problème a toujours pu être réglé avec la mise en place d’un angioseal (R).


Le pneumothorax

Le pneumothorax représente une des grandes complications de la voie d’abord sous-clavière, en particulier chez des patients maigres, le diagnostic est fait en général par l’aspiration d’air, au cours de la première ponction. Il impose son drainage immédiat.
Ce risque impose chez un patient pneumonectomisé ou drainé, de poser le cathéter et la chambre du côté du poumon manquant ou du côté drainé.


Difficultés d’introduction du cathéter

Ceci se voit surtout par ponction jugulaire gauche car le leader et l’introducteur doivent franchir la chicane du tronc veineux innominé vers la veine cave supérieure.
Il importe de ne pas trop enfoncer l’introducteur sans le leader, afin de ne pas venir blesser perpendiculairement la veine cave supérieure. Le recours, là encore à l’amplificateur de brillance peut-être nécessaire pour juger de la bonne position du leader et de l’introducteur dans le tronc veineux innominé.


Difficulté de descente du leader

La réalisation d’une phlébographie jugulo-cave sous anesthésie locale est une éventualité à envisager, dès lors que les patients ont déjà eu plusieurs chambres implantables et ou plusieurs interventions dans le territoire cervico-thoracique qui peuvent entraîner un déplacement des structures anatomiques et rendre la ponction et la descente du leader particulièrement difficiles.
Il s’agit alors d’une procédure endovasculaire qui justifie tout à fait la présence d’un amplificateur de brillance en permanence, dans la salle de pose de CIP. La généralisation des échographes de repérage vasculaire devrait également sécuriser encore un peu plus cette procédure qui doit rester ambulatoire.


L’embolie gazeuse

Si cette embolie gazeuse est massive, elle peut entraîner un arrêt cardiaque avec massage inefficace, c’est dire si elle doit être prévenue.
En pratique, celle-ci n’est possible que si le patient s’assoit durant l’acte opératoire et réalise une grande inspiration alors que l’introducteur est en place dans la jugulaire interne et que le mandrin a été retiré.
Cette éventualité interdit de réaliser ce geste sous anesthésie locale chez un patient trop anxieux ou trop insuffisant respiratoire pour rester allongé une trentaine de minutes. L’importance de la position de Trendelenburg tout le temps ou la jugulaire est ponctionnée et cathétérisée est essentielle. La position de Trendelenburg par le saignement qu’elle induit est la garantie de l’impossibilité de survenue d’une embolie gazeuse et est donc un marqueur de sécurité.
Ce geste souvent considéré comme anodin et donc délégué, doit être enseigné.
Il demande :
  • réflexion, (analyse de l’indication et de l anatomie) ;
  • communication (prise en charge psychologique du patient) ;
  • dextérité manuelle et asepsie.
C’est en cela un excellent test d’aptitude professionnelle pour les jeunes chirurgiens et il reflète assez fidèlement la qualité des soins et de prise en charge d’une structure hospitalière.
Points essentiels
  • La consultation préopératoire vérifie l’indication, la possibilité technique de la pose et obtient le consentement éclairé du patient.
  • La position de Trendelenburg rend la ponction plus simple et prévient tout risque d’embolie gazeuse.
  • Le contrôle par amplificateur de brillance, per- et post-procédure, est une obligation.


Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.