Anatomie chirurgicale des fascias de la prostate

28 juin 2014

Mots clés : Fascia, Prostatectomie, dysfonction érectile, préservation nerveuse, Bandelettes neurovasculaires
Auteurs : V. Phé, P. Sebe
Référence : Progrès FMC, 2014, 24, 2, F47-F50
Introduction : Le but de ce travail était de décrire l’anatomie des fascias de la prostate et de comprendre les techniques de préservation nerveuse.
Méthodes : Une revue de la littérature des dix dernières années a été réalisée à partir de la base de données Pubmed en utilisant les mots clés suivants seuls ou en combinaison : prostatic fascia, nerve-sparing surgery, prostatectomy, anatomy.
Résultats : Il existe trois fascias autour de la prostate : le fascia pelvien pariétal, le fascia prostatique, le septum rectovésical. Les nerfs caverneux du pénis sont situés à la rencontre de ces trois fascias.
Discussion : La dissection intrafasciale permet une meilleure préservation nerveuse au détriment du contrôle carcinologique. La dissection extrafasciale permet à l’inverse un meilleur contrôle carcinologique, sans préservation nerveuse. La dissection interfasciale est un compromis.
Conclusion : La compréhension de l’anatomie des fascias de la prostate permet de respecter leur anatomie au cours d’une prostatectomie totale, et ainsi d’optimiser le résultat fonctionnel en fonction des contraintes carcinologiques.


Introduction

La prostatectomie totale est un des traitements de référence du cancer de prostate localisé. Cette intervention a évolué de manière notable ces 30 dernières années avec notamment une multiplicité des voies d’abord : périnéale, rétropubienne, cœlioscopique, et cœlioscopique robot-assistée. Quelle que soit la technique opératoire, la connaissance de l’anatomie des fascias de la prostate est indispensable à l’optimisation des résultats fonctionnels, en particulier érectiles. En effet, ces fascias sont des repères anatomiques permettant la préservation des nerfs caverneux du pénis, branches efférentes du plexus hypogastrique inférieur, assurant l’innervation végétative des corps caverneux du pénis . Mais les descriptions des fascias de la prostate dans la littérature sont multiples, avec une variabilité de la terminologie utilisée (fascia, aponévrose, septum…).
Figure 1 : Vue latérale gauche de la loge prostatique (schéma). 1. Pubis. 2. Ligament pubo-prostatique. 3. Urètre. 4. Muscle sphincter externe de l’urètre. 5. Nerf caverneux du pénis. 6. Muscle élévateur de l’anus. 7. Rectum. 8. Complexe veineux prostatique. 9. Fascia pelvien pariétal (fenêtré). 10. Vessie. 11. Fascia prostatique. 12. Conduit déférent gauche. 13. Uretère gauche. 14. Septum rectovésical. 15. Vésicule séminale gauche. 16. Plexus hypogastrique inférieur.
Le but de ce travail a été de décrire l’anatomie chirurgicale des fascias de la prostate et de discuter les dissections possibles de la prostate, conservatrices ou non des nerfs caverneux du pénis en fonction des impératifs carcinologiques.


Matériels et méthodes

Une revue de la littérature des dix dernières années a été réalisée à partir de la base de données Pubmed en utilisant les mots clés suivants, seuls ou en combinaison : prostatic fascia, nerve-sparing surgery, prostatectomy, anatomy. La description anatomique des fascias de la prostate a utilisé la nomenclature anatomique internationale francisée.


Résultats

Trois fascias ont été décrits autour de la prostate : le fascia pelvien pariétal, le fascia prostatique et le septum rectovésical (aponévrose de Denonvilliers) [1–4]. Ils délimitent une loge prostatique.


Le fascia pelvien pariétal (FPP)

Le FPP est la partie du fascia pelvien, qui recouvre les parois du petit bassin. Au niveau de la prostate, il s’agit du fascia le plus latéral, qui recouvre le muscle élévateur de l’anus et son faisceau ilio-coccygien. Les termes synonymes sont fascia endopelvien ou aponévrose du muscle élévateur de l’anus.
Le FPP recouvre les faces latérales de la prostate, où il se réfléchit sur le fascia prostatique, pour former l’arcade tendineuse du fascia pelvien (ATFP) . L’ATFP est un épaississement conjonctif du FPP, tendu de l’épine ischiatique à la face postérieure du pubis. Le prolongement à la face postérieure du pubis correspond au ligament pubo-prostatique . Lorsque le FPP est incisé en dehors de l’ATFP, le plan de dissection passe au contact des fibres musculaires du muscle élévateur de l’anus , qui peuvent adhérer à la face latérale de la prostate. Lorsqu’il est incisé en dedans de l’ATFP, le plan de dissection est au contact du fascia prostatique, et les fibres musculaires du muscle élévateur de l’anus sont recouvertes par le FPP .
Figure 2 : Vue latérale de la loge prostatique (dissection cadavérique). 1. Ligament pubo-prostatique. 2. Muscle élévateur de l’anus (faisceau ilio-coccygien). 3. Face latérale de la prostate. 4. Arcade tendineuse du fascia pelvien. 5. Fascia pelvien pariétal.


Le fascia prostatique (FP)

Le FP est la composante viscérale du fascia pelvien, qui recouvre également le rectum et la vessie. Les termes synonymes sont fascia pelvien viscéral ou fascia périprostatique.
Le FP est composé de plusieurs tuniques conjonctives sur les faces latérales de la prostate. Il constitue une lame fibrograisseuse porte-vaisseaux . La tunique la plus interne du FP est la capsule prostatique. Le rapport entre le FP et la capsule est variable . Sur les faces latérales, il est en général clivable. Il est en revanche fusionné avec la capsule sur les faces antérieure et postérieure de la prostate. Sur la face antérieure, il est interposé entre la zone fibromusculaire de la prostate et le plexus veineux prostatique (de Santorini) caudalement, et le détrusor cranialement.


Le septum rectovésical (SRV)

Le SRV s’interpose entre la face postérieure de la prostate et des vésicules séminales et la face antérieure du rectum. Les termes synonymes sont : fascia de Denonvilliers (le plus couramment utilisé), ou fascia recto-prostatique. Il est situé entre le cul-de-sac rectovésical (de Douglas) et l’apex du centre tendineux du périnée situé en arrière du muscle sphincter de l’urètre.
Le SRV est souvent fusionné avec la capsule prostatique et le FP au centre de la face postérieure de la prostate . Latéralement il est clivable de la face postérieure de la prostate.
Il n’y a pas de feuillet antérieur du SRV, qui serait interposé entre la face postérieure du col vésical et les vésicules séminales. La structure anatomique décrite correspond non pas à un septum mais à un faisceau musculaire longitudinal externe du détrusor, amarrant le col vésical à la base de la prostate .


Rapports des fascias de la prostate avec les nerfs caverneux du pénis

Les nerfs caverneux sont classiquement décrits à la face postérolatérale de la prostate, à la rencontre entre le FP et le SRV. Ils sont situés dans un triangle dont chaque bord correspond à un fascia sus-décrit . Dans cette espace cellulo-graisseux, communément appelé bandelette neurovasculaire, les nerfs caverneux sont ramifiés, étalés sur les faces latérales de la prostate, et accompagnés d’une microvascularisation à destinée prostatique, urétrale et périnéale. Le trajet des nerfs caverneux et le nombre de leurs ramifications est sujet à une grande variabilité. Mais ils sont situés dans la loge prostatique, intercalés entre le FP en dedans, le FPP en dehors, l’ATFP en haut, et le SRV en bas .
Figure 3 : Coupes transversales de la prostate. A et B. Coupes transversale d’une prostate, avec marquage immuno-histochimique de l’actine. C. Schéma récapitulatif. 1. Fascia pelvien pariétal. 2. Fascia prostatique. 3. Capsule prostatique. 4. Nerf caverneux du pénis. 5. Septum rectovésical. MEA : muscle élévateur de l’anus ; R : rectum ; ZFA : zone fibromusculaire antérieure ; ZP : zone périphérique ; ZT : zone de transition ; DintraF : dissection intrafasciale ; DinterF : dissection interfasciale ; DexF : dissection extrafasciale.


Discussion

La prostatectomie totale doit pouvoir assurer le contrôle carcinologique de la maladie tout en réduisant les conséquences fonctionnelles telles que la dysfonction érectile.
Aucune voie d’abord chirurgicale n’a montré sa supériorité pour la préservation des nerfs caverneux du pénis. En revanche, plusieurs types de dissection ont été décrits ayant un impact direct sur la fonction érectile postopératoire et la présence de marges chirurgicale positives.
En effet, après prostatectomie radicale, une marge d’exérèse positive est définie par la présence de tumeur au contact de l’encre, dont est enduite la pièce opératoire . Cette définition, signifie que le cancer atteint la tranche de section de la pièce opératoire et que la dissection chirurgicale est passée à l’intérieur du foyer tumoral. L’état de « marges positives » ne peut être analysé indépendamment du stade de la tumeur, qui implique deux types de marges positives. En cas de cancer extracapsulaire (stade pT3), l’existence de marges positives signe une extension locale non contrôlée par la prostatectomie radicale, dont le pronostic est péjoratif. En cas de cancer intracapsulaire (stade pT2), les marges sont la conséquence d’une incision de la capsule prostatique et d’une exposition de la tumeur, qui définissent le stade pT2+.


Dissection interfasciale

La dissection interfasciale est un plan de dissection laissant le FP au contact de la prostate et le FPP en dehors ). Elle se fait au contact de la microvascularisation entourant les nerfs caverneux, avec un risque hémorragique plus important. Afin d’optimiser la préservation nerveuse elle doit débuter le plus prêt possible de l’ATFP et se poursuivre le long du FP, en laissant les ramifications des nerfs caverneux en dehors. Ce type d’approche permet un meilleur contrôle carcinologique que la dissection intrafasciale, au détriment d’une moins bonne préservation nerveuse [6,7].


Dissection intrafasciale

La dissection intrafasciale suit le plan de la capsule prostatique en restant en dedans du FP sur les faces antérolatérale et postérolatérale de la prostate . Le plan est presque avasculaire. Cependant, une partie du FP et du SRV persiste souvent au centre de la face postérieure de la prostate où ils fusionnent avec la capsule prostatique. La dissection intrafasciale permet une préservation en bloc des nerfs caverneux, situés latéralement et recouverts par le FP. Cependant, ce mode d’approche comporte un risque élevé de lésions de la capsule prostatique et donc de marges chirurgicales [8–10].


Dissection extrafasciale

La dissection extrafasciale est réalisée en dehors du FFP et en arrière du SRV . Dans ce cas les nerfs caverneux situés le long de la face postérolatérale de la prostate ne sont pas préservés. Il s’agit d’une exérèse de la loge prostatique (prostate et fascias de la prostate). Cette approche permet un contrôle oncologique optimal au détriment de la fonction érectile .


Conclusion

La compréhension de l’anatomie des fascias de la prostate permet de comprendre leur rapport avec les nerfs caverneux du pénis et sert de guide à leur préservation. Elle permet d’optimiser le résultat fonctionnel en fonction des contraintes carcinologiques.
Points essentiels
  • Les nerfs caverneux du pénis traversent la loge prostatique, circonscrite par les trois fascias de la prostate.
  • Les fascias de la prostate sont des repères anatomiques guidant la chirurgie conservatrice.
  • Selon la localisation et l’extension du cancer, l’urologue peut choisir de réaliser une dissection interfasciale, intrafasciale, ou extrafasciale.


Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.